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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Dt 26,4-10
2ème lecture : Rm 10,8-13
Évangile : Lc 4,1-13
Dieu tient parole : Confiance!
En ce début de Carême de l’année de Luc, une conviction
profonde habite les textes bibliques de ce
jour : Nous sommes sauvés. Le Sauveur, c’est
Dieu lui-même. C’est lui qui nous donne, pour
vivre libres, une terre avec ses fruits (1ère
lecture), sa Parole (2ème lecture), une Parole
qui s’accomplit à travers Jésus dans son
humanité (évangile), qui s’actualise par nous,
dans notre foi en la résurrection de Jésus,
devenu Seigneur, Fils de Dieu, Sauveur (2ème
lecture et évangile). Nous sommes sauvés, mais
nous avons à le croire, à faire confiance et à
faire mémoire dans notre cœur (2ème lecture) et
dans nos célébrations (1ère lecture). En ce
Carême 2010, où l’on dit que Dieu tient parole,
que retenons-nous des textes bibliques qui nous
sont proposés?
1.
Humanité/Tentation.
Si nous lisons bien les récits des tentations
qu’on retrouve brièvement chez Marc, mais plus
développés chez Matthieu et Luc, on se rend vite
compte, qu’en étant homme ou femme, la tentation
fait partie intégrante de notre humanité : l’avoir,
c’est-à-dire la possession, le pouvoir,
c’est-à-dire le contrôle et le savoir,
c’est-à-dire le prestige. Pour ceux qui se
scandalisent à l’idée que le Christ Jésus a
connu lui aussi la tentation, saint Augustin
nous dit : « Dans notre voyage ici-bas, notre
vie ne peut pas échapper à l’épreuve de la
tentation, car notre progrès se réalise par
notre épreuve; personne ne se connaît soi-même
sans avoir été éprouvé, ne peut être couronné
sans avoir vaincu, ne peut vaincre sans avoir
combattu, et ne peut combattre s’il n’a pas
rencontré l’ennemi et les tentations. Si c’est
dans le Christ que nous sommes tentés, c’est en
lui que nous dominons le diable. Tu remarques
que le Christ a été tenté, et tu ne remarques
pas qu’il a vaincu? Reconnais que c’est toi qui
es tenté en lui; et alors reconnais que c’est
toi qui es vainqueur en lui. Il pouvait écarter
de lui le diable; mais, s’il n’avait pas été
tenté, il ne t’aurait pas enseigné, à toi qui
dois être soumis à la tentation, comment on
remporte la victoire ».
Donc, notre
humanité, comme celle de Jésus, est marquée par
la tentation, à cause de sa fragilité, sa
vulnérabilité, sa finitude. L’évangile de Luc
s’adresse à des chrétiens issus de Pâques. Luc
est l’évangéliste de la persévérance. À travers
l’épreuve de Jésus, c’est nous qui sommes
tentés et invités par là à l’endurance dans
le combat spirituel : « C’est par votre
persévérance que vous gagnerez la vie » (Lc
21,19). Comme nous ne sommes pas seulement des
êtres matériels, mais aussi des êtres
spirituels, comme chrétiens, comme fils et
filles de Dieu, c’est habités de l’Esprit que
nous sommes, nous aussi, conduits au désert pour
affronter le Diable, c’est-à-dire l’Adversaire,
qui nous tire vers le bas : la possession, le
pouvoir, le prestige, qui sont le lot de tout
être humain. Par ailleurs, avec le Christ, nous
sommes poussés vers le haut; nous sommes devenus
capables de nous libérer : 1) par la
dépossession : « Ce n’est pas seulement de
pain que l’homme doit vivre » (Lc 4,4); 2)
par l’humilité et le service : « Tu te
prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et
c’est lui seul que tu adoreras » (Lc 4,8);
et par l’acceptation de notre humanité dans
toute sa fragilité : « Tu ne mettras pas à
l’épreuve le Seigneur ton Dieu » (Lc 4,12).
