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Tu aimes le monde et nous marchons avec toi
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Gn
22,1-2.9a.10-13.15-18
2ème lecture : Rm 8,31b-34
Évangile : Mc 9,2-10
En ce 2ème dimanche du Carême, nous avons déjà un avant goût
de Pâques, de
la Résurrection. Du désert, lieu de conversion et de transformation, nous
passons à la montagne, lieu de rencontre avec
Dieu. Et sur cette montagne, on retrouve avec le
Christ transfiguré deux des grands personnages
de l’histoire sainte qui ont eu rendez-vous avec
le Dieu de l’Alliance : Moïse a eu la révélation
de Dieu sur la montagne du Sinaï et Élie a été
visité par Dieu sur la montagne de l’Horeb, à
travers une brise légère. Aujourd’hui, sur la
montagne de
la Transfiguration, ces deux personnages
bibliques viennent confirmer que le Christ de
Pâques réalise pleinement leur attente.
L’Espérance est enfin arrivée : la mort n’a plus
le dernier mot sur la vie…le Christ est déjà
ressuscité et nous avec lui.
On est tellement bien sur la montagne qu’on voudrait s’y
installer : « Pierre alors prend la parole et
dit à Jésus : ‘’Rabbi, il est heureux que nous
soyons ici; dressons trois tentes : une pour
toi, une pour Moïse et une pour Élie’’ » (Mc
9,5). Mais l’évangéliste Marc précise que Pierre
ne comprend pas; il dit n’importe quoi : « De
fait, il ne savait que dire, tant était grande
leur frayeur » (Mc 9,6). En effet, on ne
peut arriver à Pâques sans d’abord passer par le
Vendredi Saint. Comme le dit si bien l’exégète
français Jean Debruynne : « La mort et la
résurrection de Jésus sont un passage. On ne
s’installe pas dans le passage. Jésus ne demeure
qu’en chemin et le chemin est fait pour passer.
Pierre voudrait bien arriver à la résurrection
sans passer par la mort. Mais la voix qui vient
du ciel remet les choses au point. C’est au
moment où Jésus retrouve son visage d’homme que
la voix qui vient du ciel dit : ‘’Celui-ci est
mon Fils bien-aimé’’ ».
Mais pourquoi cette rencontre de Dieu sur la montagne?
Pourquoi cette expérience de Pâques? Je crois
qu’elle est importante sur la route souvent
difficile de notre vie. Dans un monde comme le
nôtre, où il y a de la haine, de la violence et
de la guerre, on ressent tous le besoin et le
désir de vivre l’harmonie dans l’amour et dans
la paix. Mais comment y arriver sans entrevoir
déjà où nous conduisent les passages cruels et
difficiles qu’il nous faut faire? C’est pourquoi
la Transfiguration de Jésus et la nôtre ne nous désincarne pas : c’est dans
notre humanité qu’on peut déjà l’expérimenter.
Jean Debruynne ajoute : « La transfiguration
de Jésus n’en fait pas un évadé. Ce n’est pas
une fuite ni un rêve, ni même une apparition.
C’est vraiment Jésus, l’homme de Galilée qui a
rendez-vous avec la mort pour entrer dans la
résurrection. Celui que Dieu désigne comme son
Fils sur la montagne, c’est vraiment un homme
comme nous ».
Dans la foi, tout est possible, même l’impossible. Vendredi
matin, j’étais à l’émission de Christiane
Charrette à Radio-Canada. On m’a demandé de
raconter comment s’était passée la célébration
des funérailles des deux petits enfants
assassinés par leur père médecin. J’ai dit qu’il
me fallait aider cet homme parce qu’il vivait
une grande détresse…Une journaliste m’a coupé en
disant : « Je suis tannée d’entendre parler de
détresse lorsqu’un homme tue ses enfants, parce
qu’incapable d’assumer une séparation ou un
divorce ». Et elle ajoute : « Le meurtre
d’enfants, ça ne se pardonne pas… » Et une autre
journaliste en rajoute en disant : « Cet
homme-là, sa vie est finie; il n’y a plus rien à
faire avec lui… » J’ai réagi fortement : « Si ce
que vous dites est vrai, que fait-on ici? Cet
homme-là, il ne lui reste qu’à se suicider? Je
ne suis vraiment pas d’accord avec vos propos,
car, dans la vie, tout se pardonne et je crois
sincèrement que ce médecin peut s’en sortir.
Qu’on le veuille ou non! Et ça n’excuse
aucunement le geste qu’il a posé, mais il s’agit
d’un geste de détresse épouvantable, et je crois
que tout est possible, même l’impossible! C’est
ma foi chrétienne qui me dit ça! J’ai donc pris
la décision d’aider ce médecin…J’irai le
rencontrer lundi après-midi à l’Institut Pinel
de Montréal. Si sa seule issue est de se
suicider, ça veut dire que l’Amour est limité,
le pardon est sélectif et notre espérance est
bien fragile… »
Relisons ce passage de la lettre aux Romains de saint Paul,
dont on a un court extrait aujourd’hui :
« Qui accusera ceux que Dieu a choisis? Puisque
c’est Dieu qui justifie. Qui pourra condamner?
Puisque Jésus Christ est mort; plus encore : il
est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et
il intercède pour nous » (Rm 8,33-34). Si
cette phrase de saint Paul est vraie, elle
s’applique à ce père médecin qui a tué ses 2
enfants… La question qu’il faut nous poser est
la suivante : Si c’était nous qui étions dans sa
situation, que souhaiterions-nous? Et comme ça
pourrait arriver à n’importe qui d’entre nous,
ayons l’humilité de le reconnaître et la charité
d’accompagner celui ou celle à qui ça arrive! Et
j’irais même jusqu’à dire que si cet homme-là se
suicide, on aura failli à notre mission
chrétienne, parce qu’on ne l’aura pas assez
aimé. Voilà! Peut-être suis-je un peu fou? Vous
avez le droit de le penser…mais si vous le
pensez vraiment, arrêtez de parler de la bonté,
de la miséricorde, de la tendresse et de l’amour
de notre Dieu.
Quant à la 1ère lecture aujourd’hui, c’est un récit
dramatique et contre nature. Est-ce que Dieu
peut demander à un père de sacrifier son fils?
Pourquoi ce récit? En fait, il faudrait lire le
récit intégral, et non pas la version coupée par
la liturgie; on passe à côté du sens du texte.
Dans le fond, l’appel de Dieu à Abraham, et
l’entière disponibilité de celui-ci invitent à
découvrir quelque chose de grand, qui dépasse
notre entendement. Isaac est un don de Dieu,
absolument gratuit et Dieu demande à Abraham de
reconnaître le donateur : Dieu, plus grand que
le don : Isaac. Ce qui signifie que si Dieu est
capable d’un tel don, peut-on lui faire
confiance jusqu’à lui redonner le don reçu? La
réponse devrait être oui…
Mais en même temps, le récit de
la Genèse veut nous montrer que le Dieu de
l’Alliance, le Dieu d’Abraham, ne veut pas de
sacrifice humain comme ça se faisait un peu
partout, à l’époque, chez les peuples qui
entouraient Israël. Par ailleurs, Dieu veut
qu’on le préfère à tout. Réfléchissant sur cette
scène, saint Augustin en a tiré un enseignement
très profond : « Que nous enseigne Abraham?
Je le dirai brièvement : il nous enseigne à ne
pas préférer à Dieu les dons de Dieu ».
En terminant, après avoir vécu sur la montagne de
la Transfiguration, la rencontre de Dieu et l’expérience du Ressuscité, nous
devons redescendre la montagne pour vivre les
passages nécessaires avant d’être complètement
transfigurés par Pâques. Personnellement,
j’aimerais être pour Guy, ce père blessé et
meurtri par la vie, un avant goût de Pâques,
l’espérance que tout est possible, même
l’impossible. Pour ce faire, il a besoin de moi
et de nous…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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