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Le Christ, roi de l’univers (B) : 22 novembre 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Dn 7,13-14
2ème lecture :  Ap 1,5-8
Évangile :  Jn 18,33b-37

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’évangile de Marc cède la place à celui de Jean. Jésus comparaît devant le représentant de l’empereur romain, mais il n’a que faire du titre de roi dont Pilate veut l’affubler. S’il est roi, il l’est non pas comme les monarques de ce monde, mais bien comme le plus petit parmi les hommes. Autant le Christ des évangiles a prêché le Royaume, autant il a évité de se présenter comme roi, pour ne pas être confondu avec les rois de la terre. Et si l’Église le célèbre comme roi, c’est un roi unique, étrange, sans pays ni couronne, sans chevaux ni soldats. C’est un roi serviteur, un roi berger, pasteur, un roi… pauvre. Et pour entrer dans le Royaume qu’il promet, il faut se battre pour que deviennent rois… les pauvres, les petits, les mal-aimés, les exclus. C’est là sa vérité! Une vérité que Pilate lui-même ne peut comprendre : « Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité? » (Jn 18,38a) Mais au fait, à partir des trois lectures d’aujourd’hui, que peut-on dire de la royauté du Christ?

1.       Un Fils d’homme. Le livre de Daniel, chapitre 7, raconte un rêve (Dn 7,2-14) et son interprétation (Dn 7,15-25). L’auteur qui vit durant la grande persécution grecque contre la religion juive sous le règne d’Antiochus IV Épiphane (175-164 av. J.-C.), se transporte à la cour de Babylone au 6ème siècle avant notre ère et raconte, en symboles, le déroulement de l’histoire jusqu’au présent de sa vie. Les quatre empires qui se sont succédé : Babyloniens, Mèdes, Perses et Grecs, sont symbolisés par des bêtes de plus en plus féroces, issues de la Mer, lieu des puissances hostiles à Dieu. Ces bêtes sont : un lion avec des ailes d’aigle qui correspond à Babylone, un ours carnivore qui représente les Mèdes, un léopard avec quatre têtes et quatre ailes d’oiseau sur le dos qui correspond à l’empire Perse et une quatrième bête plus terrifiante que les autres, avec des dents de fer et onze cornes : dix cornes pour symboliser l’empire Grec et la onzième représente Antiochus IV Épiphane lui-même, qui a mis le comble à toutes les épreuves du peuple de Dieu; la mesure est pleine, le maximum est atteint, le Dieu maître du monde ne peut pas ne pas intervenir. Le monstre doit être détruit, et avec lui, toute la puissance du mal dont il est l’émanation (Dn 7,11-12).

C’est alors que pour prendre la place de ces royaumes bestiaux, Daniel voit apparaître comme un Fils d’homme, c’est-à-dire quelqu’un qui a forme humaine. Ce Fils d’homme ne possède ni les crocs du lion, ni les griffes de l’ours ou du léopard, ni les dents de fer de la Bête. Ce Fils d’homme, dans la tête du prophète, n’est pas un individu; il est une collectivité. Il représente le petit groupe des Israélites demeurés fidèles au Dieu de l’Alliance, malgré les persécutions d’Antiochus IV Épiphane. Ces Juifs sont sans défense devant les puissances de leurs adversaires, mais Dieu assure leur triomphe définitif. C’est la Bonne Nouvelle annoncée par le prophète Daniel qu’on peut lire dans l’extrait d’aujourd’hui.

Après les dictatures horribles qui se sont succédé, Dieu ne peut faire autrement que de fonder un nouveau Royaume représenté par une figure humaine à qui est confiée, comme lors de la 1ère création où Dieu crée l’Homme (Adam), à son image et à sa ressemblance, le pouvoir sur toute la création : « Et il lui fut donné domination, gloire et royauté » (Dn 7,14a). Beaucoup plus tard, lorsque l’empire grec sera remplacé par l’empire romain, aussi cruel que les précédents, se développera l’espérance messianique. À ce moment-là, le Fils d’homme prendra le visage d’un individu, d’un messie attendu, que les premiers chrétiens identifieront à Jésus ressuscité.

