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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 43,16-21
2ème lecture : Ph 3,8-14
Évangile : Jn 8,1-11
La confiance donne de l’avenir…
Après l’appel à la conversion, l’appel à la miséricorde et au
pardon, voici l’appel à vivre debout et à faire
confiance à l’avenir. Quel beau dimanche avec
des textes bibliques qui nous secouent, qui nous
brassent, qui nous remuent de l’intérieur et qui
nous invitent à regarder en avant. Les trois
lectures ont le même fil conducteur : On ne
peut comprendre la vie qu’en regardant en
arrière; on ne peut vivre sa vie qu’en regardant
en avant. Comme le dit le dicton : Le
passé est peut-être garant de l’avenir, mais
l’avenir peut nous réserver de grandes
surprises. Tout devient possible lorsqu’on porte
un regard lucide, non seulement sur les autres,
mais surtout sur nous-mêmes, et qu’on accepte de
faire confiance en l’avenir. Que retenir
de ce cinquième dimanche du Carême? Que
devons-nous conserver du passé? Que faire du
présent? Et qu’espérer de l’avenir?
1.
Le passé.
Le passé est là pour s’en souvenir. Alors
pourquoi, en 1ère lecture aujourd’hui, le 2ème
Isaïe dit-il de la part du Seigneur : « Ne
vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus
au passé » (Is 43,18)? Le prophète veut-il
qu’on oublie le passé qui nous a façonnés? Que
veut-il dire? Au temps de l’Exil à Babylone, au
milieu du 6ème siècle avant notre ère, ce
prophète qu’on appelle le second Isaïe,
entrevoyant la libération des Juifs captifs à
Babylone, s’efforce de ranimer leur espérance
qui est à son plus bas. Si notre Dieu est un
Dieu qui libère, et il l’a fait à plusieurs
reprises dans l’histoire : on n’a qu’à se
rappeler l’Exode, la libération d’Égypte, où
Dieu « fit une route à travers la mer, un
sentier au milieu des eaux puissantes », ce
même Dieu, aujourd’hui, peut encore nous
libérer. Cependant, il ne répétera pas le passé,
car l’histoire ne se répète jamais; elle se fait
et est toujours nouvelle : « Voici que je
fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le
voyez-vous pas? Oui, je vais faire passer une
route dans le désert, des fleuves dans les lieux
arides » (Is 43,19).
Par
ailleurs, comme la nouveauté insécurise et fait
peur, on préfère souvent s’en remettre à un
passé qui nous a été raconté, mais qu’on n’a pas
vécu, jusqu’à en développer une sorte de
nostalgie maladive qui nous empêche de voir le
présent et d’envisager positivement l’avenir.
Saint Augustin nous laisse ce beau témoignage
sur le mirage du passé : « Qu’est-ce
que nos ancêtres n’ont pas déjà souffert? Ou
bien, quand nous souffrons tels malheurs,
savons-nous s’ils n’ont pas souffert les mêmes?
On rencontre pourtant des gens qui récriminent
sur leur époque et pour qui celle de nos parents
était le bon temps! Si l’on pouvait les ramener
à l’époque de leurs parents, est-ce qu’ils ne
récrimineraient pas aussi? Le passé, dont tu
crois que c’était le bon temps, n’est bon que
parce que ce n’est pas le tien ».
2.
Le présent :
Dans sa lettre aux Philippiens, saint Paul
reconnaît que tous les avantages qu’il avait
autrefois sont une perte à cause de ce qu’il vit
maintenant (Ph 3,8). Sa rencontre du Christ sur
le chemin de Damas, lui a fait prendre
conscience que la religion n’est pas figée dans
le ciment; elle doit sans cesse évoluer. Lui qui
croyait se sauver lui-même par son appartenance
à la religion juive, réalise maintenant que
c’est le Christ qui sauve et ce, en toute
gratuité : « Cette justice ne vient pas de
moi-même, c’est-à-dire de mon obéissance à la
loi de Moïse, mais de la foi au Christ : c’est
la justice qui vient de Dieu et qui est fondée
sur la foi » (Ph 3,9).
Dans ce
cas, que nous reste-t-il à faire comme
chrétiens, disciples du Christ? « Il s’agit
de connaître le Christ, d’éprouver la puissance
de sa résurrection et de communier aux
souffrances de sa passion » (Ph 3,10). Saint
Paul ne dit pas de s’inventer des souffrances;
la vie se charge de nous en imposer. Par
ailleurs, il nous invite à assumer, aujourd’hui,
notre condition mortelle et à espérer la
résurrection. La seule façon d’y arriver, c’est
par la connaissance du Christ, c’est-à-dire la
rencontre et l’expérience intime avec le
Ressuscité de Pâques. Et cette rencontre et
cette expérience ne peuvent s’effectuer qu’à
travers d’autres chrétiens qui, par le
témoignage de leur vie, nous saisissent, nous
interpellent et nous font espérer ce monde
nouveau commencé au matin de Pâques et qui se
continue dans l’histoire. Nous devons donc
poursuivre notre course humaine jusqu’au bout en
regardant en avant : « Une seule chose
compte : oubliant ce qui est en arrière, et
lancé vers l’avant, je cours vers le but pour
remporter le prix auquel Dieu nous appelle
là-haut dans le Christ Jésus » (Ph
3,13b-14).
Dans
l’Église d’aujourd’hui, n’avons-nous pas nous
aussi la nostalgie du passé qui nous empêche de
voir le présent et d’espérer l’avenir?
C’était donc meilleur la religion d’autrefois!
Les églises remplies! Le beau chant grégorien!
La messe en latin! Le respect de l’autorité! La
grande foi des gens! Lorsqu’on dit cela,
n’embellissons-nous pas le passé? Car, si
c’était si bon et si beau que ça, pourquoi
l’avoir laissé tomber? On peut bien se morfondre
sur le passé. Une chose est certaine : il ne
reviendra plus…car l’histoire ne se répète
jamais; elle se fait toujours dans la nouveauté.
Le passé est riche de ce que nous sommes devenus
aujourd’hui et c’est aujourd’hui, maintenant,
avec ce que nous sommes et là où nous sommes,
qu’on peut espérer et bâtir l’avenir.
3.
L’avenir :
Ce beau texte d’évangile qui nous est offert
aujourd’hui, il est bon de le situer. On sait
maintenant que ce récit placé dans l’évangile de
Jean n’est pas à la bonne place. Il devrait être
dans celui de Luc. La scène appartient à l’étape
finale de la vie de Jésus à Jérusalem racontée
par Luc et ressemble à la controverse sur
l’impôt dû à César qu’on retrouve en Luc
20,20-26. L’exégète français Alain Marchadour
écrit : « Cette perle des récits évangéliques
a failli se perdre. En effet, elle est absente
des premiers manuscrits de Jean. Le récit aura
vraisemblablement effrayé par son ouverture
certains responsables de l’Église primitive car
l’adultère était considéré comme un des rares
péchés pour lesquels une pénitence publique
était nécessaire et qui ne pouvait être remis
qu’une seule fois dans la vie ».
Comme la
discipline de l’Église des premiers siècles
n’avait pas l’indulgence de Jésus à l’égard des
pécheurs publics, voilà sans doute pourquoi, on
a tenu plutôt caché cet épisode de la femme
adultère; de sorte que, lorsqu’on a voulu le
réintégrer dans le canon des évangiles, on l’a
mis dans saint Jean par erreur. Ce récit nous
parle de pardon et de miséricorde, bien sûr,
mais aussi d’avenir. Lorsque la misère
rencontre la miséricorde, la vie
ressurgit et il y a promesse d’avenir.
