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Tu aimes le monde et nous marchons avec toi!
Réf. bibliques : 1ère lecture : Ex 20,10-17
2ème lecture : 1 Co 1,22-25
Évangile : Jn 2,13-25
« Détruisez ce temple, et en trois jours je le
relèverai »
(Jn 2,19). Voilà le message central de ce récit
évangélique que nous avons au troisième dimanche
du Carême B. Par ailleurs, je dois apporter une
précision sur ce récit qu’on retrouve chez tous
les évangélistes, que Matthieu, Marc et Luc
situent juste avant la passion du Christ, mais
que Jean place au début de la mission de Jésus.
Ce récit donc, quel que soit l’endroit où les
évangélistes le placent, reprend sans doute un
geste historique posé par Jésus au moment d’un
pèlerinage à Jérusalem… un geste qui lui a coûté
la vie. Mais en même temps, c’est un récit
composé après Pâques, donc, c’est une relecture
théologique de l’événement historique… ce qui
explique la réponse de Jésus aux Juifs qui lui
demandent un signe pour justifier son geste (Jn
2,18) : « Jésus leur répondit : Détruisez ce
temple, et en trois jours je le relèverai »
(Jn 2,19).
Au moment où les évangiles sont écrits, ça fait déjà
plusieurs années que le temple de Jérusalem fut
détruit, en 70 ap. J.-C., et le Christ est déjà
ressuscité. C’est pourquoi, saint Jean ajoute :
« Mais le temple dont il parlait, c’était son
corps » (Jn 2,21). Aussi, comme le mystère
de Pâques est présent à tous les gestes de Jésus
racontés par les évangiles, on peut aussi y voir
d’autres correspondances :
-
Le fouet :
En faisant un fouet avec des cordes pour
chasser les vendeurs du temple (Jn 2,15a),
l’évangéliste annonce le fouet avec lequel
Jésus, le nouveau temple de Dieu, sera
flagellé au moment de sa passion (Jn 19,1).
-
Les pièces de monnaie :
En jetant par terre la monnaie des changeurs
(Jn 2,15b) et des marchands de brebis (Jn
2,14), on peut y voir une annonce que Jésus
lui-même sera victime d’un trafic absolument
indigne de la maison de Dieu, car lui, le
véritable agneau pascal, sera vendu pour
trente pièces d’argent, que Judas reviendra
jeter dans le temple, le souillant
définitivement (Mt 26,15; 27,5).
De plus, comme le dit bien le théologien Charles Wackenheim,
c’est un même souffle libérateur qui inspire les
préceptes du Décalogue (1ère lecture) et le
récit johannique des marchands chassés du
temple. Dans les deux cas, les croyants d’hier
et d’aujourd’hui sont appelés à s’affranchir du
culte des idoles qui menace sans cesse de les
asservir :
-
La Loi : Après
avoir libéré son peuple de l’esclavage
d’Égypte, Dieu lui offre le moyen de
réaliser au jour le jour sa liberté. C’est
de cette façon qu’on doit comprendre le
Décalogue ou les Dix commandements.
Wackenheim écrit : « Pourtant le veau
d’or n’est pas loin. En préférant une idole
morte au Dieu vivant, le peuple reproduit
dans ses propres rangs la servitude que
dénonce
la Loi divine : irrespect envers les parents, meurtre, adultère, vol, faux
témoignage, convoitise. Le cœur de
la Loi, le gage d’une authentique libération, c’est la reconnaissance du Dieu
unique, l’amour de son nom et l’observance
du sabbat ».
-
L’Évangile :
En confondant commerce et religion, les
contemporains de Jésus transforment le
temple en maison de trafic (Jn
2,16b). Jésus veut libérer ces hommes d’une
image perverse de Dieu. S’il s’en prend
spécialement aux marchands de colombes (Jn
2,16a), c’est parce que ces marchands
exploitent effrontément les fidèles les plus
pauvres, et cela est inacceptable. Encore
aujourd’hui, il nous arrive de déformer le
visage de Dieu, lorsqu’on l’utilise pour
écraser et exploiter les démunis, pour
condamner et pour exclure les blessés de la
vie, les marginaux et les poqués…
L’excommunication de la mère de cette petite
brésilienne de 9 ans, enceinte de jumeaux,
qui a été violée par son beau-père et qui a
été avortée par une équipe médicale,
excommuniée elle aussi, est une aberration
épouvantable qui dessert l’Église et qui
fait honte à tous les chrétiens catholiques
qui vivent l’Évangile. Wackenheim écrit :
« L’homme religieux a tendance à sacraliser
des livres, des traditions, des
institutions, des édifices, des rites et des
doctrines, alors que, selon
la Bible, seuls sont sacrés Dieu et le prochain ».
-
Le corps du Christ :
On ne peut enfermer Dieu dans un temple de
pierres ou de briques. L’unique chemin vers
Dieu, sa véritable maison parmi les hommes,
c’est désormais son Fils fait homme, donc
l’Église que nous sommes. Wackenheim
ajoute : « Jésus de Nazareth révèle à la
fois l’éminente dignité de tout homme et
l’humilité d’un Dieu qui, à l’encontre de
toutes les idoles, s’efface dans le don
qu’il fait de lui-même ».
En terminant, l’événement fondateur de la foi chrétienne est
peut-être scandaleux pour certains et folie pour
les autres : « Nous, nous proclamons un
Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie
pour les peuples païens » (1 Co 1,23). Il
n’en demeure pas moins que « pour tous ceux
et celles que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs
ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et
sagesse de Dieu » (1 Co 1,24). Et saint Paul
ajoute : « Car la folie de Dieu est plus sage
que l’homme, et la faiblesse de Dieu est plus
forte que l’homme » (1 Co 1,25).
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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