2.       Des prêtres. Selon l’Apocalypse de saint Jean, Jésus Christ, par sa fidélité à Dieu, par son Amour inconditionnel pour tous les humains, par le don de sa vie, par sa résurrection, est devenu le souverain des rois de la terre, non pas seul, mais avec tous ceux et celles qui le reconnaissent comme tel : « Il a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père » (Ap 1,6a). Autrement dit, en Jésus Christ s’accomplit la parole du Lévitique selon laquelle le peuple de Dieu est dépositaire de la royauté de Dieu lui-même et à ce titre chargé d’une fonction sacerdotale en faveur de l’univers entier. Ce qui veut dire que les chrétiens partagent tous et toutes la royauté du Christ et son sacerdoce, c’est-à-dire sa fonction d’intercesseur pour les nations. Le Royaume est donc un royaume de prêtres et avec le Christ, le premier-né d’entre les morts, nous les chrétiens, exerçons la royauté par notre sacerdoce baptismal.

3.       Témoin de la vérité. Dans l’évangile de Jean comme dans les synoptiques, la Passion de Jésus est placée sous le signe de sa royauté. Mais attention! C’est une royauté plutôt paradoxale : c’est au moment où Jésus est enchaîné, torturé, sans le moindre pouvoir, bientôt mis à mort, qu’il est reconnu comme roi. Voilà le paradoxe : « Ma royauté ne vient pas de ce monde; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici » (Jn 18,36). Comme le dit bien le théologien belge, Jacques Vermeylen : « Le Royaume de Jésus n’est pas à l’image des organisations politiques, où tout le monde est contraint au service d’un seul, où le pouvoir de l’un signifie l’humiliation ou la soumission des autres. Dans ce Royaume, c’est le serviteur (l’esclave, le dernier des derniers dans la société) qui règne, et sa loi est celle d’un service mutuel, pour la construction d’une fraternité ».

Par ailleurs, comme le titre de roi reste ambigu, le Jésus de l’évangile de Jean y prend ses distances. À la question affirmative de Pilate : « Alors, tu es roi? » (Jn 18,37a), Jésus répondit : « C’est toi qui dis que je suis roi » (Jn 18,37b). Jésus ne rejette pas le titre, mais il en précise le contenu : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37c). La vérité, chez saint Jean, n’est pas une réalité abstraite, intellectuelle, mais bien une personne : « Je suis le chemin, la vérité, la vie » (Jn 14,6). La vérité biblique est synonyme de fidélité : fidélité au Dieu de l’Alliance, à ses promesses de libération, à son engagement envers les pauvres, les petits, les blessés de la vie, les laissés pour compte, les exclus.

Le Christ, roi de l’univers n’a aucun pouvoir, si ce n’est celui de l’Amour inconditionnel qui le fait témoin de la vérité. Cette royauté n’est pas complètement établie, puisque nous y sommes associés, et qu’il nous arrive encore trop souvent, comme Église, d’y projeter nos désirs de toute-puissance…ce qui retarde l’avènement du Royaume de Dieu dans notre monde. À ce sujet, l’exégète français Jean Debruynne traduit avec éloquence cette malheureuse réalité : « Cette fête royale, ce couronnement de Jésus, ce sacre, est un massacre. La couronne de ce roi est une couronne d’épines, le manteau royal est une loque rouge… Mais le paradoxe veut que ce soit Pilate, représentant de l’Empereur de Rome, qui décerne lui-même, sans s’en rendre compte, le titre de roi à Jésus. C’est Pilate qui fera clouer sur la croix de Jésus l’écriteau qui désigne Jésus comme roi des Juifs… La seule royauté de Jésus est celle d’un crucifié. Cela n’empêchera pas les chrétiens de rêver du jour où ils pourraient déguiser Dieu en roi ou en empereur ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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