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Avent 1 (B) : 27 novembre 2011
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Is 63,16b-17.19b;64,2b-7
Évangile : Mc 13,33-37

Être veilleurs pour éveiller les autres…

Le temps de l’Avent, qui signifie avènement ou venue, revient à chaque année. Ce temps, quel que soit l’évangéliste de l’année en cours, est un temps d’attente, un temps de vigilance, un temps de conversion, un temps de joie, un temps de veille. Le mot veille qui caractérise le temps de l’Avent doit toujours être nouveau, si on veut que l’Avent ne soit pas une répétition des Avents précédents. Ce n’est pas pour rien que dans l’évangile de Marc de ce 1er dimanche de l’Avent, le mot veillez revient 4 fois en 5 versets.

1.       Veillez! (Mc 13,37b). Le verbe veiller a deux sens…

1)       Veiller… au sens d’attendre un événement ou un avènement non arrivé, non commencé. Attendre quelqu’un qui n’est pas arrivé; mais attendre de cette façon-là, c’est inquiétant, d’autant plus si la personne tarde à venir… C’est une attente passive et même désespérante. Il y a pleins de gens qui attendent Dieu de cette façon ou qui attendent la fin du monde, comme un événement à venir. C’est désespérant cette attente, puisque ça fait des milliers d’années qu’on attend et cette attitude ne changera rien pour des milliers d’années encore. Dans le fond, c’est une attente inutile, car ce quelqu’un ou ce quelque chose ne viendra jamais.

Ex. : Ça me fait penser à cette histoire de l’homme qui est dans une région inondée. L’eau monte sans cesse; il en a jusqu’à la taille. Une chaloupe s’approche de lui : « Monsieur, voulez-vous monter à bord? » «  Non, dit l’homme, je crois en Dieu et il viendra me sauver ». L’eau continue de monter; l’homme en a jusqu’aux épaules. Un bateau s’approche et l’invite à embarquer; l’homme refuse et dit : « Dieu va me sauver ». L’eau continue toujours à monter et l’homme en a jusqu’au menton; un hélicoptère descend pour le secourir et l’homme refuse toujours… « Dieu va venir me sauver! » Finalement, l’homme se noie, car l’eau a continué à monter. Arrivé de l’autre côté de la vie, l’homme dit à saint Pierre : « Comment se fait-il que Dieu n’est pas venu à mon secours. Je suis croyant, catholique et je l’ai attendu ». Et saint Pierre de répondre : « Dieu t’a envoyé une chaloupe, un bateau et un hélicoptère, et tu n’as pas voulu être secouru. Que veux-tu de plus? »

Attendre passivement, assis dans une église, que le Christ vienne changer quelque chose dans le monde, c’est utopique et illusoire… On va attendre toute notre vie et il ne se passera jamais rien. Depuis 2000 ans, il y a pourtant plein de chrétiens qui veillent de cette manière-là.

2)       Veiller au sens de reconnaître un événement ou un avènement déjà commencé, déjà arrivé. Ça nous force à agir; ça nous pousse à le découvrir. Attendre quelqu’un qui est déjà là, c’est chercher à le reconnaître, à le rencontrer. Ça nous rend actif, vigilant et attentif. On se sent concerné par l’attente; on veille activement. C’est ce deuxième sens qu’on doit donner au verbe veiller dans l’évangile de Marc et c’est cette attente active dont il est question dans les textes bibliques d’aujourd’hui et tout au long de l’Avent. Sinon, l’Avent serait inutile et illusoire.

Comme le disait l’exégète France Quéré : « L’Avent entrecroise deux propositions qui ne sont vraies qu’ensemble : l’avenir se fera pour nous, de la main du Seigneur qui nous aime, mais il se fera aussi par nous, comme si nous étions seuls. Notre attente est à la fois contemplative et active. Quand elle est contemplative, tournée vers un autre que nous, elle s’appelle espérance. Quand elle se met à l’ouvrage, elle a nom : volonté ». Il faut donc ces deux attitudes pour que notre Avent 2011 soit signifiant et nécessaire.

