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Avent 1 (C) : 29 novembre 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Jr 33,14-16
2èmelecture :  1 Th 3,12-4,2
Évangile :  Lc 21,25-28.34-36

Dieu tient parole : sa lumière se lève!

Une nouvelle année liturgique commence, celle de Luc. Avec tout ce qui se passe dans notre monde : les effets néfastes de la crise économique, la menace d’une pandémie virale d’une grippe mortelle, les scandales des bandits à cravate qui ont fait perdre les économies de toute une vie de centaines de milliers de travailleurs, les conflits qui perdurent dans le monde au nom d’un Dieu qui ressemble bien plus à un despote cruel et sanguinaire qu’au Dieu d’amour dont nous parlent les évangiles… à cette époque de l’année où la nuit prend le dessus sur le jour, il en faut du courage et de l’espérance pour oser dire que Dieu tient parole et que sa lumière se lève! C’est pourtant l’invitation qui nous est faite aujourd’hui, en ce 1er dimanche de l’Avent : « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda » (Jr 33,14).

Mais quelle est donc cette promesse que le prophète Jérémie rappelle au moment de l’Exil où Babylone envahit Jérusalem (6ème siècle.avant J.C.)? « En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai naître chez David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice » (Jr 33,15). Et qu’arrivera-t-il lorsque se réalisera cette promesse? « En ces jours-là, Juda sera délivré, Jérusalem habitera en sécurité, et voici le nom qu’on lui donnera : Le-Seigneur-est-notre-justice » (Jr 33,16). Pour nous chrétiens qui relisons Jérémie, on a beau savoir que ce Germe de justice est déjà né, à travers le Christ ressuscité… et pourtant, la promesse de Dieu n’est toujours pas réalisée. Comme l’écrivait, en 1994, le bibliste français Claude Tassin : « Surnommer Jérusalem ville de justice, c’était plus un vœu qu’une réalité. Notre poème rêve du jour où viendra cette réalité ». Que faire?

1.       Célébrer l’Avent : Qu’est-ce à dire? Ce mot qui veut dire : avènement, venue, attente, nous invite à l’espérance, c’est-à-dire au désir que se réalise ce monde nouveau tant attendu. Mais qu’attendons-nous au juste? Le Seigneur? Mais non! Il est déjà venu et il est encore là! Ce matin, j’ai reçu un courriel d’une dame, Laurette Lepage, qui dit : « L’Avent… Attendre le Seigneur quand il est déjà là? L’attendre… ne serait-ce pas plutôt le reconnaître, découvrir son visage dans les signes de notre temps, dans les beautés et les lumières de notre monde, en dépit de ses laideurs et de ses ombres? » Oui, c’est cela l’Avent : non pas attendre le Seigneur; il est déjà là. Mais le reconnaître aujourd’hui dans notre monde. Et comment le reconnaître? Allons voir ce que saint Paul et saint Luc nous en disent…

2.       Croissance de l’amour : Saint Paul, dans sa 1ère lettre aux Thessaloniciens, écrite en 51 de notre ère, invite les chrétiens de cette communauté à l’amour entre eux et avec l’humanité : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous » (1 Th 3,12). Mais cet amour n’est possible que dans l’acceptation de nos différences et dans le respect de notre dignité humaine. Comment peut-on aimer l’autre, le différent de soi, si on lui refuse d’être ce qu’il est? Si chacun possède sa vérité et cherche à l’imposer aux autres, l’amour n’est pas possible. C’est le début des guerres de religions, c’est la source de toutes les inégalités, c’est le commencement de l’oppression, c’est le drame de l’ostracisme et de l’exclusion.

Mais comment parler de croissance de l’amour si les religions font fi de la foi qui a pour fondement l’amour? Rappelons-nous ce que saint Paul nous dit de l’amour : « Même si je parlais toutes les langues, celle des hommes et celle des anges, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un métal qui résonne, une cymbale retentissante. Même si j’avais le don de prophétie, la connaissance de tous les mystères et de toute la science, même si j’avais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. Même si je distribuais tous mes biens aux affamés, même si je livrais mon corps aux flammes, s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien » (1 Co 13,1-3).

Et voici la définition qu’il en donne : « L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout » (1 Co 13,4-7). Et l’amour est tellement important, que dans sa conclusion, saint Paul ajoute : « Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand » (1 Co 13,13). Pour nous chrétiens qui célébrons encore une fois l’Avent, rappelons-nous que le Christ qui est venu et qui est encore là, est l’incarnation parfaite de cet Amour, et rien ne peut l’arrêter, pas même les hommes et les peuples, et j’ajouterais pas même l’Église qui prétend parler en son nom.

3.       L’Amour a pour nom le Christ Jésus : Dans cet extrait à saveur apocalyptique de l’évangile de Luc que nous avons aujourd’hui, l’auteur qui écrit vers 85-95 après J.C., a vécu les grands bouleversements qu’il annonce : en 70, Titus et les légions romaines ont mis à sac Jérusalem, l’ont pillée et incendiée et ont réduit la Terre Sainte à n’être plus qu’une annexion de l’Empire. Désormais, ce n’est plus Jérusalem qui est le cœur de l’Église, mais bien Rome, là où Pierre et Paul viennent de semer l’Évangile au prix de leur propre vie. Certains chrétiens de la communauté de Luc n’ont pas encore compris ce qui venait d’arriver. Ils ont l’impression que la ruine de Jérusalem, c’est en même temps, la ruine du christianisme et la fin de l’Église. Et la question qu’ils se posent est la suivante : Est-ce que Jésus ne se serait pas trompé? Est-ce qu’il ne les a pas trompés?

Ce texte de Luc veut redresser la situation. Il remet les choses au point et invite les chrétiens de son temps, à se réveiller. Si Jésus parle à ses disciples de sa venue, c’est qu’il est déjà venu et qu’il est là au milieu d’eux. Donc, ce qui est annoncé, c’est un renversement complet qui doit découler de sa venue, qui elle se caractérise par la naissance d’un monde nouveau, au matin de Pâques, à travers les catastrophes, les malheurs et les drames de l’histoire auxquels ils sont confrontés. C’est une Bonne Nouvelle que Luc annonce : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche » (Lc 21,28).

C’est par amour que ce monde nouveau est né au matin de Pâques et c’est dans l’amour qu’il peut croître et grandir. L’exégète français Jean Debruynne écrit : « Là est la véritable Bonne Nouvelle, là est le vrai chemin de la venue de Jésus. Ce n’est pas le chemin des ruines, des angoisses et des cahots, c’est le chemin de l’homme debout, de l’homme réveillé, de l’homme priant comme un veilleur. Jésus vient. Il ne vient pas seulement dans une crèche, il vient au cœur de nos réalités, même si elles ont le goût du malheur. Jésus vient parce qu’il est déjà là au cœur de notre vie. Rien, pas même la peur, ne pourra l’en arracher ».


Bon temps de l’Avent!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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