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Avent 2 (B) : 7 décembre 2008
Renaître à l’espérance!
Raymond Gravel, prêtre

 

 


Réf. Bibliques :   1ère lecture : Is 40,1-5.9-11

                            2ème lecture : 2 P 3,8-14

                            Évangile : Mc 1,1-8

 « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu » (Mc 1,1). En une phrase, l’évangéliste Marc, qui écrit à des païens convertis, donne tout le sens de son évangile (euaggélion), de sa Bonne Nouvelle. C’est le début, non pas d’un texte, mais d’une action de Dieu, aussi importante que le commencement du monde : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1), ou le commencement de l’évangile de saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1). C’est un  commencement qui suppose…que l’on continue, à travers les déserts de nos vies : « À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route » (Mc 1,3).

  1. Le désert : Pour ceux et celles qui sont allés dans un désert matériel sont en mesure de mieux comprendre les déserts intérieurs qui font partie de notre réalité humaine. Le désert, ce lieu de vide, de silence, de paix et de sérénité, permet tous les commencements. J’me souviens, en 1997, lors de mon voyage en Israël avec l’Université de Montréal, de mon séjour dans le désert de Juda. Je suis resté debout, sans bouger, pendant plus d’une heure, à écouter le silence. Quel moment unique et ressourçant. J’ai réalisé l’importance d’expérimenter le désert matériel pour mieux vivre mes déserts intérieurs et spirituels.

Dans ce pays d’Israël où les déserts sont très présents matériellement parlant, on comprend mieux l’expérience de foi de nos ancêtres qui ont rencontré Dieu dans le désert. C’est là que tout commence : la prise de conscience de notre condition humaine dans toute sa fragilité et sa pauvreté, le besoin de conversion, le désir de changer la réalité et la nécessité d’y participer, d’où la responsabilité qui nous revient. C’est là, au désert, que peut renaître toutes les espérances. Pour comprendre les textes bibliques, il nous faut passer sans cesse du désert physique au désert intérieur.

C’est l’expérience du peuple de Dieu en Exil à Babylone. Pour revenir de Babylone à Jérusalem, il lui faut inventer des chemins de liberté : « Une voix proclame : Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu » (Is 40,3). Pour revenir de Babylone à Jérusalem, il n’y a pas de piste toute tracée. Dieu n’emprunte jamais les itinéraires déjà balisés. Et pourquoi? Parce que la vie ne revient pas sur ses pas; elle s’invente à mesure, sans cesse. Par ailleurs, malgré l’insécurité de la route à faire : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits et les escarpements seront changés en plaines » (Is 40,4), Dieu promet de marcher avec ceux et celles qui lui ont préparé le chemin qui n’existait pas : « Comme un berger, il conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits » (Is 40,11).

Saint Marc reprend cette image du désert pour nous parler de l’aventure chrétienne du nouveau peuple de Dieu, l’Église, qui marche elle aussi et qui a besoin de conversion, signifiée par le baptême d’eau de Jean Baptiste, mais aussi de responsabilisation, comme disciples du Christ, caractérisée par le baptême dans l’Esprit Saint : « Moi, je vous ai baptisés dans l’eau; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mc 1,8). Mais attention! L’aventure chrétienne n’emprunte pas, elle non plus, des chemins tracés d’avance. La route est aussi à inventer. Malgré l’insécurité qui nous guette, il nous faut ouvrir de nouveaux sentiers et la Bonne Nouvelle de saint Marc, c’est de nous rappeler que, comme Dieu, le Christ nous accompagne.

L’aventure chrétienne est donc une espérance, d’où l’importance de renaître à cette espérance. L’exégète français Jean Debruynne écrit : « L’évangile de Marc commence par une citation d’Isaïe : Voici que j’envoie mon messager devant toi…C’est donc clair, il s’agit bien d’une entrée dans une histoire et non pas de l’index alphabétique d’un catalogue de dogmes. On n’est pas dans la théologie, on est au bord du Jourdain et la foule qui est là n’est pas un rassemblement d’experts, de professeurs ou de prêtres : ces sont des pécheurs accourus de toute la Judée et de tout Jérusalem. Ce qui semblerait vouloir dire que personne n’a été ni oublié, ni exclu…Ils n’entendent pas une morale mais une espérance! »

  1. La Justice : Je l’ai déjà dit et je le redis encore : la première valeur de toute la Bible, c’est la Justice.  Elle vient même avant l’Amour…car, comment peut-on aimer quelqu’un si on est injuste envers lui? Le Psaume 84 de ce dimanche, le dit explicitement : « Amour et vérité se rencontrent, Justice et paix s’embrassent; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la Justice. Le Seigneur donnera ses bienfaits et notre terre donnera son fruit. La Justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin ». Ce qui signifie que sur les chemins que nous inventons dans notre aventure chrétienne, le Christ nous accompagne; il nous précède, mais, en même temps, la Justice marche devant lui, d’où l’importance de travailler à la restaurer.

C’est tellement vrai, qu’aux questionnements des premières générations chrétiennes, sur le retour du Christ, l’auteur de la 2è lettre de Pierre, écrite vers l’an 125 de notre ère, dont nous avons un extrait aujourd’hui, tente de nous rassurer. Quand on s’interroge sur notre avenir et qu’on se demande quand ce monde de souffrances, d’intolérance, de divisions, de guerres et de mort va-t-il finir, l’auteur de la 2è lettre de Pierre nous dit de ne pas faire comme les fondamentalistes bibliques qui cherchent une réponse au Quand?, mais plutôt chercher une réponse au Quoi faire en attendant?. Il nous dit : « Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes; c’est pour vous qu’il patiente : car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre; mais il veut que tous aient le temps de se convertir » (2 P 3,9). Pour les fondamentalistes comme les témoins de Jéhovah et les Baptistes évangéliques, il rappelle : « Il y a une chose que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour » (2 P 3,8). Ce qui veut dire : arrêtez de chercher la date de la fin du monde ou du retour du Christ; levez vos manches et travaillez en attendant, car la fin dépend de nous. Le salut n’est pas que personnel et individuel; il est aussi collectif et communautaire, d’où l’importance de nous engager à faire de notre monde un monde plus juste et plus fraternel : « Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la Justice » (2 P 3,13). Ce ciel nouveau ne nous tombera pas sur la tête et la terre nouvelle nous est confiée.

En terminant, je voudrais simplement vous citer l’exégète français Édouard Cothenet qui nous dit qu’une promesse ne peut être faite que si on s’engage à la réaliser : « S’il vous plaît, ne faites pas de promesses! Ne promettez rien ni à ceux qui sont exilés sous le regard lâche des nations réfugiées derrière le devoir de non-ingérence, ni à ceux qui se racornissent de faim sur leur terres craquelées de mort, ni à ceux qui ne voient arriver aucune raison d’espérer encore, ni à ceux qui tendent le cœur pour mendier des quignons d’amour, ni à ceux qui se sentent définitivement cimentés à la misère, ni à ceux qu’on a exclus de la communauté…Ne promettez rien ou alors mettez-vous au travail avec Celui-là qui s’est avancé perdant sa vie et payant de son sang pour tenir la Promesse qu’il avait faite : Je viens pour vous sauver. Les promesses n’ont de sens que si on les réalise! »

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

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