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Réf. Biblique : 1ère lecture : Nb 6,22-27
2ème lecture : Ga 4,4-7
Évangile : Lc 2,16-21
Une Bonne Nouvelle à annoncer pour 2010
En ce 1er jour de l’année 2010, en célébrant Marie, Mère de
Dieu, nous célébrons l’Église que nous sommes et
qui portent en elle, le Christ, le Sauveur de
l’humanité. En même temps, si l’Église est mère
de Dieu, ça veut dire qu’elle doit
nécessairement témoigner de ce Dieu de Paix et
d’Amour qu’elle a pour mission d’annoncer. Et
les premiers missionnaires de l’Évangile ne sont
pas des prêtres et des savants; ce sont les
bergers, ceux qu’on marginalise et que, trop
souvent, on exclut : « Après avoir vu
l’enfant, couché dans une mangeoire, les bergers
racontèrent ce qui leur avait été annoncé au
sujet de cet enfant » (Lc 2,17). Et ils sont
tellement convaincants que saint Luc ajoute :
« Et tout le monde s’étonnait de ce que
racontaient les bergers » (Lc 2,18). Et plus
encore : « Marie l’Église, cependant,
retenait tous ces événements et les méditait
dans son cœur » (Lc 2,19). Alors, les
questions qu’on doit se poser aujourd’hui sont :
1. Qui sont les bergers d’aujourd’hui? 2.
Qu’ont-ils à annoncer? 3. Quels vœux formuler en
ce 1er jour de l’année 2010?
1.
Les bergers d’aujourd’hui.
Au temps de saint Luc, les bergers étaient
considérés comme des anawims, des pauvres, des
sans-loi, des marginaux, des blessés de la vie.
Personne en autorité, ne se préoccupait de ce
qu’ils pouvaient dire. C’est pourtant à eux, les
premiers, au soir de Noël, que l’ange du
Seigneur annonce la naissance du Christ le
Seigneur : « Ne craignez pas, car voici que
je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une
grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui
vous est né un Sauveur, dans la ville de David.
Il est le Messie, le Seigneur » (Lc
2,10-11).
Ça veut
dire quelque chose : Dieu a un faible pour les
petits et les mal aimés. Ils sont les premiers à
qui il veut s’identifier. Aujourd’hui, qui
sont-ils ces bergers? Ils sont encore nombreux
dans notre société et dans notre Église…Je
voudrais m’attarder sur l’un d’eux : À Noël,
j’ai reçu un courriel d’un homosexuel chrétien
qui témoigne de sa souffrance par rapport à
l’Église. Il a longtemps refusé ce qu’il était
jusqu’à se marier avec une femme pour ne pas
assumer ce qu’il était vraiment. Avec l’aide de
quelqu’un, il a cheminé, et comme croyant, il a
découvert le chemin de la liberté. Il écrit :
« Sur ce chemin, Jésus est mon guide et je suis
fasciné par son étonnante et totale liberté.
N’a-t-il pas dit : La vérité vous rendra
libre (Jn 8,32). Et la vérité, c’est que je
n’ai pas choisi d’être homosexuel. Le choix que
j’ai fait, par contre, c’est de vivre
chrétiennement mon homosexualité. Vivre dans
cette vérité me donne la liberté d’aimer ».
Mais là où
le bât blesse, écrit-il, c’est : « La loi et
les règles de mon Église ainsi que l’attitude de
ses dirigeants qui s’obstinent à ne pas adapter,
aux réalités nouvelles, la doctrine qui prend le
dessus sur la personne. C’est pourtant ce que
Jésus est venu nous apprendre, lui qui a mangé
avec les pécheurs, relevé les prostituées,
accueilli les exclus, guéri les blessés de la
vie, pardonné et aimé inconditionnellement… J’ai
donc très peu d’attentes face à mon Église qui
dit m’accueillir avec respect et délicatesse
tout en condamnant mon homosexualité comme un
péché grave, un acte intrinsèquement
immoral et une tendance objectivement
désordonnée ». Et il ajoute : « Quel
souffle de santé et de vérité si l’Église se
mettait à l’écoute du cœur des gais et des
lesbiennes et d’une parole qui vient de Dieu,
celle de la liberté de l’Évangile, plutôt que
celle dictée par la peur et la culpabilité!
