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Troisième dimanche du Carême (B) : 15 mars 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


Tu aimes le monde et nous marchons avec toi!

Réf. bibliques :   1ère lecture :  Ex 20,10-17
2ème lecture :  1 Co 1,22-25
Évangile :  Jn 2,13-25

« Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2,19). Voilà le message central de ce récit évangélique que nous avons au troisième dimanche du Carême B. Par ailleurs, je dois apporter une précision sur ce récit qu’on retrouve chez tous les évangélistes, que Matthieu, Marc et Luc situent juste avant la passion du Christ, mais que Jean place au début de la mission de Jésus. Ce récit donc, quel que soit l’endroit où les évangélistes le placent, reprend sans doute un geste historique posé par Jésus au moment d’un pèlerinage à Jérusalem… un geste qui lui a coûté la vie. Mais en même temps, c’est un récit composé après Pâques, donc, c’est une relecture théologique de l’événement historique… ce qui explique la réponse de Jésus aux Juifs qui lui demandent un signe pour justifier son geste (Jn 2,18) : « Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2,19).

Au moment où les évangiles sont écrits, ça fait déjà plusieurs années que le temple de Jérusalem fut détruit, en 70 ap. J.-C., et le Christ est déjà ressuscité. C’est pourquoi, saint Jean ajoute : « Mais le temple dont il parlait, c’était son corps » (Jn 2,21). Aussi, comme le mystère de Pâques est présent à tous les gestes de Jésus racontés par les évangiles, on peut aussi y voir d’autres correspondances :

  1. Le fouet : En faisant un fouet avec des cordes pour chasser les vendeurs du temple (Jn 2,15a), l’évangéliste annonce le fouet avec lequel Jésus, le nouveau temple de Dieu, sera flagellé au moment de sa passion (Jn 19,1).

  2. Les pièces de monnaie : En jetant par terre la monnaie des changeurs (Jn 2,15b) et des marchands de brebis (Jn 2,14), on peut y voir une annonce que Jésus lui-même sera victime d’un trafic absolument indigne de la maison de Dieu, car lui, le véritable agneau pascal, sera vendu pour trente pièces d’argent, que Judas reviendra jeter dans le temple, le souillant définitivement (Mt 26,15; 27,5).

De plus, comme le dit bien le théologien Charles Wackenheim, c’est un même souffle libérateur qui inspire les préceptes du Décalogue (1ère lecture) et le récit johannique des marchands chassés du temple. Dans les deux cas, les croyants d’hier et d’aujourd’hui sont appelés à s’affranchir du culte des idoles qui menace sans cesse de les asservir :

  1. La Loi : Après avoir libéré son peuple de l’esclavage d’Égypte, Dieu lui offre le moyen de réaliser au jour le jour sa liberté. C’est de cette façon qu’on doit comprendre le Décalogue ou les Dix commandements. Wackenheim écrit : « Pourtant le veau d’or n’est pas loin. En préférant une idole morte au Dieu vivant, le peuple reproduit dans ses propres rangs la servitude que dénonce la Loi divine : irrespect envers les parents, meurtre, adultère, vol, faux témoignage, convoitise. Le cœur de la Loi, le gage d’une authentique libération, c’est la reconnaissance du Dieu unique, l’amour de son nom et l’observance du sabbat ».

  2. L’Évangile : En confondant commerce et religion, les contemporains de Jésus transforment le temple en maison de trafic (Jn 2,16b). Jésus veut libérer ces hommes d’une image perverse de Dieu. S’il s’en prend spécialement aux marchands de colombes (Jn 2,16a), c’est parce que ces marchands exploitent effrontément les fidèles les plus pauvres, et cela est inacceptable. Encore aujourd’hui, il nous arrive de déformer le visage de Dieu, lorsqu’on l’utilise pour écraser et exploiter les démunis, pour condamner et pour exclure les blessés de la vie, les marginaux et les poqués… L’excommunication de la mère de cette petite brésilienne de 9 ans, enceinte de jumeaux, qui a été violée par son beau-père et qui a été avortée par une équipe médicale, excommuniée elle aussi, est une aberration épouvantable qui dessert l’Église et qui fait honte à tous les chrétiens catholiques qui vivent l’Évangile. Wackenheim écrit : « L’homme religieux a tendance à sacraliser des livres, des traditions, des institutions, des édifices, des rites et des doctrines, alors que, selon la Bible, seuls sont sacrés Dieu et le prochain ».

  3. Le corps du Christ : On ne peut enfermer Dieu dans un temple de pierres ou de briques. L’unique chemin vers Dieu, sa véritable maison parmi les hommes, c’est désormais son Fils fait homme, donc l’Église que nous sommes. Wackenheim ajoute : « Jésus de Nazareth révèle à la fois l’éminente dignité de tout homme et l’humilité d’un Dieu qui, à l’encontre de toutes les idoles, s’efface dans le don qu’il fait de lui-même ».

En terminant, l’événement fondateur de la foi chrétienne est peut-être scandaleux pour certains et folie pour les autres : « Nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens » (1 Co 1,23). Il n’en demeure pas moins que « pour tous ceux et celles que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1,24). Et saint Paul ajoute : « Car la folie de Dieu est plus sage que l’homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme » (1 Co 1,25).


Bonne  réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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