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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Gn
15,5-12.17-18
2ème lecture : Ph 3,17-4,1
Évangile : Lc 9,28b-36
L’avenir de l’homme est sur le visage du Fils…
Au 1er dimanche du Carême, l’évangéliste Luc nous a conduits
au désert des tentations, pour nous faire
prendre conscience de nos limites et de nos
pauvretés humaines, mais aussi, comme fils et
filles de Dieu, de nos capacités à les
surmonter. Aujourd’hui, au 2ème dimanche du
Carême, saint Luc nous fait monter sur la
montagne de la transfiguration, pour nous faire
contempler notre avenir comme chrétiens. Sur le
visage du Christ ressuscité, c’est notre avenir,
notre résurrection que nous pouvons déjà
percevoir. Mais attention! On ne peut rester là
sur la montagne à contempler notre avenir; il
nous faut redescendre dans la plaine, marcher
sur la route avec notre visage d’humanité qui
sera nécessairement défiguré par la souffrance,
l’épreuve et la mort avant d’être transfiguré,
ressuscité. C’est le lot de tout être humain; on
ne peut arriver à Pâques sans d’abord passer par
le Vendredi-Saint.
En ce 2ème dimanche du Carême, quels messages peut-on retenir
des textes bibliques qui nous sont proposés?
1.
La gratuité du salut.
« Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne
pour prier »
(Lc 9,28b). Pierre, Jean et Jacques, c’est tout nous autres qui sommes
invités sur la montagne et, sans qu’on n’ait
rien à faire, on assiste à ce qui nous attend :
« Pierre et ses compagnons étaient accablés
de sommeil; mais se réveillant, ils virent la
gloire de Jésus, et les deux hommes (Moïse
et Élie) à ses côtés » (Lc 9,32). Si
Moïse et Élie sont explicitement nommés, c’est
sans doute pour confirmer que le Christ
ressuscité est la réalisation parfaite de
l’ancienne Alliance :
la Loi et les Prophètes et, qu’à travers lui,
c’est le Dieu de l’Alliance qui se manifeste aux
disciples. C’est par pure gratuité que les
disciples participent à cette manifestation, où
ils peuvent entrevoir sur leurs visages, dès
maintenant, des reflets de la gloire,
c’est-à-dire de Pâques.
Dans sa
lettre aux Philippiens, saint Paul nous rappelle
qu’à cause de la croix du Christ, nous sommes
devenus citoyens des cieux (Ph 3,20a), et ce,
sans aucun mérite de notre part. De sorte que
saint Paul traite d’ennemis de la croix du
Christ, les missionnaires qui imposent aux gens
les prescriptions alimentaires juives : « Ils
vont tous à leur perte. Leur dieu, c’est leur
ventre » (Ph 3,19a), et qui les obligent au
rite de la circoncision : « Et ils mettent
leur gloire dans ce qui fait leur honte »
(Ph 3,19b). Dans le fond, saint Paul libère les
chrétiens des lois restrictives de l’ancienne
Alliance. Si Christ nous a sauvés, son salut est
gratuit et n’exige rien en retour. Nous n’avons
pas à en payer le prix.
Déjà dans
l’Ancien Testament, c’est en toute gratuité que
Dieu fait alliance avec Abraham. Et pour preuve,
le texte de la Genèse décrit le très vieux rite
qui consiste à couper l’alliance,
c’est-à-dire des animaux sont sacrifiés et
coupés en deux, et chacun des signataires du
contrat ou de l’alliance, passe entre les
morceaux d’animaux pour s’engager. S’il manque à
son engagement, qu’il lui arrive la même chose
qu’à ces victimes. Ici, dans le récit de la
Genèse, le Seigneur, représenté par une torche
en feu, est le seul à passer entre les animaux (Gn
15,17), car Abraham dort (Gn 15,12). Ce qui veut
dire que Dieu s’engage et signe, mais n’exige
rien en contrepartie, d’où la gratuité de son
alliance avec Abraham.
2.
Une humanité sauvée, mais assumée.
Nous sommes sauvés en toute gratuité… mais c’est
dans notre humanité que nous le sommes, et
celle-ci est marquée par la fragilité, la
faiblesse et la finitude. On voudrait bien comme
Pierre rester sur la montagne et s’y installer :
« Maître, il est heureux que nous soyons ici;
dressons trois tentes : une pour toi, une pour
Moïse, et une pour Élie » (Lc 9,33a), mais
Luc ajoute que Pierre ne savait pas ce qu’il
disait (Lc 9,33b). Ce n’est pas pour rien que
l’évangéliste Luc avait fait dire à Jésus, juste
avant le récit d’aujourd’hui : « Il faut que
le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit
rejeté par les anciens, les grands prêtres et
les scribes, qu’il soit mis à mort et que, le
troisième jour, il ressuscite » (Lc 9,22),
et immédiatement après le récit d’aujourd’hui :
« Écoutez bien ce que je vais vous dire : le
Fils de l’homme va être livré aux mains des
hommes » (Lc 9,44)… Et Luc ajoute :
« Mais eux ne comprenaient pas cette parole »
(Lc 9,45a). Ce qui veut dire que le chemin
de Pâques est d’abord et avant tout un chemin de
croix. La maladie, la souffrance et la mort
précèdent nécessairement la résurrection, et
c’est vrai pour tout le monde.
Même saint
Paul le reconnaît en 2ème lecture aujourd’hui,
lorsqu’il écrit : « Nous sommes citoyens des
cieux; c’est à ce titre que nous attendons
comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui
transformera nos pauvres corps à l’image de son
corps glorieux » (Ph 3,20-21a). Et même dans
l’Ancien Testament, les anciens ont dû assumer
leur humanité avec leurs faiblesses, leurs
limites et leurs fragilités, même si Dieu a
conclu une alliance avec eux. Qu’on pense à
Moïse, à Abraham, à Jacob, aux prophètes Isaïe,
Jérémie, Ézéchiel et tous les autres. C’est dans
leur humanité assumée que le salut leur a été
donné en toute gratuité. Dans le fond, il ne
s’agit pas de faire des choses; il s’agit
simplement d’être humain, d’être ce que nous
sommes.
En terminant, c’est une invitation à la confiance qui nous
est faite aujourd’hui, à travers ces textes
bibliques qui nous sont proposés : « Abraham
eut foi dans le Seigneur, et le Seigneur estima
qu’il était juste » (Gn 15,6). Saint Paul
invite les Philippiens à la persévérance :
« Mes frères bien-aimés que je désire tant
revoir, vous, ma joie et ma récompense, tenez
bon dans le Seigneur, mes bien-aimés » (Ph
4,1). Et l’évangéliste Luc invite les disciples
à l’écoute de
la Parole, du Verbe de Dieu, du Christ
ressuscité : « Celui-ci est mon Fils, celui
que j’ai choisi, écoutez-le » (Lc 9,35).
L’exégète français Jean Debruynne, commentant l’évangile
d’aujourd’hui écrit : « Jésus se donne à
croire : Jésus introduit Pierre, Jacques et Jean
dans l’intimité de sa vocation et de sa mission.
Il se donne à voir. D’abord dans ses racines au
milieu de Moïse et d’Élie. Il est né de cette
promesse et il vient l’accomplir. L’histoire,
désormais, c’est lui. Mais l’avenir aussi c’est
lui. Cette transfiguration n’est rien d’autre
que le ressuscité qui se donne déjà à voir.
Jésus se donne à croire. Et pourtant, Jésus,
c’est bien le présent. C’est bien l’événement,
le cœur de l’actualité. Lorsque la voix désigne
Jésus comme le Fils de Dieu, les Apôtres ne
voient plus que Jésus seul. L’Homme, l’humain de
l’Homme, Fils de Dieu ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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