C’est l’humain en quête de Dieu qui
l’interpelle, l’humain gai qui déplore que ce
n’est pas catholique d’être gai tout comme ce
n’est pas gai d’être catholique ».
En lisant
ce témoignage de foi, d’amour et d’espérance,
j’y ai reconnu un berger missionnaire
d’aujourd’hui. J’ose espérer que Marie,
l’Église, retiendra tous ces événements et les
méditera dans son cœur. Sinon, le Christ sera né
pour rien… et ce n’est pas le but de l’Évangile.
2.
L’annonce d’une Bonne Nouvelle.
Le message de l’évangile est un message
d’espérance qui rend libre. Aujourd’hui, le
message s’adresse aux femmes et aux hommes de
notre temps, avec leur histoire, leur réalité et
leurs souffrances. Pour que ce message soit une
bonne nouvelle, il doit être neuf et non pas une
répétition du passé, ce qui signifierait qu’il
n’a pu s’adapter aux réalités nouvelles de notre
monde. Comme je le dis et redis souvent : « Si
la Parole de Dieu est vivante, elle doit nécessairement
annoncer de la nouveauté; sinon, elle n’est que
lettre morte ».
S’il est
vrai, comme le dit saint Paul, dans sa lettre
aux Galates, dont nous avons un extrait
aujourd’hui, que nous sommes tous et toutes des
fils et des filles de Dieu, parce qu’habités de
l’Esprit de Christ, et que la preuve en est de
notre désir d’appeler Dieu : « Abba! » (Ga 4,6),
ce n’est donc pas aux dirigeants de l’Église de
décider qui peut et qui doit être libéré :
« Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et
comme fils, tu es héritier par la grâce de
Dieu » (Ga 4,7).
3.
Vœux pour 2010.
En utilisant cette belle formule de bénédiction
du livre des Nombres que nous avons en 1ère
lecture ce dimanche, quels vœux peut-on formuler
aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui, en ce
1er jour de l’année nouvelle? Pour ce faire, je
voudrais m’inspirer du dominicain Léon Paillot :
« Que le
Seigneur te bénisse et te garde! »
(Nb 6,24) : Bénir, en latin signifie : dire du
bien, mais il y a plus. Le mot bénédiction
a une origine arabe qui se réfère à la force
vitale des organes sexuels. Il y a donc une idée
de fécondité dans le mot, un accroissement de la
vie, non seulement en quantité et en longueur,
mais également en qualité… ce qui veut dire que
toute personne à qui s’adresse la bénédiction de
Dieu a droit à sa dignité… En bénissant, nous
sommes responsables de la vie de l’autre, de sa
qualité de vie, de sa dignité. La bénédiction
suppose donc la justice, l’égalité, la
tolérance, l’accueil de nos différences, le
partage et l’amour. Sans cela, la bénédiction de
Dieu reste inopérante, car Dieu a besoin de nous
pour bénir.
« Que le
Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il
se penche vers toi! »
(Nb 6,25) : Ce n’est rien d’autre que d’être
visage de Dieu pour les autres, c’est-à-dire un
visage d’amour, de bienveillance, de tendresse…
un visage souriant qui fait du bien à regarder.
Ça fait espérer un avenir meilleur.
« Que le
Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il
t’apporte la paix! »
(Nb 6,26) : C’est tout le contraire de la haine,
de la colère et de la violence qui fait qu’on se
détourne de l’autre. Ce vœu suppose donc le
pardon et la réconciliation… ça favorise la paix
qui est l’absence de guerre et de conflit bien
sûr, mais il y a plus que ça : la paix biblique,
le shalom, c’est l’harmonie avec soi-même et les
autres… ce qui veut dire construire un monde où
il n’y a plus d’exclusion, d’exploitation, de
mépris et de vengeance. Encore une fois, Dieu ne
peut le faire sans nous. Nous avons donc la
responsabilité de construire ce monde meilleur.
En terminant, si nous n’avons pas le désir de nous engager
dans ce que nous demandons au Seigneur, en ce
1er jour de l’année 2010, les formules de vœux
et de bénédiction auront beau être les plus
belles qui soient, ce ne sera que des vœux pieux
qui n’auront aucun effet sur nous-mêmes et sur
les autres. Si nous prenons simplement
conscience de notre responsabilité dans les
bénédictions que nous offrons, c’est un pas
assuré vers la réalisation de nos demandes.
Bonne Année 2010!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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