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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 63,16b-17.19b;64,2b-7
Évangile : Mc 13,33-37
Être veilleurs pour éveiller les autres…
Le temps de l’Avent, qui signifie avènement ou
venue, revient à chaque année. Ce temps,
quel que soit l’évangéliste de l’année en cours,
est un temps d’attente, un temps de vigilance,
un temps de conversion, un temps de joie, un
temps de veille. Le mot veille qui
caractérise le temps de l’Avent doit toujours
être nouveau, si on veut que l’Avent ne soit pas
une répétition des Avents précédents. Ce n’est
pas pour rien que dans l’évangile de Marc de ce
1er dimanche de l’Avent, le mot veillez
revient 4 fois en 5 versets.
1.
Veillez!
(Mc 13,37b). Le verbe veiller a deux
sens…
1)
Veiller… au sens d’attendre un événement ou un
avènement non arrivé, non commencé. Attendre
quelqu’un qui n’est pas arrivé; mais attendre de
cette façon-là, c’est inquiétant, d’autant plus
si la personne tarde à venir… C’est une attente
passive et même désespérante. Il y a pleins de
gens qui attendent Dieu de cette façon ou qui
attendent la fin du monde, comme un événement à
venir. C’est désespérant cette attente, puisque
ça fait des milliers d’années qu’on attend et
cette attitude ne changera rien pour des
milliers d’années encore. Dans le fond, c’est
une attente inutile, car ce quelqu’un ou ce
quelque chose ne viendra jamais.
Ex. : Ça me
fait penser à cette histoire de l’homme qui est
dans une région inondée. L’eau monte sans cesse;
il en a jusqu’à la taille. Une chaloupe
s’approche de lui : « Monsieur, voulez-vous
monter à bord? » « Non, dit l’homme, je crois
en Dieu et il viendra me sauver ». L’eau
continue de monter; l’homme en a jusqu’aux
épaules. Un bateau s’approche et l’invite à
embarquer; l’homme refuse et dit : « Dieu va me
sauver ». L’eau continue toujours à monter et
l’homme en a jusqu’au menton; un hélicoptère
descend pour le secourir et l’homme refuse
toujours… « Dieu va venir me sauver! »
Finalement, l’homme se noie, car l’eau a
continué à monter. Arrivé de l’autre côté de la
vie, l’homme dit à saint Pierre : « Comment se
fait-il que Dieu n’est pas venu à mon secours.
Je suis croyant, catholique et je l’ai
attendu ». Et saint Pierre de répondre : « Dieu
t’a envoyé une chaloupe, un bateau et un
hélicoptère, et tu n’as pas voulu être secouru.
Que veux-tu de plus? »
Attendre
passivement, assis dans une église, que le
Christ vienne changer quelque chose dans le
monde, c’est utopique et illusoire… On va
attendre toute notre vie et il ne se passera
jamais rien. Depuis 2000 ans, il y a pourtant
plein de chrétiens qui veillent de cette
manière-là.
2)
Veiller au sens de reconnaître un événement ou
un avènement déjà commencé, déjà arrivé. Ça nous
force à agir; ça nous pousse à le découvrir.
Attendre quelqu’un qui est déjà là, c’est
chercher à le reconnaître, à le rencontrer. Ça
nous rend actif, vigilant et attentif. On se
sent concerné par l’attente; on veille
activement. C’est ce deuxième sens qu’on doit
donner au verbe veiller dans l’évangile
de Marc et c’est cette attente active dont il
est question dans les textes bibliques
d’aujourd’hui et tout au long de l’Avent. Sinon,
l’Avent serait inutile et illusoire.
Comme le
disait l’exégète France Quéré : « L’Avent
entrecroise deux propositions qui ne sont vraies
qu’ensemble : l’avenir se fera pour nous, de la
main du Seigneur qui nous aime, mais il se fera
aussi par nous, comme si nous étions seuls.
Notre attente est à la fois contemplative et
active. Quand elle est contemplative, tournée
vers un autre que nous, elle s’appelle
espérance. Quand elle se met à l’ouvrage, elle a
nom : volonté ». Il faut donc ces deux
attitudes pour que notre Avent 2011 soit
signifiant et nécessaire.
2.
La désillusion.
