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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Éz 17,22-24
Évangile : Mc 4,26-34
La croissance est difficile mais certaine
De retour aux dimanches ordinaires, nous
commençons par deux paraboles sur le Règne de
Dieu. Saint Marc le compare d’abord à une
semence qui croît toute seule et à une graine de
moutarde qui est la plus petite des semences,
mais qui devient un grand arbre où les oiseaux
du ciel viennent faire leur nid. Après deux
mille ans de christianisme, on pourrait
peut-être se demander ce qu’est le Règne de Dieu
et quel est le sens de ces comparaisons que
saint Marc utilise?
1.
Le Règne de Dieu.
Le Règne ou le Royaume de Dieu, une expression
charriée dans l’histoire du monde, souvent mal
comprise et complètement déformée. Dans le
dictionnaire théologique de la Bible, on montre
l’origine de ce concept du Royaume de Dieu et
son évolution dans l’histoire du peuple d’Israël
jusqu’à l’arrivée du christianisme. Le Royaume
de Dieu est une réalité mystérieuse révélée aux
humbles et aux petits et cachée aux sages et aux
savants de ce monde (Mt 11,25). Ça veut dire
quoi au juste? Ça veut dire que le Royaume de
Dieu n’est pas une réalité matérielle, un
système politique particulier, comme le croit
les témoins de Jéhovah, qui s’établirait dans le
monde un jour ou l’autre. Non! Le Règne de Dieu
est déjà là, nous disent les évangiles; il est
en croissance. Et sa croissance est peut-être
difficile, mais elle est certaine.
Au fond,
quel que soit le système politique dans lequel
nous sommes, le Royaume de Dieu est en pleine
croissance. Et les paraboles, pour le décrire,
nous montrent de quoi il est fait et comment il
se construit. Une chose est certaine : il
atteindra sa plénitude au terme de l’histoire
humaine, où toutes les nations seront
rassemblées pour festoyer et célébrer la vie en
plénitude, la Résurrection, la Pâque. C’est
alors que se réalisera la prophétie
apocalyptique de saint Jean : « Alors je vis
un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le
premier ciel et la première terre ont disparu et
la mer n’est plus » (Ap 21,1). Saint Jean
continue : « Et j’entendis, venant du trône,
une voix forte qui disait : ‘’Voici la demeure
de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux.
Eux seront ses peuples et lui sera leur Dieu. Il
essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne
sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni
souffrance, car le monde ancien a disparu’’ »
(Ap 21,3-4).
Cependant,
il y a des mots qui collent très bien au Royaume
de Dieu : la justice, la paix, la vérité, la
conversion, le pardon, l’égalité, la dignité, la
miséricorde, la gratuité, la générosité, la
confiance, l’espérance, l’Amour… Ces mots et
d’autres conviennent très bien à l’idée du Règne
de Dieu et peuvent nous aider à comprendre les
paraboles sur le Royaume.
2.
La graine qui pousse toute seule.
Le Règne de Dieu, nous dit l’évangile de Marc,
il est comparable à l’activité du Christ de son
évangile. Il est actif au départ, en tant que
semeur, et à l’arrivée, comme moissonneur de la
récolte. Entre temps, il est inactif; c’est à la
terre de travailler, c’est-à-dire à nous les
chrétiens. Le français André Rebré écrit :
« En effet, si le semeur-moissonneur représente
Jésus lors de son activité terrestre et lors de
sa venue pour la moisson de la fin des temps, la
durée de son inactivité est celle de l’histoire
humaine. Il peut sembler aux hommes que Dieu est
inactif puisqu’il n’intervient pas avec
puissance. Pourtant la semence de la Bonne
Nouvelle lancée par son Fils et confiée à son
Église fait son chemin dans le monde et dans les
cœurs ». Au fond, ce temps qui nous est
donné est un temps où nous est confié le champ
du Royaume. C’est le temps du témoignage, de
l’annonce de la Bonne Nouvelle. C’est aussi le
temps de la confiance : la graine pousse toute
seule, et le temps de la patience : elle pousse
lentement, mais sûrement.
