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Épiphanie du Seigneur (B) :  4 janvier 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


Réf. Bibliques :    1ère lecture : Is 60,1-6

                            2ème lecture : Ép 3,2-3a.5-6

                            Évangile : Mt 2,1-12

 

L’Épiphanie et Noël sont une même fête comme Pâques et l’Ascension en forment une seule aussi. De la naissance du Christ à Noël, nous passons maintenant à sa manifestation (épiphanie) pour tous, sans exception. Mais comme pour Noël, il nous faut éviter de faire du récit des mages, que Matthieu est le seul à raconter et que nous avons à chaque année, un récit historique qui raconterait un événement qui se serait déroulé dans le temps. Faire une telle lecture, c’est réduire la beauté du récit et la portée du message véhiculé par l’évangéliste Matthieu pour sa communauté, composée de Juifs et de Païens, à la fin du 1er siècle.

La foi est en perpétuelle évolution, et comme elle ne peut s’exprimer que par nos expériences et nos rencontres de Dieu dans l’histoire, les auteurs bibliques ont su rendre compte de cette foi qui naît, qui grandit, qui se développe et qui renaît parfois, en composant des récits qui en témoignent. L’extrait du 3ème Isaïe, en 1ère lecture aujourd’hui, en est un exemple et le récit des mages de l’évangile de Matthieu en est une autre illustration qui s’inspire du prophète Isaïe et d’autres prophètes. Qui dit évolution, dit aussi contraste parfois et même opposition…Mais que retenir de cette fête de l’Épiphanie en 2009?

  1. Où est la lumière? Vers 538 av. J-C., après le retour d’Exil, un prophète, disciple d’Isaïe, se lève et voici ce qu’il constate : Ils sont peu nombreux ceux qui reviennent de Babylone. Apparemment, ce n’est pas avec grand enthousiasme qu’ils reviennent. Pendant 50 ans, ils se sont habitués à vivre en Diaspora. Les rapatriés ne retrouvent plus en Judée ce qu’ils avaient rêvé. Un spectacle de désolation s’offre à eux. Le pays est en ruines. Les gens restés sur place ne reconnaissent plus les arrivants. Tout est à refaire; même le Temple est à reconstruire…il est complètement démoli. Le 3è Isaïe est de ceux qui veulent la reconstruction du Temple. Mais, pour ce faire, il faut retrouver la ferveur des origines. La gloire de Dieu doit à nouveau rayonner sur le monde : « Debout, Jérusalem! Resplendis : elle est venue ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60,1). Il faut reconstituer le peuple, attirer les commerçants, retrouver la splendeur du premier temple, susciter l’admiration des voisins : « Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras » (Is 60,4). Pour l’auteur, Jérusalem est la lumière des nations : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore » (Is 60,3). Pour le 3è Isaïe, Jérusalem demeure le lieu par excellence de la présence de Dieu où convergent tous les étrangers : « Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations » (Is 60,5).

Dans le récit des mages de l’évangile de Matthieu, la lumière n’est plus à Jérusalem, de sorte que les mages qui s’y rendent pour consulter les spécialistes de la Bible, afin de connaître l’endroit où se trouve la lumière, puisqu’ils ont vu une étoile se lever  et ils se sont rappelés l’oracle de Balaam rapportée par le livre des Nombres : « Je le vois, mais ce n’est pas pour maintenant; je l’observe, mais non de près : De Jacob monte une étoile, d’Israël surgit un sceptre qui brise les tempes de Moab et décime tous les fils de Seth » (Nb 24,17), ces mages donc, veulent rencontrer ce nouveau roi qui sera dorénavant la lumière des nations : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui » (Mt 2,2).

Selon les spécialistes de la Bible, le Messie, le nouveau roi d’Israël doit naître à Bethléem, la cité de David : « Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple » (Mt 2,6). Et pour bien montrer que Jérusalem n’est plus la lumière, l’étoile que les mages ont vu se lever est disparue lorsqu’ils sont arrivés à Jérusalem et elle est réapparue lorsqu’ils se mirent en route vers Bethléem : « Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant » (Mt 2,9). Ce qui signifie que dorénavant, la lumière n’est pas réservée aux spécialistes de la religion; elle se trouve dans une humble demeure : l’Église : « En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère » (Mt 2,11a). Pour Matthieu, Marie, c’est aussi l’Église. Et comme il s’agit de la lumière de Pâques, l’évangéliste ajoute : « Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie » (Mt 2,10). Le seul endroit dans l’évangile de Matthieu où on éprouve une très grande joie, c’est au moment de la Résurrection, lorsque les femmes au tombeau reçoivent le message de l’Ange que Jésus est ressuscité (Mt 28,8).