Malheureusement, il nous arrive souvent de
succomber aux tentations; c’est très humain. Et
c’est pourquoi, ce récit de Luc nous rappelle
qu’il nous est possible avec Christ, de vaincre
ces tentations qui font partie de notre réalité
humaine et ce, jusqu’à la fin de notre vie :
« Ayant épuisé toutes les formes de tentation,
le démon s’éloigna de Jésus jusqu’au moment
fixé » (Lc 4,13), c’est-à-dire qu’il va
revenir au moment de la passion et de la mort
sur la croix. Notre humanité est ainsi faite,
mais n’oubliez surtout pas que le diable ou le
démon ne doit pas être personnalisé comme un
être hideux et perfide que les peintres ont
voulu représenter au cours de l’histoire.
L’Adversaire fait partie de nous : de nos soifs
de posséder, de pouvoir et de savoir.
P.S.
Remarquez que saint Luc inverse les 2 dernières
tentations, si on le compare à Matthieu.
Pourquoi? Tout simplement, pour finir à
Jérusalem, car pour Luc, tout commence à
Jérusalem et tout finit à Jérusalem, et c’est là
à Jérusalem que le diable va l’attendre au
moment de son dernier repas, à travers Judas, et
à son arrestation au jardin de Gethsémani.
2.
Divinité/Salut.
Chez les chrétiens de tous les temps, il y a
toujours ce dilemme entre l’humain et le divin.
Tout au long du récit de la tentation, le diable
s’adresse à l’être humain en sa qualité de fils
ou de fille de Dieu : « Si tu es le Fils de
Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du
pain » (Lc 4,3); « Si tu es le Fils de
Dieu, jette-toi en bas » (Lc 4,9). Aussi,
n’est-ce pas en sa qualité de peuple de Dieu,
qu’Israël a été tenté d’abandonner Dieu
lorsqu’il a traversé le désert. En 1ère lecture
aujourd’hui, l’auteur du livre du Deutéronome
invite le peuple, par l’intermédiaire de Moïse,
à faire mémoire, à se souvenir que c’est Dieu
qui l’a libéré de l’esclavage d’Égypte (Dt 26,8)
et qui lui a donné un pays ruisselant de lait et
de miel (Dt 26,9).
En 2ème
lecture, saint Paul, dans sa lettre aux Romains,
nous rappelle que le salut vient de Dieu, que sa
Parole est dans notre bouche et dans notre cœur
(Rm 10,8), et que, par l’intermédiaire de Jésus
Christ, nous sommes sauvés, et même divinisés :
« Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est
Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a
ressuscité d’entre les morts, alors tu seras
sauvé » (Rm 10,9). Et ce salut est offert à
tous, sans exception et sans discrimination
aucune : « Ainsi, entre les Juifs et les
païens, il n’y a pas de différence : tous ont le
même Seigneur, généreux envers tous ceux qui
l’invoquent » (Rm 10,12).
En terminant, je vous suggère ce billet du français Hyacinthe
Vulliez, sur le récit de la tentation, comme un
rendez-vous de Pâques : « Jésus, tenté
par le démon! Vous n’y pensez pas, comment
serait-ce possible? Ces tentations, des
semblants, oui! Mais pas la réalité! Des
histoires édifiantes pour rendre plus proche de
nous celui qui est infiniment saint, pour nous
aider à vivre dans la confiance, nous les
humains si souvent en face à face avec les
puissances du mal. Pourtant, les évangélistes
sont formels : Jésus a été tenté comme tout
homme, homme qu’il était lui-même, et il l’a été
pour être Fils de Dieu, vraiment, pleinement,
accomplissant la mission pour laquelle Dieu, son
Père, l’a envoyé dans l’histoire de l’humanité.
Comme le peuple hébreu a traversé les épreuves
de la faim, des idoles et des prodiges pour être
peuple de Dieu, lui Jésus se doit d’affronter
les obstacles de toute vie humaine : l’appétit
d’acquérir et de posséder, l’ambition de dominer
et de soumettre, le goût de paraître et de se
montrer, la fringale du scoop et du
sensationnel. Trois tentations? Pourquoi pas une
seulement ou bien quatre ou cinq? Trois, le
symbolisme de la totalité. Jésus résiste aux
épreuves de tous genres, les plus insidieuses
comme les plus grossières, pour ouvrir aux
hommes la voie à plus grande humanité, vers
Dieu. L’Église, nous engageant dans le Carême,
nous invite à lutter contre les sollicitations
du mal pour qu’au rendez-vous de Pâques, nous
soyons des hommes nouveaux ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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