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Réf. Bibliques :
1ère lecture : Is 61,1-2a.10-11
2ème lecture : 1 Th
5,16-24
Évangile : Jn
1,6-8.19-28
Le 3ème dimanche de l’Avent est le dimanche de
la Joie. Toutes les lectures en font état. Mais
a-t-on raison de se réjouir? En ce temps de
récession, où des gens perdent leur emploi, où
des personnes âgées voient fondre leur revenu de
retraite, où des jeunes entrevoient leur avenir
plutôt sombre, où des guerres et des conflits
sévissent un peu partout sur la
planète…avons-nous le cœur à la Joie? Je
répondrais oui, en autant qu’il nous est encore
possible de renaître à l’espérance, et pour
renaître à l’espérance, nous avons besoin de
prophètes pour nous indiquer la voie à suivre,
la lumière à discerner…Et c’est encore possible
aujourd’hui, puisque le Christ est venu, il
vient et il viendra…
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Mais quels prophètes?
À quoi peuvent bien servir les prophètes? À
prédire l’avenir et à annoncer des malheurs?
Non! Ceux-là sont des devins et non pas des
prophètes. Mais qui sont-ils au juste, les
prophètes? La 1ère lecture et
l’évangile d’aujourd’hui nous en donnent un
portrait de ce qu’est un vrai prophète. Dans
le livre du 3è Isaïe, l’auteur qui est sans
doute un prêtre, puisque nous sommes à la
fin du 6è siècle avant le Christ, après
l’Exil, sous la domination perse…et comme, à
cette époque, il n’y a pas de roi en Israël,
ce sont les prêtres qui dirigent le pays,
qui reçoivent l’onction et qui ont pour
mission, la responsabilité d’accompagner le
peuple. Le prêtre est donc un messie-oint.
Et celui qui nous parle dans la 1ère
partie de la 1ère lecture
aujourd’hui, se dit investi de l’Esprit du
Seigneur (Is 61,1a), et sa mission consiste
à prendre la défense des pauvres, des
petits, des exclus et des blessés de la
vie : « Il m’a envoyé porter la bonne
nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le
cœur brisé, annoncer aux prisonniers la
délivrance, et aux captifs la liberté »
(Is 61,1b).
Le prêtre-prophète n’est rien d’autre que le porte-parole du
Dieu de l’Alliance, qui veut rétablir sa
Justice en des temps plutôt difficiles : Au
retour d’Exil, les pauvres qui ont tout
perdu sont nombreux, les endeuillés qui ont
perdu des êtres chers sont légions et les
prisonniers politiques et autres sont aussi
très nombreux. Le prêtre-prophète n’attend
pas passivement que Dieu intervienne en
faveur de son peuple; il agit lui-même en
décrétant une années de bienfaits (Is 61,2)
pour le peuple, c’est-à-dire une année
sabbatique et jubilaire.
Année sabbatique
et jubilaire : Tous les 7 ans, Israël avait
institué cette coutume où on assistait à la
remise des dettes, au repos de la terre et à
la libération des esclaves. Comme cette
pratique ne faisait pas l’affaire des riches
et des puissants, on institua aussi une
année jubilaire tous les 49 ans,
c’est-à-dire 7 fois 7 ans, où on remettait
les compteurs à zéro, pour remédier aux
inégalités persistantes.
Selon Isaïe, le vrai prophète, est celui qui restaure
la Justice de Dieu en faveur des pauvres,
des petits, des exclus et des blessés de la
vie. ;
Dans l’évangile de saint Jean, le vrai prophète est aussi
celui qui est le porte-parole de Dieu, un
témoin de
la Lumière : « Il était venu comme
témoin, pour rendre témoignage à la lumière,
afin que tous croient par lui » (Jn
1,7). Mais lorsqu’on lui demande de se
définir, il s’efface pour faire place à
Celui qui est Lumière et dont il veut
témoigner. Par ailleurs, le prophète n’est
pas passif pour autant, puisqu’il invite les
gens à la conversion et il les baptise dans
le Jourdain : « Moi je vous baptise dans
l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui
que vous ne connaissez pas : c’est lui qui
vient derrière moi, et je ne suis même pas
digne de défaire la courroie de sa sandale »
(Jn 1,26-27).
L’évangéliste Jean veut remettre les pendules à l’heure,
quant à la place de Jean-Baptiste et celle
de Jésus pour les premiers chrétiens.