2.       La désillusion. En 1ère lecture aujourd’hui, au temps du 3ème Isaïe, soit après l’Exil, on passe de la consolation (Is 40-55) à la désillusion (Is 56-66). Que se passe-t-il? C’est le retour de l’Exil : la réinstallation des rapatriés est difficile, puisque leurs terres sont occupées par des étrangers. Le temple n’est pas reconstruit et on a l’impression que Dieu a abandonné son peuple, tellement il se fait discret et silencieux. C’est alors qu’un prophète, le 3ème Isaïe, implore le ciel : « Ah! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi » (Is 63,19b). L’auteur fait donc référence à la manifestation de Dieu au Sinaï dans les éclairs et le tonnerre.

Ne sommes-nous pas dans une situation semblable aujourd’hui, sur le plan social et politique? Nous sommes en pleine crise économique. Des travailleurs perdent leur emploi; des pays entiers sont sur le bord de la faillite; des personnes âgées voient fondre leurs économies de toute une vie. Nos dirigeants ne s’entendent pas : c’est la crise. Après élection par-dessus élection, on est toujours au même point. On a l’impression qu’on ne va nulle part. Et personne n’ose parler de valeurs spirituelles. En voulant séparer l’Église de l’État, on a complètement évacué toute référence religieuse dans notre société dite laïque. Je pense qu’on aurait besoin d’un  prophète Isaïe qui implorerait le ciel d’intervenir pour retrouver le chemin qui conduit à l’espérance.

3.       La responsabilisation. Le 3ème Isaïe reconnaît que Dieu ne peut rien faire sans nous : « Tu viens à la rencontre de celui qui pratique la justice avec joie et qui se souvient de toi en suivant ton chemin » (Is 64,4a). Dans le fond, ce n’est pas tout de croire en Dieu, il faut l’espérer. Ce n’est pas tout de l’attendre passivement, il faut y participer. Mais une chose est certaine : malgré nos erreurs et nos péchés, nous sommes sauvés : « Tu étais irrité par notre obstination dans le péché, et pourtant nous serons sauvés » (Is 64,4b). Et pourquoi? Parce que nous lui appartenons : « Seigneur, tu es notre Père. Nous sommes l’argile, et tu es le potier : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains » (Is 64,7).

Aujourd’hui, dans notre monde sécularisé, avons-nous l’humilité de reconnaître que nous avons besoin de Dieu? Sommes-nous conscients aussi que Dieu ne peut rien faire sans nous? N’est-ce pas là la nécessité de veiller, d’attendre avec vigilance, en faisant renaître l’espérance au cœur de nos vies. C’est la seule façon de changer la situation…

4.       Une attente active. Par quatre fois, l’évangéliste Marc nous invite à veiller. Le maître parti en voyage, qui nous a confié sa maison, doit revenir, puisque c’est lui le propriétaire. Ici, saint Marc fait référence au Christ ressuscité et glorifié qui a confié à ses disciples l’Église que nous sommes. À chacun, il a donné une responsabilité : « Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller » (Mc 13,34). En donnant tout pouvoir à ses serviteurs, le Christ a aussi donné la possibilité de ne rien faire, et c’est peut-être l’impression qu’on a quand on regarde notre Église d’aujourd’hui. Et pourtant, l’incertitude du retour : « Le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin » (Mc 13,35b), ne doit pas nous soustraire à nos responsabilités. On doit, non seulement veiller, mais aussi éveiller les autres. Et pour ce faire, on a besoin de nouveauté. Il faut prendre des risques, relever de nouveaux défis et emprunter des sentiers encore inexplorés. Il faut renaître à l’espérance, tout attendre et tout faire en attendant. C’est ça une attente active qui doit caractériser notre Avent 2011.

En terminant, je voudrais simplement citer le fondateur des Jésuites, saint Ignace de Loyola qui disait avec sagesse : « Que la première règle de vos actions soit d’agir comme si le succès dépendait de vous et non de Dieu, et la deuxième règle, de vous abandonner à Dieu, comme s’il devait tout faire à votre place ».

 

 

 

 

 

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