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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ba 5,1-9
2ème lecture : Ph 1,4-6.8-11
Évangile : Lc 3,1-6
Dieu tient parole : sa lumière se lève!
La semaine passée, l’Avent avait commencé avec les paroles de
Jésus, dans l’évangile de Luc, sur sa venue (Lc
21). Aujourd’hui, en ce 2ème dimanche de
l’Avent, on revient au début de l’évangile de
Luc, où l’auteur nous annonce une Bonne
Nouvelle : « Tout homme verra le salut de
Dieu » (Lc 3,6). Cependant, il y a une
condition : pour être accueilli, le salut
réclame la conversion. Mais en quoi
consiste cette conversion? On le verra la
semaine prochaine, au 3ème dimanche de l’Avent,
mais aujourd’hui, comment nous y préparer, à
partir des textes bibliques qui nous sont
proposés?
1.
Aller au désert.
Marc, Matthieu et Luc nous invitent à aller au
désert pour entendre la parole d’un prophète :
Jean le Baptiste qui annonce la venue d’un monde
nouveau, à travers ce Jésus de Nazareth, qu’on a
reconnu comme Christ et Seigneur à Pâques,
puisque les trois évangiles ont été écrits après
Pâques. Mais chacun le fait différemment. Marc
dit simplement : « Jean le Baptiste parut
dans le désert, proclamant un baptême de
conversion en vue du pardon des péchés » (Mc
1,4). Matthieu, lui, dit seulement : « En ces
jours-là, paraît Jean le Baptiste, proclamant
dans le désert de Judée :’’Convertissez-vous :
le Règne des cieux s’est approché!’’ » (Mt
3,1-2. Luc, lui, situe le personnage de Jean
dans l’histoire mondiale, car c’est toute
l’histoire du monde qui est en jeu : « L’an
quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce
Pilate étant gouverneur de
la Judée, Hérode, prince de Galilée, son frère Philippe, prince du pays d’Iturée
et de Traconitide, Lysanias, prince d’Abilène,
les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la
parole de Dieu fut adressée dans le désert à
Jean, fils de Zacharie »
(Lc 3,1-2).
Ce qui veut
dire que pour Luc, la parole de Dieu s’exprime,
non pas à travers les grands de ce monde, qu’ils
soient chefs politiques ou religieux, ni non
plus dans le brouhaha des grandes villes, mais à
travers un inconnu, un pauvre prophète, dans le
silence du désert. En nommant tous les
dirigeants du monde de son époque, Luc veut nous
dire aussi que l’appel du Baptiste s’adresse à
tous et non pas seulement aux Juifs. On a là un
clin d’œil à l’universalité du salut offert par
le Christ de Pâques.
Et si on se
rend au désert, c’est pour entendre le prophète
proclamer un baptême de conversion. On verra la
semaine prochaine en quoi consiste cette
conversion. En attendant, il faut entrer dans le
désert, ce lieu de silence et de dénuement, pour
prendre conscience de la nécessité de se
convertir, en empruntant un chemin nouveau :
« À travers le désert, une voie crie :
‘’Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa
route’’ » (Lc 3,4). En d’autres mots, si on
veut rencontrer Dieu dans notre vie, c’est dans
le désert qu’on peut le faire, sur le chemin
préparé par nous, mais déjà tracé par Dieu
lui-même : « Tout ravin sera comblé, toute
montagne et toute colline seront abaissées; les
passages tortueux deviendront droits, les routes
déformées seront aplanies » (Lc 3,5). Dans
le fond, pour qu’il y ait rencontre, il nous
faut prendre la route et marcher…
2.
Marcher.
Après l’Exil, le prophète Isaïe invitait le
peuple de Dieu à prendre le chemin de la
libération (Is 40,3-5). Dans un poème écrit vers
539 avant notre ère, le prophète demandait que
l’on prépare le chemin dans le désert; le
Seigneur prendrait la tête du cortège qui
ramènerait à Jérusalem les Juifs exilés à
Babylone. En 1ère lecture aujourd’hui, le
prophète Baruc relit ce passage d’Isaïe, trois
siècles plus tard, pour annoncer, à nouveau, la
libération du Peuple de Dieu, parce que celle-ci
n’est toujours pas arrivée, et comme le peuple
commence à désespérer, Baruc rappelle avec force
la promesse de libération qui avait été
prononcée par le prophète Isaïe : « Debout
Jérusalem! Tiens-toi sur la hauteur, et regarde
vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du
levant au couchant par la parole du Dieu Saint;
ils se réjouissent parce que Dieu se souvient »
(Ba 5,5).
Quand les
évangélistes relisent, à leur tour, cette
prophétie d’Isaïe reprise par Baruc, ils
réalisent, eux aussi, que la promesse n’est
toujours pas réalisée, et c’est pourquoi, ils
invitent tous les hommes et toutes les femmes, à
travers le prophète Jean-Baptiste, à marcher sur
le chemin que Jésus prendra pour les conduire à
une libération définitive. Par ailleurs, comme
la liberté n’est toujours pas acquise, même
après Pâques, saint Paul, dans sa lettre aux
Philippiens, dont nous avons un extrait
aujourd’hui, dit : « Dans ma prière, je
demande que votre amour vous fasse progresser de
plus en plus dans la connaissance vraie et la
parfaite clairvoyance qui vous feront discerner
ce qui est plus important. Ainsi, dans la
droiture, vous marcherez sans trébucher vers le
jour du Christ » (Ph 1,9-10). Mais qu’en
est-il aujourd’hui?
3.
Espérer.
Deux mille ans après l’événement de Pâques, nous
sommes toujours invités à entrer dans le désert
et à marcher, car notre libération n’est
toujours pas complétée. Ce n’est pas pour rien,
qu’à chaque année, nous vivons ce temps de
l’Avent qui nous prépare à célébrer Noël, la
fête par excellence du Christ ressuscité qui
veut renaître encore aujourd’hui, afin de nous
libérer définitivement. Ce n’est pas dans la
tristesse et dans la peur qu’on doit marcher; le
prophète Baruc nous le redit aujourd’hui :
« Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de
misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu
pour toujours » (Ba 5,1). C’est dans la joie
et l’espérance qu’on doit marcher : « Car
Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière
de sa gloire, lui donnant comme escorte sa
miséricorde et sa justice » (Ba 5,9).
Cependant,
comme Dieu a besoin de nous pour exprimer sa
miséricorde et sa justice, à chaque fois que
nous cautionnons les situations de violence,
d’injustice et d’inégalité dans la société et
dans l’Église, à toutes les fois où nous
dépouillons des hommes et des femmes de leur
dignité et de leur droit de vivre leur
différence, et quand nous condamnons à
l’exclusion les marginaux, les petits et les
blessés de la vie, nous refusons à Dieu d’être
Dieu, nous retardons notre libération et nous
empêchons le Christ de naître aujourd’hui. C’est
ce qui faisait dire à Gandhi : « En lisant
l’histoire du Christ, il me semble que le
christianisme reste encore à réaliser. En effet,
bien que nous chantions : Gloire à Dieu dans les
cieux et paix sur la terre, il n’y a aujourd’hui
ni gloire de Dieu ni paix sur la terre. Aussi
longtemps que cela reste une faim encore
inassouvie, et tant que nous n’aurons pas
déraciné la violence de notre civilisation, le
Christ n’est pas encore né ». Il n’en tient
qu’à nous de le faire naître…c’est le prix de
notre liberté.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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