Culture et Foi > Dossiers > Homélies > Avent 2 (C) : 6 décembre 2009

Avent 2 (C) : 6 décembre 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Ba 5,1-9
2ème lecture :  Ph 1,4-6.8-11
Évangile :  Lc 3,1-6

Dieu tient parole : sa lumière se lève!

La semaine passée, l’Avent avait commencé avec les paroles de Jésus, dans l’évangile de Luc, sur sa venue (Lc 21). Aujourd’hui, en ce 2ème dimanche de l’Avent, on revient au début de l’évangile de Luc, où l’auteur nous annonce une Bonne Nouvelle : « Tout homme verra le salut de Dieu » (Lc 3,6). Cependant, il y a une condition : pour être accueilli, le salut réclame la conversion. Mais en quoi consiste cette conversion? On le verra la semaine prochaine, au 3ème dimanche de l’Avent, mais aujourd’hui, comment nous y préparer, à partir des textes bibliques qui nous sont proposés?

1.       Aller au désert. Marc, Matthieu et Luc nous invitent à aller au désert pour entendre la parole d’un prophète : Jean le Baptiste qui annonce la venue d’un monde nouveau, à travers ce Jésus de Nazareth, qu’on a reconnu comme Christ et Seigneur à Pâques, puisque les trois évangiles ont été écrits après Pâques. Mais chacun le fait différemment. Marc dit simplement : « Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés » (Mc 1,4). Matthieu, lui, dit seulement : « En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée :’’Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché!’’ » (Mt 3,1-2. Luc, lui, situe le personnage de Jean dans l’histoire mondiale, car c’est toute l’histoire du monde qui est en jeu : « L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée, son frère Philippe, prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias, prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie » (Lc 3,1-2).

Ce qui veut dire que pour Luc, la parole de Dieu s’exprime, non pas à travers les grands de ce monde, qu’ils soient chefs politiques ou religieux, ni non plus dans le brouhaha des grandes villes, mais à travers un inconnu, un pauvre prophète, dans le silence du désert. En nommant tous les dirigeants du monde de son époque, Luc veut nous dire aussi que l’appel du Baptiste s’adresse à tous et non pas seulement aux Juifs. On a là un clin d’œil à l’universalité du salut offert par le Christ de Pâques.

Et si on se rend au désert, c’est pour entendre le prophète proclamer un baptême de conversion. On verra la semaine prochaine en quoi consiste cette conversion. En attendant, il faut entrer dans le désert, ce lieu de silence et de dénuement, pour prendre conscience de la nécessité de se convertir, en empruntant un chemin nouveau : « À travers le désert, une voie crie : ‘’Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route’’ » (Lc 3,4). En d’autres mots, si on veut rencontrer Dieu dans notre vie, c’est dans le désert qu’on peut le faire, sur le chemin préparé par nous, mais déjà tracé par Dieu lui-même : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies » (Lc 3,5). Dans le fond, pour qu’il y ait rencontre, il nous faut prendre la route et marcher…

2.       Marcher. Après l’Exil, le prophète Isaïe invitait le peuple de Dieu à prendre le chemin de la libération (Is 40,3-5). Dans un poème écrit vers 539 avant notre ère, le prophète demandait que l’on prépare le chemin dans le désert; le Seigneur prendrait la tête du cortège qui ramènerait à Jérusalem les Juifs exilés à Babylone. En 1ère lecture aujourd’hui, le prophète Baruc relit ce passage d’Isaïe, trois siècles plus tard, pour annoncer, à nouveau, la libération du Peuple de Dieu, parce que celle-ci n’est toujours pas arrivée, et comme le peuple commence à désespérer, Baruc rappelle avec force la promesse de libération qui avait été prononcée par le prophète Isaïe : « Debout Jérusalem! Tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du levant au couchant par la parole du Dieu Saint; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient » (Ba 5,5).

Quand les évangélistes relisent, à leur tour, cette prophétie d’Isaïe reprise par Baruc, ils réalisent, eux aussi, que la promesse n’est toujours pas réalisée, et c’est pourquoi, ils invitent tous les hommes et toutes les femmes, à travers le prophète Jean-Baptiste, à marcher sur le chemin que Jésus prendra pour les conduire à une libération définitive. Par ailleurs, comme la liberté n’est toujours pas acquise, même après Pâques, saint Paul, dans sa lettre aux Philippiens, dont nous avons un extrait aujourd’hui, dit : « Dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui vous feront discerner ce qui est plus important. Ainsi, dans la droiture, vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ » (Ph 1,9-10). Mais qu’en est-il aujourd’hui?

3.       Espérer. Deux mille ans après l’événement de Pâques, nous sommes toujours invités à entrer dans le désert et à marcher, car notre libération n’est toujours pas complétée. Ce n’est pas pour rien, qu’à chaque année, nous vivons ce temps de l’Avent qui nous prépare à célébrer Noël, la fête par excellence du Christ ressuscité qui veut renaître encore aujourd’hui, afin de nous libérer définitivement. Ce n’est pas dans la tristesse et dans la peur qu’on doit marcher; le prophète Baruc nous le redit aujourd’hui : « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours » (Ba 5,1). C’est dans la joie et l’espérance qu’on doit marcher : « Car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, lui donnant comme escorte sa miséricorde et sa justice » (Ba 5,9).

Cependant, comme Dieu a besoin de nous pour exprimer sa miséricorde et sa justice, à chaque fois que nous cautionnons les situations de violence, d’injustice et d’inégalité dans la société et dans l’Église, à toutes les fois où nous dépouillons des hommes et des femmes de leur dignité et de leur droit de vivre leur différence, et quand nous condamnons à l’exclusion les marginaux, les petits et les blessés de la vie, nous refusons à Dieu d’être Dieu, nous retardons notre libération et nous empêchons le Christ de naître aujourd’hui. C’est ce qui faisait dire à Gandhi : « En lisant l’histoire du Christ, il me semble que le christianisme reste encore à réaliser. En effet, bien que nous chantions : Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre, il n’y a aujourd’hui ni gloire de Dieu ni paix sur la terre. Aussi longtemps que cela reste une faim encore inassouvie, et tant que nous n’aurons pas déraciné la violence de notre civilisation, le Christ n’est pas encore né ». Il n’en tient qu’à nous de le faire naître…c’est le prix de notre liberté.


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[ RETOUR]

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca