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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ex
3,1-8a.10.13-15
Évangile : Lc 13,1-9
La Conversion!
Chaque année, à partir du 3ème dimanche du Carême, le thème
se diversifie. En l’année C, nous puisons chez
Luc des passages qui ont trait à la conversion.
Après le dimanche de la tentation et celui de la
transfiguration, voici celui de la conversion.
Les questions que nous posent la 1ère lecture et
ce drôle de récit évangélique d’aujourd’hui, qui
rapporte deux faits divers et qui raconte une
parabole, sont les suivantes : Qui est Dieu?
Dieu punit-il? Pourquoi se convertir?
1. Qui est Dieu?
Cet extrait du livre de l’Exode que nous avons
aujourd’hui est sans doute le texte central de
la révélation du Dieu de l’Alliance.
L’expérience de Moïse au Sinaï a pu donner
naissance à cette légende du buisson ardent,
puisque buisson en hébreu s’écrit : sênêh et
ressemble étrangement à Sinaï. Par ailleurs,
comme le dit bien l’exégète français Alain
Marchadour, ce récit apporte de la nouveauté sur
Dieu : « Dieu cesse d’être le Dieu anonyme du
sacré, celui que l’on vénère et redoute. Il
cesse d’être le Dieu archaïque des commencements
qui engendre une religion de la nostalgie. Il
cesse même d’être le Dieu des sanctuaires,
localisé et enfermé dans les lieux saints ».
Dieu se définit lui-même par la parole, par le
verbe être qui, en hébreu, implique
l’idée d’action : « ehyeh asher ehyeh » =
« Je suis celui qui suis » ou « Je suis
qui je serai » (Ex 3,14).
Face à
l’homme, Dieu se fait connaître comme quelqu’un
qui a un nom, que l’on peut interpeller, avec
qui le dialogue est possible. En même temps, sa
présence doit désormais être cherchée dans
l’aventure humaine, et dans son histoire
quotidienne : Il est Dieu avec l’homme; il est
présence actuelle et ouverte sur l’avenir. Dieu
est relation; il ne peut être sans nous et ne
peut rien faire sans nous. Il se présente à
Moïse comme le Dieu fidèle aux patriarches du
passé. Il a vu le malheur de son peuple et il
veut intervenir : « J’ai vu, oui, j’ai vu la
misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai
entendu ses cris sous les coups des chefs de
corvée. Oui, je connais ses souffrances »
(Ex 3,7). Aussi, il demande à Moïse de l’aider à
libérer son peuple : « Et maintenant, va! Je
t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte
mon peuple, les fils d’Israël » (Ex 3,10).
Dieu est
donc quelqu’un qui veut la vie, la liberté, la
justice et le bonheur de tous. Comme le dit bien
le Psaume 102 de ce dimanche : « Il pardonne
toutes tes offenses et te guérit de toute
maladie; il réclame ta vie à la tombe et te
couronne d’amour et de tendresse. Le Seigneur
fait œuvre de justice, il défend le droit des
opprimés. Il révèle ses desseins à Moïse, aux
enfants d’Israël ses hauts faits. Le Seigneur
est tendresse et pitié, lent à la colère et
plein d’amour » (Ps 102,3-4.6-8).
2. Dieu punit-il?
Au temps biblique, on croyait que le malheur qui
s’abattait sur quelqu’un, la maladie et les
accidents de parcours étaient des punitions de
Dieu pour les péchés commis par les personnes ou
même par leur entourage. Dans l’évangile de
Jean, dans l’épisode de l’aveugle-né, nous avons
un bel exemple de cette réalité : « Rabbi,
qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou
ses parents? » (Jn 9,2). Voilà la question
posée par les disciples à Jésus. Les deux
exemples soulevés par Luc dans l’évangile
d’aujourd’hui comporte la même problématique :
l’affaire des Galiléens que Pilate fit massacrer
pendant qu’ils offraient un sacrifice (Lc 13,1)
et la tragédie de la chute de la tour de Siloé
qui a tué dix-huit personnes (Lc 13,4).
S’agit-il de punitions divines?
Encore
aujourd’hui, ne réagit-on pas de la même façon
lorsque surviennent certaines tragédies comme le
sida dans les années 1980, le tremblement de
terre en Haïti, en janvier de cette année et
toutes sortes de malheurs qui nous frappent. On
entend encore aujourd’hui des expressions comme
celles-là : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon
Dieu pour que ça m’arrive? » Ou encore : « Dieu
éprouve ceux qu’il aime! » C’est
épouvantable, mais c’est malheureusement la
réalité. Et c’est souvent entretenu par des
prêtres qui lisent de façon littérale certains
textes bibliques. C’est évident que si Dieu
récompense les gens, il doit nécessairement
punir. C’est toute la théologie de la
rétribution qui est derrière ça et qui est
contraire à la foi chrétienne.
Dans le
récit de saint Jean sur l’aveugle-né, Jésus
répond aux disciples : « Ni lui, ni ses
parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu
se manifestent en lui! » (Jn 9,3). Qu’est-ce
que ça veut dire? Dans la Bible TOB, dans une
note au bas de page, on dit que Jésus constate
le fait de l’infirmité et veut agir, afin
d’assurer à cet homme sa pleine intégrité. Dans
le fond, Dieu est contre la souffrance; il veut
la soulager. Et dans l’évangile d’aujourd’hui,
Jésus dit par rapport au massacre des
Galiléens : « Pensez-vous que ces Galiléens
étaient de plus grands pécheurs que tous les
autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort? »
(Lc 13,2). La réponse c’est : Non! (Lc
13,3a). Et concernant la chute de la tour de
Siloé, il dit : « Et ces dix-huit personnes
tuées par la chute de la tour de Siloé,
pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que
tous les autres habitants de Jérusalem? » (Lc
13,4). La réponse est encore : Non! (Lc 13,5a).
Dieu ne punit pas…S’il le faisait, il serait un
Dieu pervers. Il ne peut récompenser non plus.
C’est nous qui pouvons le faire et qui en avons
la responsabilité. Voilà le pourquoi de la
conversion.
3. Pourquoi se convertir?
Dans le massacre des Galiléens, Jésus ajoute :
« Si vous ne vous convertissez pas, vous
périrez tous comme eux » (Lc 13,3b) et dans
le drame de la tour de Siloé, il dit : « Si
vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous
de la même manière » (Lc 13,5b). Ça veut
dire quoi au juste? L’exégète français Jean
Debruynne écrit : « Pourquoi Jésus lance-t-il
cette phrase terrible : ‘’Si vous ne vous
convertissez pas, vous périrez tous!’’ C’est que
se convertir, c’est changer de vie, se tourner
vers un changement de vie. Est-ce que ce n’est
pas vrai aujourd’hui dans la réalité? Si vous ne
décidez pas de changer de vie, vous périrez
tous. Non pas parce que Dieu va se venger, mais
parce que, si vous continuez à détruire la
couche d’ozone, à polluer la mer, à empoisonner
les fleuves avec vos déchets, si vous continuez
à gaspiller la vie, à ne pas respecter les
personnes, à mépriser le monde… c’est sûr vous
allez engendrer de nouveaux Pilate et de
nouveaux Hitler qui de déchéance en déchéance
traiteront demain les hommes comme déjà
aujourd’hui vous traitez les forêts et les
rivières. Si vous continuez à prendre l’argent
pour Dieu, l’économie pour religion et le profit
pour seule espérance, c’est sûr, les tours de
Siloé continueront à s’écrouler parce qu’on aura
préféré la rentabilité à la sécurité, à la
protection des personnes ».
N’a-t-on
pas vécu des situations semblables ces derniers
mois ? Janvier 2010 : un tremblement de terre en
Haïti, 7,5 sur l’échelle Richter = 200,000
morts. Février 2010 : un tremblement de terre au
Chili, 8,8 sur l’échelle Richter (100 fois plus
puissant qu’en Haïti) = 800 morts. Si les
gouvernements successifs en Haïti avaient
respecté les règles de constructions dans les
régions sismiques, il n’y aurait pas eu autant
de victimes. Où est la responsabilité? Même ici
au Québec, le viaduc du Souvenir à Laval qui
s’est effondré, il y a quelques années, faisant
un mort et 3 blessés d’une même famille, on sait
maintenant que la compagnie de construction a
voulu économiser… Voyons le résultat!
Dans le
fond, pourquoi se convertir? Je répondrais tout
simplement : pour s’humaniser, c’est-à-dire
faire passer la personne humaine avant le profit
ou nos intérêts personnels. C’est ça l’évangile,
et, en plus, notre Dieu, il est patient. Il ne
punit même pas les responsables. Il fait
confiance. Même après trois ans de stérilité,
c’est-à-dire l’échéance du temps de la
conversion, du changement possible, où les
fruits tardent à venir, il continue d’attendre
que le figuier produise son fruit :
« Seigneur, laisse-le encore cette année, le
temps que je bêche autour pour y mettre du
fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à
l’avenir » (Lc 13,8-9a).
En terminant, on raconte qu’un maître juif étonnait ses
disciples en les invitant à se convertir la
veille de leur mort. Ses disciples s’objectaient
en disant : « Mais comment le prévoir? » Alors,
le maître leur répondait : « Convertissez-vous
dès maintenant, car vous ne savez jamais quand
la mort viendra vous surprendre ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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