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Premier dimanche du Carême (B) : 1er mars 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


Tu aimes le monde et nous marchons avec toi
!
 

Réf. Bibliques :  1ère lecture : Gn 9, 8-15
2ème lecture : 1 P 3, 18-22
Évangile : Mc 1, 12-15

Le Carême B nous parle de l’Alliance ou plutôt des Alliances que Dieu fait avec l’humanité, son peuple et nous. Le mot alliance se dit berit en hébreu, diatheke en grec, et testamentum en latin. Toute la Bible est une Alliance ou deux Alliances : l’ancienne ou la première qu’on appelle l’Ancien Testament et la nouvelle ou la deuxième qu’on appelle le Nouveau Testament. Dans ces deux alliances, Dieu se dit, se révèle. Il prend le visage qu’on lui donne : tantôt un Dieu puissant, vengeur et même mesquin, tantôt un Dieu plein de miséricorde, de pardon et d’amour. On ne peut le connaître vraiment qu’à partir de ce qu’on dit de lui. Heureusement que plus on avance dans le temps, plus on présente un visage de Dieu qui est Amour, parce qu’on se sait aimer de lui. Et comme la vie est un chemin, une route, un sentier, nous découvrons, après coup, que Dieu, parce qu’il est Amour et qu’il nous aime, nous accompagne et marche avec nous.

Tout au long de ce Carême B, les textes bibliques qui nous sont proposés nous parlent de violence et d’alliances. Ces textes ont beau provenir de sources et d’auteurs différents, il y a comme ces deux fils conducteurs qui font qu’ils se ressemblent. Mais pourquoi la violence? Est-elle voulue par Dieu? Fait-elle partie de la création? Au moment où j’écris ces lignes, un drame familial s’est encore produit, cette fois, dans la région des Laurentides, où un jeune médecin cardiologue de grande renommée vient de poignarder ses deux enfants âgés de 3 et 5 ans, pour se venger de sa femme qui l’a laissé pour un autre homme. Quelle tragédie épouvantable! Quoi comprendre? Où est Dieu dans ça? Est-ce que la foi peut aider sa famille à traverser cette dure épreuve? Que nous disent les textes bibliques d’aujourd’hui?

  1. L’harmonie : Dans toutes les civilisations, on retrouve des récits sur la création du monde où Dieu ou les dieux créent l’harmonie, sans violence aucune. Dans la Bible, Gn 1-2 est un bel exemple de ce monde idéal, de ce monde sans violence. La question qu’on doit se poser est la suivante : Est-ce que ce monde idéal a réellement existé? Je pense que non! À cause des caractéristiques de la matière qui compose notre monde. La matière s’use, s’abîme, se détériore, se dégrade, vieillit, souffre et meurt. Mais comme l’harmonie fait partie de nos désirs et de nos rêves les plus fous, comme humains, étant plus que de la matière, il nous faut l’espérer plus que tout.

Rappelons-nous ce que disait le prophète Isaïe : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits même gîte. Le lion comme le bœuf mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main » (Is 11,6-8). On peut penser que ce prophète en fumait du bon, mais avec lui, on a espéré ce monde idéal avec l’arrivée d’un nouveau David, le Messie de Dieu qu’on a reconnu à travers le Christ ressuscité. Malgré sa venue, la violence a continué et pourtant, on peut encore espérer l’harmonie. C’est pourquoi, il nous faut d’un côté, combattre la violence, et de l’autre, l’assumer en même temps, puisqu’elle fait partie de notre réalité matérielle et humaine.

