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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Jr 33,14-16
2èmelecture : 1 Th 3,12-4,2
Évangile : Lc 21,25-28.34-36
Dieu tient parole : sa lumière se lève!
Une nouvelle année liturgique commence, celle de Luc. Avec
tout ce qui se passe dans notre monde : les
effets néfastes de la crise économique, la
menace d’une pandémie virale d’une grippe
mortelle, les scandales des bandits à cravate
qui ont fait perdre les économies de toute une
vie de centaines de milliers de travailleurs,
les conflits qui perdurent dans le monde au nom
d’un Dieu qui ressemble bien plus à un despote
cruel et sanguinaire qu’au Dieu d’amour dont
nous parlent les évangiles… à cette époque de
l’année où la nuit prend le dessus sur le jour,
il en faut du courage et de l’espérance pour
oser dire que Dieu tient parole et que sa
lumière se lève! C’est pourtant l’invitation
qui nous est faite aujourd’hui, en ce 1er
dimanche de l’Avent : « Voici venir des jours
où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai
adressée à la maison d’Israël et à la maison de
Juda » (Jr 33,14).
Mais quelle est donc cette promesse que le prophète Jérémie
rappelle au moment de l’Exil où Babylone envahit
Jérusalem (6ème siècle.avant J.C.)? « En ces
jours-là, en ce temps-là, je ferai naître chez
David un Germe de justice, et il exercera dans
le pays le droit et la justice » (Jr 33,15).
Et qu’arrivera-t-il lorsque se réalisera cette
promesse? « En ces jours-là, Juda sera
délivré, Jérusalem habitera en sécurité, et
voici le nom qu’on lui donnera :
Le-Seigneur-est-notre-justice » (Jr 33,16).
Pour nous chrétiens qui relisons Jérémie, on a
beau savoir que ce Germe de justice est déjà né,
à travers le Christ ressuscité… et pourtant, la
promesse de Dieu n’est toujours pas réalisée.
Comme l’écrivait, en 1994, le bibliste français
Claude Tassin : « Surnommer Jérusalem
ville de justice, c’était plus un vœu qu’une
réalité. Notre poème rêve du jour où viendra
cette réalité ». Que faire?
1.
Célébrer l’Avent :
Qu’est-ce à dire? Ce mot qui veut dire :
avènement, venue, attente, nous invite à
l’espérance, c’est-à-dire au désir que se
réalise ce monde nouveau tant attendu. Mais
qu’attendons-nous au juste? Le Seigneur? Mais
non! Il est déjà venu et il est encore là! Ce
matin, j’ai reçu un courriel d’une dame,
Laurette Lepage, qui dit : « L’Avent…
Attendre le Seigneur quand il est déjà là?
L’attendre… ne serait-ce pas plutôt le
reconnaître, découvrir son visage dans les
signes de notre temps, dans les beautés et les
lumières de notre monde, en dépit de ses
laideurs et de ses ombres? » Oui, c’est cela
l’Avent : non pas attendre le Seigneur; il est
déjà là. Mais le reconnaître aujourd’hui dans
notre monde. Et comment le reconnaître? Allons
voir ce que saint Paul et saint Luc nous en
disent…
2.
Croissance de l’amour :
Saint Paul, dans sa 1ère lettre aux
Thessaloniciens, écrite en 51 de notre ère,
invite les chrétiens de cette communauté à
l’amour entre eux et avec l’humanité : « Que
le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard
de tous les hommes un amour de plus en plus
intense et débordant, comme celui que nous avons
pour vous » (1 Th 3,12). Mais cet amour
n’est possible que dans l’acceptation de nos
différences et dans le respect de notre dignité
humaine. Comment peut-on aimer l’autre, le
différent de soi, si on lui refuse d’être ce
qu’il est? Si chacun possède sa vérité et
cherche à l’imposer aux autres, l’amour n’est
pas possible. C’est le début des guerres de
religions, c’est la source de toutes les
inégalités, c’est le commencement de
l’oppression, c’est le drame de l’ostracisme et
de l’exclusion.
