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Tu aimes le monde et nous marchons avec toi
!
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Gn 9, 8-15
2ème lecture : 1 P 3, 18-22
Évangile : Mc 1, 12-15
Le Carême B nous parle de l’Alliance ou plutôt des Alliances
que Dieu fait avec l’humanité, son peuple et
nous. Le mot alliance se dit berit en
hébreu, diatheke en grec, et
testamentum en latin. Toute
la Bible est une Alliance ou deux Alliances :
l’ancienne ou la première qu’on appelle l’Ancien
Testament et la nouvelle ou la deuxième qu’on
appelle le Nouveau Testament. Dans ces deux
alliances, Dieu se dit, se révèle. Il prend le
visage qu’on lui donne : tantôt un Dieu
puissant, vengeur et même mesquin, tantôt un
Dieu plein de miséricorde, de pardon et d’amour.
On ne peut le connaître vraiment qu’à partir de
ce qu’on dit de lui. Heureusement que plus on
avance dans le temps, plus on présente un visage
de Dieu qui est Amour, parce qu’on se sait aimer
de lui. Et comme la vie est un chemin, une
route, un sentier, nous découvrons, après coup,
que Dieu, parce qu’il est Amour et qu’il nous
aime, nous accompagne et marche avec nous.
Tout au long de ce Carême B, les textes bibliques qui nous
sont proposés nous parlent de violence et
d’alliances. Ces textes ont beau provenir
de sources et d’auteurs différents, il y a comme
ces deux fils conducteurs qui font qu’ils se
ressemblent. Mais pourquoi la violence? Est-elle
voulue par Dieu? Fait-elle partie de la
création? Au moment où j’écris ces lignes, un
drame familial s’est encore produit, cette fois,
dans la région des Laurentides, où un jeune
médecin cardiologue de grande renommée vient de
poignarder ses deux enfants âgés de 3 et 5 ans,
pour se venger de sa femme qui l’a laissé pour
un autre homme. Quelle tragédie épouvantable!
Quoi comprendre? Où est Dieu dans ça? Est-ce que
la foi peut aider sa famille à traverser cette
dure épreuve? Que nous disent les textes
bibliques d’aujourd’hui?
-
L’harmonie :
Dans toutes les civilisations, on retrouve
des récits sur la création du monde où Dieu
ou les dieux créent l’harmonie, sans
violence aucune. Dans la Bible, Gn 1-2 est
un bel exemple de ce monde idéal, de ce
monde sans violence. La question qu’on doit
se poser est la suivante : Est-ce que ce
monde idéal a réellement existé? Je pense
que non! À cause des caractéristiques de la
matière qui compose notre monde. La matière
s’use, s’abîme, se détériore, se dégrade,
vieillit, souffre et meurt. Mais comme l’harmonie
fait partie de nos désirs et de nos rêves
les plus fous, comme humains, étant plus que
de la matière, il nous faut l’espérer plus
que tout.
Rappelons-nous ce que disait le prophète
Isaïe : « Le loup habitera avec l’agneau,
le léopard se couchera près du chevreau. Le
veau et le lionceau seront nourris ensemble,
un petit garçon les conduira. La vache et
l’ourse auront même pâture, leurs petits
même gîte. Le lion comme le bœuf mangera du
fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid
du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune
enfant étendra la main » (Is 11,6-8). On
peut penser que ce prophète en fumait du
bon, mais avec lui, on a espéré ce monde
idéal avec l’arrivée d’un nouveau David, le
Messie de Dieu qu’on a reconnu à travers le
Christ ressuscité. Malgré sa venue, la
violence a continué et pourtant, on peut
encore espérer l’harmonie. C’est
pourquoi, il nous faut d’un côté, combattre
la violence, et de l’autre, l’assumer en
même temps, puisqu’elle fait partie de notre
réalité matérielle et humaine.
