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Réf. Bibliques :
1ère lecture : Is 60,1-6
2ème lecture : Ép
3,2-3a.5-6
Évangile : Mt 2,1-12
L’Épiphanie et Noël sont une même fête comme Pâques et
l’Ascension en forment une seule aussi. De la
naissance du Christ à Noël, nous passons
maintenant à sa manifestation (épiphanie) pour
tous, sans exception. Mais comme pour Noël, il
nous faut éviter de faire du récit des mages,
que Matthieu est le seul à raconter et que nous
avons à chaque année, un récit historique qui
raconterait un événement qui se serait déroulé
dans le temps. Faire une telle lecture, c’est
réduire la beauté du récit et la portée du
message véhiculé par l’évangéliste Matthieu pour
sa communauté, composée de Juifs et de Païens, à
la fin du 1er siècle.
La foi est en perpétuelle évolution, et comme elle ne peut
s’exprimer que par nos expériences et nos
rencontres de Dieu dans l’histoire, les auteurs
bibliques ont su rendre compte de cette foi qui
naît, qui grandit, qui se développe et qui
renaît parfois, en composant des récits qui en
témoignent. L’extrait du 3ème Isaïe, en 1ère
lecture aujourd’hui, en est un exemple et le
récit des mages de l’évangile de Matthieu en est
une autre illustration qui s’inspire du prophète
Isaïe et d’autres prophètes. Qui dit évolution,
dit aussi contraste parfois et même
opposition…Mais que retenir de cette fête de
l’Épiphanie en 2009?
-
Où est la lumière?
Vers 538 av. J-C., après le retour d’Exil,
un prophète, disciple d’Isaïe, se lève et
voici ce qu’il constate : Ils sont peu
nombreux ceux qui reviennent de Babylone.
Apparemment, ce n’est pas avec grand
enthousiasme qu’ils reviennent. Pendant 50
ans, ils se sont habitués à vivre en
Diaspora. Les rapatriés ne retrouvent plus
en Judée ce qu’ils avaient rêvé. Un
spectacle de désolation s’offre à eux. Le
pays est en ruines. Les gens restés sur
place ne reconnaissent plus les arrivants.
Tout est à refaire; même le Temple est à
reconstruire…il est complètement démoli. Le
3è Isaïe est de ceux qui veulent la
reconstruction du Temple. Mais, pour ce
faire, il faut retrouver la ferveur des
origines. La gloire de Dieu doit à nouveau
rayonner sur le monde : « Debout,
Jérusalem! Resplendis : elle est venue ta
lumière, et la gloire du Seigneur s’est
levée sur toi » (Is 60,1). Il faut
reconstituer le peuple, attirer les
commerçants, retrouver la splendeur du
premier temple, susciter l’admiration des
voisins : « Lève les yeux, regarde autour
de toi : tous, ils se rassemblent, ils
arrivent; tes fils reviennent de loin, et
tes filles sont portées sur les bras » (Is
60,4). Pour l’auteur, Jérusalem est la
lumière des nations : « Les nations
marcheront vers ta lumière, et les rois,
vers la clarté de ton aurore » (Is
60,3). Pour le 3è Isaïe, Jérusalem demeure
le lieu par excellence de la présence de
Dieu où convergent tous les étrangers :
« Alors tu verras, tu seras radieuse, ton
cœur frémira et se dilatera. Les trésors
d’au-delà des mers afflueront vers toi avec
les richesses des nations » (Is 60,5).
Dans le récit des mages de l’évangile de Matthieu, la lumière
n’est plus à Jérusalem, de sorte que les
mages qui s’y rendent pour consulter les
spécialistes de
la Bible, afin de connaître l’endroit où se
trouve la lumière, puisqu’ils ont vu une
étoile se lever et ils se sont rappelés
l’oracle de Balaam rapportée par le livre
des Nombres : « Je le vois, mais ce n’est
pas pour maintenant; je l’observe, mais non
de près : De Jacob monte une étoile,
d’Israël surgit un sceptre qui brise les
tempes de Moab et décime tous les fils de
Seth » (Nb 24,17), ces mages donc,
veulent rencontrer ce nouveau roi qui sera
dorénavant la lumière des nations : « Où
est le roi des Juifs qui vient de naître?
