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Réf. Bibliques :
1ère lecture : 2 S 7,1-5.8b-12.14a.16
Évangile : Lc
1,26-38
Si on pouvait résumer en une phrase la 1ère lecture et
l’évangile d’aujourd’hui, ça pourrait donner
ceci : Dieu veut faire sa demeure, sa maison
chez nous, en nous. Cependant, il a besoin de
nous. Sommes-nous disposés à lui dire oui? Comme
on s’approche de Noël, de la naissance du
Christ, et que l’évangéliste Marc n’a pas de
récit de naissance, nous empruntons chez Luc,
son très beau récit de l’annonce à Marie (Lc
1,26-38), récit qui a fait couler beaucoup
d’encre. Mon mémoire de Maîtrise portait sur ce
récit. En faire une exégèse exhaustive serait un
peu lourd, dans une homélie, mais je voudrais
simplement apporter quelques conseils dans sa
présentation et dans son interprétation, pour ne
pas dire n’importe quoi…
-
Le récit d’enfance de Luc 1-2 :
Les 2 premiers chapitres de l’évangile de
Luc ont été écrits à la fin de son évangile.
Ces récits ne sont pas historiques,
c’est-à-dire qu’ils n’ont pas la prétention
de décrire des événements qui se seraient
déroulés matériellement parlant dans le
temps et dans l’histoire. Ce sont des récits
théologiques, fruits d’une longue réflexion
de foi sur le mystère de Jésus ressuscité,
glorifié, et reconnu par l’Église naissante
comme Christ, Seigneur, Messie, Fils de
Dieu, Fils de David et Sauveur. C’est
évident que les personnages qui font partie
de ces récits, on les a matérialisés dans
l’histoire, mais il nous faut dépasser cette
matérialisation, si on veut comprendre ce
que Luc nous raconte et si on veut faire
naître une Parole de Dieu aujourd’hui, à
partir de ces récits. Pour y arriver, il
nous faut actualiser les personnages et
l’événement théologique raconté par Luc.
Prenons seulement le récit d’aujourd’hui :
l’annonce à Marie (Lc 1,26-38).
-
Marie :
Qui est-elle dans l’évangile de Luc?
S’agit-il d’une jeune fille de 14-16 ans
qui serait la mère de Jésus de Nazareth?
Eh bien non! Ce n’est pas
l’interprétation qu’il nous faut faire,
si on veut comprendre le récit et
l’actualiser aujourd’hui. Selon
l’exégète français Édouard Cothenet :
« À plusieurs reprises, dans son
évangile, Luc prend soin de bien
distinguer deux niveaux dans la
connaissance de Jésus de Nazareth :
« Es-tu le Messie? » (Lc 22,67),
demande d’abord le grand-prêtre. Puis
vient la question : « Es-tu le Fils
de Dieu? » (Lc 22,70) ». Ce qui
veut dire qu’on ne peut connaître Jésus
de Nazareth qu’à partir de sa
transformation pascale : sa
résurrection. Ça a un impact sur tout
l’évangile : de sa conception à sa mort,
le Jésus de Luc porte les marques de la
Croix et les traces de la Gloire. Ce qui
signifie également que les personnages
l’entourant ont, eux aussi, subi la
transformation de Pâques, dans certains
cas, et dans d’autres, ils sont des
créations littéraires des auteurs.
Le personnage de Marie qui nous concerne aujourd’hui, ce
n’est pas la jeune fille vierge que la
tradition présente comme la mère de
Jésus; celle-ci existe sans doute, mais
on ne peut le savoir par l’évangile…
Marie, en Luc, c’est
la Jérusalem nouvelle, la fille de Sion,
invitée à la joie messianique (So 3,14;
Za 9,9). Elle est donc le symbole du
peuple de la nouvelle Alliance, en qui
surgit le Salut de Dieu (Is 62,11), le
Sauveur et l’espérance messianique
d’après l’Exil. Marie, c’est donc
l’Église, nouveau peuple de l’Alliance
qui devient temple, maison, sein, pour
accueillir le Christ qui vient. Aussi,
la virginité était la qualité requise
pour la fille de Sion, chez le prophète
Isaïe (Is 37,22), et le parallèle entre
cette jeune fille vierge et l’Église est
explicite dans la prière de la Dédicace d’un temple : « Le temple rappelle le mystère de l’Église que le
Christ sanctifia de son sang, afin
qu’elle se présente à lui comme une
épouse radieuse par sa foi, comme une
vierge remarquable par son intégrité,
comme une mère féconde par la puissance
de l’Esprit » (Missel romain
-
L’Esprit Saint :
C’est l’Esprit de Dieu qui préside à
la Création du monde; l’Esprit qui plane sur les eaux (Gn 1,2).
C’est aussi
la Nuée
qui, dans le désert, prenait sous son
ombre
la Demeure
de Dieu (Ex 40,35). C’est l’Esprit qui
ressuscite Jésus et qui couvre de son
ombre la nouvelle demeure du Fils de
Dieu : Marie, l’Église : « L’Ange lui
répondit : L’Esprit Saint viendra sur
toi, et la puissance du Très-Haut te
prendra sous son ombre; c’est pourquoi
celui qui va naître sera saint, et il
sera appelé Fils de Dieu » (Lc
1,35). Et puisque l’Esprit créateur est
saint, l’enfant sera saint, consacré.
C’est un titre donné par l’Église des
commencements au Messie de Dieu.
On est loin de la conception matérielle d’un enfant.
L’Esprit, dans
la Bible, ne joue pas un rôle de
géniteur. L’Esprit donne la vie
autrement. Il a présidé à la Création du monde; il préside maintenant à la création du monde nouveau, commencé
sur
la Croix du Vendredi Saint, au moment où
l’évangéliste Luc fait dire à Jésus :
« Jésus poussa un grand cri; il dit :
Père, entre tes mains je remets mon
esprit. Et, sur ces mots, il expira »
(Lc 23,46). Pour décrire le rôle
véritable de l’Esprit Saint dans la
naissance du Christ, je pense que
l’évangéliste Jean, dans l’entretien de
Jésus avec Nicodème, le décrit très
bien : « Jésus dit à Nicodème : En
vérité, je te le dis : à moins de naître
d’en haut, nul ne peut voir le Royaume
de Dieu. Nicodème lui dit : Comment un
homme pourrait-il naître s’il est vieux?
Pourrait-il entrer une seconde fois dans
le sein de sa mère et naître? Jésus lui
répondit : En vérité, je te le dis :
nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne
peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce
qui est né de la chair est chair, et ce
qui est né de l’Esprit est esprit »
(Jn 3,3-6).
-
L’Ange Gabriel :
Dans la Bible, un ange, c’est un
messager de Dieu, pour dire Dieu
lui-même. Gabriel signifie Dieu
envoie. Au livre de Daniel, c’est le
même ange, le même messager qui est
chargé d’annoncer la venue d’un
messie-chef à un peuple démoralisé (Dn
9,25). Dans l’évangile de Luc, Gabriel a
2 bonnes nouvelles à annoncer : celle de
la naissance de Jean-Baptiste (Lc
1,5-25) et celle de la naissance de
Jésus (Lc 1,26-38), l’évangile
d’aujourd’hui. On peut donc dire
aujourd’hui que l’Ange Gabriel annonce
la réalisation des promesses
messianiques traditionnelles juives
qu’on retrouve, à la fois, chez Daniel (Dn
9,25), chez Isaïe (Is 7,14; 9,6), et en
1ère lecture aujourd’hui, par la bouche
du prophète Natan à David : « Le
Seigneur te fait savoir qu’il te fera
lui-même une maison. Quand ta vie sera
achevée et que tu reposeras auprès de
tes pères, je te donnerai un successeur
dans ta descendance, qui sera né de toi,
et je rendrai stable sa royauté. Je
serai pour lui un père, il sera pour moi
un fils » (2 S 7,11b-12.14).
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L’annonce à Marie aujourd’hui :
En ce 4è dimanche de l’Avent, quelques jours
avant Noël, l’annonce de Luc, c’est à toutes
les Marie que nous sommes qu’elle est
faite aujourd’hui. Sommes-nous prêts à
accueillir le Christ en nous, en cette
veille de Noël? Dieu décide de faire sa
demeure où il veut, mais il a besoin de
notre consentement pour naître. Il a besoin
de notre Fiat, de notre oui.
L’exégète Hyacinthe Vulliez écrit ceci :
« L’Ange de Dieu fait aussi éclore le
miracle dans le champ de notre vie. Il est
envoyé vers chacun pour être le messager de
la naissance de Dieu en tout homme. Comme le
dit le poète Angelus Silesius, Dieu
engendre à tout moment son Fils en toi.
Gabriel nous révèle notre véritable origine.
Chacun est appelé à recevoir le germe de vie
divine, à devenir le lieu, l’être en qui
la Parole divine peut à chaque instant prendre chair. Écoutant cette annonce
stupéfiante, sommes-nous, comme Marie, assez
disponibles intérieurement pour dire
simplement : Fiat, oui, qu’il en soit
ainsi!, pour laisser Dieu agir en
nous? »
Dans la prophétie de Natan, peut-être reste-t-il une chose à
réaliser : « Je rendrai stable sa royauté »
2 S 7,12b). Cette stabilité, nous ne l’avons
pas encore après 2,000 ans de christianisme. Il
y a peut-être trop de oui qui se perdent
et trop de non prononcés. Là-dessus,
Gandhi, qui n’était même pas chrétien, nous
offre une réflexion fort intéressante : « Le
Sermon sur
la Montagne est
tout le christianisme pour celui qui veut vivre
une vie chrétienne. En lisant toute l’histoire
de cette vie sous ce jour-là, il me semble que
le christianisme reste encore à réaliser. En
effet, bien que nous chantions : Gloire à Dieu
dans les cieux et paix sur la terre, il n’y a
aujourd’hui ni gloire de Dieu ni paix sur la
terre. Aussi longtemps que cela reste une faim
encore inassouvie, et tant que nous n’aurons pas
déraciné la violence de notre civilisation, le
Christ n’est pas encore né ».
Bonne réflexion
Bonne homélie!
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