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Réf. Bibliques :
1ère lecture : Is 40,1-5.9-11
2ème lecture : 2 P
3,8-14
Évangile : Mc 1,1-8
« Commencement de
la Bonne
Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu »
(Mc 1,1). En une phrase, l’évangéliste Marc, qui
écrit à des païens convertis, donne tout le sens
de son évangile (euaggélion), de sa Bonne
Nouvelle. C’est le début, non pas d’un texte,
mais d’une action de Dieu, aussi importante que
le commencement du monde : « Au commencement,
Dieu créa le ciel et la terre » (Gn 1,1), ou
le commencement de l’évangile de saint Jean :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe
était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu »
(Jn 1,1). C’est un commencement qui
suppose…que l’on continue, à travers les déserts
de nos vies : « À travers le désert, une voix
crie : Préparez le chemin du Seigneur,
aplanissez sa route » (Mc 1,3).
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Le désert :
Pour ceux et celles qui sont allés dans un
désert matériel sont en mesure de mieux
comprendre les déserts intérieurs qui font
partie de notre réalité humaine. Le désert,
ce lieu de vide, de silence, de paix et de
sérénité, permet tous les commencements.
J’me souviens, en 1997, lors de mon voyage
en Israël avec l’Université de Montréal, de
mon séjour dans le désert de Juda. Je suis
resté debout, sans bouger, pendant plus
d’une heure, à écouter le silence. Quel
moment unique et ressourçant. J’ai réalisé
l’importance d’expérimenter le désert
matériel pour mieux vivre mes déserts
intérieurs et spirituels.
Dans ce pays d’Israël où les déserts sont très présents
matériellement parlant, on comprend mieux
l’expérience de foi de nos ancêtres qui ont
rencontré Dieu dans le désert. C’est là que
tout commence : la prise de conscience de
notre condition humaine dans toute sa
fragilité et sa pauvreté, le besoin de
conversion, le désir de changer la réalité
et la nécessité d’y participer, d’où la
responsabilité qui nous revient. C’est là,
au désert, que peut renaître toutes les
espérances. Pour comprendre les textes
bibliques, il nous faut passer sans cesse du
désert physique au désert intérieur.
C’est l’expérience du peuple de Dieu en Exil à Babylone. Pour
revenir de Babylone à Jérusalem, il lui faut
inventer des chemins de liberté : « Une
voix proclame : Préparez à travers le désert
le chemin du Seigneur. Tracez dans les
terres arides une route aplanie pour notre
Dieu » (Is 40,3). Pour revenir de
Babylone à Jérusalem, il n’y a pas de piste
toute tracée. Dieu n’emprunte jamais les
itinéraires déjà balisés. Et pourquoi? Parce
que la vie ne revient pas sur ses pas; elle
s’invente à mesure, sans cesse. Par
ailleurs, malgré l’insécurité de la route à
faire : « Tout ravin sera comblé, toute
montagne et toute colline seront abaissées,
les passages tortueux deviendront droits et
les escarpements seront changés en plaines »
(Is 40,4), Dieu promet de marcher avec
ceux et celles qui lui ont préparé le chemin
qui n’existait pas : « Comme un berger,
il conduit son troupeau : son bras rassemble
les agneaux, il les porte sur son cœur, et
il prend soin des brebis qui allaitent leurs
petits » (Is 40,11).
Saint Marc reprend cette image du désert pour nous parler de
l’aventure chrétienne du nouveau peuple de
Dieu, l’Église, qui marche elle aussi et qui
a besoin de conversion, signifiée par le
baptême d’eau de Jean Baptiste, mais aussi
de responsabilisation, comme disciples du
Christ, caractérisée par le baptême dans
l’Esprit Saint : « Moi, je vous ai
baptisés dans l’eau; lui vous baptisera dans
l’Esprit Saint » (Mc 1,8). Mais
attention! L’aventure chrétienne n’emprunte
pas, elle non plus, des chemins tracés
d’avance. La route est aussi à inventer.
Malgré l’insécurité qui nous guette, il nous
faut ouvrir de nouveaux sentiers et
la Bonne Nouvelle de saint Marc, c’est de
nous rappeler que, comme Dieu, le Christ
nous accompagne.
L’aventure chrétienne est donc une espérance, d’où
l’importance de renaître à cette espérance.