Mais
comment parler de croissance de l’amour si les
religions font fi de la foi qui a pour fondement
l’amour? Rappelons-nous ce que saint Paul nous
dit de l’amour : « Même si je parlais toutes
les langues, celle des hommes et celle des
anges, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un
métal qui résonne, une cymbale retentissante.
Même si j’avais le don de prophétie, la
connaissance de tous les mystères et de toute la
science, même si j’avais la foi la plus totale,
celle qui transporte les montagnes, s’il me
manque l’amour, je ne suis rien. Même si je
distribuais tous mes biens aux affamés, même si
je livrais mon corps aux flammes, s’il me manque
l’amour, je n’y gagne rien » (1 Co 13,1-3).
Et voici la
définition qu’il en donne : « L’amour prend
patience, l’amour rend service, il ne jalouse
pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas
d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne
cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il
n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit
pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans
la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il
espère tout, il endure tout » (1 Co 13,4-7).
Et l’amour est tellement important, que dans sa
conclusion, saint Paul ajoute : « Maintenant
donc ces trois-là demeurent, la foi, l’espérance
et l’amour, mais l’amour est le plus grand »
(1 Co 13,13). Pour nous chrétiens qui célébrons
encore une fois l’Avent, rappelons-nous que le
Christ qui est venu et qui est encore là, est
l’incarnation parfaite de cet Amour, et rien ne
peut l’arrêter, pas même les hommes et les
peuples, et j’ajouterais pas même l’Église qui
prétend parler en son nom.
3.
L’Amour a pour nom le Christ Jésus :
Dans cet extrait à saveur apocalyptique de
l’évangile de Luc que nous avons aujourd’hui,
l’auteur qui écrit vers 85-95 après J.C., a vécu
les grands bouleversements qu’il annonce : en
70, Titus et les légions romaines ont mis à sac
Jérusalem, l’ont pillée et incendiée et ont
réduit la Terre Sainte à n’être plus qu’une
annexion de l’Empire. Désormais, ce n’est plus
Jérusalem qui est le cœur de l’Église, mais bien
Rome, là où Pierre et Paul viennent de semer
l’Évangile au prix de leur propre vie. Certains
chrétiens de la communauté de Luc n’ont pas
encore compris ce qui venait d’arriver. Ils ont
l’impression que la ruine de Jérusalem, c’est en
même temps, la ruine du christianisme et la fin
de l’Église. Et la question qu’ils se posent est
la suivante : Est-ce que Jésus ne se serait pas
trompé? Est-ce qu’il ne les a pas trompés?
Ce texte de
Luc veut redresser la situation. Il remet les
choses au point et invite les chrétiens de son
temps, à se réveiller. Si Jésus parle à ses
disciples de sa venue, c’est qu’il est déjà venu
et qu’il est là au milieu d’eux. Donc, ce qui
est annoncé, c’est un renversement complet qui
doit découler de sa venue, qui elle se
caractérise par la naissance d’un monde nouveau,
au matin de Pâques, à travers les catastrophes,
les malheurs et les drames de l’histoire
auxquels ils sont confrontés. C’est une Bonne
Nouvelle que Luc annonce : « Quand ces
événements commenceront, redressez-vous et
relevez la tête, car votre rédemption approche »
(Lc 21,28).
C’est par
amour que ce monde nouveau est né au matin de
Pâques et c’est dans l’amour qu’il peut croître
et grandir. L’exégète français Jean Debruynne
écrit : « Là est la véritable Bonne Nouvelle,
là est le vrai chemin de la venue de Jésus. Ce
n’est pas le chemin des ruines, des angoisses et
des cahots, c’est le chemin de l’homme debout,
de l’homme réveillé, de l’homme priant comme un
veilleur. Jésus vient. Il ne vient pas seulement
dans une crèche, il vient au cœur de nos
réalités, même si elles ont le goût du malheur.
Jésus vient parce qu’il est déjà là au cœur de
notre vie. Rien, pas même la peur, ne pourra
l’en arracher ».
Bon temps de l’Avent!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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