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Réf. Bibliques : 1ère lecture : 2 S 7,1-5.8b-12.14a.16
Évangile : Lc 1,26-38
Le temps d’un accouchement !
On s’approche de Noël et on prend de plus en
plus conscience que Dieu habite en nous et que
Christ est présent à travers nous. On entend
souvent les gens dire que Dieu est silencieux;
il ne parle pas beaucoup aujourd’hui. C’est
sûrement vrai, puisque Dieu ne peut se dire que
par nous. Il a besoin de nous pour transformer
ce silence en présence par l’amour qu’on peut
donner aux autres. À Noël, nous sommes invités à
faire naître le Christ, et c’est nous qui devons
le porter au monde… C’est le temps d’un
accouchement!
Si on pouvait résumer en une phrase la 1ère lecture et
l’évangile d’aujourd’hui, ça pourrait donner
ceci : Dieu veut faire sa demeure, sa maison
chez nous, en nous. Cependant, il a besoin de
nous. Sommes-nous disposés, comme Marie, à lui
dire oui? Que retenir de la Parole de ce
dimanche? Qui sont les personnages de l’évangile
de Luc? Quel est leur rôle?
1.
Marie.
Qui est-elle dans l’évangile de Luc? S’agit-il
d’une jeune fille de 14-16 ans qui serait la
mère biologique de Jésus de Nazareth? Ce n’est
pas l’interprétation qu’il nous faut faire, si
on veut comprendre le récit de Luc et
l’actualiser aujourd’hui. Le personnage de Marie
qui nous concerne aujourd’hui, ce n’est pas la
jeune fille vierge que la tradition présente
comme la mère de Jésus; celle-ci existe sans
doute, mais on ne peut le savoir par l’évangile…
Marie, en Luc, c’est la Jérusalem nouvelle, la
fille de Sion, invitée à la joie messianique (So
3,14; Za 9,9). Elle est donc le symbole du
peuple de la nouvelle Alliance, en qui surgit le
Salut de Dieu (Is 62,11), le Sauveur et
l’espérance messianique d’après l’Exil. Marie,
c’est donc l’Église, nouveau peuple de
l’Alliance qui devient temple, maison, sein,
pour accueillir le Christ qui vient.
Marie,
c’est, en quelque sorte, chacun et chacune de
nous qui faisons partie de ce peuple nouveau
qu’est l’Église. Le monfortain Georges Madore
écrivait en 2005 : « Chaque fois qu’il parle
de Marie, Luc parle de nous : il nous présente
en elle l’art d’accueillir Dieu dans notre
histoire humaine. Elle est le chemin de la vraie
foi, non pas une foi facile, mais une foi qui
permet au Verbe, à la Parole de Dieu, de
s’incarner dans notre monde ». Aussi, la
virginité était la qualité requise pour la fille
de Sion, chez le prophète Isaïe (Is 37,22), et
le parallèle entre cette jeune fille vierge et
l’Église est explicite dans la prière de la
Dédicace d’un temple : « Le temple rappelle
le mystère de l’Église que le Christ sanctifia
de son sang, afin qu’elle se présente à lui
comme une épouse radieuse par sa foi, comme une
vierge remarquable par son intégrité, comme une
mère féconde par la puissance de l’Esprit »
(Missel romain).
2.
L’Esprit Saint.
C’est l’Esprit de Dieu qui préside à la Création
du monde; l’Esprit qui plane sur les eaux (Gn
1,2). C’est aussi la Nuée qui, dans le désert,
prenait sous son ombre la Demeure de Dieu (Ex
40,35). C’est l’Esprit qui ressuscite Jésus :
« …établi, selon l’Esprit Saint, Fils de Dieu
avec puissance par sa résurrection d’entre les
morts, Jésus Christ notre Seigneur » (Rm
1,4), et qui couvre de son ombre la nouvelle
demeure du Fils de Dieu, Marie, l’Église :
« L’Ange lui répondit : L’Esprit Saint viendra
sur toi, et, la puissance du Très-Haut te
prendra sous son ombre; c’est pourquoi celui qui
va naître sera saint, et il sera appelé Fils de
Dieu » (Lc 1,35).