L’exégète français Jean Debruynne écrit :
« L’évangile de Marc commence par une
citation d’Isaïe : Voici que j’envoie mon
messager devant toi…C’est donc clair, il
s’agit bien d’une entrée dans une histoire
et non pas de l’index alphabétique d’un
catalogue de dogmes. On n’est pas dans la
théologie, on est au bord du Jourdain et la
foule qui est là n’est pas un rassemblement
d’experts, de professeurs ou de prêtres :
ces sont des pécheurs accourus de toute
la Judée et de
tout Jérusalem. Ce qui semblerait vouloir
dire que personne n’a été ni oublié, ni
exclu…Ils n’entendent pas une morale mais
une espérance! »
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La Justice : Je l’ai
déjà dit et je le redis encore : la première
valeur de toute la Bible, c’est la
Justice. Elle
vient même avant l’Amour…car, comment
peut-on aimer quelqu’un si on est injuste
envers lui? Le Psaume 84 de ce dimanche, le
dit explicitement : « Amour et vérité se
rencontrent, Justice et paix s’embrassent;
la vérité germera de la terre et du ciel se
penchera
la Justice. Le Seigneur donnera ses bienfaits et notre terre donnera son fruit.
La Justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin ».
Ce qui signifie que sur les chemins que nous
inventons dans notre aventure chrétienne, le
Christ nous accompagne; il nous précède,
mais, en même temps, la Justice marche
devant lui, d’où l’importance de travailler
à la restaurer.
C’est tellement vrai, qu’aux questionnements des premières
générations chrétiennes, sur le retour du
Christ, l’auteur de la 2è lettre de Pierre,
écrite vers l’an 125 de notre ère, dont nous
avons un extrait aujourd’hui, tente de nous
rassurer. Quand on s’interroge sur notre
avenir et qu’on se demande quand ce monde de
souffrances, d’intolérance, de divisions, de
guerres et de mort va-t-il finir, l’auteur
de la 2è lettre de Pierre nous dit de ne pas
faire comme les fondamentalistes bibliques
qui cherchent une réponse au Quand?,
mais plutôt chercher une réponse au Quoi
faire en attendant?. Il nous dit :
« Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir
sa promesse, comme le pensent certaines
personnes; c’est pour vous qu’il patiente :
car il n’accepte pas d’en laisser
quelques-uns se perdre; mais il veut que
tous aient le temps de se convertir » (2
P 3,9). Pour les fondamentalistes comme les
témoins de Jéhovah et les Baptistes
évangéliques, il rappelle : « Il y a une
chose que vous ne devez pas oublier : pour
le Seigneur, un seul jour est comme mille
ans, et mille ans sont comme un seul jour »
(2 P 3,8). Ce qui veut dire : arrêtez de
chercher la date de la fin du monde ou du
retour du Christ; levez vos manches et
travaillez en attendant, car la fin dépend
de nous. Le salut n’est pas que personnel et
individuel; il est aussi collectif et
communautaire, d’où l’importance de nous
engager à faire de notre monde un monde plus
juste et plus fraternel : « Car ce que
nous attendons, selon la promesse du
Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre
nouvelle où résidera
la Justice » (2 P
3,13). Ce ciel nouveau ne nous tombera pas
sur la tête et la terre nouvelle nous est
confiée.
En terminant, je voudrais simplement vous citer
l’exégète français Édouard Cothenet qui nous dit
qu’une promesse ne peut être faite que si on
s’engage à la réaliser : « S’il vous plaît,
ne faites pas de promesses! Ne promettez rien ni
à ceux qui sont exilés sous le regard lâche des
nations réfugiées derrière le devoir de
non-ingérence, ni à ceux qui se racornissent de
faim sur leur terres craquelées de mort, ni à
ceux qui ne voient arriver aucune raison
d’espérer encore, ni à ceux qui tendent le cœur
pour mendier des quignons d’amour, ni à ceux qui
se sentent définitivement cimentés à la misère,
ni à ceux qu’on a exclus de la communauté…Ne
promettez rien ou alors mettez-vous au travail
avec Celui-là qui s’est avancé perdant sa vie et
payant de son sang pour tenir
la Promesse
qu’il avait faite : Je viens pour vous sauver.
Les promesses n’ont de sens que si on les
réalise! »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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