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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 61,1-6
2ème lecture : Ép 3,2-3a.5-6
Évangile : Mt 2,1-12
Encore Noël !
Noël et l’Épiphanie sont, comme Pâques et
l’Ascension, une seule et même fête. De la
naissance du Christ à Noël, nous passons
maintenant à sa manifestation (épiphanie) pour
tous, sans exception. On dit aujourd’hui que
l’Épiphanie, c’est la deuxième fête de Noël,
mais sans doute la première, parce que célébrée
dans le temps par l’Église orientale, le 6
janvier, pour dire que Dieu s’est manifesté au
monde, à travers l’enfant et sa mère, à
Bethléem, à tous les peuples de la terre, à
travers les Mages qui viennent de l’étranger.
Cependant, comme pour Noël, il ne faut pas faire
du récit des Mages que seul Matthieu nous
raconte, un récit historique, qui rapporterait
un événement qui se serait déroulé dans le
temps; faire une telle lecture réduirait la
beauté du récit et la portée du message que
l’évangéliste Matthieu a voulu laisser à sa
communauté composée de Juifs, bien sûr, mais
aussi de Païens, à la fin du 1er siècle.
1.
La Lumière.
Tout d’abord Matthieu connaissait le prophète
Isaïe. En composant son récit, il a voulu
montrer que ce qui était annoncé par le
troisième Isaïe, à la fin de l’Exil, s’est enfin
réalisé avec la venue au monde du Christ Jésus.
En effet, le prophète Isaïe invite Jérusalem à
se tenir debout, parce que la lumière est
arrivée avec le retour des exilés dans la Ville
sainte (Is 60,1-2). Mais, en même temps, il n’y
a pas que les Juifs qui reviennent à Jérusalem,
toutes les nations y affluent et apportent leurs
richesses et leurs trésors, car tous
reconnaissent le Dieu d’Israël qui fait l’unité
entre les peuples. Ce Dieu accueille la
diversité et la pluralité…C’est quand même
surprenant comme ouverture à l’universalité,
puisque nous sommes au 6ème siècle avant le
Christ.
L’évangéliste Matthieu, en reprenant le texte
d’Isaïe, veut montrer que Jésus Christ est cette
lumière qui s’est levée pour toutes les nations.
Le peuple d’Israël n’est plus le seul peuple de
Dieu, les Païens de toutes origines sont aussi
choisis par Dieu qui se révèle d’abord à eux.
Saint Paul le dit explicitement dans sa lettre
aux Éphésiens, dont nous avons un extrait, en
2èmelecture aujourd’hui : « Ce mystère, c’est
que les païens sont associés au même héritage,
au même corps, au partage de la même promesse,
dans le Christ Jésus, par l’annonce de
l’évangile » (Ép 3,6). Aussi, Matthieu va
emprunter à Isaïe l’image du pèlerinage des
peuples dans la Ville sainte, pour l’adapter à
la crèche de Bethléem, à travers les mages
d’Orient qui suivent la lumière, l’étoile,
l’astre de Jacob qui annonce la venue du Messie
en Israël, selon le livre des Nombres (Nb
24,17). Il y a donc déplacement : de Jérusalem,
on passe à Bethléem. Dieu n’habite plus le
temple de Jérusalem. Il emprunte un chemin neuf,
inconnu des grands, et il habite le cœur des
pauvres, des opprimés et des exclus. Selon
Matthieu, Dieu naît dans une famille pauvre,
dans un endroit obscur, à l’écart de la grande
ville, dans une bourgade où se retrouvent les
exclus, les bergers.
Aux deux
présents : or pour la royauté et encens pour la
divinité apportés par les gens de Saba (Is
60,6b), Matthieu ajoute la myrrhe, symbole de
l’humanité de Dieu qui se dit et qui s’exprime à
travers l’enfant de la crèche. Le théologien
belge, Claude Sélis, écrit : « Les mages
usent de sagesse humaine en rendant hommage au
Dieu manifesté à tous. Ils offrent l’or,
attribut royal, au seul vrai Roi du seul vrai
Royaume. Ils offrent l’encens, attribut
sacerdotal, au seul vrai Prêtre du nouveau culte
en esprit et en vérité. Mais ils offrent aussi
la myrrhe, attribut mortuaire, parce que
Matthieu le savait, cette royauté et ce
sacerdoce devaient passer par la mort ».
Aussi, la tradition qui a interprété Matthieu a
fait des mages, des rois, sans doute à cause du
prophète Isaïe qui dit : « Les nations
marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la
clarté de ton aurore » (Is 60,3). De plus,
pour signifier l’universalité, la tradition a
aussi identifier les mages à tous les peuples de
la terre : un blanc, un noir, un jaune, aux
trois âges de la vie : la jeunesse, l’âge adulte
et la vieillesse, qui correspondent à la
nouveauté, à la maturité et à la sagesse. Enfin,
la tradition leur a même donné des noms :
Gaspard, Melchior et Balthazar.
2.
Une présence et une puissance déroutante.
Ce récit de Matthieu s’inspire aussi du livre de
l’Exode, car pour Matthieu et sa communauté,
Jésus est le nouveau Moïse (le Messie), et ce
qui est arrivé à Moïse, dans la tradition et la
légende juive, doit nécessairement arriver à
Jésus aussi. Ce n’est pas pour rien que Matthieu
nous présente la cruauté du roi Hérode qui
cherche à tuer l’enfant de Bethléem, comme le
méchant Pharaon du livre de l’Exode cherchait à
tuer Moïse. Dans l’évangile de Matthieu, on voit
même la sainte famille s’établir en Égypte (Mt
2,13-23), pour un temps, comme Moïse l’a été en
son temps.
Les Mages se rendent d’abord à Jérusalem pour
consulter les experts de la religion juive,
parce que c’est la Parole de Dieu qui peut les
guider jusqu’à Jésus, devenu Christ, Seigneur,
roi, messie, sauveur, pour les chrétiens de
Matthieu. Les Mages reconnaissent la compétence
des autorités juives qui interprètent
correctement l’Écriture, mais qui sont
incapables de l’actualiser. Pire encore, le roi
Hérode va chercher à se servir des Mages pour
supprimer le Sauveur Moïse persécuté dès sa
naissance.
Lorsque
les Mages arrivent au lieu où se trouvait
l’enfant : « Ils éprouvèrent une très grande
joie » (Mt 2,10). Une seule autre fois,
Matthieu parlera d’une très grande joie,
c’est lorsque les femmes, au tombeau, au matin
de Pâques, apprennent de la part d’un ange, que
Jésus est ressuscité (Mt 28,8). Aussi, les Mages
trouvent-ils l’enfant avec Marie seulement (Mt
2,11). C’est donc le Christ dans l’Église que
les Mages rencontrent. Une Église pauvre, sans
pouvoir, proche des petits et des laissés pour
compte…Une Église qui nous dit la pauvreté,
l’impuissance et la présence déroutante de notre
Dieu.
3.
Actualisation du récit de Matthieu
aujourd’hui.
L’évangéliste Matthieu nous présente trois types
de personnes, qu’on retrouvait en son temps et
qu’on retrouve encore aujourd’hui :
1)
Il y a ceux qui détiennent le pouvoir : ceux-là
sont représentés par Hérode et sa cour. Ceux qui
détiennent le pouvoir n’acceptent pas facilement
de se laisser déranger, interpeller par
l’évangile. Ils veulent tout contrôler, même
Dieu, en l’empêchant de se manifester au monde.
Le pouvoir, selon Matthieu, est en opposition
avec le Christ de l’évangile. Pourquoi? Parce
que le pouvoir favorise l’inégalité, l’injustice
et l’oppression. Et l’évangile est tout le
contraire : être fidèle à l’évangile, c’est
reconnaître le plus petit comme le plus grand,
le plus pauvre comme celui que Dieu préfère et
le plus blessé de la vie comme celui à qui on
doit faire le plus de place, afin qu’il retrouve
sa dignité humaine. Qu’il s’agisse des hommes de
pouvoir au temps de Matthieu ou au temps
d’aujourd’hui, on y retrouve les mêmes
caractéristiques.
2)
Il y a ceux qui savent : les scribes, les
prêtres, les professionnels de la religion, les
spécialistes qui interprètent correctement la
Bible : ils annoncent la nouveauté de Dieu… mais
ils ne bougent pas; ils s’assoient sur leurs
doctrines et leur savoir et ils disent qu’ils ne
peuvent rien changer, parce qu’ils n’en ont pas
l’autorité. Le problème n’est donc pas dans
l’interprétation, mais bien dans l’actualisation
de la Parole. Par ailleurs, comme la foi
chrétienne se dit et s’explique dans l’histoire,
si la Parole de Dieu ne s’actualise pas au temps
et au lieu où elle est proclamée, ce n’est plus
la Parole de Dieu, mais une parole morte, des
mots qu’on répète sans cesse, mais qui ne disent
plus rien. Dans le fond, ce sont des paroles en
l’air qui ne touchent personne. Les spécialistes
d’aujourd’hui ressemblent beaucoup à ceux du
temps de Matthieu.
3)
Il y a ceux et celles qui cherchent Dieu et qui
se mettent en marche pour le découvrir et le
rencontrer. Il y a de l’incertitude dans cette
aventure; on ne sait pas d’avance où cela nous
conduira et on ne sait pas non plus où nous
allons découvrir et rencontrer le Dieu de
l’histoire. Il faut de la confiance et de
l’espérance. On peut et on doit s’inspirer de la
Parole d’hier, mais cette Parole doit être
interprétée et actualisée pour que se dise et
s’écrive aujourd’hui une Parole neuve de Dieu
qui interpelle les femmes et les hommes de notre
temps. Mais attention! Il est aussi possible que
l’on doive, nous aussi, prendre un autre chemin
que celui proposer par ceux qui savent et par
ceux qui dirigent : «Mais ensuite, avertis en
songe de ne pas retourner chez Hérode, les Mages
regagnèrent leur pays par un autre chemin »
(Mt 2,12).
En terminant, on peut dire aujourd’hui avec une
quasi certitude que le Dieu de l’histoire est
unique. Sa présence et sa puissance sont
déroutantes. L’important, c’est de le chercher,
de se mettre en marche pour le découvrir, le
rencontrer et se laisser transformer par cette
rencontre. Il faut admettre, en même temps, que
nos rencontres de Dieu ne sont jamais
définitives : Dieu ne se laisse posséder par
personne. Saint Augustin l’avait bien compris
lorsqu’il écrit : « Toute notre vie, on
cherche Dieu et lorsqu’on l’a trouvé, il nous
faut le chercher encore ».
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