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Réf. Bibliques : Évangile : Lc 23,35-43
Le Christ, un roi-serviteur!
Fêter le Christ, Roi de l’Univers, c’est une autre manière de
célébrer Pâques. Ça termine bien l’année
liturgique. Sans la mort-résurrection, la fête
d’aujourd’hui n’a aucun sens. De quelle royauté
parlons-nous? Quelle sorte de roi
reconnaissons-nous? Comme le dit le bibliste
Jean-Pierre Prévost: « Pour être honnête avec
vous, je vous avouerai franchement que je n’ai
pas de dévotion particulière pour la royauté et
que, en soi, le titre de roi appliqué au
Christ n’est pas celui qui m’inspire le plus ».
Et c’est pourquoi, il nous faut redéfinir la
royauté, si on veut l’appliquer au Christ
ressuscité dans l’Église d’aujourd’hui. Sinon,
on risque d’associer le Christ à un monarque qui
ressemblerait à tous les autres et qui nous
ferait perdre de vue ce que le Christ a été et
est encore dans l’Église d’aujourd’hui.
Malheureusement, certains dirigeants de l’Église
ont souvent confondu la royauté du Christ et
celle des hommes, jusqu’à déformer le visage du
Christ. Heureusement, à chaque époque, il y a eu
des disciples, hommes et femmes, qui ont su
redonner au Christ sa vraie royauté qui consiste
à servir et non pas à être servi.
1.
La problématique de la royauté.
Comme le dit Jean-Pierre Prévost :
« L’histoire de la royauté en Israël a pourtant
plutôt mal commencé. C’est seulement à
contrecoeur que le prophète Samuel a fini par
consacrer Saül premier roi d’Israël, pour
répondre à la demande du peuple qui voulait
faire comme toutes les nations » (1 S 8,5).
On pourrait ajouter que ce ne fut pas un réel
succès. Et pourquoi? Tout simplement parce que
le pouvoir corrompt et le prestige monte à la
tête de ceux qui exercent le pouvoir. C’est
évident que dans l’histoire d’Israël, il y a eu
des rois meilleurs que les autres; qu’on pense à
David ou à Salomon. Mais même ces deux rois que
la tradition biblique a su embellir, en en
faisant des symboles idylliques, l’histoire nous
montre qu’ils ont été, eux aussi, très humains,
donc limités et pécheurs.
Dans le
fond,
la Bible nous apprend que Dieu ne voulait pas de rois, car
l’expérience de la royauté était plutôt négative
et l’histoire d’Israël en est la preuve, puisque
la royauté n’a duré que 400 ans et s’est
terminée de façon tragique avec l’exil de
Sédécias à Babylone. Ce que Dieu voulait, c’est
un roi serviteur et non pas un prince qui dirige
et qui exploite son peuple. Cette mauvaise
expérience de la royauté a quand même permis au
peuple d’Israël de purifier sa foi et d’imaginer
un roi idéal, qui serait un véritable pasteur et
qui viendrait établir un royaume de justice et
de paix au service des pauvres et des
malheureux. Ce roi, on l’a reconnu à travers le
Christ ressuscité.
2.
Le Christ, Roi de l’Univers.
C’est en 1925 seulement qu’est née cette fête et
ce n’est sans doute pas pour les mêmes raisons
qu’on la célèbre aujourd’hui. Jésus lui-même ne
s’est jamais déclaré roi; au contraire,
l’évangile nous apprend que ce titre lui a été
donné de manière ironique et sarcastique par un
roi, Hérode et par un représentant de César,
Pilate… Jésus s’en est même défendu :
« Pilate lui dit alors : ‘’Tu es donc roi?’’
Jésus lui répondit : ‘’C’est toi qui dis que je
suis roi’’ » (Jn 18,37a). Par ailleurs, si
on dit que le Christ est roi, c’est parce qu’on
reconnaît en lui le serviteur qui a voulu
établir le royaume de justice et de paix tant
désiré par les hommes et les femmes de son
temps. Mais il n’a rien d’un autre roi : son
trône, c’est la croix; sa couronne est d’épines
et son sceptre est son bâton de pasteur.
L’évangile de saint Luc le présente, à la fois,
comme un roi sans pouvoir : « Si tu es le roi
des Juifs, sauve-toi toi-même! » (Lc 23,37)
et comme un roi très humain, de sorte que le
larron crucifié avec lui qui l’interpelle, ne
lui dit pas : Majesté ou Seigneur ou Maître ou
encore Sa Sainteté ou Monseigneur…Non! Il
l’appelle Jésus : « Jésus, souviens-toi de
moi quand tu viendras inaugurer ton Règne »
(Lc 23,42). Ce bandit devient le premier sujet
du Royaume : « Je te le déclare :
aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le
Paradis » (Lc 23,43). C’est ce qui faisait
dire à saint Jean Chrysostome : « Fidèle à
son métier de voleur, le larron vole par sa
confession le royaume des cieux ».
3.
Actualisation.
Aujourd’hui, on a besoin de relire cet évangile
pour célébrer le Christ, roi de l’Univers. Il
nous faut nous demander : comme société et comme
Église, quelle sorte de roi présentons-nous,
quel visage du Christ montrons-nous aux hommes
et aux femmes de notre temps? Cette semaine,
combien de maires dans les municipalités
environnantes, ont exercé leur pouvoir comme des
monarques despotes qui ont beaucoup plus à cœur
de s’enrichir que de servir leurs communautés?