L’auteur de
cette péricope, appelons-le Luc, puisqu’il
s’agit de l’évangéliste le plus féministe, veut
dénoncer l’injustice faite aux femmes dans la
tradition juive de son temps. La loi de Moïse
punit de mort la femme. Elle sanctionne son
péché de façon définitive et sélective,
puisqu’il n’est en rien question de l’homme avec
qui elle a péché et qui devait être aussi
responsable qu’elle. Dans son évangile, saint
Luc nous présente un Dieu de miséricorde et de
pardon, tandis que la loi de Moïse, elle, punit
de mort l’adultère. Donc, il s’agit d’une bonne
situation pour mettre Jésus dans l’embarras : De
quel côté se situe-t-il? S’il se situe du côté
de la loi, ça veut dire que son Dieu condamne le
pécheur… donc, qu’il n’est pas pardon et
miséricorde. Et si Jésus prend des distances par
rapport à la loi de Moïse, ça veut dire qu’il
s’oppose aux Juifs, donc, il risque la
condamnation lui aussi, même si le Dieu qu’il
sert est un Dieu de tendresse dont le pardon
ouvre un nouvel avenir.
La
meilleure réponse est le silence…Un long silence
où Jésus, par deux fois, se baisse et trace des
traits sur le sol (Jn 8,6.8). Ce long silence en
dit long, même si les scribes et les pharisiens
ne le comprennent pas, car ils ne savent pas de
quel côté est Dieu : du côté de la punition ou
du côté de la miséricorde et du pardon? La seule
façon de le savoir, c’est en portant un regard
sur eux-mêmes : Qui sont-ils? Et
qu’attendent-ils de Dieu pour eux-mêmes?
« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il
soit le premier à lui jeter la pierre » (Jn
8,7). Et vlan dans les dents! Ce qui veut dire
que celui qui n’espère pas pour lui-même la
miséricorde de Dieu et s’estime assez juste pour
s’en sortir sans elle, qu’il se range du côté de
la loi de Moïse! Mais s’il croit avoir besoin de
l’infinie tendresse de Dieu et de son pardon,
qu’il se range loin de cette loi en se refusant
à jeter la pierre!
Ils s’en
vont tous. Et saint Luc, ajoute ironiquement :
« En commençant par les plus âgés » (Jn
8,9). Donc, ils se sont rangés du côté de Dieu
et non pas du côté de la loi! Ils se sont rangés
du côté de la femme adultère, puisqu’ils
mendient, comme elle, la miséricorde et l’amour
de Dieu! Le nouvel avenir qui s’ouvre pour cette
femme : « Va, et désormais ne pèche plus »
(Jn 8,11), s’ouvre aussi pour les scribes et
les pharisiens : « Va, et désormais remplace
ton cœur de pierre par un cœur de chair à
l’image du cœur de Dieu que le Christ t’a
révélé ».
En terminant, je voudrais simplement vous partager cette
belle prière de mère Teresa, qui nous décentre
de nous-même pour nous ouvrir aux autres :
« Seigneur, quand je suis affamé, donne-moi
quelqu’un qui ait besoin de nourriture. Quand
j’ai soif, envoie-moi quelqu’un qui ait besoin
d’eau. Quand j’ai froid, envoie-moi quelqu’un à
réchauffer. Quand je suis blessé, donne-moi
quelqu’un à consoler. Quand ma croix devient
lourde, donne-moi la croix d’un autre à
partager. Quand je suis pauvre, conduis à moi
quelqu’un dans le besoin. Quand je n’ai pas de
temps, donne-moi quelqu’un que je puisse aider
un instant. Quand je suis humilié, donne-moi
quelqu’un dont j’aurai à faire l’éloge. Quand je
suis découragé, envoie-moi quelqu’un à
encourager. Quand j’ai besoin de la
compréhension des autres, donne-moi quelqu’un
qui ait besoin de la mienne. Quand j’ai besoin
qu’on prenne soin de moi, envoie-moi quelqu’un
dont j’aurai à prendre soin. Quand je ne pense
qu’à moi, tourne mes pensées vers autrui ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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