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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Dn 7,13-14
2ème lecture : Ap 1,5-8
Évangile : Jn 18,33b-37
En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’évangile de
Marc cède la place à celui de Jean. Jésus
comparaît devant le représentant de l’empereur
romain, mais il n’a que faire du titre de roi
dont Pilate veut l’affubler. S’il est roi, il
l’est non pas comme les monarques de ce monde,
mais bien comme le plus petit parmi les hommes.
Autant le Christ des évangiles a prêché le
Royaume, autant il a évité de se présenter comme
roi, pour ne pas être confondu avec les rois de
la terre. Et si l’Église le célèbre comme roi,
c’est un roi unique, étrange, sans pays ni
couronne, sans chevaux ni soldats. C’est un roi
serviteur, un roi berger, pasteur, un roi…
pauvre. Et pour entrer dans le Royaume qu’il
promet, il faut se battre pour que deviennent
rois… les pauvres, les petits, les mal-aimés,
les exclus. C’est là sa vérité! Une vérité que
Pilate lui-même ne peut comprendre : « Pilate
lui dit : Qu’est-ce que la vérité? » (Jn
18,38a) Mais au fait, à partir des trois
lectures d’aujourd’hui, que peut-on dire de la
royauté du Christ?
1.
Un Fils d’homme.
Le livre de Daniel, chapitre 7, raconte un rêve
(Dn 7,2-14) et son interprétation (Dn 7,15-25).
L’auteur qui vit durant la grande persécution
grecque contre la religion juive sous le règne
d’Antiochus IV Épiphane (175-164 av. J.-C.), se
transporte à la cour de Babylone au 6ème siècle
avant notre ère et raconte, en symboles, le
déroulement de l’histoire jusqu’au présent de sa
vie. Les quatre empires qui se sont succédé :
Babyloniens, Mèdes, Perses et Grecs, sont
symbolisés par des bêtes de plus en plus
féroces, issues de la Mer, lieu des puissances
hostiles à Dieu. Ces bêtes sont : un lion avec
des ailes d’aigle qui correspond à Babylone, un
ours carnivore qui représente les Mèdes, un
léopard avec quatre têtes et quatre ailes
d’oiseau sur le dos qui correspond à l’empire
Perse et une quatrième bête plus terrifiante que
les autres, avec des dents de fer et onze
cornes : dix cornes pour symboliser l’empire
Grec et la onzième représente Antiochus IV
Épiphane lui-même, qui a mis le comble à toutes
les épreuves du peuple de Dieu; la mesure est
pleine, le maximum est atteint, le Dieu maître
du monde ne peut pas ne pas intervenir. Le
monstre doit être détruit, et avec lui, toute la
puissance du mal dont il est l’émanation (Dn
7,11-12).
C’est alors
que pour prendre la place de ces royaumes
bestiaux, Daniel voit apparaître comme un Fils
d’homme, c’est-à-dire quelqu’un qui a forme
humaine. Ce Fils d’homme ne possède ni les crocs
du lion, ni les griffes de l’ours ou du léopard,
ni les dents de fer de la Bête. Ce Fils d’homme,
dans la tête du prophète, n’est pas un individu;
il est une collectivité. Il représente le petit
groupe des Israélites demeurés fidèles au Dieu
de l’Alliance, malgré les persécutions d’Antiochus
IV Épiphane. Ces Juifs sont sans défense devant
les puissances de leurs adversaires, mais Dieu
assure leur triomphe définitif. C’est la Bonne
Nouvelle annoncée par le prophète Daniel qu’on
peut lire dans l’extrait d’aujourd’hui.
Après les
dictatures horribles qui se sont succédé, Dieu
ne peut faire autrement que de fonder un nouveau
Royaume représenté par une figure humaine à qui
est confiée, comme lors de la 1ère création où
Dieu crée l’Homme (Adam), à son image et à sa
ressemblance, le pouvoir sur toute la création :
« Et il lui fut donné domination, gloire et
royauté » (Dn 7,14a). Beaucoup plus tard,
lorsque l’empire grec sera remplacé par l’empire
romain, aussi cruel que les précédents, se
développera l’espérance messianique. À ce
moment-là, le Fils d’homme prendra le visage
d’un individu, d’un messie attendu, que les
premiers chrétiens identifieront à Jésus
ressuscité.