Jean-Baptiste est le prophète qui annonce le
Messie : Jésus Christ. Jean-Baptiste ne se
définit pas; il s’efface pour laisser toute
la place à Jésus : « Il faut qu’il
grandisse et que moi, je diminue » (Jn
3,30). Ce n’est pas pour rien que l’Église
célèbre
la Nativité de Jean-Baptiste le 24 juin, au
moment du solstice d’été, où le soleil
commence à descendre à l’horizon, dans
l’hémisphère nord, et celle de Jésus le 25
décembre, au moment du solstice d’hiver, là
où le soleil commence à monter et à
réchauffer la terre.
C’est évident qu’il y a eu conflit entre Jean-Baptiste et
Jésus chez les premiers chrétiens. Lequel
est le Messie? Saint Augustin, au 4ème
siècle commente ce conflit : « Il est
difficile de distinguer la parole de la
voix, et c’est pourquoi on a pris Jean pour
le Christ. On a pris la voix pour la parole;
mais la voix s’est fait connaître afin de ne
pas faire obstacle à la parole : Je ne
suis pas le Messie, ni Élie, ni le Prophète.
On lui répliqua : Qui es-tu donc?
Il répond : Je suis la voix qui crie à
travers le désert…La voix qui crie à
travers le désert, c’est la voix qui rompt
le silence. Préparez la route pour le
Seigneur, cela revient à dire : Moi, je
retentis pour faire entrer le Seigneur dans
le cœur; mais il ne daignera pas y venir, si
vous ne préparez pas la route. Jean nous
donne un exemple d’humilité. On le prend
pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas
ce qu’on pense, et il ne profite pas de
l’erreur d’autrui pour se faire valoir ».
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Mais quels prophètes aujourd’hui?
À la lumière des textes bibliques qui nous
sont proposés, quels prophètes avons-nous
besoin aujourd’hui, pour renaître à
l’espérance et éprouver la Joie de Noël?
Dans un monde de plus en plus sécularisé, le
prophète d’aujourd’hui peut-il encore
révéler la présence de Dieu et annoncer son
Règne de Justice et de vérité? Je pense que
oui! Mais, il lui faut d’abord reconnaître
que personne ne détient la vérité et que
l’Esprit Saint agit à travers les hommes et
les femmes de notre temps, et non pas
seulement à travers la hiérarchie de
l’Église. Ce qui choque la majorité des
croyants aujourd’hui, c’est l’appropriation
de la vérité par certains dirigeants qui
méprisent la modernité et qui excluent tous
ceux et celles qui cherchent à actualiser le
message évangélique aux réalités et aux
situations de notre temps.
Le prophète d’aujourd’hui qui veut annoncer le Christ
libérateur, doit lutter non seulement contre
l’intégrisme laïque qui l’empêche de parler,
mais aussi contre l’intégrisme religieux qui
lui refuse d’être porte-parole du Christ
ressuscité, jusqu’à l’exclure de l’Église,
s’il persiste à en témoigner. Et pourtant,
rétablir
la Justice aujourd’hui, doit se faire malgré
ces menaces de rejet, d’exclusion et de
condamnation qui pèsent sur les nouveaux
prophètes. La parole de saint Paul, en 2ème
lecture aujourd’hui, est plus vraie encore :
« N’éteignez pas l’Esprit, ne repoussez
pas les prophètes, mais discernez la valeur
de toute chose » (1 Th 5,19-21a). Reste
à savoir maintenant, ce qui est juste, ce
qui est vrai et ce qui est lumière pour nous
aujourd’hui. Il faut être attentifs aux
signes des temps.
En terminant, le théologien Marcel Metzger disait : « Les
prophètes sont encore nécessaires! Nous ne
sommes que dans les temps intermédiaires : entre
ce Jour de Dieu, où la mort a été vaincue par
la Résurrection, et ce Jour de Dieu, encore à venir, qui manifestera le ciel nouveau et
la terre nouvelle…L’Esprit du Seigneur est sur
nous, il nous envoie annoncer l’Évangile, avec
son message de Joie, mais aussi ses mises en
garde, lorsque le salut est mis en échec ou
lorsque le bonheur est confisqué par une
minorité qui se croit supérieure et propriétaire
de la vérité sur Dieu et sur le monde. L’Esprit
nous envoie : aplanissez le chemin du
Seigneur! »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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