|
Réf. Bibliques : 1ère lecture : So 3,14-18a
2ème lecture : Ph 4,4-7
Évangile : Lc 3,10-18
Dieu tient parole : sa lumière se lève !
Comme dimanche passé, l’évangile nous met en présence de la
figure de Jean-Baptiste, figure qui commence à
s’effacer devant le Messie : « Il vient celui
qui est plus puissant que moi » (Lc 3,16b).
Voilà
la Bonne Nouvelle, qui fait de ce dimanche, le
dimanche de la joie. Joie faite de
sérénité, de paix, de confiance. En ce dimanche,
milieu de l’Avent, c’est déjà la clarté de Noël
qui nous illumine… Mais au fait, y’aura-t-il un
Noël cette année? Il en dépend de notre
conversion!
1.
Qu’est-ce que Noël?
C’est une fête païenne romaine christianisée au
4ème siècle. C’est la fête de la lumière : la
victoire du jour sur la nuit. C’est l’avènement
du Christ ressuscité, lumière pour tous les
chrétiens du monde, qui naît et qui renaît en
chacun(e) de nous pour que l’on devienne Lui,
c’est-à-dire Christ ressuscité. Comme Église,
comme chrétiens, ressemblons-nous au Christ des
évangiles? Devant les situations de guerres, de
torture, de conflits, d’injustice, d’inégalité,
de pauvreté, de scandales économiques et
sexuels, quelle est l’attitude de ceux et celles
qui se préparent à fêter Noël? Cette attitude
reflète-t-elle celle du Christ? N’oublions
surtout pas que le Christ ne condamne jamais :
il dénonce, il interpelle, il brasse la cage aux
dirigeants, il pardonne, il fait miséricorde, il
prend le parti des petits, des mal aimés, des
exclus. Ce Christ peut-il renaître aujourd’hui?
En 1ère
lecture aujourd’hui, un prophète du 6ème siècle
avant le Christ qui se fait passer pour Sophonie
qui lui a écrit au 7ème siècle avant notre ère,
a beau invité son peuple à la joie après le
retour d’Exil : « Le Seigneur ton Dieu est en
toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te
renouvellera par son amour; il dansera pour toi
avec des cris de joie, comme aux jours de fête »
(So 3,17), l’histoire nous a démontré que
cette libération fut de courte durée et que les
situations de violence et d’injustice prendront
le dessus et la tristesse sera encore au
rendez-vous; de sorte qu’au 1er siècle de notre
ère, un autre prophète, Jean-Baptiste annoncera
l’arrivée d’un Messie politique qui viendra
faire maison nette : « Il tient à la main la
pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre
le blé, et il amassera le grain dans son
grenier; quant à la paille, il la brûlera dans
un feu qui ne s’éteint pas » (Lc 3,17).
Encore une fois, ce sera la déception, car ce
Messie annoncé par Jean ne viendra jamais.
Le
théologien français Gérard Bessière écrit :
« Jean ne laisse planer aucun doute : il ne fait
qu’annoncer celui qui baptisera dans l’Esprit
saint et dans le feu. Mais Jésus ne sera pas le
moissonneur qui vanne le blé et brûle la paille.
Il se présentera comme le semeur de la plus
modeste des semences, il refusera d’arracher
l’ivraie, il sera lui-même le grain jeté dans
les sillons sanglants de l’histoire… Que faire?
Il avait parlé d’un Royaume divin vers lequel on
marche en aimant et en pardonnant ». C’est
donc lui qu’on doit accueillir à Noël! Non pas
le Messie super puissant qui peut transformer le
monde d’un coup de baguette magique, mais celui
qui est venu prendre le parti des pauvres, des
petits, des blessés de la vie, des exclus, afin
qu’ils retrouvent leur dignité et que soit
rétablie la justice.
Donc, pour
célébrer Noël cette année, il nous faut nous
convertir pour ressembler davantage au Christ
des évangiles, afin de le porter au monde
d’aujourd’hui. Pour ce faire, on peut suivre les
recommandations de Jean-Baptiste, même s’il
s’est trompé sur le but de la mission du Messie;
de sorte qu’un peu plus loin dans l’évangile de
Luc, Jean-Baptiste envoie l’un de ses disciples
demander à Jésus : « Es-tu Celui qui vient ou
devons-nous en attendre un autre? » (Lc
7,19). La réponse du Jésus de Luc est claire :
« Il répondit aux envoyés : Allez rapporter à
Jean ce que vous avez vu et entendu : les
aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent
droit, les lépreux sont purifiés et les sourds
entendent, les morts ressuscitent, la bonne
nouvelle est annoncée aux pauvres » (Lc
7,22). Même Jean a dû se convertir…mais quelles
sont ses recommandations dans l’évangile
d’aujourd’hui?
2.
La conversion.
Jean-Baptiste n’y va pas par quatre chemins avec
ceux qui lui demandent le baptême. Il dénonce
avec vigueur les faux semblants. Il vient de
dire à ceux qui se vantent d’être les enfants
d’Abraham : « Produisez donc des fruits qui
témoignent de votre conversion » (Lc 3,8a).
Et cette conversion, elle s’adresse à tous : les
foules, donc les gens simples, les publicains,
les collecteurs d’impôt, ces hommes sans
scrupule qui volent les pauvres et qui
collaborent avec l’occupant romain, et les
soldats qui défendent le régime oppressif de
Rome et qui font preuve de cruauté envers les
petits et les blessés de la vie. À chacun de ces
groupes, Jean-Baptiste fait des
recommandations : les foules, il les invite au
partage avec les pauvres : « Celui qui a deux
vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a
pas; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse
de même! » (Lc 3,11). Des publicains, il
exige la justice et l’honnêteté : « N’exigez
rien de plus que ce qui vous est fixé » (Lc
3,13). Et aux soldats, il demande de respecter
la dignité des personnes et de ne pas abuser de
leur pouvoir par la violence : « Ne faites ni
violence ni tort à personne; et contentez-vous
de votre solde » (Lc 3,14).
Dans le
fond, la conversion consiste à faire preuve
d’humanité envers tout le monde, à redonner la
dignité aux marginaux, aux exclus et aux mal
aimés, et à rétablir la justice pour les pauvres
et les démunis. Il faut passer de la parole aux
actes; sinon, nous retardons la naissance du
Christ dans notre monde. Aussi, il nous faut
réaliser qu’il ne s’agit pas tant de faire
des choses, que d’être ce que nous
faisons. Par exemple, pour faire la paix dans le
monde, il nous faut être des hommes et des
femmes de paix, de compassion, de miséricorde et
de pardon. Si nous voulons rétablir la justice,
il nous faut d’abord être justes nous-mêmes;
sans cela, la justice est impossible à réaliser.
On ne peut faire que ce que nous sommes.
En terminant, je vous propose cette belle réflexion de
l’exégète français Jean Debruynne sur le
faire et l’être : « Que
devons-nous faire? Bien sûr c’est la question
que tout le monde se pose. Mais est-ce bien la
bonne question? Ce qu’il faut faire, la
publicité vous le dit, le discours politique
vous l’assène, la télé le pense pour vous, les
lois le décident à votre place… Si vous ne savez
pas ce qu’il faut faire, téléphonez aux numéros
verts, interrogez internet ou consultez votre
minitel. Mais si c’est d’être qui vous
intéresse, et pas seulement de faire, alors il
est temps de distinguer entre la paille et le
grain. Vous trouverez toujours quelqu’un pour
vous dire ce qu’il faut faire. Vous seul saurez
qui vous êtes vraiment ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR]
|