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Avent 4 (B) : 18 décembre 2011
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  2 S 7,1-5.8b-12.14a.16
Évangile :  Lc 1,26-38

Le temps d’un accouchement !

On s’approche de Noël et on prend de plus en plus conscience que Dieu habite en nous et que Christ est présent à travers nous. On entend souvent les gens dire que Dieu est silencieux; il ne parle pas beaucoup aujourd’hui. C’est sûrement vrai, puisque Dieu ne peut se dire que par nous. Il a besoin de nous pour transformer ce silence en présence par l’amour qu’on peut donner aux autres. À Noël, nous sommes invités à faire naître le Christ, et c’est nous qui devons le porter au monde… C’est le temps d’un accouchement!

Si on pouvait résumer en une phrase la 1ère lecture et l’évangile d’aujourd’hui, ça pourrait donner ceci : Dieu veut faire sa demeure, sa maison chez nous, en nous. Cependant, il a besoin de nous. Sommes-nous disposés, comme Marie, à lui dire oui? Que retenir de la Parole de ce dimanche? Qui sont les personnages de l’évangile de Luc? Quel est leur rôle?

1.       Marie. Qui est-elle dans l’évangile de Luc? S’agit-il d’une jeune fille de 14-16 ans qui serait la mère biologique de Jésus de Nazareth? Ce n’est pas l’interprétation qu’il nous faut faire, si on veut comprendre le récit de Luc et l’actualiser aujourd’hui. Le personnage de Marie qui nous concerne aujourd’hui, ce n’est pas la jeune fille vierge que la tradition présente comme la mère de Jésus; celle-ci existe sans doute, mais on ne peut le savoir par l’évangile… Marie, en Luc, c’est la Jérusalem nouvelle, la fille de Sion, invitée à la joie messianique (So 3,14; Za 9,9). Elle est donc le symbole du peuple de la nouvelle Alliance, en qui surgit le Salut de Dieu (Is 62,11), le Sauveur et l’espérance messianique d’après l’Exil. Marie, c’est donc l’Église, nouveau peuple de l’Alliance qui devient temple, maison, sein, pour accueillir le Christ qui vient.

Marie, c’est, en quelque sorte, chacun et chacune de nous qui faisons partie de ce peuple nouveau qu’est l’Église. Le monfortain Georges Madore écrivait en 2005 : « Chaque fois qu’il parle de Marie, Luc parle de nous : il nous présente en elle l’art d’accueillir Dieu dans notre histoire humaine. Elle est le chemin de la vraie foi, non pas une foi facile, mais une foi qui permet au Verbe, à la Parole de Dieu, de s’incarner dans notre monde ». Aussi, la virginité était la qualité requise pour la fille de Sion, chez le prophète Isaïe (Is 37,22), et le parallèle entre cette jeune fille vierge et l’Église est explicite dans la prière de la Dédicace d’un temple : « Le temple rappelle le mystère de l’Église que le Christ sanctifia de son sang, afin qu’elle se présente à lui comme une épouse radieuse par sa foi, comme une vierge remarquable par son intégrité, comme une mère féconde par la puissance de l’Esprit » (Missel romain).

2.       L’Esprit Saint. C’est l’Esprit de Dieu qui préside à la Création du monde; l’Esprit qui plane sur les eaux (Gn 1,2). C’est aussi la Nuée qui, dans le désert, prenait sous son ombre la Demeure de Dieu (Ex 40,35). C’est l’Esprit qui ressuscite Jésus : « …établi, selon l’Esprit Saint, Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts, Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 1,4), et qui couvre de son ombre la nouvelle demeure du Fils de Dieu, Marie, l’Église : « L’Ange lui répondit : L’Esprit Saint viendra sur toi, et, la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1,35).

Comme l’Esprit créateur est saint, l’enfant sera saint, consacré. C’est un titre donné par l’Église des commencements au Messie de Dieu. On est loin de la conception matérielle d’un enfant. L’Esprit, dans la Bible, ne joue pas un rôle de géniteur. L’Esprit donne la vie autrement. Il a présidé à la Création du monde; il préside maintenant à la création du monde nouveau, commencé sur la croix du Vendredi Saint et qui se manifeste au matin de Pâques.

Cette conception de l’Esprit Saint n’enlève rien à la conception matérielle et biologique de Jésus. Saint Paul dit dans sa lettre aux Romains, que l’Évangile de Dieu « concerne son Fils, issu selon la chair de la lignée de David » (Rm 1,3), et il écrit dans sa lettre aux Galates : « Mais, quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la loi » (Ga 4,4). Dans le fond, ce que saint Paul situe au moment de la Résurrection, saint Luc, lui, le projette en arrière, au moment de la conception.