-
L’arc-en-ciel :
En 1ère lecture aujourd’hui, on a un bel
exemple où l’auteur biblique du livre de la
Genèse exprime ce désir d’harmonie, en reprenant le mythe de la
destruction du monde par le Déluge et de sa
re-création par Noé (nouvelle création) et
sa famille et tous les animaux montés avec
eux dans l’arche, pour que la vie puisse se
continuer. De tous temps, les tempêtes, les
ouragans, les cyclones, les orages, les
déluges sèment la destruction. Ça fait
partie de notre réalité. Mais souvent, après
les grosses tempêtes, lorsque le soleil
revient, il y a un signe dans le ciel qui
nous dit que la tempête est terminée :
l’arc-en-ciel. C’est un arc, donc une arme
de combat, qui peut tuer et détruire elle
aussi. Mais lorsque cette arme apparaît dans
le ciel avec ses teintes multicolores, elle
signifie la fin de la violence. Les croyants
y ont vu Dieu qui dépose les armes pour dire
aux humains que la vie est plus forte que la
mort. L’arc-en-ciel est devenu un signe
d’alliance entre Dieu et l’humanité.
-
Le désert :
La violence fait toujours partie de notre
réalité humaine : la souffrance et la mort
font partie de notre existence. Dieu propose
donc une nouvelle alliance, une deuxième,
dont le signe est marqué par la violence :
la passion et la mort de Jésus de
Nazareth que l’événement de Pâques est
venu confirmer. Les chrétiens relisent
rétrospectivement l’avènement de Jésus et y
décèlent un double mouvement : 1) Jésus a
été, dans son existence terrestre, celui que
sa résurrection a pleinement manifesté,
c’est-à-dire le Christ, le Seigneur. 2)
Jésus a été, de sa conception à sa mort,
celui qui réalise pleinement l’alliance de
Dieu avec l’humanité.
Dans son évangile, Marc propose une
re-création, où Jésus qui vient d’être
baptisé, se retrouve au désert, chassé par
l’Esprit, pendant 40 jours (temps de
conversion, de changement, de
transformation), pour refaire l’harmonie :
« Il vivait parmi les bêtes sauvages et
les anges le servaient » (Mc 1,13b).
Comme chrétiens, il nous faut prendre la
route du désert, le chemin de la conversion
et de la transformation pour refaire nous
aussi l’harmonie. Et c’est pourquoi, l’appel
du Christ ressuscité, c’est à nous qu’il
s’adresse aujourd’hui : « Les temps sont
accomplis : le règne de Dieu est tout
proche. Convertissez-vous et croyez à
la Bonne
Nouvelle » (Mc 1,15).
-
La gratuité du salut :
Sur la route, on continue à marcher, à
avancer, à reculer, à tomber, à nous
relever. Par ailleurs, nous dit la 1ère
lettre de Pierre, en 2ème lecture
aujourd’hui, à cause du Christ de Pâques,
nous sommes assurés d’arriver à bon port, au
bout de la route : « Le Christ est mort
pour les péchés, une fois pour toutes, afin
de vous introduire devant Dieu » 1 P
3,18a). Son salut est tellement puissant
qu’il est même rétroactif : « C’est ainsi
qu’il est allé proclamer son message à ceux
qui étaient prisonniers de la mort » (1
P 3,19). L’eau du Déluge à travers laquelle
Noé et sa famille ont été sauvés est devenue
pour les chrétiens l’eau du baptême dans
laquelle nous sommes plongés et noyés pour
ressusciter avec Christ et renaître à une
Vie nouvelle.
En terminant, le récit de Marc est vraiment une nouvelle
Genèse, une nouvelle création, le commencement
d’un monde nouveau. L’exégète français Jean
Debruynne écrit : « Marc, pour ouvrir le
Carême, met le monde en mouvement. Après son
baptême par Jean, l’Esprit pousse Jésus au
désert. On assiste à la création d’un monde
nouveau. C’est une nouvelle Genèse. L’Esprit de
Dieu qui planait sur les eaux du Jourdain au
baptême de Jésus le pousse au désert parce que
le désert c’est la terre informe et vide du
début du monde. Jésus y vit parmi les bêtes
sauvages. L’Homme n’est pas encore né. La
naissance de l’Homme neuf, c’est justement la
vocation de Jésus. L’arrestation du Baptiste va
en être le signal : ‘’Convertissez-vous et
croyez en
la Bonne
Nouvelle!’’ ».
J’ajouterais que même cette nouvelle création commence dans
la violence, après l’arrestation du Baptiste et
sa décapitation, pour se compléter dans la
violence aussi avec la crucifixion et la mort de
Jésus de Nazareth. Tout est violence mais
celle-ci n’a pas le dernier mot; Pâques nous l’a
montré. C’est pourquoi, si nous croyons que Dieu
nous aime vraiment, acceptons qu’il puisse
marcher à nos côtés.
Bon Carême 2009!
Bonne homélie!
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