En 1ère lecture aujourd’hui, au temps du 3ème
Isaïe, soit après l’Exil, on passe de la
consolation (Is 40-55) à la désillusion
(Is 56-66). Que se passe-t-il? C’est le retour
de l’Exil : la réinstallation des rapatriés est
difficile, puisque leurs terres sont occupées
par des étrangers. Le temple n’est pas
reconstruit et on a l’impression que Dieu a
abandonné son peuple, tellement il se fait
discret et silencieux. C’est alors qu’un
prophète, le 3ème Isaïe, implore le ciel :
« Ah! Si tu déchirais les cieux, si tu
descendais, les montagnes fondraient devant
toi » (Is 63,19b). L’auteur fait donc
référence à la manifestation de Dieu au Sinaï
dans les éclairs et le tonnerre.
Ne sommes-nous pas dans une situation semblable
aujourd’hui, sur le plan social et politique?
Nous sommes en pleine crise économique. Des
travailleurs perdent leur emploi; des pays
entiers sont sur le bord de la faillite; des
personnes âgées voient fondre leurs économies de
toute une vie. Nos dirigeants ne s’entendent
pas : c’est la crise. Après élection par-dessus
élection, on est toujours au même point. On a
l’impression qu’on ne va nulle part. Et personne
n’ose parler de valeurs spirituelles. En voulant
séparer l’Église de l’État, on a complètement
évacué toute référence religieuse dans notre
société dite laïque. Je pense qu’on aurait
besoin d’un prophète Isaïe qui implorerait le
ciel d’intervenir pour retrouver le chemin qui
conduit à l’espérance.
3.
La responsabilisation.
Le 3ème Isaïe reconnaît que Dieu ne peut rien
faire sans nous : « Tu viens à la rencontre
de celui qui pratique la justice avec joie et
qui se souvient de toi en suivant ton chemin »
(Is 64,4a). Dans le fond, ce n’est pas tout
de croire en Dieu, il faut l’espérer. Ce n’est
pas tout de l’attendre passivement, il faut y
participer. Mais une chose est certaine : malgré
nos erreurs et nos péchés, nous sommes sauvés :
« Tu étais irrité par notre obstination dans
le péché, et pourtant nous serons sauvés »
(Is 64,4b). Et pourquoi? Parce que nous lui
appartenons : « Seigneur, tu es notre Père.
Nous sommes l’argile, et tu es le potier : nous
sommes tous l’ouvrage de tes mains » (Is
64,7).
Aujourd’hui, dans notre monde sécularisé,
avons-nous l’humilité de reconnaître que nous
avons besoin de Dieu? Sommes-nous conscients
aussi que Dieu ne peut rien faire sans nous?
N’est-ce pas là la nécessité de veiller,
d’attendre avec vigilance, en faisant renaître
l’espérance au cœur de nos vies. C’est la seule
façon de changer la situation…
4.
Une attente active.
Par quatre fois, l’évangéliste Marc nous invite
à veiller. Le maître parti en voyage, qui nous a
confié sa maison, doit revenir, puisque c’est
lui le propriétaire. Ici, saint Marc fait
référence au Christ ressuscité et glorifié qui a
confié à ses disciples l’Église que nous sommes.
À chacun, il a donné une responsabilité :
« Il en est comme d’un homme parti en voyage :
en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à
ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et
recommandé au portier de veiller » (Mc
13,34). En donnant tout pouvoir à ses
serviteurs, le Christ a aussi donné la
possibilité de ne rien faire, et c’est peut-être
l’impression qu’on a quand on regarde notre
Église d’aujourd’hui. Et pourtant, l’incertitude
du retour : « Le soir ou à minuit, au chant
du coq ou le matin » (Mc 13,35b), ne doit
pas nous soustraire à nos responsabilités. On
doit, non seulement veiller, mais aussi
éveiller les autres. Et pour ce faire, on
a besoin de nouveauté. Il faut prendre des
risques, relever de nouveaux défis et emprunter
des sentiers encore inexplorés. Il faut renaître
à l’espérance, tout attendre et tout faire en
attendant. C’est ça une attente active qui doit
caractériser notre Avent 2011.
En terminant, je voudrais simplement citer le fondateur des
Jésuites, saint Ignace de Loyola qui disait avec
sagesse : « Que la première règle de vos
actions soit d’agir comme si le succès dépendait
de vous et non de Dieu, et la deuxième règle, de
vous abandonner à Dieu, comme s’il devait tout
faire à votre place ».
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