Nous avons vu se lever son étoile et nous
sommes venus nous prosterner devant lui »
(Mt 2,2).
Selon les spécialistes de
la Bible, le Messie, le nouveau roi d’Israël
doit naître à Bethléem, la cité de David :
« Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es
certes pas le dernier parmi les chefs-lieux
de Judée; car de toi sortira un chef, qui
sera le berger d’Israël mon peuple » (Mt
2,6). Et pour bien montrer que Jérusalem
n’est plus la lumière, l’étoile que les
mages ont vu se lever est disparue
lorsqu’ils sont arrivés à Jérusalem et elle
est réapparue lorsqu’ils se mirent en route
vers Bethléem : « Et voilà que l’étoile
qu’ils avaient vue se lever les précédait;
elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se
trouvait l’enfant » (Mt 2,9). Ce qui
signifie que dorénavant, la lumière n’est
pas réservée aux spécialistes de la
religion; elle se trouve dans une humble
demeure : l’Église : « En entrant dans la
maison, ils virent l’enfant avec Marie sa
mère » (Mt 2,11a). Pour Matthieu, Marie,
c’est aussi l’Église. Et comme il s’agit de
la lumière de Pâques, l’évangéliste ajoute :
« Quand ils virent l’étoile, ils
éprouvèrent une très grande joie » (Mt
2,10). Le seul endroit dans l’évangile de
Matthieu où on éprouve une très grande joie,
c’est au moment de la Résurrection, lorsque les femmes au tombeau reçoivent le message de l’Ange que Jésus
est ressuscité (Mt 28,8).
Pour nous aujourd’hui, qui relisons ces récits, si la lumière
qui était à Jérusalem au temps d’Isaïe s’est
retrouvée à Bethléem dans l’Église du 1er
siècle, où est-elle aujourd’hui? Elle doit
nécessairement s’être répandue partout où se
trouve l’enfant et sa mère,
c’est-à-dire le Christ et l’Église. À
Rome? En France? Au Québec? Ou ailleurs?
Poursuivons notre réflexion…
-
Où est la puissance?
Au temps de l’Ancien Testament, le peuple
élu était Israël. C’est pourquoi, malgré les
revers de l’histoire, tous les prophètes
reconnaissent que le peuple Juif est le seul
peuple choisi par Dieu, et le roi d’Israël
en est le signe. Aussi, le Temple de
Jérusalem et le palais royal ont toute leur
importance : ils représentent, à la fois, le
pouvoir, la puissance et la gloire du
Seigneur. Mais, avec la Résurrection du Christ de Pâques, tout est basculé : Dieu a déserté le Temple et le
palais royal de Jérusalem, de sorte que les
grands de ce monde, au temps de
l’évangéliste Matthieu, ont eu peur :
« En apprenant cela, le roi Hérode fut pris
d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui »
(Mt 2,3). Ce qui signifie que la
puissance de Dieu ne s’exprime plus à
travers la puissance des institutions
humaines, et il est facile de savoir
pourquoi? Tout simplement parce que les
institutions humaines ne défendent plus les
pauvres, les petits et les opprimés qui sont
les favoris de Dieu. C’est pourquoi, Dieu a
emprunté un chemin inattendu des grands et
il habite le cœur des pauvres, des opprimés
et des exclus. Selon Matthieu et Luc, Dieu
naît dans un enfant, dans une famille
pauvre, dans un endroit obscur, à l’écart de
la grande ville, dans une bourgade où se
retrouvent les exclus (les bergers).
