|
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Mi 5,1-4a
2ème lecture : Hb 10,5-10
Évangile : Lc 1,39-45
Dieu tient parole : sa lumière se lève!
Une naissance
à l’horizon!
Depuis le début de l’Avent, on se prépare à célébrer Noël,
car Noël s’actualise à chaque année,
c’est-à-dire que nous avons à faire renaître le
Christ dans nos vies. Voilà
la Bonne Nouvelle de Noël : l’annonce de la
naissance du Christ de Pâques. Mais ce n’est pas
tout d’écouter et de recevoir la Bonne
Nouvelle : il faut encore se lever et aller
l’annoncer, comme Marie, l’Église, symbole de la
nouvelle Alliance, le fait dans l’évangile
d’aujourd’hui auprès d’Élisabeth, femme du
prêtre Zacharie, symbole de l’ancienne Alliance,
pour recevoir la confirmation de sa mission.
Sans quoi pas de naissance, pas de Verbe fait
chair. Que nous disent les textes bibliques de
ce dimanche?
1.
Une longue attente (Mi 5,1-4a).
Il y a longtemps qu’on attendait un Messie, un
libérateur, un sauveur. Déjà, au 8ème siècle
avant le Christ, le prophète Michée,
contemporain d’Isaïe, voyant les graves
injustices sociales de son temps, commises par
des rois plus corrompus les uns que les autres,
annonce la destruction de Jérusalem. Il y aura
un temps difficile où on dira que Dieu a
abandonné son peuple… mais il n’en sera rien :
« Après un temps de délaissement, viendra un
jour où enfantera celle qui doit enfanter, et
ceux de ses frères qui resteront rejoindront les
enfants d’Israël » (Mi 5,2).
Michée est
tellement déçu de la royauté en Israël qu’il
n’ose même pas employer le terme de roi
pour annoncer celui qui doit venir. Et, en
évoquant celle qui doit enfanter, comme l’a fait
Isaïe avant lui : « Voici que la jeune femme
est enceinte et enfante un fils et elle lui
donnera le nom d’Emmanuel » (Is 7,14),
Michée fait allusion au prestige de la reine
mère en Israël, comme dans les cours de l’ancien
Orient. C’est sous l’influence de ces 2
prophètes que saint Luc, dans son récit
d’enfance, dans l’extrait que nous avons
aujourd’hui, témoigne de sa vénération de Marie,
mère du Messie, comme l’indique Élisabeth :
« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon
Seigneur vienne jusqu’à moi? » (Lc 1,43).
Comme le mot Seigneur a été utilisé après
Pâques, dans la bouche d’Élisabeth, ça veut dire
que Marie est mère du Messie, du Christ
ressuscité, car c’est après Pâques que Jésus a
été reconnu comme tel.
Par
ailleurs, l’attente du Messie fut tellement
longue que, du 8ème siècle avant le Christ
jusqu’au 1er siècle après, rien ne s’était
passé. On l’a cru souvent arrivé ce Messie, mais
ce fut toujours de courte durée. Par des guerres
successives, le peuple d’Israël a été opprimé et
sa terre toujours occupée par des étrangers.
Mais voilà qu’après la mort de Jésus sur la
croix du Vendredi Saint, des femmes et des
hommes, ses disciples qui l’avaient suivi et
accompagné, prennent conscience peu à peu que
les promesses des prophètes de l’ancienne
Alliance sont maintenant réalisées. Ce Jésus
qu’on a vu mourir, Dieu l’a ressuscité. Il l’a
fait Christ et Seigneur, et le sacrifice de sa
vie vient sceller une nouvelle Alliance entre
Dieu et son peuple.
2.
Une révolution (Hb 10,5-10).