Comme l’Esprit créateur est saint, l’enfant sera
saint, consacré. C’est un titre donné par
l’Église des commencements au Messie de Dieu. On
est loin de la conception matérielle d’un
enfant. L’Esprit, dans la Bible, ne joue pas un
rôle de géniteur. L’Esprit donne la vie
autrement. Il a présidé à la Création du monde;
il préside maintenant à la création du monde
nouveau, commencé sur la croix du Vendredi Saint
et qui se manifeste au matin de Pâques.
Cette
conception de l’Esprit Saint n’enlève rien à la
conception matérielle et biologique de Jésus.
Saint Paul dit dans sa lettre aux Romains, que
l’Évangile de Dieu « concerne son Fils, issu
selon la chair de la lignée de David » (Rm
1,3), et il écrit dans sa lettre aux Galates :
« Mais, quand est venu l’accomplissement du
temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et
assujetti à la loi » (Ga 4,4). Dans le fond,
ce que saint Paul situe au moment de la
Résurrection, saint Luc, lui, le projette en
arrière, au moment de la conception.
3.
L’Ange Gabriel.
Dans la Bible, un ange, c’est un messager de
Dieu, pour dire Dieu lui-même. Gabriel signifie
Dieu envoie.
Au livre de Daniel, c’est le même ange, le même
messager qui est chargé d’annoncer la venue d’un
messie-chef
à un peuple démoralisé (Dn 9,25). Dans
l’évangile de Luc, Gabriel a deux bonnes
nouvelles à annoncer : celle de la naissance de
Jean Baptiste (Lc 1,5-25) et celle de la
naissance de Jésus (Lc 1,26-38), l’évangile
d’aujourd’hui. On peut donc dire aujourd’hui que
l’Ange Gabriel annonce la réalisation des
promesses messianiques traditionnelles juives
qu’on retrouve, à la fois, chez Daniel (Dn
9,25), chez Isaïe (Is 7,14; 9,6), et en 1ère
lecture aujourd’hui, par la bouche du prophète
Nathan à David : « Le Seigneur te fait savoir
qu’il te fera lui-même une maison. Quand ta vie
sera achevée et que tu reposeras auprès de tes
pères, je te donnerai un successeur dans ta
descendance, qui sera né de toi, et je rendrai
stable sa royauté. Je serai pour lui un père, il
sera pour moi un fils » (2 S 7,11b-12.14).
4.
L’Annonce à Marie d’hier à aujourd’hui.
Quel message saint Luc a-t-il voulu donner au
lecteur de son récit d’annonciation?
1)
Tout d’abord, le but de Luc, ce n’est pas de
nous informer sur les circonstances matérielles
de la conception et de la naissance de Jésus de
Nazareth. Luc n’en a aucune idée. C’est
tellement vrai, que s’il n’y avait pas eu le
Vendredi Saint et le dimanche de Pâques,
l’événement mort-résurrection de Jésus, saint
Luc n’aurait pu raconter une telle annonce de
naissance… Jésus aurait même été vite oublié. Le
but de Luc, c’est de nous dire la relation que
Dieu établit avec l’humanité, à travers les
femmes et les hommes de l’histoire. C’est une
relation si intime et si intense que Dieu
s’incarne… Il s’humanise pour nous diviniser,
disait un Père de l’Église, saint Irénée.
2)
La scène de l’Annonciation de déroule en deux
temps, séparés par le Comment de Marie :
« Comment cela va-t-il se faire, puisque je
suis vierge? » (Lc 1,34). Les deux temps
correspondent aux deux niveaux dans la
connaissance de Jésus de Nazareth d’avant Pâques
et le Christ d’après Pâques. Par ailleurs, la
relecture ou la reconstitution du Jésus de
l’histoire porte déjà les marques de la Croix.
