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Réf. Bibliques : 2ème lecture : 2 Co 5,17-21
Évangile : Lc 15,1-3.11-32
Le pardon : une nouvelle naissance!
Après l’appel à la conversion de dimanche passé, voici
l’appel à la miséricorde et au pardon : notre
Père n’est pas un Dieu vengeur, cruel et
punisseur; il est un Dieu dont le cœur déborde
de tendresse et de miséricorde… n Dieu, à la
fois, père et mère, un Dieu d’amour que
n’arrêtent pas nos infidélités. Ce dimanche est
le dimanche de la joie que procure le pardon :
« Il faut bien festoyer et se réjouir; car
ton frère que voilà était mort, et il est revenu
à la vie; il était perdu, et il est retrouvé »
(Lc 15,32). Mais qu’est-ce que pardonner
veut dire? Quel visage de Dieu nous révèle le
pardon et la miséricorde? Peut-on ou doit-on
tout pardonner?
1.
Qu’est-ce que le pardon?
Si je lis bien la parabole du père et des deux
fils que saint Luc est le seul à nous offrir,
cette histoire donne une définition
extraordinaire du pardon et de la miséricorde.
Du pardon, non seulement possible, mais
nécessaire pour vivre et pour survivre. Il
serait prétentieux de dire que nous ne nous
reconnaissons pas à travers les personnages des
deux fils de la parabole. Tantôt, nous sommes
l’un, le cadet, qui veut sa liberté, et pour en
jouir pleinement, souhaite la mort de son père;
et tantôt, nous sommes l’autre, l’aîné, dont le
père est déjà mort… Je m’explique : le fils
cadet veut la mort de son père, puisque dans la
tradition juive, on ne peut exiger sa part
d’héritage qu’à la mort de son père, et dans le
récit de la parabole, c’est le contraire qui se
produit : c’est le fils cadet qui meurt dans sa
dignité de fils : « Je ne mérite plus d’être
appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes
ouvriers » (Lc 15,19). Pour le fils aîné, le
père est déjà mort, puisqu’il ne se considère
pas comme un fils, mais bien comme un serviteur,
un esclave : « Il y a tant d’années que je
suis à ton service sans avoir jamais désobéi à
tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un
chevreau pour festoyer avec mes amis » (Lc
15,29).
Le pardon
va restaurer la dignité du fils cadet :
« Mais le père dit à ses domestiques : Vite,
apportez le plus beau vêtement pour l’habiller
(robe de noces). Mettez-lui une bague au
doigt (signe d’alliance) et des sandales
aux pieds (symbole de la dignité) »
(Lc 15,22). Le pardon invite aussi le fils aîné
à s’ouvrir à sa dignité de fils : « Le père
répondit : Toi, mon enfant, tu es toujours avec
moi, et tout ce qui est à moi est à toi »
(Lc 15,31). Mais comme le pardon est plus facile
pour celui qui se sait poqué plutôt que
pour celui qui se croit parfait, la
parabole ne se termine pas… Elle nous invite à
nous questionner, à nous positionner. Une chose
est certaine : le pardon est une nouvelle
naissance; il redonne la vie. Il fait renaître.
2.
Le pardon nous révèle Dieu.
Le pardon fait renaître, non seulement celui qui
le reçoit, mais aussi celui qui le donne : le
cadet redevient fils et le père redevient père.
Le pardon guérit toutes nos blessures et il agit
aussitôt qu’il y a prise de conscience de notre
situation de blessure et de mort, et de notre
désir de retour à la vie. La parabole est
éloquente là-dessus. Imaginez le fils cadet : il
fait mourir son père en réclamant son héritage;
il mène une vie de désordre avec des filles (un
clin d’œil de Luc sur la discrimination des
femmes), en terre païenne, au contact de cochons
impurs (l’animal le plus détesté des Juifs). Il
est même prêt à manger la nourriture des cochons
(plus bas que ça, tu meurs). Et là, se fait le
déclic : il veut revenir, non pas comme un fils,
car il sait qu’il est mort comme fils, mais bien
comme un serviteur, car il reconnaît qu’il s’est
trompé. Le fils cadet prépare même l’aveu de sa
confession : « Je vais retourner chez mon
père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre
le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être
appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes
ouvriers » (Lc 15,18-19). Par ailleurs, dans
le pardon, l’aveu n’est pas important. Le père
ne le laisse même pas finir. Il le coupe, car le
pardon est déjà donné, et c’est le moment de la
fête.
