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Avent 3 (B) : 14 décembre 2008
Renaître à l’espérance…

Raymond Gravel, prêtre

 

 


 

Réf. Bibliques :    1ère lecture : Is 61,1-2a.10-11

                            2ème lecture : 1 Th 5,16-24

                            Évangile : Jn 1,6-8.19-28

Le 3ème dimanche de l’Avent est le dimanche de la Joie. Toutes les lectures en font état. Mais a-t-on raison de se réjouir? En ce temps de récession, où des gens perdent leur emploi, où des personnes âgées voient fondre leur revenu de retraite, où des jeunes entrevoient leur avenir plutôt sombre, où des guerres et des conflits sévissent un peu partout sur la planète…avons-nous le cœur à la Joie? Je répondrais oui, en autant qu’il nous est encore possible de renaître à l’espérance, et pour renaître à l’espérance, nous avons besoin de prophètes pour nous indiquer la voie à suivre, la lumière à discerner…Et c’est encore possible aujourd’hui, puisque le Christ est venu, il vient et il viendra…

  1. Mais quels prophètes? À quoi peuvent bien servir les prophètes? À prédire l’avenir et à annoncer des malheurs? Non! Ceux-là sont des devins et non pas des prophètes. Mais qui sont-ils au juste, les prophètes? La 1ère lecture et l’évangile d’aujourd’hui nous en donnent un portrait de ce qu’est un vrai prophète. Dans le livre du 3è Isaïe, l’auteur qui est sans doute un prêtre, puisque nous sommes à la fin du 6è siècle avant le Christ, après l’Exil, sous la domination perse…et comme, à cette époque, il n’y a pas de roi en Israël, ce sont les prêtres qui dirigent le pays, qui reçoivent l’onction et qui ont pour mission, la responsabilité d’accompagner le peuple. Le prêtre est donc un messie-oint. Et celui qui nous parle dans la 1ère partie de la 1ère lecture aujourd’hui, se dit investi de l’Esprit du Seigneur (Is 61,1a), et sa mission consiste à prendre la défense des pauvres, des petits, des exclus et des blessés de la vie : « Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance, et aux captifs la liberté » (Is 61,1b).

Le prêtre-prophète n’est rien d’autre que le porte-parole du Dieu de l’Alliance, qui veut rétablir sa Justice en des temps plutôt difficiles : Au retour d’Exil, les pauvres qui ont tout perdu sont nombreux, les endeuillés qui ont perdu des êtres chers sont légions et les prisonniers politiques et autres sont aussi très nombreux. Le prêtre-prophète n’attend pas passivement que Dieu intervienne en faveur de son peuple; il agit lui-même en décrétant une années de bienfaits (Is 61,2) pour le peuple, c’est-à-dire une année sabbatique et jubilaire.

Année sabbatique et jubilaire :  Tous les 7 ans, Israël avait institué cette coutume où on assistait à la remise des dettes, au repos de la terre et à la libération des esclaves. Comme cette pratique ne faisait pas l’affaire des riches et des puissants, on institua aussi une année jubilaire tous les 49 ans, c’est-à-dire 7 fois 7 ans, où on remettait les compteurs à zéro, pour remédier aux inégalités persistantes.

Selon Isaïe, le vrai prophète, est celui qui restaure la Justice de Dieu en faveur des pauvres, des petits, des exclus et des blessés de la vie. ;

Dans l’évangile de saint Jean, le vrai prophète est aussi celui qui est le porte-parole de Dieu, un témoin de la Lumière : « Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui » (Jn 1,7). Mais lorsqu’on lui demande de se définir, il s’efface pour faire place à Celui qui est Lumière et dont il veut témoigner. Par ailleurs, le prophète n’est pas passif pour autant, puisqu’il invite les gens à la conversion et il les baptise dans le Jourdain : « Moi je vous baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale » (Jn 1,26-27).

