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Avent 4 (B) : 21 décembre 2008
Renaître à l’espérance!

Raymond Gravel, prêtre

 

 



Réf. Bibliques :    1ère lecture : 2 S 7,1-5.8b-12.14a.16

                            Évangile : Lc 1,26-38

Si on pouvait résumer en une phrase la 1ère lecture et l’évangile d’aujourd’hui, ça pourrait donner ceci : Dieu veut faire sa demeure, sa maison chez nous, en nous. Cependant, il a besoin de nous. Sommes-nous disposés à lui dire oui? Comme on s’approche de Noël, de la naissance du Christ, et que l’évangéliste Marc n’a pas de récit de naissance, nous empruntons chez Luc, son très beau récit de l’annonce à Marie (Lc 1,26-38), récit qui a fait couler beaucoup d’encre. Mon mémoire de Maîtrise portait sur ce récit. En faire une exégèse exhaustive serait un peu lourd, dans une homélie, mais je voudrais simplement apporter quelques conseils dans sa présentation et dans son interprétation, pour ne pas dire n’importe quoi…

  1. Le récit d’enfance de Luc 1-2 : Les 2 premiers chapitres de l’évangile de Luc ont été écrits à la fin de son évangile. Ces récits ne sont pas historiques, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas la prétention de décrire des événements qui se seraient déroulés matériellement parlant dans le temps et dans l’histoire. Ce sont des récits théologiques, fruits d’une longue réflexion de foi sur le mystère de Jésus ressuscité, glorifié, et reconnu par l’Église naissante comme Christ, Seigneur, Messie, Fils de Dieu, Fils de David et Sauveur. C’est évident que les personnages qui font partie de ces récits, on les a matérialisés dans l’histoire, mais il nous faut dépasser cette matérialisation, si on veut comprendre ce que Luc nous raconte et si on veut faire naître une Parole de Dieu aujourd’hui, à partir de ces récits. Pour y arriver, il nous faut actualiser les personnages et l’événement théologique raconté par Luc. Prenons seulement le récit d’aujourd’hui : l’annonce à Marie (Lc 1,26-38).

    1. Marie : Qui est-elle dans l’évangile de Luc? S’agit-il d’une jeune fille de 14-16 ans qui serait la mère de Jésus de Nazareth? Eh bien non! Ce n’est pas l’interprétation qu’il nous faut faire, si on veut comprendre le récit et l’actualiser aujourd’hui. Selon l’exégète français Édouard Cothenet : « À plusieurs reprises, dans son évangile, Luc prend soin de bien distinguer deux niveaux dans la connaissance de Jésus de Nazareth : « Es-tu le Messie? » (Lc 22,67), demande d’abord le grand-prêtre. Puis vient la question : « Es-tu le Fils de Dieu? » (Lc 22,70) ». Ce qui veut dire qu’on ne peut connaître Jésus de Nazareth qu’à partir de sa transformation pascale : sa résurrection. Ça a un impact sur tout l’évangile : de sa conception à sa mort, le Jésus de Luc porte les marques de la Croix et les traces de la Gloire. Ce qui signifie également que les personnages l’entourant ont, eux aussi, subi la transformation de Pâques, dans certains cas, et dans d’autres, ils sont des créations littéraires des auteurs.

      Le personnage de Marie qui nous concerne aujourd’hui, ce n’est pas la jeune fille vierge que la tradition présente comme la mère de Jésus; celle-ci existe sans doute, mais on ne peut le savoir par l’évangile… Marie, en Luc, c’est la Jérusalem nouvelle, la fille de Sion, invitée à la joie messianique (So 3,14; Za 9,9). Elle est donc le symbole du peuple de la nouvelle Alliance, en qui surgit le Salut de Dieu (Is 62,11), le Sauveur et l’espérance messianique d’après l’Exil. Marie, c’est donc l’Église, nouveau peuple de l’Alliance qui devient temple, maison, sein, pour accueillir le Christ qui vient. Aussi, la virginité était la qualité requise pour la fille de Sion, chez le prophète Isaïe (Is 37,22), et le parallèle entre cette jeune fille vierge et l’Église est explicite dans la prière de la Dédicace d’un temple : « Le temple rappelle le mystère de l’Église que le Christ sanctifia de son sang, afin qu’elle se présente à lui comme une épouse radieuse par sa foi, comme une vierge remarquable par son intégrité, comme une mère féconde par la puissance de l’Esprit » (Missel romain

    2. L’Esprit Saint : C’est l’Esprit de Dieu qui préside à la Création du monde; l’Esprit qui plane sur les eaux (Gn 1,2). C’est aussi la Nuée qui, dans le désert, prenait sous son ombre la Demeure de Dieu (Ex 40,35). C’est l’Esprit qui ressuscite Jésus et qui couvre de son ombre la nouvelle demeure du Fils de Dieu : Marie, l’Église : « L’Ange lui répondit : L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1,35). Et puisque l’Esprit créateur est saint, l’enfant sera saint, consacré. C’est un titre donné par l’Église des commencements au Messie de Dieu.

