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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 42,1-4.6-7
2ème lecture : Ac 10,34-38
Évangile : Mt 3,13-17
Le baptême chrétien : un baptême extrême!
(Jean-Pierre
Prévost)
En cette fête du Baptême du Seigneur qui marque, à la fois,
la fin du temps de Noël et le début du temps
ordinaire, nous assistons à une autre
manifestation de Dieu à travers le Christ
ressuscité, laquelle manifestation est reprise
par tous les évangélistes, pour signifier que la
mission de Jésus de Nazareth, inaugurée à son
Baptême dans le Jourdain, porte déjà les marques
de
la Croix
du Vendredi Saint et les empreintes de la gloire
de Pâques. De fait, en recevant le Baptême de
conversion de Jean Baptiste, Jésus se sait
d’abord homme dans toute sa fragilité et
sa pauvreté, ce qui le conduira jusqu’à la
croix. C’est pourquoi, l’évangéliste Matthieu
lui fait dire à Jean Baptiste : « Pour le
moment, laisse-moi faire; c’est de cette façon
que nous devons accomplir parfaitement ce qui
est juste » (Mt 3,15a). Par ailleurs, Jésus
se sait aussi Messie, Christ, Seigneur, Fils
de Dieu, ce qui lui sera reconnu à Pâques,
lorsque Matthieu ajoute : « Dès que Jésus fut
baptisé, il sortit de l’eau; voici que les cieux
s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu
descendre comme une colombe et venir sur lui. Et
des cieux, une voix disait : ‘’Celui-ci est mon
Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon
amour’’ » (Mt 3,16-17).
Mais qu’est-ce que
la Parole nous dit aujourd’hui, à l’occasion de
cette fête du Baptême du Seigneur? Deux mots
relient les trois lectures : Esprit et
Justice; quelles significations ces mots
avaient-ils pour les premiers chrétiens? Quel
sens ont-ils pour nous aujourd’hui, qui relisons
les Écritures?
1.
L’Esprit.
« J’ai fait reposer sur mon serviteur mon
esprit » (Is 42,1b).
« Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit
Saint » (Ac 10, 38a).
« Jésus vit l’Esprit de Dieu descendre
comme une colombe et venir sur lui » (Mt
3,16b).
Au temps du
2ème Isaïe, nous sommes en plein Exil (6ème
siècle avant le Christ) et le prophète met en
lumière un personnage qu’il désigne du beau nom
de Serviteur ou d’Élu de Dieu, qui
reçoit l’Esprit que Dieu fait reposer sur lui
(Is 42,1). Dès lors, sa mission est tracée, mais
en termes d’humilité et de douceur : « Il
n’écrasera pas le roseau froissé; il n’éteindra
pas la mèche qui faiblit » (Is 42,3a),
allusions sans doute au peuple réduit à
l’impuissance et au doute pendant cet exil à
Babylone. Cependant, ce serviteur, mis à part
par Dieu, sera « l’Alliance avec le peuple,
et la lumière des nations » (Is 42,6b).
C’est évident que pour le prophète Isaïe, ce
serviteur n’est nul autre que Cyrus, roi de
Perse, qui va permettre aux exilés de rentrer
chez eux; mais une relecture chrétienne
reconnaîtra le Christ à travers ce serviteur
d’Isaïe, de sorte que l’évangile de Luc fera
dire à Jésus : « L’Esprit du Seigneur est sur
moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour
annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a
envoyé proclamer aux captifs la libération et
aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les
opprimés en liberté » (Lc 4,18), ce qu’Isaïe
dit de ce serviteur de Dieu : « Tu ouvriras
les yeux des aveugles, tu feras sortir les
captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux
qui habitent les ténèbres » (Is 42,7).
L’Esprit de
Dieu, le souffle de Dieu qui préside à la
création du monde (Gn 1), est le même Esprit qui
ressuscite Jésus et qui, de manière rétroactive,
participe à sa conception et à l’inauguration de
sa mission. C’est pourquoi, tous les
évangélistes ont projeté en arrière, au moment
du Baptême de Jésus, l’intervention de l’Esprit
de Dieu sur celui qui est devenu Christ, Fils de
Dieu et Seigneur au moment de sa résurrection :
«Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de
l’eau; voici que les cieux s’ouvrirent, et il
vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe
et venir sur lui. Et des cieux, une voix
disait : ‘’Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en
lui j’ai mis tout mon amour’’ » (Mt
3,16-17).
2.
La Justice.
« Moi le Seigneur, je t’ai appelé selon la
justice » (Is 42,6a).
« Mais quelle que soit leur race, il
accueille les hommes qui l’adorent et font ce
qui est juste » (Ac 10,35).
« Pour le moment, laisse-moi faire; c’est de
cette façon que nous devons accomplir
parfaitement ce qui est juste » (Mt
3,15).
J’ai
toujours dit que la Justice
était la valeur première de toute la Bible. Nous
en avons la preuve aujourd’hui. Mais qu’est-ce
que la Justice? Et quel est le lien avec la fête
d’aujourd’hui?
Au temps du
2ème Isaïe, ce qui était juste, consistait à
libérer le peuple de l’Exil, à le faire revenir
sur sa terre, à l’aider à reconstruire son
temple, à reprendre ses traditions religieuses
et à retrouver sa foi et son espérance au Dieu
d’Israël. C’est une sorte de renouvellement de
l’Alliance que Dieu veut faire avec son peuple
et c’est Cyrus qui permettra une telle
réalisation.
Pour les
chrétiens issus de Pâques, ce sont les hommes
qui pratiquent la justice, quelle que soit leur
race, qui témoignent du Christ ressuscité, en
faisant le bien, en guérissant les malades et
les blessés de la vie et en faisant la paix. Ils
deviennent ainsi présence de Dieu au cœur du
monde, en pratiquant la justice. Dans l’évangile
de Matthieu, le Baptême de Jésus exprime très
bien la conversion de l’homme par l’eau, et son
engagement, sa consécration par Dieu. Baptisé,
l’homme est confirmé par l’Esprit Saint :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai
mis tout mon amour » (Mt 3,17). Dans le
fond, ce qui arrive à Jésus, au moment de son
baptême, ça arrive à tous ses disciples, puisque
le récit les concerne; il a été écrit après
Pâques, à la lumière de la résurrection.
3.
L’Esprit et la Justice aujourd’hui.
Pour nous qui relisons cette Parole et qui
célébrons la fête du Baptême du Seigneur, il
nous faut nous reconnaître comme serviteur,
Christ, fils et filles de Dieu,
afin que cette Parole devienne Parole de Dieu
aujourd’hui. Pour se faire, il nous faut
recevoir, non pas le baptême de Jean Baptiste,
mais celui du Christ ressuscité : l’eau nous
fait passer de la mort à la vie de ressuscité et
l’Esprit Saint nous fait devenir des Christs
vivants au cœur du monde. C’est par notre
engagement pour la Justice que nous témoignons
véritablement de notre appartenance au Christ et
de notre engagement à la transformation du
monde.
La Justice
aujourd’hui, comme hier, consiste toujours à
libérer les gens, à reconnaître leur dignité, à
les guérir de leurs blessures et à les faire
espérer.
Le baptême
chrétien nous fait entrer, comme Jésus de
Nazareth, dans la famille de Dieu, car on ne
peut être baptisé sans participer pleinement à
la vie de Dieu dans sa Trinité. Saint Cyrille de
Jérusalem, au 4ème siècle, écrivait : « Nous
ne pouvons pas penser au Christ sans penser au
Père et au Saint-Esprit. En effet, pour qu’il y
ait un Christ, ce mot signifie l’Oint, celui qui
est imprégné d’une onction… pour qu’il y ait un
Christ, il faut qu’il y ait quelqu’un qui
l’oigne, le Père, et quelqu’un qui soit
l’onction, le Saint-Esprit. Sans
la Trinité, le mot Christ n’aurait aucun sens. C’est pourquoi l’icône du baptême de
Jésus représente toujours Jésus debout dans le
Jourdain; tout en haut, une main représente
Celui qui fait l’onction, le Père invisible et
une colombe représente l’Esprit. Jésus est l’une
des trois personnes de
la Trinité d’amour : aujourd’hui, c’est la première révélation de ce mystère »
et j’ajouterais, auquel mystère, tous les
chrétiens participent, s’ils pratiquent la
Justice.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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