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Tu aimes le monde et nous marchons avec toi !
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Jr 31,31-34
Évangile : Jn 12,20-33
Nous nous approchons de plus en plus de Pâques, la fête des
fêtes, la fête de l’Amour par excellence, la
fête de
la Résurrection. Quelle image utiliser pour
exprimer la Vie avec un grand V, plus forte que
la mort? La victoire du Christ de Pâques? Saint
Jean, dans son évangile, utilise l’image du
grain de blé…
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Le semeur devient semence :
Rappelons-nous cette belle parabole de
Matthieu : « Voici que le semeur est
sorti pour semer » (Mt 13,3). Comme les
évangiles ont été écrits après Pâques, ce
semeur, c’est déjà le Christ ressuscité,
sorti de Dieu pour semer la semence du
Royaume, la semence du Règne de l’Amour.
Mais ce semeur, le Verbe fait chair, est
devenu semence, jetée en terre pour la
féconder. Le théologien français Michel
Hubaut écrit : « Cette petite parabole du
grain qui meurt pour renaître est une
des plus riches de nos évangiles. À elle
seule, elle vaut tout un traité sur
l’incarnation, la rédemption, la secrète
fécondité de toute vie animée par l’amour,
le mystère du don de soi-même qui fait
jaillir la vie ».
Voilà la logique de l’Amour : sans les épreuves, les
souffrances et la mort, l’Amour ne peut
s’exprimer dans sa totalité : « Si le
grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il
reste seul; mais s’il meurt, il donne
beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Mais
pourquoi? Tout simplement parce que l’Amour
pour exister et pour subsister ne peut faire
autrement que faire souffrir et mourir celui
ou celle qui veut aimer. Un jour ou l’autre,
nous avons à vivre ce dépassement de soi,
cette Heure de l’Amour qui va
jusqu’au bout de lui-même, comme l’Heure de
la femme qui enfante (Jn 16,21), car l’Amour
donne la vie. Et c’est pourquoi, pour aimer
vraiment, Jésus a dû donner sa vie pour que
nous ayons
la Vie : « Il n’y a pas de plus grand
amour que de donner sa vie pour ses amis »
(Jn 15,13).
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L’Amour, c’est divin :
Rappelons-nous ce très beau poème du
Cantique des Cantiques qui dit : « Car
l’amour est fort comme la mort, la passion
est implacable comme l’abîme. Ses flammes
sont des flammes brûlantes, c’est un feu
divin! » (Ct 8,6). Ce grain de blé qui
meurt et qui porte son fruit est un étonnant
symbole de la vie pascale de tout chrétien
qui doit choisir entre une vie stérile ou
féconde. Ce n’est jamais sans douleurs! Nous
sommes tous invités à entrer dans ce mystère
de la fécondité. Que de morts à soi-même
pour aimer vraiment l’autre : « Celui qui
aime sa vie la perd; celui qui s’en détache
en ce monde la garde pour la vie éternelle »
(Jn 12,25). Mais quelle joie intérieure!
Sans doute secrète complicité avec Dieu,
puisque c’est quand je me donne avec amour
que je lui ressemble le plus!
On est loin des jugements, des rejets, des condamnations et
des exclusions. Cela ne nous conduit nulle
part, sinon loin du Dieu de Jésus Christ.
Alors comment se fait-il, qu’encore
aujourd’hui, dans notre Église, nous ayons
le jugement et la condamnation aussi facile
pour les plus fragiles d’entre nous? N’y
a-t-il pas là contradiction avec l’Évangile?
Lorsqu’on applique le Droit Canon au lieu de
l’Évangile, on contredit le message
d’espérance du Christ ressuscité et on
déforme le visage de Dieu. Si nous croyons
vraiment que le Christ est mort par Amour,
il nous faut vivre dans l’Amour, et pour y
arriver, il nous faut passer du Vendredi
Saint au dimanche de Pâques. Michel Hubaut
ajoute : « Jésus ne nous invite pas à
pleurer sur sa passion et sa mort, mais à
oser suivre le même itinéraire de vie. Cet
Amour qui meurt par amour pour nous, cet
amour crucifié est une lumière qui traverse
les ténèbres de nos épreuves. Pour moi,
quand j’aurai été élevé de terre,
j’attirerai à moi tous les hommes (Jn
12,31). Ressuscité, Jésus a tracé, au creux
de l’humanité et de notre vie, un sillage de
lumière, imprimé une mystérieuse attraction,
creusé un appel infini qui nous met en
route. Tout don de soi, tout dépassement,
toute mort à soi-même, façonnent notre être
d’éternité. Notre résurrection est déjà
commencée ».
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La croix devient lumière :
En mourant sur une croix par Amour, le
Christ est ressuscité et il nous a sauvés
tous, sans exception. Pourquoi
cherchons-nous, encore aujourd’hui, à nous
sauver? Serions-nous arrêtés au Vendredi
Saint? Qu’attendons-nous pour faire se lever
le Soleil de Pâques? La croix est lumière;
elle est chemin de vie. Elle est pour les
croyants un point de repère dans la nuit. La
suivre, ce n’est pas pour nous complaire
dans la souffrance et la mort; c’est pour
rencontrer le Christ vivant. Que de temps
perdus à nous imposer des sacrifices et des
privations de toutes sortes! Au lieu de
prendre ce temps pour aimer!
Dans son livre,
la Fabrication de l’aube,
l’auteur, Jean-François Beauchemin, qui est
revenu à la vie après avoir sombré dans un
profond coma, écrit ceci : « Il y a en
moi une nuit avare de sa lumière. Mais
peut-être que cette nuit finira par se
rompre, à force d’amour et je joie, qui sont
les matériaux de l’aube que je fabrique et
que je ne cesse de parfaire ».
En terminant, le Christ de Pâques a réalisé pleinement cette
Alliance nouvelle annoncée par le prophète
Jérémie, au moment de l’Exil à Babylone :
« Mais voici quelle sera l’Alliance que je
conclurai avec la maison d’Israël quand ces
jours-là seront passés, déclare le Seigneur. Je
mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes; je
l’inscrirai dans leur cœur, je serai leur Dieu,
et ils seront mon peuple » (Jr 31,33). Cette
Alliance nouvelle, inscrite dans les cœurs, nous
rend capable d’aimer et nous invite à libérer
les autres de tout ce qui les empêche d’aimer :
« Car tous me connaîtront, des plus petits
jusqu’aux plus grands, déclare le Seigneur. Je
pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai
plus leurs péchés » (Jr 31,34b). L’Alliance
nouvelle, disait le théologien belge, Ghislain
Pinckers, est celle de la foi à l’état pur. Une
re-création. L’œuvre de Pâques.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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