Pour le
fils aîné, le pardon est difficile. Sa
conception de Dieu est aussi fausse que celle du
cadet. Il voit Dieu comme un patron
intransigeant, et lui, se considère comme un
serviteur, un esclave et non pas un fils. Comme
il se croit parfait, il n’a pas conscience de sa
blessure et de sa mort. Donc, il refuse d’entrer
dans la fête. Le père sort pour l’en supplier…
mais, on ne sait pas la suite. Dans le fond, le
fils aîné, ce sont les scribes et les pharisiens
de tous les temps, qui ont une conception fausse
de Dieu, mais qui ont la certitude d’être dans
la vérité. Saint Luc laisse la porte ouverte à
une conversion possible pour tous les pharisiens
et les scribes de notre monde. Le pardon nous
révèle un Dieu rempli d’amour, de miséricorde,
de bonté… un Dieu qui est, à la fois, un père
mais aussi une mère (cf. la peinture de
Rembrandt). Un Dieu qui ne juge pas, ne condamne
pas… Un Dieu qui nous recrée sans cesse comme
ses fils et ses filles.
3.
Le pardon est illimité.
Le pardon que le Christ nous enseigne à travers
cette parabole est illimité. C’est nous
aujourd’hui, ses disciples, qui avons la
responsabilité d’en témoigner. Le pardon est
tellement important et nécessaire pour connaître
véritablement Dieu, qu’encore aujourd’hui,
nombreux sont ceux et celles qui déforment le
visage de Dieu par leur refus de pardonner ou
d’être pardonnés. L’Église en a pourtant fait un
sacrement pour dire toute son importance et sa
nécessité pour vivre et pour donner la vie.
En 2ème
lecture aujourd’hui, dans sa 2ème lettre aux
Corinthiens, saint Paul reconnaît qu’être
disciple du Christ, c’est faire partie de ce
monde nouveau, né au matin de Pâques avec le
Christ ressuscité. Par le Christ, le monde a été
réconcilié avec Dieu. Et la mission première de
toute l’Église, c’est de travailler à cette
réconciliation : réconciliation entre nous et
avec Dieu (2 Co 5,18). Il n’appartient pas
seulement aux prêtres et aux évêques ce
ministère de la réconciliation : « Nous
sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par
nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous
adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le
demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu »
(2 Co 5,20).
Tous les
pardons sont non seulement possibles et
souhaitables; ils sont nécessaires. À Pierre qui
demande à Jésus : « Seigneur, quand mon frère
commettra une faute à mon égard, combien de fois
lui pardonnerai-je? Jusqu’à sept fois? » (Mt
18,21). Jésus lui répondit : « Je ne te dis
pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix
fois sept fois » (Mt 18,22). Mais attention!
Ça ne veut pas dire que la justice ne s’applique
pas pour qu’il y ait réparation; ça dit tout
simplement que le pardon est illimité et
inconditionnel. Le pardon agit d’abord sur celui
qui le donne : il est libérateur, et sur celui à
qui il est donné : il lui redonne la vie. Il y a
un dicton qui dit : Sur le chemin de la vie,
la vengeance nous fait rejoindre l’ennemi et le
pardon nous le fait dépasser.
En terminant, voici la réflexion du théologien français
Gérard Bessière sur la parabole d’aujourd’hui :
« Pas une femme dans la parabole du père qui
fait le partage, du cadet gaspilleur et de
l’aîné endurci! Le père était-il veuf et l’aîné
célibataire, ou les femmes étaient-elles
recluses, hors-jeu? Seules sont évoquées, au
loin, comme un mirage, celles qui ont plumé le
pauvre oiseau trop tôt parti du nid! Pourquoi
cette absence de femmes? Mais sont-elles
vraiment absentes? En réalité, leur sensibilité
et leurs gestes sont là. Qui peut encore couvrir
de baisers un grand gaillard de fils tout
crotté, qui peut penser avant tout à lui rendre
belle apparence et à lui mettre une bague au
doigt, qui peut avoir la folle idée de faire une
fête pour celui qui a croqué la moitié du
patrimoine? Ce sont des initiatives de femme. En
réalité le vieux patriarche se conduit comme une
femme. Rembrandt a tout montré sur la célèbre
toile du Retour de l’Enfant Prodigue. L’enfant
perdu se blottit dans la tendresse du Père
courbé sur lui : on dirait qu’il veut rentrer
dans le sein maternel pour renaître. Les mains
du Père sont posées, grand ouvertes, sur son
échine mais attention, là est la trouvaille
géniale : l’une des deux est une main d’homme et
l’autre une main de femme. La parabole bouscule
toute une religion, toute une société. Face au
Dieu rude et moralisateur en qui les adversaires
de Jésus projetaient leur dureté de cœur, le
prophète généreux de Nazareth annonçait un Dieu
qui pardonne, qui encourage, qui aime sans
retour. Un Dieu qui est père et mère ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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