L’évangéliste Jean veut remettre les pendules à l’heure, quant à la place de Jean-Baptiste et celle de Jésus pour les premiers chrétiens. Jean-Baptiste est le prophète qui annonce le Messie : Jésus Christ. Jean-Baptiste ne se définit pas; il s’efface pour laisser toute la place à Jésus : « Il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue » (Jn 3,30). Ce n’est pas pour rien que l’Église célèbre la Nativité de Jean-Baptiste le 24 juin, au moment du solstice d’été, où le soleil commence à descendre à l’horizon, dans l’hémisphère nord, et celle de Jésus le 25 décembre, au moment du solstice d’hiver, là où le soleil commence à monter et à réchauffer la terre.

C’est évident qu’il y a eu conflit entre Jean-Baptiste et Jésus chez les premiers chrétiens. Lequel est le Messie? Saint Augustin, au 4ème siècle commente ce conflit : « Il est difficile de distinguer la parole de la voix, et c’est pourquoi on a pris Jean pour le Christ. On a pris la voix pour la parole; mais la voix s’est fait connaître afin de ne pas faire obstacle à la parole : Je ne suis pas le Messie, ni Élie, ni le Prophète. On lui répliqua : Qui es-tu donc? Il répond : Je suis la voix qui crie à travers le désert…La voix qui crie à travers le désert, c’est la voix qui rompt le silence. Préparez la route pour le Seigneur, cela revient à dire : Moi, je retentis pour faire entrer le Seigneur dans le cœur; mais il ne daignera pas y venir, si vous ne préparez pas la route. Jean nous donne un exemple d’humilité. On le prend pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas ce qu’on pense, et il ne profite pas de l’erreur d’autrui pour se faire valoir ».

  1. Mais quels prophètes aujourd’hui? À la lumière des textes bibliques qui nous sont proposés, quels prophètes avons-nous besoin aujourd’hui, pour renaître à l’espérance et éprouver la Joie de Noël? Dans un monde de plus en plus sécularisé, le prophète d’aujourd’hui peut-il encore révéler la présence de Dieu et annoncer son Règne de Justice et de vérité? Je pense que oui! Mais, il lui faut d’abord reconnaître que personne ne détient la vérité et que l’Esprit Saint agit à travers les hommes et les femmes de notre temps, et non pas seulement à travers la hiérarchie de l’Église. Ce qui choque la majorité des croyants aujourd’hui, c’est l’appropriation de la vérité par certains dirigeants qui méprisent la modernité et qui excluent tous ceux et celles qui cherchent à actualiser le message évangélique aux réalités et aux situations de notre temps.

Le prophète d’aujourd’hui qui veut annoncer le Christ libérateur, doit lutter non seulement contre l’intégrisme laïque qui l’empêche de parler, mais aussi contre l’intégrisme religieux qui lui refuse d’être porte-parole du Christ ressuscité, jusqu’à l’exclure de l’Église, s’il persiste à en témoigner. Et pourtant, rétablir la Justice aujourd’hui, doit se faire malgré ces menaces de rejet, d’exclusion et de condamnation qui pèsent sur les nouveaux prophètes. La parole de saint Paul, en 2ème lecture aujourd’hui, est plus vraie encore : « N’éteignez pas l’Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose »  (1 Th 5,19-21a). Reste à savoir maintenant, ce qui est juste, ce qui est vrai et ce qui est lumière pour nous aujourd’hui. Il faut être attentifs aux signes des temps.

En terminant, le théologien Marcel Metzger disait : « Les prophètes sont encore nécessaires! Nous ne sommes que dans les temps intermédiaires : entre ce Jour de Dieu, où la mort a été vaincue par la Résurrection, et ce Jour de Dieu, encore à venir, qui manifestera le ciel nouveau et la terre nouvelle…L’Esprit du Seigneur est sur nous, il nous envoie annoncer l’Évangile, avec son message de Joie, mais aussi ses mises en garde, lorsque le salut est mis en échec ou lorsque le bonheur est confisqué par une minorité qui se croit supérieure et propriétaire de la vérité sur Dieu et sur le monde. L’Esprit nous envoie : aplanissez le chemin du Seigneur! »

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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