Quand on regarde l’Église actuellement, nous
avons l’impression que nous sommes dans un temps
de découragement, de non-confiance et
d’indifférence. Tout d’abord, nous ne sommes pas
propriétaires du champ, du Royaume; nous sommes
à son service. La graine pousse malgré nous,
mais on peut engraisser le champ par notre
témoignage et par l’annonce de la Bonne
Nouvelle. Et si nous sommes dans une période de
découragement et d’indifférence, c’est sans
doute parce que la Bonne Nouvelle n’en est pas
une! Si le discours de l’Église est un discours
qui ne tient pas compte de la réalité vécue par
les femmes et les hommes d’aujourd’hui, il ne
faut surtout pas nous surprendre qu’il y ait
autant d’indifférence. Et si ce discours
condamne, rejette, juge et exclut la majorité
des gens, le découragement guette toutes celles
et tous ceux qui croient encore à la justice, à
l’égalité, à la dignité des personnes, et qui
osent dire une parole d’espérance, malgré la
menace d’exclusion qui pèse sur eux.
Vous savez,
dans notre Église actuellement, nous perdons des
gens de qualité, parce qu’ils essaient tout
simplement de vivre l’Évangile. Personnellement,
je ne sais pas où tout cela va nous conduire,
mais j’aime entendre saint Marc nous redire :
« Il en est du Règne de Dieu comme d’un homme
qui jette le grain dans son champ : nuit et
jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence
germe et grandit, il ne sait comment » (Mc
4,26-27).
3.
La minuscule graine de moutarde.
Cette deuxième parabole oppose le commencement
et la fin. Au début la graine est la plus petite
de toutes les semences et, à la fin, elle
devient la plus grande des plantes potagères où
viennent se nicher tous les oiseaux du ciel. Ça
veut dire que la petitesse des commencements de
la Bonne Nouvelle semée en terre de Palestine ne
doit pas nous faire désespérer du résultat
final. Au cours de l’histoire, tous les peuples
seront atteints par l’Évangile. Les oiseaux du
ciel sont le symbole des peuples de la terre
comme chez Ézéchiel, en 1ère lecture
aujourd’hui : « Sur la haute montagne
d’Israël je le planterai. Il produira des
branches, il portera du fruit, il deviendra un
cèdre magnifique. Tous les passereaux y feront
leur nid, toutes sortes d’oiseaux habiteront à
l’ombre de ses branches » (Éz 17,23). La
Bonne Nouvelle n’est donc pas réservée à un
peuple en particulier; elle est bonne nouvelle
pour tout le monde.
Il faut donc faire confiance que cette petite
graine deviendra un grand arbre. Ce qui signifie
que le Règne de Dieu vient irrésistiblement,
mais pas sans le concours des femmes et des
hommes qui ont à travailler pour que ce Règne
vienne. Leur travail consiste à rétablir la
justice là où elle est menacée, à redonner la
dignité à ceux et celles qui l’ont perdue, à
reconnaître l’égalité de tous et à restaurer la
paix en combattant la violence. Mais ce travail
ne peut se faire sans la patience, car le temps
de la maturation est nécessaire, et Dieu seul
sait l’heure de la moisson.
En terminant, je voudrais simplement vous
partager cette prière du français Éric Julien
qui dit : « J’en ai des soucis, Seigneur. Je
n’en dors plus. Comment fait-il, ton semeur,
pour aller dormir et laisser son champ la nuit?
Oui, c’est vrai, c’est toi qui fais tout
pousser. Oui, c’est vrai, j’ai tendance à me
croire un peu trop indispensable et à te
considérer comme une peu trop facultatif. Alors
mes soucis, les voilà : je te les laisse avec
mon champ qui pousse si mal. Après tout, c’est
ton travail. Moi, je vais dormir un peu ».
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