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Baptême du Seigneur (B) : 11 janvier 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


Réf. Bibliques :    1ère lecture : Is 55,1-11

                            2ème lecture : 1 Jn 5,1-9

                            Évangile : Mc 1,7-11

L’évangéliste Marc n’a pas de récit d’enfance comme Matthieu et Luc. Son évangile commence par une profession de foi en la Résurrection : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu » (Mc 1,1). Et l’événement, pour Marc, qui marque le début de la mission de Jésus comme Christ et Fils de Dieu, c’est le baptême du Seigneur qu’on retrouve chez tous les évangélistes. Ce qui signifie que, pour Marc, il s’agit d’une véritable révélation. Et cette révélation est faite à Jésus personnellement : « C’est toi mon Fils bien-aimé; en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11). En Matthieu, elle est faite à la foule : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir » (Mt 3,17). En Luc, il s’agit d’un engendrement : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Lc 3,22), et en Jean, c’est une élection : « Et moi j’ai vu et j’atteste qu’il est lui, l’Élu, le Fils de Dieu » (Jn 1,34). Mais, au fait, pourquoi ce Baptême du Seigneur?

Fils de Dieu / Fils de l’Homme : L’évangile de Marc, comme les autres, est un évangile de Pâques. Ce qui signifie que les événements racontés sont déjà transformés par la lumière de la Résurrection, c’est-à-dire que c’est le Christ ressuscité qui naît chez Matthieu et Luc; c’est le Christ ressuscité qui se fait baptiser par Jean le Baptiste chez tous les évangélistes et c’est le Christ ressuscité qui devient Parole de Dieu depuis le commencement du monde selon l’évangéliste Jean. Si donc, il s’agit du Christ ressuscité, pourquoi Jésus avait-il besoin du baptême de conversion proposé par Jean-Baptiste?

La réponse est simple : c’est parce que le baptême de Jésus n’a pas la même signification que notre baptême à nous, mais il est tout aussi nécessaire. Je m’explique : dans les évangiles, Jésus est déjà Fils de Dieu, par sa résurrection… donc, il n’a pas à le devenir. En venant à l’invitation de Jean-Baptiste, Jésus vient se mettre dans la file des publicains et des pécheurs qui ont besoin de conversion. L’exégète français Jean Debruynne écrit : « En se faisant baptiser, Jésus vient parmi nous. Un visage parmi tous nos visages. Homme parmi les hommes. Si Jésus demande le baptême, ce n’est pas pour devenir Fils de Dieu, puisqu’il l’est, mais pour être reconnu Fils de l’Homme. Ce sont bien les hommes qui demandent le baptême. Dieu ne demande pas le baptême. Si Jésus insiste tant pour être baptisé, c’est qu’il est essentiel pour lui de nous dire qu’il est bien un homme comme nous. La preuve : il demande le baptême. »

Fils et filles d’hommes / fils et filles de Dieu : Dans sa première lettre, saint Jean semble dire que le baptême de Jésus annonce et donne sens au baptême chrétien : « C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : pas seulement l’eau, mais l’eau et le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité » (1 Jn 5,6). Si Jésus Christ est venu par l’eau et par le sang, qu’est-ce que ça veut dire au juste? Cette affirmation nous renvoie sans doute à l’eau et au sang qui coulèrent du côté de Jésus après sa mort sur la croix (Jn 19,34). Par ailleurs, il nous faut voir aussi une allusion au début de la mission de Jésus (l’eau du Jourdain) et à sa fin (le sang de la croix). Dans les 2 événements, l’Esprit Saint était présent comme au moment de la Résurrection, car c’est ce dernier événement ou le premier qui donne sens aux événements qui précèdent ou qui suivent. C’est ce qu’on appelle faire une lecture croyante de Jésus à la lumière de Pâques.

Saint Jean ajoute : « Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu; tout homme qui aime le Père aime aussi celui qui est né de lui » (1 Jn 5,1). La foi au Christ est présentée comme une nouvelle naissance. De fils et de filles d’hommes, nous devenons fils et filles de Dieu. Notre baptême c’est donc la plongée, non seulement dans l’eau, mais aussi dans l’Esprit Saint. N’est-ce pas la démonstration que Jésus fait à Nicodème dans l’évangile de saint Jean : « En vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3,5). Les chrétiens, les disciples du Christ sont donc plongés dans la mort résurrection de Jésus. Leur témoignage s’exprime par l’Amour qu’ils ont, non seulement pour Dieu, mais aussi les uns pour les autres, puisqu’ils sont eux aussi fils et filles de Dieu.

La gratuité du salut : Dieu ne cesse de faire alliance avec son peuple. Au retour d’Exil, le 2ème Isaïe rappelle la gratuité du salut manifesté par la nourriture et la boisson : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer » (Is 55,1). Mais, sous l’image de la nourriture et de la boisson, le prophète invite le croyant à se nourrir de la Parole de Dieu : « Prêtez l’oreille! Venez à moi! Écoutez, et vous vivrez. Je ferai avec vous une alliance éternelle, qui confirmera ma bienveillance envers David » (Is 55,3). La Parole de Dieu nous nourrit de la même manière que la pluie et la neige nourrissent la terre : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission » (Is 55,10-11).

En terminant, je voudrais simplement vous citer un diacre du 4ème siècle, saint Éphrem, qui disait par rapport à la Parole de Dieu, comme source de vie :  « Qui est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, ô Dieu? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, tout comme les gens assoiffés qui s’abreuvent à une source. Mieux vaut que la source apaise ta soif plutôt que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire de nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si, au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur. »

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

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