Pour nous aujourd’hui, qui relisons ces récits, si la lumière qui était à Jérusalem au temps d’Isaïe s’est retrouvée à Bethléem dans l’Église du 1er siècle, où est-elle aujourd’hui? Elle doit nécessairement s’être répandue partout où se trouve l’enfant et sa mère, c’est-à-dire le Christ et l’Église. À Rome? En France? Au Québec? Ou ailleurs? Poursuivons notre réflexion…

  1. Où est la puissance? Au temps de l’Ancien Testament, le peuple élu était Israël. C’est pourquoi, malgré les revers de l’histoire, tous les prophètes reconnaissent que le peuple Juif est le seul peuple choisi par Dieu, et le roi d’Israël en est le signe. Aussi, le Temple de Jérusalem et le palais royal ont toute leur importance : ils représentent, à la fois, le pouvoir, la puissance et la gloire du Seigneur. Mais, avec la Résurrection du Christ de Pâques, tout est basculé : Dieu a déserté le Temple et le palais royal de Jérusalem, de sorte que les grands de ce monde, au temps de l’évangéliste Matthieu, ont eu peur : « En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui » (Mt 2,3). Ce qui signifie que la puissance de Dieu ne s’exprime plus à travers la puissance des institutions humaines, et il est facile de savoir pourquoi? Tout simplement parce que les institutions humaines ne défendent plus les pauvres, les petits et les opprimés qui sont les favoris de Dieu. C’est pourquoi, Dieu a emprunté un chemin inattendu des grands et il habite le cœur des pauvres, des opprimés et des exclus. Selon Matthieu et Luc, Dieu naît dans un enfant, dans une famille pauvre, dans un endroit obscur, à l’écart de la grande ville, dans une bourgade où se retrouvent les exclus (les bergers).

De plus, le peuple d’Israël n’est plus le seul peuple de Dieu, les païens de toutes origines sont aussi choisis par Dieu et Dieu se révèle d’abord à eux. Dans sa lettre aux Éphésiens, saint Paul dit : « Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’évangile » (Ép 3,6). Et c’est tellement vrai que la puissance de Dieu se manifeste autrement, l’évangéliste Matthieu fait reconnaître aux mages, aux étrangers, venus à la rencontre de la lumière, la nouvelle présence de Dieu et sa puissance, à travers les cadeaux offerts par ceux-ci : « Et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (Mt 2,11b). Le théologien belge, Claude Sélis écrit : « Les mages usent de sagesse humaine en rendant hommage au Dieu manifesté à tous. Ils offrent l’or, attribut royal, au seul vrai Roi du seul vrai Royaume. Ils offrent l’encens, attribut sacerdotal, au seul vrai Prêtre du nouveau culte en esprit et en vérité. Mais ils offrent aussi la myrrhe, attribut mortuaire, parce que Matthieu le savait, cette royauté et ce sacerdoce devaient passer par la mort. »

Pour nous aujourd’hui, qui relisons ce récit, après 2,000 ans de christianisme, sommes-nous capables de rencontrer Dieu dans la pauvreté, la misère et l’exclusion? Sommes-nous capables de reconnaître sa puissance dans la faiblesse, la vulnérabilité et la fragilité de notre humanité? Mais au fait, où est l’enfant et sa mère (l’Église) aujourd’hui?

  1. Où est l’Église? Au temps de Matthieu, l’Église officielle qui était à Jérusalem a perdu de son autorité, parce qu’incapable de reconnaître la nouveauté de Dieu; de sorte que, les mages, les étrangers, après avoir rencontré le Christ, n’ont plus suivi les directives des spécialistes de la religion : « Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin » (Mt 2,12). Mais qu’en est-il aujourd’hui, 2,000 ans plus tard? L’Église se trouve-t-elle toujours à Rome? Les spécialistes de la religion ont-ils le monopole sur Dieu et sur le Christ? Devons-nous toujours suivre leurs instructions et leurs directives? Peut-être nous faut-il, comme les mages, emprunter d’autres chemins? Là où se vit la pauvreté? La misère? L’oppression? L’exclusion? La marginalité?

Une chose est certaine : notre Église doit annoncer l’évangile au monde d’aujourd’hui, avec tout ce que ça comporte : la justice, la dignité, le respect, l’égalité, l’amour, le pardon, l’espérance, etc. Comment se fait-il que notre Église, actuellement, ne dénonce pas l’agression démesurée des Israéliens envers les Palestiniens? Comment se fait-il que notre Église ait refusé de joindre sa voix aux pays membres du Conseil des Nations Unies, pour s’opposer à la condamnation et à l’exclusion des homosexuels dans le monde? Comment se fait-il que notre Église soit encore complice des inégalités entre les hommes et les femmes du 21ème siècle? Comment se fait-il que notre Église ne dénonce pas les comportements abusifs des pays riches envers les pays pauvres? Au nom de l’évangile, l’Église se doit de porter au monde, le message d’espérance du Christ de Pâques; sinon, cette mission sera confiée à d’autres.

En terminant, je voudrais simplement citer le prêtre Léon Paillot qui écrit : « L’étoile qui apparaît, puis disparaît avant de réapparaître, ne brille pas sur Jérusalem. Elle ne recommence à luire que lorsque les mages se dirigent vers Bethléem. Comme pour indiquer qu’il s’agit de dépasser les certitudes d’une religion installée pour chercher la lumière du côté de la pauvre bourgade de Bethléem. Encore une fois, opposition entre ceux qui savent, qui ont la vérité, et ceux qui cherchent…et trouvent. Opposition également, entre une forme d’Église qui attire à elle et l’Église de Jésus Christ qui s’ouvre aux étrangers, grâce à sa pauvreté originelle. Il y a là, encore, toute une orientation qu’il s’agit de reconnaître, de nos jours, en un temps où les Églises installées sont souvent en perte de vitesse alors que les Églises missionnaires sont capables de transmettre la lumière ».

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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