2.
Des prêtres.
Selon l’Apocalypse de saint Jean, Jésus Christ,
par sa fidélité à Dieu, par son Amour
inconditionnel pour tous les humains, par le don
de sa vie, par sa résurrection, est devenu le
souverain des rois de la terre, non pas seul,
mais avec tous ceux et celles qui le
reconnaissent comme tel : « Il a fait de nous
le royaume et les prêtres de Dieu son Père »
(Ap 1,6a). Autrement dit, en Jésus Christ
s’accomplit la parole du Lévitique selon
laquelle le peuple de Dieu est dépositaire de la
royauté de Dieu lui-même et à ce titre chargé
d’une fonction sacerdotale en faveur de
l’univers entier. Ce qui veut dire que les
chrétiens partagent tous et toutes la royauté du
Christ et son sacerdoce, c’est-à-dire sa
fonction d’intercesseur pour les nations. Le
Royaume est donc un royaume de prêtres et avec
le Christ, le premier-né d’entre les morts, nous
les chrétiens, exerçons la royauté par notre
sacerdoce baptismal.
3.
Témoin de la vérité.
Dans l’évangile de Jean comme dans les
synoptiques, la Passion de Jésus est placée sous
le signe de sa royauté. Mais attention! C’est
une royauté plutôt paradoxale : c’est au moment
où Jésus est enchaîné, torturé, sans le moindre
pouvoir, bientôt mis à mort, qu’il est reconnu
comme roi. Voilà le paradoxe : « Ma royauté
ne vient pas de ce monde; si ma royauté venait
de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient
battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs.
Non, ma royauté ne vient pas d’ici » (Jn
18,36). Comme le dit bien le théologien belge,
Jacques Vermeylen : « Le Royaume de Jésus
n’est pas à l’image des organisations
politiques, où tout le monde est contraint au
service d’un seul, où le pouvoir de l’un
signifie l’humiliation ou la soumission des
autres. Dans ce Royaume, c’est le serviteur
(l’esclave, le dernier des derniers dans la
société) qui règne, et sa loi est celle d’un
service mutuel, pour la construction d’une
fraternité ».
Par
ailleurs, comme le titre de roi reste ambigu, le
Jésus de l’évangile de Jean y prend ses
distances. À la question affirmative de Pilate :
« Alors, tu es roi? » (Jn 18,37a), Jésus
répondit : « C’est toi qui dis que je suis
roi » (Jn 18,37b). Jésus ne rejette pas le
titre, mais il en précise le contenu : « Je
suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :
rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37c).
La vérité, chez saint Jean, n’est pas une
réalité abstraite, intellectuelle, mais bien une
personne : « Je suis le chemin, la vérité, la
vie » (Jn 14,6). La vérité biblique est
synonyme de fidélité : fidélité au Dieu de
l’Alliance, à ses promesses de libération, à son
engagement envers les pauvres, les petits, les
blessés de la vie, les laissés pour compte, les
exclus.
Le Christ,
roi de l’univers n’a aucun pouvoir, si ce n’est
celui de l’Amour inconditionnel qui le fait
témoin de la vérité. Cette royauté n’est pas
complètement établie, puisque nous y sommes
associés, et qu’il nous arrive encore trop
souvent, comme Église, d’y projeter nos désirs
de toute-puissance…ce qui retarde l’avènement du
Royaume de Dieu dans notre monde. À ce sujet,
l’exégète français Jean Debruynne traduit avec
éloquence cette malheureuse réalité : « Cette
fête royale, ce couronnement de Jésus, ce sacre,
est un massacre. La couronne de ce roi est une
couronne d’épines, le manteau royal est une
loque rouge… Mais le paradoxe veut que ce soit
Pilate, représentant de l’Empereur de Rome, qui
décerne lui-même, sans s’en rendre compte, le
titre de roi à Jésus. C’est Pilate qui fera
clouer sur la croix de Jésus l’écriteau qui
désigne Jésus comme roi des Juifs… La seule
royauté de Jésus est celle d’un crucifié. Cela
n’empêchera pas les chrétiens de rêver du jour
où ils pourraient déguiser Dieu en roi ou en
empereur ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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