3.       L’Ange Gabriel. Dans la Bible, un ange, c’est un messager de Dieu, pour dire Dieu lui-même. Gabriel signifie Dieu envoie. Au livre de Daniel, c’est le même ange, le même messager qui est chargé d’annoncer la venue d’un messie-chef à un peuple démoralisé (Dn 9,25). Dans l’évangile de Luc, Gabriel a deux bonnes nouvelles à annoncer : celle de la naissance de Jean Baptiste (Lc 1,5-25) et celle de la naissance de Jésus (Lc 1,26-38), l’évangile d’aujourd’hui. On peut donc dire aujourd’hui que l’Ange Gabriel annonce la réalisation des promesses messianiques traditionnelles juives qu’on retrouve, à la fois, chez Daniel (Dn 9,25), chez Isaïe (Is 7,14; 9,6), et en 1ère lecture aujourd’hui, par la bouche du prophète Nathan à David : « Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté. Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils » (2 S 7,11b-12.14).

4.       L’Annonce à Marie d’hier à aujourd’hui. Quel message saint Luc a-t-il voulu donner au lecteur de son récit d’annonciation?

1)       Tout d’abord, le but de Luc, ce n’est pas de nous informer sur les circonstances matérielles de la conception et de la naissance de Jésus de Nazareth. Luc n’en a aucune idée. C’est tellement vrai, que s’il n’y avait pas eu le Vendredi Saint et le dimanche de Pâques, l’événement mort-résurrection de Jésus, saint Luc n’aurait pu raconter une telle annonce de naissance… Jésus aurait même été vite oublié. Le but de Luc, c’est de nous dire la relation que Dieu établit avec l’humanité, à travers les femmes et les hommes de l’histoire. C’est une relation si intime et si intense que Dieu s’incarne… Il s’humanise pour nous diviniser, disait un Père de l’Église, saint Irénée.

2)       La scène de l’Annonciation de déroule en deux temps, séparés par le Comment de Marie : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge? » (Lc 1,34). Les deux temps correspondent aux deux niveaux dans la connaissance de Jésus de Nazareth d’avant Pâques et le Christ d’après Pâques. Par ailleurs, la relecture ou la reconstitution du Jésus de l’histoire porte déjà les marques de la Croix. En d’autres mots, toute l’histoire de Jésus de sa conception à sa mort est une relecture à la lumière de Pâques.

C’est pourquoi, saint Luc, dans la première partie de son récit d’annonciation, fait naître Jésus de la lignée de David, par Joseph, pour dire sa royauté et sa messianité : « L’Ange Gabriel est envoyé à Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph; et le nom de la jeune fille était Marie » (Lc 1,27). Dans la deuxième partie, la question de Marie : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » (Lc 1,34), nous dévoile une autre dimension du mystère de Pâques : Jésus n’est pas seulement fils de David, par Joseph; il est aussi Fils de Dieu, Christ, Seigneur, par l’Esprit Saint : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi celui qui naîtra sera saint et il sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1,35).

Mais attention! Malheureusement, la question de Marie et l’intervention de l’Esprit Saint, dans l’histoire de l’Église, ont été souvent déformées et mal comprises; de sorte qu’on a complètement déshumanisé Jésus, en le faisant naître d’une façon virginale, biologiquement parlant, et sans père biologique. Et pourtant, le verbe grec utilisé par Luc, pour dire l’action de l’Esprit Saint, n’a aucune connotation sexuelle. Peut-être, faudrait-il lire ce récit avec d’autres lunettes que nos lunettes matérielles et historiques.

En ce 4ème dimanche de l’Avent, quelques jours avant Noël, l’annonce de Luc, c’est à toutes les Marie que nous sommes qu’elle est faite aujourd’hui. Sommes-nous prêts à accueillir le Christ en nous, en cette veille de Noël? Dieu décide de faire sa demeure où il veut, mais il a besoin de notre consentement pour naître. Il a besoin de notre Fiat, de notre Oui. L’exégète Hyacinthe Vulliez écrit : « L’Ange de Dieu fait aussi éclore le miracle dans le champ de notre vie. Il est envoyé vers chacun pour être le messager de la naissance de Dieu en tout homme. Comme le dit le poète Angelus Silesius, Dieu engendre à tout moment son Fils en toi. Gabriel nous révèle notre véritable origine. Chacun est appelé à recevoir le germe de vie divine, à devenir le lieu, l’être en qui la Parole divine peut à chaque instant prendre chair. Écoutant cette annonce stupéfiante, sommes-nous, comme Marie, assez disponibles intérieurement pour dire simplement : ‘’Fiat, oui, qu’il en soit ainsi, pour laisser Dieu agir en nous?’’ »

En terminant, dans la prophétie de Nathan, qu’on a en 1ère lecture aujourd’hui, l’auteur parle de stabilité : « Je rendrai stable sa royauté » (2 S 7,12b). Cette stabilité, nous ne l’avons pas encore aujourd’hui après près de 2,000 ans de christianisme. Il y a peut-être trop de Oui qui se perdent et trop de Non prononcés. Je vous rappelle donc ce que Gandhi disait concernant cette réalité : « Le Sermon sur la Montagne est tout le christianisme pour celui qui veut vivre une vie chrétienne. En lisant toute l’histoire de cette vie sous ce jour-là, il me semble que le christianisme reste encore à réaliser. En effet, bien que nous chantions : Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre. Aussi longtemps que cela reste une faim encore inassouvie, et tant que nous n’aurons pas déraciné la violence de notre civilisation, le Christ n’est pas encore né ».

 

 

 

 

 

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