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Cinquième dimanche du Carême (B) : 29 mars 2009
Raymond Gravel, prêtre

 



 

Tu aimes le monde et nous marchons avec toi !

Réf. Bibliques :  1ère lecture : Jr 31,31-34
Évangile : Jn 12,20-33

Nous nous approchons de plus en plus de Pâques, la fête des fêtes, la fête de l’Amour par excellence, la fête de la Résurrection. Quelle image utiliser pour exprimer la Vie avec un grand V, plus forte que la mort? La victoire du Christ de Pâques? Saint Jean, dans son évangile, utilise l’image du grain de blé…

  1. Le semeur devient semence : Rappelons-nous cette belle parabole de Matthieu : « Voici que le semeur est sorti pour semer » (Mt 13,3). Comme les évangiles ont été écrits après Pâques, ce semeur, c’est déjà le Christ ressuscité, sorti de Dieu pour semer la semence du Royaume, la semence du Règne de l’Amour. Mais ce semeur, le Verbe fait chair, est devenu semence, jetée en terre pour la féconder. Le théologien français Michel Hubaut écrit : « Cette petite parabole du grain qui meurt pour renaître est une des plus riches de nos évangiles. À elle seule, elle vaut tout un traité sur l’incarnation, la rédemption, la secrète fécondité de toute vie animée par l’amour, le mystère du don de soi-même qui fait jaillir la vie ».

Voilà la logique de l’Amour : sans les épreuves, les souffrances et la mort, l’Amour ne peut s’exprimer dans sa totalité : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Mais pourquoi? Tout simplement parce que l’Amour pour exister et pour subsister ne peut faire autrement que faire souffrir et mourir celui ou celle qui veut aimer. Un jour ou l’autre, nous avons à vivre ce dépassement de soi, cette Heure de l’Amour qui va jusqu’au bout de lui-même, comme l’Heure de la femme qui enfante (Jn 16,21), car l’Amour donne la vie. Et c’est pourquoi, pour aimer vraiment, Jésus a dû donner sa vie pour que nous ayons la Vie : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13).

  1. L’Amour, c’est divin : Rappelons-nous ce très beau poème du Cantique des Cantiques qui dit : « Car l’amour est fort comme la mort, la passion est implacable comme l’abîme. Ses flammes sont des flammes brûlantes, c’est un feu divin! » (Ct 8,6). Ce grain de blé qui meurt et qui porte son fruit est un étonnant symbole de la vie pascale de tout chrétien qui doit choisir entre une vie stérile ou féconde. Ce n’est jamais sans douleurs! Nous sommes tous invités à entrer dans ce mystère de la fécondité. Que de morts à soi-même pour aimer vraiment l’autre : « Celui qui aime sa vie la perd; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12,25). Mais quelle joie intérieure! Sans doute secrète complicité avec Dieu, puisque c’est quand je me donne avec amour que je lui ressemble le plus!

On est loin des jugements, des rejets, des condamnations et des exclusions. Cela ne nous conduit nulle part, sinon loin du Dieu de Jésus Christ. Alors comment se fait-il, qu’encore aujourd’hui, dans notre Église, nous ayons le jugement et la condamnation aussi facile pour les plus fragiles d’entre nous? N’y a-t-il pas là contradiction avec l’Évangile? Lorsqu’on applique le Droit Canon au lieu de l’Évangile, on contredit le message d’espérance du Christ ressuscité et on déforme le visage de Dieu. Si nous croyons vraiment que le Christ est mort par Amour, il nous faut vivre dans l’Amour, et pour y arriver, il nous faut passer du Vendredi Saint au dimanche de Pâques. Michel Hubaut ajoute : « Jésus ne nous invite pas à pleurer sur sa passion et sa mort, mais à oser suivre le même itinéraire de vie. Cet Amour qui meurt par amour pour nous, cet amour crucifié est une lumière qui traverse les ténèbres de nos épreuves. Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes (Jn 12,31). Ressuscité, Jésus a tracé, au creux de l’humanité et de notre vie, un sillage de lumière, imprimé une mystérieuse attraction, creusé un appel infini qui nous met en route. Tout don de soi, tout dépassement, toute mort à soi-même, façonnent notre être d’éternité. Notre résurrection est déjà commencée ».

  1. La croix devient lumière : En mourant sur une croix par Amour, le Christ est ressuscité et il nous a sauvés tous, sans exception. Pourquoi cherchons-nous, encore aujourd’hui, à nous sauver? Serions-nous arrêtés au Vendredi Saint? Qu’attendons-nous pour faire se lever le Soleil de Pâques? La croix est lumière; elle est chemin de vie. Elle est pour les croyants un point de repère dans la nuit. La suivre, ce n’est pas pour nous complaire dans la souffrance et la mort; c’est pour rencontrer le Christ vivant. Que de temps perdus à nous imposer des sacrifices et des privations de toutes sortes! Au lieu de prendre ce temps pour aimer!

Dans son livre, la Fabrication de l’aube, l’auteur, Jean-François Beauchemin, qui est revenu à la vie après avoir sombré dans un profond coma, écrit ceci : « Il y a en moi une nuit avare de sa lumière. Mais peut-être que cette nuit finira par se rompre, à force d’amour et je joie, qui sont les matériaux de l’aube que je fabrique et que je ne cesse de parfaire ».

En terminant, le Christ de Pâques a réalisé pleinement cette Alliance nouvelle annoncée par le prophète Jérémie, au moment de l’Exil à Babylone : « Mais voici quelle sera l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés, déclare le Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes; je l’inscrirai dans leur cœur, je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple » (Jr 31,33). Cette Alliance nouvelle, inscrite dans les cœurs, nous rend capable d’aimer et nous invite à libérer les autres de tout ce qui les empêche d’aimer : « Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands, déclare le Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31,34b). L’Alliance nouvelle, disait le théologien belge, Ghislain Pinckers, est celle de la foi à l’état pur. Une re-création. L’œuvre de Pâques.

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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