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Sainte Marie, Mère de Dieu (B) : 1er janvier 2012
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Nb 6,22-27
2ème lecture :  Ga 4,4-7
Évangile :  Lc 2,16-21

Le souvenir du cœur !

Cette année, le 1er janvier célèbre quatre événements :

1) C’est dimanche, le Jour du Seigneur, l’octave de Noël, fête de Pâques, de la Résurrection, car chaque dimanche se veut un rappel de Pâques, l’événement fondateur de notre foi chrétienne.

2) C’est le premier jour de l’année 2012, l’année nouvelle. C’est l’occasion de s’offrir des vœux les uns aux autres pour cette nouvelle année qui commence et qui nous réserve sans doute de grandes joies, mais aussi des épreuves et bien des déceptions.

3) C’est la journée mondiale de la Paix : cette paix que tout le monde désire, mais en même temps, cette paix si difficile à réaliser.

4) C’est la fête de Marie, Mère de Dieu… non pas la femme, mère de Jésus, mais bien l’Église, le nouveau peuple de Dieu, mère du Christ de Pâques.

Nous avons donc quatre raisons de nous rassembler pour célébrer ensemble ce début de l’année 2012, non pas seulement avec le désir que nos souhaits se réalisent, mais aussi avec l’intention de nous engager personnellement et collectivement pour qu’ils puissent se réaliser.

1. Pâques, tous les jours. Si, le dimanche, c’est toujours le rappel de Pâques, de la Résurrection du Seigneur, ça veut dire que notre lecture des textes bibliques ne peut faire abstraction de cette réalité, puisque les auteurs du Nouveau Testament les ont composés à la lumière de Pâques, dans leur foi en la Résurrection. Si on prend l’évangile de Luc aujourd’hui, lequel extrait est la continuité du récit raconté le soir de Noël, on peut vraiment dire que « ce nouveau-né couché dans une mangeoire » (Lc 2,16), comme signe donné par les anges aux bergers, ce n’est pas le p’tit Jésus qui serait né quelque part en Palestine, à une date qu’on ne connaît pas. Il s’agit bien du Christ de Pâques qui naît au cœur de l’Église, dans une pauvreté totale, dont les premiers témoins sont des pauvres, des exclus, des rejetés de la société, des marginaux, on dirait aujourd’hui des indignés de partout, les bergers de tous les temps. Ces exclus, ces rejetés, ces opprimés des systèmes politiques et religieux sont pourtant les premiers missionnaires de la foi chrétienne, de l’Église de Luc, de l’Évangile : « Les bergers racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant » (Lc 2,17).

Si, dans l’évangile de Luc, les premiers missionnaires sont les bergers, les exclus et les méprisés de la société et de l’Église, quelle place leur faisons-nous aujourd’hui? On n’a qu’à penser à tous ces indignés de par le monde, qui sont chassés et pourchassés, parce qu’ils osent dénoncer l’injustice faite à la majorité des citoyens de tous les pays. Sous prétexte de sécurité, on détruit leurs tentes, on les expulse… et même si nos églises-bâtisses sont vides et désertes, on ne veut pas les ouvrir pour les accueillir. On évoque toutes sortes de raisons, plus insignifiantes les unes que les autres.

Dans nos sociétés modernes et même dans l’Église, on continue de marginaliser certaines personnes, de les condamner, de les exclure. Peut-être que nos dirigeants prétendent détenir la vérité sur Dieu et sur le monde et ne laissent aucune place à l’inattendu de Dieu. Et pourtant, saint Luc affirme que l’Église du 1er siècle, Marie, ne comprend pas tout, mais « elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19). Voilà une attitude à développer : une attitude d’ouverture, d’accueil inconditionnel, de confiance et d’espérance en ce Dieu qui se révèle et qui se dit dans l’histoire humaine, à travers les femmes et les hommes de tous les temps, même celles et ceux d’aujourd’hui.

2. Jour de l’An. C’est une nouvelle année qui commence et qu’on souhaite meilleure, il va sans dire, que l’année qui s’achève. En ce premier jour de l’année, il est de mise de se souhaiter pleins de belles choses. Mais pour que nos vœux se réalisent, il faut nécessairement qu’on participe et qu’on s’engage à leurs réalisations. Si je souhaite une heureuse année à quelqu’un, c’est que je m’engage à rendre cette personne heureuse, dans ma relation avec elle. Si je lui souhaite la paix, c’est que je m’engage à promouvoir la paix autour de moi, dans ma famille, dans mes relations de travail et dans mes rencontres de tous les jours.