  1. L’arc-en-ciel : En 1ère lecture aujourd’hui, on a un bel exemple où l’auteur biblique du livre de la Genèse exprime ce désir d’harmonie, en reprenant le mythe de la destruction du monde par le Déluge et de sa re-création par Noé (nouvelle création) et sa famille et tous les animaux montés avec eux dans l’arche, pour que la vie puisse se continuer. De tous temps, les tempêtes, les ouragans, les cyclones, les orages, les déluges sèment la destruction. Ça fait partie de notre réalité. Mais souvent, après les grosses tempêtes, lorsque le soleil revient, il y a un signe dans le ciel qui nous dit que la tempête est terminée : l’arc-en-ciel. C’est un arc, donc une arme de combat, qui peut tuer et détruire elle aussi. Mais lorsque cette arme apparaît dans le ciel avec ses teintes multicolores, elle signifie la fin de la violence. Les croyants y ont vu Dieu qui dépose les armes pour dire aux humains que la vie est plus forte que la mort. L’arc-en-ciel est devenu un signe d’alliance entre Dieu et l’humanité.

  2. Le désert : La violence fait toujours partie de notre réalité humaine : la souffrance et la mort font partie de notre existence. Dieu propose donc une nouvelle alliance, une deuxième, dont le signe est marqué par la violence : la passion et la mort de Jésus de Nazareth que l’événement de Pâques est venu confirmer. Les chrétiens relisent rétrospectivement l’avènement de Jésus et y décèlent un double mouvement : 1) Jésus a été, dans son existence terrestre, celui que sa résurrection a pleinement manifesté, c’est-à-dire le Christ, le Seigneur. 2) Jésus a été, de sa conception à sa mort, celui qui réalise pleinement l’alliance de Dieu avec l’humanité.

Dans son évangile, Marc propose une re-création, où Jésus qui vient d’être baptisé, se retrouve au désert, chassé par l’Esprit, pendant 40 jours (temps de conversion, de changement, de transformation), pour refaire l’harmonie : « Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient » (Mc 1,13b). Comme chrétiens, il nous faut prendre la route du désert, le chemin de la conversion et de la transformation pour refaire nous aussi l’harmonie. Et c’est pourquoi, l’appel du Christ ressuscité, c’est à nous qu’il s’adresse aujourd’hui : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15).

  1. La gratuité du salut : Sur la route, on continue à marcher, à avancer, à reculer, à tomber, à nous relever. Par ailleurs, nous dit la 1ère lettre de Pierre, en 2ème lecture aujourd’hui, à cause du Christ de Pâques, nous sommes assurés d’arriver à bon port, au bout de la route : « Le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes, afin de vous introduire devant Dieu » 1 P 3,18a). Son salut est tellement puissant qu’il est même rétroactif : « C’est ainsi qu’il est allé proclamer son message à ceux qui étaient prisonniers de la mort » (1 P 3,19). L’eau du Déluge à travers laquelle Noé et sa famille ont été sauvés est devenue pour les chrétiens l’eau du baptême dans laquelle nous sommes plongés et noyés pour ressusciter avec Christ et renaître à une Vie nouvelle.

En terminant, le récit de Marc est vraiment une nouvelle Genèse, une nouvelle création, le commencement d’un monde nouveau. L’exégète français Jean Debruynne écrit : « Marc, pour ouvrir le Carême, met le monde en mouvement. Après son baptême par Jean, l’Esprit pousse Jésus au désert. On assiste à la création d’un monde nouveau. C’est une nouvelle Genèse. L’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux du Jourdain au baptême de Jésus le pousse au désert parce que le désert c’est la terre informe et vide du début du monde. Jésus y vit parmi les bêtes sauvages. L’Homme n’est pas encore né. La naissance de l’Homme neuf, c’est justement la vocation de Jésus. L’arrestation du Baptiste va en être le signal : ‘’Convertissez-vous et croyez en la Bonne Nouvelle!’’ ».

J’ajouterais que même cette nouvelle création commence dans la violence, après l’arrestation du Baptiste et sa décapitation, pour se compléter dans la violence aussi avec la crucifixion et la mort de Jésus de Nazareth. Tout est violence mais celle-ci n’a pas le dernier mot; Pâques nous l’a montré. C’est pourquoi, si nous croyons que Dieu nous aime vraiment, acceptons qu’il puisse marcher à nos côtés.


Bon Carême 2009!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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