En d’autres mots, toute l’histoire de Jésus de
sa conception à sa mort est une relecture à la
lumière de Pâques.
C’est
pourquoi, saint Luc, dans la première partie de
son récit d’annonciation, fait naître Jésus de
la lignée de David, par Joseph, pour dire sa
royauté et sa messianité : « L’Ange Gabriel
est envoyé à Nazareth, à une jeune fille, une
vierge, accordée en mariage à un homme de la
maison de David, appelé Joseph; et le nom de la
jeune fille était Marie » (Lc 1,27). Dans la
deuxième partie, la question de Marie :
« Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis
vierge ? » (Lc 1,34), nous dévoile une autre
dimension du mystère de Pâques : Jésus n’est pas
seulement fils de David, par Joseph; il est
aussi Fils de Dieu, Christ, Seigneur, par
l’Esprit Saint : « L’Esprit Saint viendra sur
toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous
son ombre; c’est pourquoi celui qui naîtra sera
saint et il sera appelé Fils de Dieu » (Lc
1,35).
Mais
attention! Malheureusement, la question de Marie
et l’intervention de l’Esprit Saint, dans
l’histoire de l’Église, ont été souvent
déformées et mal comprises; de sorte qu’on a
complètement déshumanisé Jésus, en le faisant
naître d’une façon virginale, biologiquement
parlant, et sans père biologique. Et pourtant,
le verbe grec utilisé par Luc, pour dire
l’action de l’Esprit Saint, n’a aucune
connotation sexuelle. Peut-être, faudrait-il
lire ce récit avec d’autres lunettes que nos
lunettes matérielles et historiques.
En ce 4ème
dimanche de l’Avent, quelques jours avant Noël,
l’annonce de Luc, c’est à toutes les Marie
que nous sommes qu’elle est faite aujourd’hui.
Sommes-nous prêts à accueillir le Christ en
nous, en cette veille de Noël? Dieu décide de
faire sa demeure où il veut, mais il a besoin de
notre consentement pour naître. Il a besoin de
notre Fiat, de notre Oui.
L’exégète Hyacinthe Vulliez écrit : « L’Ange
de Dieu fait aussi éclore le miracle dans le
champ de notre vie. Il est envoyé vers chacun
pour être le messager de la naissance de Dieu en
tout homme. Comme le dit le poète Angelus
Silesius, Dieu engendre à tout moment son
Fils en toi. Gabriel nous révèle notre
véritable origine. Chacun est appelé à recevoir
le germe de vie divine, à devenir le lieu,
l’être en qui la Parole divine peut à chaque
instant prendre chair. Écoutant cette annonce
stupéfiante, sommes-nous, comme Marie, assez
disponibles intérieurement pour dire
simplement : ‘’Fiat, oui, qu’il en soit ainsi,
pour laisser Dieu agir en nous?’’ »
En terminant, dans la prophétie de Nathan, qu’on a en 1ère
lecture aujourd’hui, l’auteur parle de
stabilité : « Je rendrai stable sa royauté »
(2 S 7,12b). Cette stabilité, nous ne
l’avons pas encore aujourd’hui après près de
2,000 ans de christianisme. Il y a peut-être
trop de Oui qui se perdent et trop de
Non prononcés. Je vous rappelle donc ce que
Gandhi disait concernant cette réalité : « Le
Sermon sur la Montagne est tout le christianisme
pour celui qui veut vivre une vie chrétienne. En
lisant toute l’histoire de cette vie sous ce
jour-là, il me semble que le christianisme reste
encore à réaliser. En effet, bien que nous
chantions : Gloire à Dieu dans les cieux et paix
sur la terre. Aussi longtemps que cela reste une
faim encore inassouvie, et tant que nous
n’aurons pas déraciné la violence de notre
civilisation, le Christ n’est pas encore né ».
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