Culture et Foi > Dossiers > Homélies > Le Christ, roi de l'univers (C)

Le Christ, roi de l’univers (C) : 21 novembre 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  Évangile :  Lc 23,35-43

Le Christ, un roi-serviteur!

Fêter le Christ, Roi de l’Univers, c’est une autre manière de célébrer Pâques. Ça termine bien l’année liturgique. Sans la mort-résurrection, la fête d’aujourd’hui n’a aucun sens. De quelle royauté parlons-nous? Quelle sorte de roi reconnaissons-nous? Comme le dit le bibliste Jean-Pierre Prévost: « Pour être honnête avec vous, je vous avouerai franchement que je n’ai pas de dévotion particulière pour la royauté et que, en soi, le titre de roi appliqué au Christ n’est pas celui qui m’inspire le plus ». Et c’est pourquoi, il nous faut redéfinir la royauté, si on veut l’appliquer au Christ ressuscité dans l’Église d’aujourd’hui. Sinon, on risque d’associer le Christ à un monarque qui ressemblerait à tous les autres et qui nous ferait perdre de vue ce que le Christ a été et est encore dans l’Église d’aujourd’hui. Malheureusement, certains dirigeants de l’Église ont souvent confondu la royauté du Christ et celle des hommes, jusqu’à déformer le visage du Christ. Heureusement, à chaque époque, il y a eu des disciples, hommes et femmes, qui ont su redonner au Christ sa vraie royauté qui consiste à servir et non pas à être servi.

1.       La problématique de la royauté. Comme le dit Jean-Pierre Prévost : « L’histoire de la royauté en Israël a pourtant plutôt mal commencé. C’est seulement à contrecoeur que le prophète Samuel a fini par consacrer Saül premier roi d’Israël, pour répondre à la demande du peuple qui voulait faire comme toutes les nations » (1 S 8,5). On pourrait ajouter que ce ne fut pas un réel succès. Et pourquoi? Tout simplement parce que le pouvoir corrompt et le prestige monte à la tête de ceux qui exercent le pouvoir. C’est évident que dans l’histoire d’Israël, il y a eu des rois meilleurs que les autres; qu’on pense à David ou à Salomon. Mais même ces deux rois que la tradition biblique a su embellir, en en faisant des symboles idylliques, l’histoire nous montre qu’ils ont été, eux aussi, très humains, donc limités et pécheurs.

Dans le fond, la Bible nous apprend que Dieu ne voulait pas de rois, car l’expérience de la royauté était plutôt négative et l’histoire d’Israël en est la preuve, puisque la royauté n’a duré que 400 ans et s’est terminée de façon tragique avec l’exil de Sédécias à Babylone. Ce que Dieu voulait, c’est un roi serviteur et non pas un prince qui dirige et qui exploite son peuple. Cette mauvaise expérience de la royauté a quand même permis au peuple d’Israël de purifier sa foi et d’imaginer un roi idéal, qui serait un véritable pasteur et qui viendrait établir un royaume de justice et de paix au service des pauvres et des malheureux. Ce roi, on l’a reconnu à travers le Christ ressuscité.

2.       Le Christ, Roi de l’Univers. C’est en 1925 seulement qu’est née cette fête et ce n’est sans doute pas pour les mêmes raisons qu’on la célèbre aujourd’hui. Jésus lui-même ne s’est jamais déclaré roi; au contraire, l’évangile nous apprend que ce titre lui a été donné de manière ironique et sarcastique par un roi, Hérode et par un représentant de César, Pilate… Jésus s’en est même défendu : « Pilate lui dit alors : ‘’Tu es donc roi?’’ Jésus lui répondit : ‘’C’est toi qui dis que je suis roi’’ » (Jn 18,37a). Par ailleurs, si on dit que le Christ est roi, c’est parce qu’on reconnaît en lui le serviteur qui a voulu établir le royaume de justice et de paix tant désiré par les hommes et les femmes de son temps. Mais il n’a rien d’un autre roi : son trône, c’est la croix; sa couronne est d’épines et son sceptre est son bâton de pasteur. L’évangile de saint Luc le présente, à la fois, comme un roi sans pouvoir : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même! » (Lc 23,37) et comme un roi très humain, de sorte que le larron crucifié avec lui qui l’interpelle, ne lui dit pas : Majesté ou Seigneur ou Maître ou encore Sa Sainteté ou Monseigneur…Non! Il l’appelle Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne » (Lc 23,42). Ce bandit devient le premier sujet du Royaume : « Je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23,43). C’est ce qui faisait dire à saint Jean Chrysostome : « Fidèle à son métier de voleur, le larron vole par sa confession le royaume des cieux ».