Dans l’Ancien Testament, au livre des Nombres, dont nous avons un extrait aujourd’hui, on peut y lire une belle formule de bénédiction qu’on pourrait utiliser en famille, pour bénir, c’est-à-dire dire du bien de nos proches, nos amis, nos parents, les personnes que nous côtoyons et avec qui nous partageons notre quotidien, notre existence :

- « Que le Seigneur te bénisse et te garde! » (Nb 6,24). C’est Dieu qui bénit à travers nous. Il y a protection et accompagnement de notre part; sinon, la bénédiction est nulle et inutile.

- « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi! » (Nb 6,25). C’est souhaiter à l’autre d’être visage de Dieu, reflet de sa lumière, et pour ce faire, le divin s’approche de l’humain : Dieu se penche vers nous.

- « Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix! » (Nb 6,26). En hébreu Shalom, c’est-à-dire non seulement l’absence de guerre, mais aussi le bien-être, la pleine harmonie avec nous-mêmes, avec les autres, avec le monde et avec Dieu.

3. Journée mondiale de la Paix. Avec l’année 2011 qui s’achève, où on a vu, un peu partout dans le monde, de grandes révolutions, grâce à des jeunes qui osent dénoncer l’exploitation faite aux démunis et qui veulent plus de justice, plus d’équité et plus de dignité pour tous. Je pense à ce jeune Tunisien qui s’est immolé par le feu et qui est à l’aube de ce grand mouvement du printemps arabe. Ce jeune a dû donner sa vie pour sauver celle des autres. Quelle grande âme! Dans le fond, nous vivons dans un monde de haine, de compétition, d’oppression, d’exploitation, de pouvoir et d’égoïsme… Se souhaiter Shalom, la Paix, c’est s’engager à changer la situation. C’est désirer pour l’autre, ce qu’on désire pour soi-même. Sinon, la paix n’est qu’un mot creux qui ne deviendra jamais réalité.

4. Marie, Mère de Dieu. Selon le théologien français Louis Sintas, ce titre qui nous vient du Concile d’Éphèse en 431, est une énormité, si on l’applique à la femme, mère de Jésus, sans plus. L’objectif du Concile d’Éphèse n’était pas de glorifier Marie pour elle-même : sa glorification fut plutôt la conséquence de cette proclamation. L’intention du Concile était d’affirmer l’unité de la personne de Jésus, devenu Christ ressuscité. Dans le fond, le Christ de Pâques a tout transformé : le passé, le présent et l’avenir; de sorte que, le Jésus de l’histoire, dans son humanité, était déjà ce que Pâques nous a révélé, c’est-à-dire le Christ, le Seigneur, le Fils de Dieu, le Messie, le Sauveur. De même, tous les personnages l’ayant entouré ont été transformés eux aussi. Marie n’y a pas échappé. Mais en même temps, Pâques leur a donné un nouveau visage : Marie devient la nouvelle Jérusalem, le nouveau Peuple de Dieu, l’Église. Comme nous sommes le Corps du Christ ressuscité, Marie c’est nous, les chrétiens de tous les temps.

Nous avons donc pour mission de faire naître le Christ et de le révéler au monde. Et pour l’Église, ses meilleurs missionnaires ne sont pas les pharisiens, les scribes, les légalistes, les parfaits et les bien-pensants… Ce sont les petits, les pauvres, les blessés de la vie, les maganés et les indignés du monde. Ce sont eux qui entendent et comprennent le mieux la Parole de Dieu et qui l’interprètent correctement. Ce qui revient à dire que l’Église actuelle, avec ses dirigeants, se trompe, lorsqu’elle ne fait pas de place aux bergers d’aujourd’hui. Elle se donne l’autorité sur Dieu, pendant qu’il est ailleurs : chez les exclus, les impuissants, les marginalisés. Ça veut dire également que le message évangélique ne passe pas, parce que ceux qui croient le posséder, ne peuvent en témoigner. Ce n’est pas pour rien qu’il y a de moins en moins de gens qui se réfèrent à l’Église, non pas parce qu’ils rejettent Dieu, mais ils ne le reconnaissent pas dans l’institution qui dit le représenter.

Nous qui sommes de l’Église, nous avons besoin de conversion pour reconnaître le Dieu de l’histoire et pour témoigner du Christ de Pâques. À l’occasion de cette nouvelle année 2012, je nous souhaite, comme Église, cette conversion du cœur, et pour y arriver, il nous faut faire comme l’Église du 1er siècle : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » ( Lc 2,19). Je nous souhaite donc l’humilité, la contemplation et la méditation… Le reste va suivre : la confiance, l’amour et l’espérance…

Bonne Année 2012!

 

 

 

 

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