De plus, le peuple d’Israël n’est plus le seul peuple de
Dieu, les païens de toutes origines sont
aussi choisis par Dieu et Dieu se révèle
d’abord à eux. Dans sa lettre aux Éphésiens,
saint Paul dit : « Ce mystère, c’est que
les païens sont associés au même héritage,
au même corps, au partage de la même
promesse, dans le Christ Jésus, par
l’annonce de l’évangile » (Ép 3,6). Et
c’est tellement vrai que la puissance de
Dieu se manifeste autrement, l’évangéliste
Matthieu fait reconnaître aux mages, aux
étrangers, venus à la rencontre de la
lumière, la nouvelle présence de Dieu et sa
puissance, à travers les cadeaux offerts par
ceux-ci : « Et, tombant à genoux, ils se
prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent
leurs coffrets, et lui offrirent leurs
présents : de l’or, de l’encens et de la
myrrhe » (Mt 2,11b). Le théologien
belge, Claude Sélis écrit : « Les mages
usent de sagesse humaine en rendant hommage
au Dieu manifesté à tous. Ils offrent l’or,
attribut royal, au seul vrai Roi du seul
vrai Royaume. Ils offrent l’encens, attribut
sacerdotal, au seul vrai Prêtre du nouveau
culte en esprit et en vérité. Mais
ils offrent aussi la myrrhe, attribut
mortuaire, parce que Matthieu le savait,
cette royauté et ce sacerdoce devaient
passer par la mort. »
Pour nous aujourd’hui, qui relisons ce récit, après 2,000 ans
de christianisme, sommes-nous capables de
rencontrer Dieu dans la pauvreté, la misère
et l’exclusion? Sommes-nous capables de
reconnaître sa puissance dans la faiblesse,
la vulnérabilité et la fragilité de notre
humanité? Mais au fait, où est l’enfant
et sa mère (l’Église) aujourd’hui?
-
Où est l’Église?
Au temps de Matthieu, l’Église officielle
qui était à Jérusalem a perdu de son
autorité, parce qu’incapable de reconnaître
la nouveauté de Dieu; de sorte que, les
mages, les étrangers, après avoir rencontré
le Christ, n’ont plus suivi les directives
des spécialistes de la religion : « Mais
ensuite, avertis en songe de ne pas
retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur
pays par un autre chemin » (Mt 2,12).
Mais qu’en est-il aujourd’hui, 2,000 ans
plus tard? L’Église se trouve-t-elle
toujours à Rome? Les spécialistes de la
religion ont-ils le monopole sur Dieu et sur
le Christ? Devons-nous toujours suivre leurs
instructions et leurs directives? Peut-être
nous faut-il, comme les mages, emprunter
d’autres chemins? Là où se vit la pauvreté?
La misère? L’oppression? L’exclusion? La
marginalité?
Une chose est certaine : notre Église doit annoncer
l’évangile au monde d’aujourd’hui, avec tout
ce que ça comporte : la justice, la dignité,
le respect, l’égalité, l’amour, le pardon,
l’espérance, etc. Comment se fait-il que
notre Église, actuellement, ne dénonce pas
l’agression démesurée des Israéliens envers
les Palestiniens? Comment se fait-il que
notre Église ait refusé de joindre sa voix
aux pays membres du Conseil des Nations
Unies, pour s’opposer à la condamnation et à
l’exclusion des homosexuels dans le monde?
Comment se fait-il que notre Église soit
encore complice des inégalités entre les
hommes et les femmes du 21ème siècle?
Comment se fait-il que notre Église ne
dénonce pas les comportements abusifs des
pays riches envers les pays pauvres? Au nom
de l’évangile, l’Église se doit de porter au
monde, le message d’espérance du Christ de
Pâques; sinon, cette mission sera confiée à
d’autres.
En terminant, je voudrais simplement citer le prêtre Léon
Paillot qui écrit : « L’étoile qui apparaît,
puis disparaît avant de réapparaître, ne brille
pas sur Jérusalem. Elle ne recommence à luire
que lorsque les mages se dirigent vers Bethléem.
Comme pour indiquer qu’il s’agit de dépasser les
certitudes d’une religion installée pour
chercher la lumière du côté de la pauvre
bourgade de Bethléem. Encore une fois,
opposition entre ceux qui savent, qui ont la
vérité, et ceux qui cherchent…et trouvent.
Opposition également, entre une forme d’Église
qui attire à elle et l’Église de Jésus Christ
qui s’ouvre aux étrangers, grâce à sa pauvreté
originelle. Il y a là, encore, toute une
orientation qu’il s’agit de reconnaître, de nos
jours, en un temps où les Églises installées
sont souvent en perte de vitesse alors que les
Églises missionnaires sont capables de
transmettre la lumière ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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