3.       Actualisation. Aujourd’hui, on a besoin de relire cet évangile pour célébrer le Christ, roi de l’Univers. Il nous faut nous demander : comme société et comme Église, quelle sorte de roi présentons-nous, quel visage du Christ montrons-nous aux hommes et aux femmes de notre temps? Cette semaine, combien de maires dans les municipalités environnantes, ont exercé leur pouvoir comme des monarques despotes qui ont beaucoup plus à cœur de s’enrichir que de servir leurs communautés? Et dans l’Église, combien de blessures ont été infligées aux chrétien(ne)s par des dirigeants princiers qui se sont crus les seuls détenteurs de la vérité? Le pape Jean-Paul II a demandé pardon pour l’Église au temps de la Renaissance; le cardinal Marc Ouellet en a fait autant pour l’Église d’avant 1960, pour toutes les souffrances des femmes, des autochtones, des Juifs, des enfants et des homosexuels. On a tous été témoins des réactions virulentes que ces pardons ont suscitées. Des hommes, des femmes, des membres du clergé ont critiqué sévèrement le pape et le cardinal. On a dit que leur pardon était incomplet et conditionnel, on n’a pas cru en leur sincérité. Comme l’écrivait le journaliste Alain Dubuc, dans la Presse du 23 novembre 2007: « Avec son cri du cœur à la commission Bouchard-Taylor et sa lettre de repentir, le cardinal Ouellet a réussi à nous rappeler pourquoi les Québécois avaient rejeté si massivement et si brutalement leur Église au cours des années 60. Les réactions ont été très vives, parce que Mgr Ouellet, avec sa rigidité et son arrogance, nous replonge dans cette période que les plus vieux d’entre nous veulent oublier. Mgr Ouellet, je le dis en pesant mes mots, après une lecture attentive de ses sorties publiques, est un réactionnaire dans le sens le plus pur du terme, quelqu’un qui s’insurge contre l’évolution de la société qui l’entoure, veut résister au changement et défend des pratiques et des valeurs qui appartiennent au passé ».

Personnellement, je crois sincèrement que certains dirigeants d’Église d’aujourd’hui nuisent beaucoup plus à l’Église qu’ils ne l’aident ; ils incarnent cette Église que les Québécois ne veulent plus : une Église dogmatiste et doctrinale qui exclut toujours les femmes, une Église homophobe qui condamne les homosexuels, une Église obsédée par la sexualité, une Église qui rejette ceux et celles qui vivent un échec dans leur mariage et qui veulent continuer à aimer, une Église qui se croit seule détentrice de la vérité sur Dieu et sur le monde, une Église qui refuse toute évolution et tout changement dans la société, une Église qui n’est pas au service du peuple de Dieu, mais qui se sert des chrétiens pour augmenter son prestige et son pouvoir. Avec cette Église, on est très loin de l’évangile et, aussi longtemps que dans l’Église, on retrouvera de ces princes, il ne faut surtout pas nous surprendre de voir les hommes et les femmes prendre leur distance de cette institution à laquelle, pourtant, bons nombre d’évêques, de prêtres, de religieux(ses), de chrétiens croient toujours et qui voudraient tant vivre l’évangile aujourd’hui, en présentant un visage du Christ aimant, miséricordieux, tolérant, ouvert, libre, juste, respectueux de l’autre, des autres, compatissant…un visage du Christ qui fait espérer l’homme et la femme dans le Québec d’aujourd’hui.

En terminant, je voudrais citer encore Alain Dubuc pour faire réfléchir tous ceux et celles qui croient encore que l’Église peut se refaire une beauté et une jeunesse : celle du Christ de l’évangile et qui veulent y participer : « Selon le cardinal Ouellet, un peuple ne peut pas si rapidement se vider de sa substance sans conséquences graves. D’où le désarroi de la jeunesse, la chute vertigineuse des mariages, le taux infime de natalité et le nombre effarant d’avortements et de suicides pour ne nommer que quelques unes de ces conséquences qui s’ajoutent aux conditions précaires des aînés et de la santé publique. Ce portrait apocalyptique gomme commodément les misères de cette époque révolue, les effets de la pauvreté et de l’ignorance. Il attribue à la Révolution tranquille un phénomène que l’on retrouve partout en Occident. Et surtout, il oublie de se demander si cet abandon brutal de la religion n’est pas dû aux manquements de l’Église plutôt qu’aux complots des artisans de la Révolution tranquille.

L’Église, au lieu d’accompagner ses fidèles dans une période de changements difficiles, les a abandonnés, fière dans sa rigidité, et a ainsi failli à sa mission. D’autres Églises, porteuses des mêmes valeurs, ont choisi un autre chemin, notamment les Anglicans, notre église sœur, où les prêtres sont mariés, où on ordonne les femmes et où le mariage gai commence, difficilement, à être accepté.

En fait, ce qui est le plus dommage, c’est que la sortie de Mgr Ouellet, une initiative individuelle, compromette le véritable dialogue dans lequel se sont engagés plusieurs de ses collègues. Mais il serait étonnant qu’il ait un grand impact, électoral ou autre, parce que le cardinal est en fait un personnage marginal pour les moins de 70 ans. Sauf pour nous rappeler pourquoi la séparation entre l’Église et l’État est une si bonne chose ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[ RETOUR ]

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca