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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 60,1-6
2ème lecture : Ép 3,2-3a.5-6
Évangile : Mt 2,1-12
L’universalité du Salut!
L’Épiphanie qui signifie dévoilement, manifestation
de Dieu aux humains, est la deuxième fête de
Noël. Cette fête nous dit l’universalité du
salut : le sauveur n’est pas réservé aux seuls
Juifs! Invitation à la modestie de nos
certitudes : nul n’est détenteur de Dieu.
Invitation au respect des différences : le salut
s’inscrit dans toutes les cultures pour tous les
humains. Invitation à être attentifs aux
surprises de l’Esprit : Dieu est au-delà de
toutes prévisions. La science de l’astrologie
côtoie la culture religieuse biblique;
Jérusalem, ville lumière est remplacée par la
bourgade de Bethléem et le Messie est accueilli
par ceux qui n’y étaient pas naturellement
disposés et rejetés par ceux qui y étaient
prédisposés. Qu’en est-il aujourd’hui? Laissons
les textes bibliques nous inspirer!
1.
La foi : une certitude ou une espérance?
Ce qui a toujours nui à la foi, c’est la
certitude de ceux qui croient détenir la vérité
sur Dieu et sur le monde. Combien de souffrances
infligées aux personnes à cause de ces fausses
certitudes? Combien d’illusions prises pour des
réalités? Combien de condamnations et
d’exclusions au nom d’une pseudo-vérité? Il me
semble que les textes bibliques de cette fête
nous apprennent que la foi n’est jamais une
certitude, mais un chemin d’espérance qu’il nous
faut emprunter à chaque jour, sans savoir où il
nous conduira.
N’est-ce
pas l’invitation du prophète Isaïe (le 3ème
Isaïe), qui, après les grandes déceptions du
retour d’Exil, tente à nouveau de redonner au
peuple juif demeuré fidèle au Dieu d’Israël, une
petite lueur d’espérance, à la condition qu’il
s’ouvre à l’universalité de la lumière du
Seigneur qui se lève sur Jérusalem : « Les
nations marcheront vers ta lumière, et les rois,
vers la clarté de ton aurore » (Is 60,3). Il
est terminé le temps de l’élitisme, de la
fermeture sur soi… Il faut s’ouvrir au monde,
car Dieu n’est pas réservé à quelques-uns; sa
lumière éclaire toute l’humanité.
Imaginez :
ce texte écrit au 6ème siècle avant le Christ ne
s’est toujours pas réalisé. Combien de religions
encore aujourd’hui ont pris la relève du peuple
d’Israël au temps d’Isaïe, et ont la certitude
d’être dans la vérité? Elles se pensent
propriétaires de Dieu! Combien de guerres, de
conflits et de massacres ont été et sont encore
provoqués par l’intégrisme religieux qui possède
la vérité? Et pourtant, si la foi n’était qu’une
espérance, elle s’ouvrirait nécessairement à
l’autre, à l’étranger, à l’inconnu, à
l’inattendu… Sa seule certitude serait de croire
que demain ne peut être que mieux
qu’aujourd’hui, car lorsqu’on marche ensemble
sur le chemin de l’espérance, on ne peut
qu’avancer.
2.
La foi exige le respect de nos différences.
Dans sa lettre aux Éphésiens, dans l’extrait
que nous avons aujourd’hui, saint Paul parle du
mystère du Christ, que sa foi lui a fait
découvrir : le salut de Dieu s’inscrit dans
toutes les cultures pour tous les humains :
« Ce mystère, c’est que les païens sont associés
au même héritage, au même corps, au partage de
la même promesse, dans le Christ Jésus, par
l’annonce de l’Évangile » (Ép 3,6). Qu’en
est-il aujourd’hui dans notre Église? Qui sont
ces nouveaux païens que l’on rejette, exclut,
condamne? Dans un sketch humoristique de fin
d’année à la radio de Radio Canada, l’humoriste
Pierre Verville, imitant l’archevêque de
Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte,
offrait ses meilleurs vœux à l’occasion de la
nouvelle année à tous… sauf aux divorcés, aux
mères non mariées, aux homosexuels, aux médecins
qui pratiquent l’avortement, aux enfants non
baptisés, aux personnes qui croient à la théorie
de l’évolution, à ceux qui portent le condom,
aux femmes qui prennent la pilule…mais à tous
les autres, s’il en reste… Bonne et Heureuse
Année 2010! On peut bien dire qu’il s’agit d’une
caricature sarcastique et exagérée, mais la
caricature amplifie simplement la réalité. Ce
qui veut dire que comme Église, nous avons une
côte à remonter pour devenir un modèle
d’ouverture, d’accueil et de respect de l’autre.
Et pourtant, l’évangile nous interpelle
drôlement en ce sens…
3.
La foi est déstabilisante.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, dans ce récit que
seul Matthieu nous raconte, on peut vraiment
dire que la foi est plutôt déstabilisante : des
étrangers, des mages, des astrologues, à la
recherche du Messie de Dieu, se mettent en route
puisqu’ils ont vu son étoile. Ils s’arrêtent à
Jérusalem, la ville lumière par excellence où
réside le roi Hérode et les grands spécialistes
de la Bible, de la religion. Hérode ne voit
rien, trop encombré et aveuglé par son pouvoir;
il ne bouge pas. Quant aux prêtres et aux
spécialistes des Écritures, ils en savent
beaucoup trop pour être capables de voir une
étoile; eux non plus, ne bougent pas. Seuls les
étrangers, les mages, sont à l’écoute de la
parole du prophète Michée que Matthieu nous
rapporte : « Et toi Bethléem en Judée, tu
n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux
de Judée; car de toi sortira un chef, qui sera
le berger d’Israël mon peuple » (Mt 2,6), et
ils sont attentifs aux signes des temps et
poursuivent leur chemin, leur cheminement…
Reprenant
la route en direction de Bethléem, ils revoient
l’étoile qui les précédait. C’est alors qu’ils
devinrent croyants : « Quand ils virent
l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie »
(Mt 2,10). La même joie que les femmes ont
éprouvée au matin de Pâques, lorsqu’elles se
rendent au cimetière pour découvrir que le
Christ est vivant. Elles se mirent en route
aussitôt : « Quittant vite le tombeau, avec
crainte et grande joie, elles coururent porter
la nouvelle à ses disciples » (Mt 28,8). De
même, les mages, transformés par la joie
pascale : « Ils regagnèrent leur pays par un
autre chemin » (Mt 2,12), non pas le chemin
de la religion tracé d’avance, mais un chemin
nouveau, un chemin d’espérance…
En terminant, le théologien français Louis Sintas écrit :
« Certes, il faut maintenir courageusement que,
sans la prophétie d’Israël, la longue marche des
mages n’aurait pas abouti. Mais sans leur propre
étoile, ils ne se seraient jamais mis en marche…
Mais comment renouveler le visage de notre
Église, afin que ceux qui nous voient de
l’extérieur, sans être des nôtres, trouvent en
notre foi l’accomplissement du meilleur
d’eux-mêmes et non plus un jugement sévère par
lequel notre suffisance a toujours tendance à
condamner leurs erreurs? Comment retrouver cette
simplicité de cœur qui nous permettrait de
puiser chez les autres un peu de leur générosité
et de leur courage pour exorciser cette
tentation permanente de nantis qui nous pousse à
étouffer et à tuer notre Sauveur pour avoir
voulu le monopoliser et le posséder? Quel
dommage si tant de personnes sincères, plutôt
que d’entrer dans nos manières de servir Dieu,
préfèrent, comme les mages, et sous
l’inspiration d’en-haut, retourner chez eux par
un autre chemin que les nôtres ».
J’ajouterais, le problème n’est pas de leur
côté, mais du nôtre…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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