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Baptême du Seigneur (A) : 9 janvier 2011
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Is 42,1-4.6-7
2ème lecture :  Ac 10,34-38
Évangile :  Mt 3,13-17

Le baptême chrétien : un baptême extrême!
(J
ean-Pierre Prévost)

En cette fête du Baptême du Seigneur qui marque, à la fois, la fin du temps de Noël et le début du temps ordinaire, nous assistons à une autre manifestation de Dieu à travers le Christ ressuscité, laquelle manifestation est reprise par tous les évangélistes, pour signifier que la mission de Jésus de Nazareth, inaugurée à son Baptême dans le Jourdain, porte déjà les marques de la Croix du Vendredi Saint et les empreintes de la gloire de Pâques. De fait, en recevant le Baptême de conversion de Jean Baptiste, Jésus se sait d’abord homme dans toute sa fragilité et sa pauvreté, ce qui le conduira jusqu’à la croix. C’est pourquoi, l’évangéliste Matthieu lui fait dire à Jean Baptiste : « Pour le moment, laisse-moi faire; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste » (Mt 3,15a). Par ailleurs, Jésus se sait aussi Messie, Christ, Seigneur, Fils de Dieu, ce qui lui sera reconnu à Pâques, lorsque Matthieu ajoute : « Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : ‘’Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour’’ » (Mt 3,16-17).

Mais qu’est-ce que la Parole nous dit aujourd’hui, à l’occasion de cette fête du Baptême du Seigneur? Deux mots relient les trois lectures : Esprit et Justice; quelles significations ces mots avaient-ils pour les premiers chrétiens? Quel sens ont-ils pour nous aujourd’hui, qui relisons les Écritures?

1.       L’Esprit. « J’ai fait reposer sur mon serviteur mon esprit » (Is 42,1b).
« Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint » (Ac 10, 38a).
« Jésus vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui » (Mt 3,16b).

Au temps du 2ème Isaïe, nous sommes en plein Exil (6ème siècle avant le Christ) et le prophète met en lumière un personnage qu’il désigne du beau nom de Serviteur ou d’Élu de Dieu, qui reçoit l’Esprit que Dieu fait reposer sur lui (Is 42,1). Dès lors, sa mission est tracée, mais en termes d’humilité et de douceur : « Il n’écrasera pas le roseau froissé; il n’éteindra pas la mèche qui faiblit » (Is 42,3a), allusions sans doute au peuple réduit à l’impuissance et au doute pendant cet exil à Babylone. Cependant, ce serviteur, mis à part par Dieu, sera « l’Alliance avec le peuple, et la lumière des nations » (Is 42,6b). C’est évident que pour le prophète Isaïe, ce serviteur n’est nul autre que Cyrus, roi de Perse, qui va permettre aux exilés de rentrer chez eux; mais une relecture chrétienne reconnaîtra le Christ à travers ce serviteur d’Isaïe, de sorte que l’évangile de Luc fera dire à Jésus : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté » (Lc 4,18), ce qu’Isaïe dit de ce serviteur de Dieu : « Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres » (Is 42,7).

L’Esprit de Dieu, le souffle de Dieu qui préside à la création du monde (Gn 1), est le même Esprit qui ressuscite Jésus et qui, de manière rétroactive, participe à sa conception et à l’inauguration de sa mission. C’est pourquoi, tous les évangélistes ont projeté en arrière, au moment du Baptême de Jésus, l’intervention de l’Esprit de Dieu sur celui qui est devenu Christ, Fils de Dieu et Seigneur au moment de sa résurrection : «Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : ‘’Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour’’ » (Mt 3,16-17).

2.       La Justice. « Moi le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice » (Is 42,6a).
« Mais quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste » (Ac 10,35).
« Pour le moment, laisse-moi faire; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste » (Mt 3,15).

J’ai toujours dit que la Justice était la valeur première de toute la Bible. Nous en avons la preuve aujourd’hui. Mais qu’est-ce que la Justice? Et quel est le lien avec la fête d’aujourd’hui?

Au temps du 2ème Isaïe, ce qui était juste, consistait à libérer le peuple de l’Exil, à le faire revenir sur sa terre, à l’aider à reconstruire son temple, à reprendre ses traditions religieuses et à retrouver sa foi et son espérance au Dieu d’Israël. C’est une sorte de renouvellement de l’Alliance que Dieu veut faire avec son peuple et c’est Cyrus qui permettra une telle réalisation.

Pour les chrétiens issus de Pâques, ce sont les hommes qui pratiquent la justice, quelle que soit leur race, qui témoignent du Christ ressuscité, en faisant le bien, en guérissant les malades et les blessés de la vie et en faisant la paix. Ils deviennent ainsi présence de Dieu au cœur du monde, en pratiquant la justice. Dans l’évangile de Matthieu, le Baptême de Jésus exprime très bien la conversion de l’homme par l’eau, et son engagement, sa consécration par Dieu. Baptisé, l’homme est confirmé par l’Esprit Saint : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour » (Mt 3,17). Dans le fond, ce qui arrive à Jésus, au moment de son baptême, ça arrive à tous ses disciples, puisque le récit les concerne; il a été écrit après Pâques, à la lumière de la résurrection.

3.       L’Esprit et la Justice aujourd’hui. Pour nous qui relisons cette Parole et qui célébrons la fête du Baptême du Seigneur, il nous faut nous reconnaître comme serviteur, Christ, fils et filles de Dieu, afin que cette Parole devienne Parole de Dieu aujourd’hui. Pour se faire, il nous faut recevoir, non pas le baptême de Jean Baptiste, mais celui du Christ ressuscité : l’eau nous fait passer de la mort à la vie de ressuscité et l’Esprit Saint nous fait devenir des Christs vivants au cœur du monde. C’est par notre engagement pour la Justice que nous témoignons véritablement de notre appartenance au Christ et de notre engagement à la transformation du monde. La Justice aujourd’hui, comme hier, consiste toujours à libérer les gens, à reconnaître leur dignité, à les guérir de leurs blessures et à les faire espérer.

Le baptême chrétien nous fait entrer, comme Jésus de Nazareth, dans la famille de Dieu, car on ne peut être baptisé sans participer pleinement à la vie de Dieu dans sa Trinité. Saint Cyrille de Jérusalem, au 4ème siècle, écrivait : « Nous ne pouvons pas penser au Christ sans penser au Père et au Saint-Esprit. En effet, pour qu’il y ait un Christ, ce mot signifie l’Oint, celui qui est imprégné d’une onction… pour qu’il y ait un Christ, il faut qu’il y ait quelqu’un qui l’oigne, le Père, et quelqu’un qui soit l’onction, le Saint-Esprit. Sans la Trinité, le mot Christ n’aurait aucun sens. C’est pourquoi l’icône du baptême de Jésus représente toujours Jésus debout dans le Jourdain; tout en haut, une main représente Celui qui fait l’onction, le Père invisible et une colombe représente l’Esprit. Jésus est l’une des trois personnes de la Trinité d’amour : aujourd’hui, c’est la première révélation de ce mystère » et j’ajouterais, auquel mystère, tous les chrétiens participent, s’ils pratiquent la Justice.

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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