Dans l’ancienne Alliance, on offrait sans cesse
des sacrifices et des holocaustes à Dieu pour
expier ses péchés. Mais c’était toujours à
recommencer. C’est pourquoi, l’auteur anonyme de
la lettre aux Hébreux écrit : « Le Christ
commence donc par dire : tu n’as pas voulu ni
accepté les sacrifices et les offrandes, les
holocaustes et les expiations pour le péché que
la Loi prescrit d’offrir »
(Hb 10,8). Et il continue : « Puis il déclare : Me voici,
je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il
supprime l’ancien culte pour établir le
nouveau » (Hb 10,9). Alors, la question
qu’on doit se poser : comment se fait-il que
dans l’Église actuelle, on ait rétabli l’ancien
culte dans la célébration du Saint Sacrifice de
la Messe? Et pire encore, puisque dans l’ancien
culte, on le faisait une fois par année, tandis
que certains prêtres d’aujourd’hui le font tous
les jours, même lorsqu’ils célèbrent seul face à
une armoire.
Et
pourtant, l’auteur de la lettre aux Hébreux le
dit clairement : « Et c’est par cette volonté
de Dieu que nous sommes sanctifiés, grâce à
l’offrande que Jésus Christ a faite de son
corps, une fois pour toutes » (Hb
10,10). Donc, la Messe ne peut être une
répétition du sacrifice de la croix. Elle n’a de
sens que si elle est célébration de Pâques,
c’est-à-dire une fête communautaire où on
célèbre la Vie du Ressuscité. Lorsque le Christ
nous dit : « Faites ceci en mémoire de moi »,
il veut que nous donnions notre vie aux autres
comme lui nous a donné la sienne. Ce n’est pas
la flagellation et la crucifixion qu’on doit
célébrer, mais sa vie de Ressuscité. C’est la
mission qui nous est confiée.
3.
Une mission (Lc 1,39-45).
Aussitôt que Marie, l’Église, a su qu’elle
portait le Christ en elle, sa mission a
commencé. Celle-ci s’exprime par la route :
« Marie se mit en route rapidement vers une
ville de la montagne de Judée » (Lc 1,39).
Si on porte le Christ en nous, c’est pour le
donner aux autres. En même temps, on a besoin
d’être confirmé dans notre mission : « Elle
entra dans la maison de Zacharie et salua
Élisabeth » (Lc 1,40). Zacharie est un
prêtre de l’ancienne Alliance et Élisabeth porte
elle-même le dernier des prophètes qui réagit
favorablement, dans le sein de sa mère, à
l’arrivée de Marie : « Quand Élisabeth
entendit la salutation de Marie, l’enfant
tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut
remplie de l’Esprit Saint » (Lc 1,41). Ce
fut la confirmation de la nouvelle Alliance par
l’ancienne Alliance : « Tu es bénie entre
toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles
est béni » (Lc 1,42).
Comme le
dit bien l’exégète français Claude Tassin :
« L’épisode de
la Visitation ne
se réduit pas à une leçon de service donnée par
la mère du Messie. Car cette page de Luc a une
haute portée symbolique : Marie, la jeune
Église, habitée par le Christ, se porte à la
rencontre du vieil Israël, Élisabeth, habitée
par le dernier des prophètes. Marie voit son
annonciation confirmée par Élisabeth; l’Église
voit sa mission confirmée par Israël, son
aînée ».
Lorsqu’un peu plus loin dans l’évangile de Luc,
Élisabeth énonce la béatitude : « Heureuse,
celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur »
(Lc 1,45), cette béatitude s’applique à tous
les chrétiens : « Heureux ceux qui écoutent
la Parole de
Dieu et qui la mettent en pratique »
(Lc 11,28).
En cela,
dit Tassin, la Visitation nous concerne toutes
et tous : « Toute personne chrétienne et
toute Église sont enceintes de la présence du
Christ à donner au monde ». C’est aussi la
mission des chrétiens de porter aux non-croyants
la présence du Christ ressuscité. Voilà le sens
de la fête de Noël que nous célébrerons cette
semaine… Sommes-nous enceintes du Christ?
Sommes-nous prêts à signifier sa présence au
monde d’aujourd’hui? Sommes-nous prêts à
accoucher?
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR]
|