      On est loin de la conception matérielle d’un enfant. L’Esprit, dans la Bible, ne joue pas un rôle de géniteur. L’Esprit donne la vie autrement. Il a présidé à la Création du monde; il préside maintenant à la création du monde nouveau, commencé sur la Croix du Vendredi Saint, au moment où l’évangéliste Luc fait dire à Jésus : « Jésus poussa un grand cri; il dit : Père, entre tes mains je remets mon esprit. Et, sur ces mots, il expira » (Lc 23,46). Pour décrire le rôle véritable de l’Esprit Saint dans la naissance du Christ, je pense que l’évangéliste Jean, dans l’entretien de Jésus avec Nicodème, le décrit très bien : « Jésus dit à Nicodème : En vérité, je te le dis : à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Nicodème lui dit : Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître? Jésus lui répondit : En vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jn 3,3-6).

    3. L’Ange Gabriel : Dans la Bible, un ange, c’est un messager de Dieu, pour dire Dieu lui-même. Gabriel signifie Dieu envoie. Au livre de Daniel, c’est le même ange, le même messager qui est chargé d’annoncer la venue d’un messie-chef à un peuple démoralisé (Dn 9,25). Dans l’évangile de Luc, Gabriel a 2 bonnes nouvelles à annoncer : celle de la naissance de Jean-Baptiste (Lc 1,5-25) et celle de la naissance de Jésus (Lc 1,26-38), l’évangile d’aujourd’hui. On peut donc dire aujourd’hui que l’Ange Gabriel annonce la réalisation des promesses messianiques traditionnelles juives qu’on retrouve, à la fois, chez Daniel (Dn 9,25), chez Isaïe (Is 7,14; 9,6), et en 1ère lecture aujourd’hui, par la bouche du prophète Natan à David : « Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté. Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils » (2 S 7,11b-12.14).

  2. L’annonce à Marie aujourd’hui : En ce 4è dimanche de l’Avent, quelques jours avant Noël, l’annonce de Luc, c’est à toutes les Marie que nous sommes qu’elle est faite aujourd’hui. Sommes-nous prêts à accueillir le Christ en nous, en cette veille de Noël? Dieu décide de faire sa demeure où il veut, mais il a besoin de notre consentement pour naître. Il a besoin de notre Fiat, de notre oui. L’exégète Hyacinthe Vulliez écrit ceci : « L’Ange de Dieu fait aussi éclore le miracle dans le champ de notre vie. Il est envoyé vers chacun pour être le messager de la naissance de Dieu en tout homme. Comme le dit le poète Angelus Silesius, Dieu engendre à tout moment son Fils en toi. Gabriel nous révèle notre véritable origine. Chacun est appelé à recevoir le germe de vie divine, à devenir le lieu, l’être en qui la Parole divine peut à chaque instant prendre chair. Écoutant cette annonce stupéfiante, sommes-nous, comme Marie, assez disponibles intérieurement pour dire simplement : Fiat, oui, qu’il en soit ainsi!, pour laisser Dieu agir en nous? »

Dans la prophétie de Natan, peut-être reste-t-il une chose à réaliser : « Je rendrai stable sa royauté » 2 S 7,12b). Cette stabilité, nous ne l’avons pas encore après 2,000 ans de christianisme. Il y a peut-être trop de oui qui se perdent et trop de non prononcés. Là-dessus, Gandhi, qui n’était même pas chrétien, nous offre une réflexion fort intéressante : « Le Sermon sur la Montagne est tout le christianisme pour celui qui veut vivre une vie chrétienne. En lisant toute l’histoire de cette vie sous ce jour-là, il me semble que le christianisme reste encore à réaliser. En effet, bien que nous chantions : Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre, il n’y a aujourd’hui ni gloire de Dieu ni paix sur la terre. Aussi longtemps que cela reste une faim encore inassouvie, et tant que nous n’aurons pas déraciné la violence de notre civilisation, le Christ n’est pas encore né ».

 

Bonne réflexion
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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