Et dans l’Église, combien de blessures ont été
infligées aux chrétien(ne)s par des dirigeants
princiers qui se sont crus les seuls détenteurs
de la vérité? Le pape Jean-Paul II a demandé
pardon pour l’Église au temps de la Renaissance; le cardinal Marc Ouellet en a fait autant pour l’Église d’avant 1960,
pour toutes les souffrances des femmes, des
autochtones, des Juifs, des enfants et des
homosexuels. On a tous été témoins des réactions
virulentes que ces pardons ont suscitées. Des
hommes, des femmes, des membres du clergé ont
critiqué sévèrement le pape et le cardinal. On a
dit que leur pardon était incomplet et
conditionnel, on n’a pas cru en leur sincérité.
Comme l’écrivait le journaliste Alain Dubuc,
dans
la Presse du 23 novembre 2007: « Avec son cri
du cœur à la commission Bouchard-Taylor et sa
lettre de repentir, le cardinal Ouellet a réussi
à nous rappeler pourquoi les Québécois avaient
rejeté si massivement et si brutalement leur
Église au cours des années 60. Les réactions ont
été très vives, parce que Mgr Ouellet, avec sa
rigidité et son arrogance, nous replonge dans
cette période que les plus vieux d’entre nous
veulent oublier. Mgr Ouellet, je le dis en
pesant mes mots, après une lecture attentive de
ses sorties publiques, est un réactionnaire dans
le sens le plus pur du terme, quelqu’un qui
s’insurge contre l’évolution de la société qui
l’entoure, veut résister au changement et défend
des pratiques et des valeurs qui appartiennent
au passé ».
Personnellement, je crois sincèrement que
certains dirigeants d’Église d’aujourd’hui
nuisent beaucoup plus à l’Église qu’ils ne
l’aident ; ils incarnent cette Église que les
Québécois ne veulent plus : une Église
dogmatiste et doctrinale qui exclut toujours les
femmes, une Église homophobe qui condamne les
homosexuels, une Église obsédée par la
sexualité, une Église qui rejette ceux et celles
qui vivent un échec dans leur mariage et qui
veulent continuer à aimer, une Église qui se
croit seule détentrice de la vérité sur Dieu et
sur le monde, une Église qui refuse toute
évolution et tout changement dans la société,
une Église qui n’est pas au service du peuple de
Dieu, mais qui se sert des chrétiens pour
augmenter son prestige et son pouvoir. Avec
cette Église, on est très loin de l’évangile et,
aussi longtemps que dans l’Église, on retrouvera
de ces princes, il ne faut surtout pas nous
surprendre de voir les hommes et les femmes
prendre leur distance de cette institution à
laquelle, pourtant, bons nombre d’évêques, de
prêtres, de religieux(ses), de chrétiens croient
toujours et qui voudraient tant vivre l’évangile
aujourd’hui, en présentant un visage du Christ
aimant, miséricordieux, tolérant, ouvert, libre,
juste, respectueux de l’autre, des autres,
compatissant…un visage du Christ qui fait
espérer l’homme et la femme dans le Québec
d’aujourd’hui.
En terminant, je voudrais citer encore Alain Dubuc pour faire
réfléchir tous ceux et celles qui croient encore
que l’Église peut se refaire une beauté et une
jeunesse : celle du Christ de l’évangile et qui
veulent y participer : « Selon le cardinal
Ouellet, un peuple ne peut pas si rapidement se
vider de sa substance sans conséquences graves.
D’où le désarroi de la jeunesse, la chute
vertigineuse des mariages, le taux infime de
natalité et le nombre effarant d’avortements et
de suicides pour ne nommer que quelques unes de
ces conséquences qui s’ajoutent aux conditions
précaires des aînés et de la santé publique. Ce
portrait apocalyptique gomme commodément les
misères de cette époque révolue, les effets de
la pauvreté et de l’ignorance. Il attribue à
la Révolution tranquille un phénomène que l’on retrouve partout en Occident. Et
surtout, il oublie de se demander si cet abandon
brutal de la religion n’est pas dû aux
manquements de l’Église plutôt qu’aux complots
des artisans de
la Révolution tranquille.
L’Église, au lieu d’accompagner ses fidèles dans
une période de changements difficiles, les a
abandonnés, fière dans sa rigidité, et a ainsi
failli à sa mission. D’autres Églises, porteuses
des mêmes valeurs, ont choisi un autre chemin,
notamment les Anglicans, notre église sœur, où
les prêtres sont mariés, où on ordonne les
femmes et où le mariage gai commence,
difficilement, à être accepté.
En fait, ce qui est le plus dommage, c’est que
la sortie de Mgr Ouellet, une initiative
individuelle, compromette le véritable dialogue
dans lequel se sont engagés plusieurs de ses
collègues. Mais il serait étonnant qu’il ait un
grand impact, électoral ou autre, parce que le
cardinal est en fait un personnage marginal pour
les moins de 70 ans. Sauf pour nous rappeler
pourquoi la séparation entre l’Église et l’État
est une si bonne chose ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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