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Onzième dimanche du Temps ordinaire (B) : 17 juin 2012
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Éz 17,22-24
Évangile :  Mc 4,26-34

La croissance est difficile mais certaine

De retour aux dimanches ordinaires, nous commençons par deux paraboles sur le Règne de Dieu. Saint Marc le compare d’abord à une semence qui croît toute seule et à une graine de moutarde qui est la plus petite des semences, mais qui devient un grand arbre où les oiseaux du ciel viennent faire leur nid. Après deux mille ans de christianisme, on pourrait peut-être se demander ce qu’est le Règne de Dieu et quel est le sens de ces comparaisons que saint Marc utilise?

1.       Le Règne de Dieu. Le Règne ou le Royaume de Dieu, une expression charriée dans l’histoire du monde, souvent mal comprise et complètement déformée. Dans le dictionnaire théologique de la Bible, on montre l’origine de ce concept du Royaume de Dieu et son évolution dans l’histoire du peuple d’Israël jusqu’à l’arrivée du christianisme. Le Royaume de Dieu est une réalité mystérieuse révélée aux humbles et aux petits et cachée aux sages et aux savants de ce monde (Mt 11,25). Ça veut dire quoi au juste? Ça veut dire que le Royaume de Dieu n’est pas une réalité matérielle, un système politique particulier, comme le croit les témoins de Jéhovah, qui s’établirait dans le monde un jour ou l’autre. Non! Le Règne de Dieu est déjà là, nous disent les évangiles; il est en croissance. Et sa croissance est peut-être difficile, mais elle est certaine.

Au fond, quel que soit le système politique dans lequel nous sommes, le Royaume de Dieu est en pleine croissance. Et les paraboles, pour le décrire, nous montrent de quoi il est fait et comment il se construit. Une chose est certaine : il atteindra sa plénitude au terme de l’histoire humaine, où toutes les nations seront rassemblées pour festoyer et célébrer la vie en plénitude, la Résurrection, la Pâque. C’est alors que se réalisera la prophétie apocalyptique de saint Jean : « Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus » (Ap 21,1).  Saint Jean continue : « Et j’entendis, venant du trône, une voix forte qui disait : ‘’Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Eux seront ses peuples et lui sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu’’ » (Ap 21,3-4).

Cependant, il y a des mots qui collent très bien au Royaume de Dieu : la justice, la paix, la vérité, la conversion, le pardon, l’égalité, la dignité, la miséricorde, la gratuité, la générosité, la confiance, l’espérance, l’Amour… Ces mots et d’autres conviennent très bien à l’idée du Règne de Dieu et peuvent nous aider à comprendre les paraboles sur le Royaume.

2.       La graine qui pousse toute seule. Le Règne de Dieu, nous dit l’évangile de Marc, il est comparable à l’activité du Christ de son évangile. Il est actif au départ, en tant que semeur, et à l’arrivée, comme moissonneur de la récolte. Entre temps, il est inactif; c’est à la terre de travailler, c’est-à-dire à nous les chrétiens. Le français André Rebré écrit : « En effet, si le semeur-moissonneur représente Jésus lors de son activité terrestre et lors de sa venue pour la moisson de la fin des temps, la durée de son inactivité est celle de l’histoire humaine. Il peut sembler aux hommes que Dieu est inactif puisqu’il n’intervient pas avec puissance. Pourtant la semence de la Bonne Nouvelle lancée par son Fils et confiée à son Église fait son chemin dans le monde et dans les cœurs ». Au fond, ce temps qui nous est donné est un temps où nous est confié le champ du Royaume. C’est le temps du témoignage, de l’annonce de la Bonne Nouvelle. C’est aussi le temps de la confiance : la graine pousse toute seule, et le temps de la patience : elle pousse lentement, mais sûrement.

Quand on regarde l’Église actuellement, nous avons l’impression que nous sommes dans un temps de découragement, de non-confiance et d’indifférence. Tout d’abord, nous ne sommes pas propriétaires du champ, du Royaume; nous sommes à son service. La graine pousse malgré nous, mais on peut engraisser le champ par notre témoignage et par l’annonce de la Bonne Nouvelle. Et si nous sommes dans une période de découragement et d’indifférence, c’est sans doute parce que la Bonne Nouvelle n’en est pas une! Si le discours de l’Église est un discours qui ne tient pas compte de la réalité vécue par les femmes et les hommes d’aujourd’hui, il ne faut surtout pas nous surprendre qu’il y ait autant d’indifférence. Et si ce discours condamne, rejette, juge et exclut la majorité des gens, le découragement guette toutes celles et tous ceux qui croient encore à la justice, à l’égalité, à la dignité des personnes, et qui osent dire une parole d’espérance, malgré la menace d’exclusion qui pèse sur eux.

Vous savez, dans notre Église actuellement, nous perdons des gens de qualité, parce qu’ils essaient tout simplement de vivre l’Évangile. Personnellement, je ne sais pas où tout cela va nous conduire, mais j’aime entendre saint Marc nous redire : « Il en est du Règne de Dieu comme d’un homme qui jette le grain dans son champ : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Mc 4,26-27).

3.       La minuscule graine de moutarde. Cette deuxième parabole oppose le commencement et la fin. Au début la graine est la plus petite de toutes les semences et, à la fin, elle devient la plus grande des plantes potagères où viennent se nicher tous les oiseaux du ciel. Ça veut dire que la petitesse des commencements de la Bonne Nouvelle semée en terre de Palestine ne doit pas nous faire désespérer du résultat final. Au cours de l’histoire, tous les peuples seront atteints par l’Évangile. Les oiseaux du ciel sont le symbole des peuples de la terre comme chez Ézéchiel, en 1ère lecture aujourd’hui : « Sur la haute montagne d’Israël je le planterai. Il produira des branches, il portera du fruit, il deviendra un cèdre magnifique. Tous les passereaux y feront leur nid, toutes sortes d’oiseaux habiteront à l’ombre de ses branches » (Éz 17,23). La Bonne Nouvelle n’est donc pas réservée à un peuple en particulier; elle est bonne nouvelle pour tout le monde.

Il faut donc faire confiance que cette petite graine deviendra un grand arbre. Ce qui signifie que le Règne de Dieu vient irrésistiblement, mais pas sans le concours des femmes et des hommes qui ont à travailler pour que ce Règne vienne. Leur travail consiste à rétablir la justice là où elle est menacée, à redonner la dignité à ceux et celles qui l’ont perdue, à reconnaître l’égalité de tous et à restaurer la paix en combattant la violence. Mais ce travail ne peut se faire sans la patience, car le temps de la maturation est nécessaire, et Dieu seul sait l’heure de la moisson.

En terminant, je voudrais simplement vous partager cette prière du français Éric Julien qui dit : « J’en ai des soucis, Seigneur. Je n’en dors plus. Comment fait-il, ton semeur, pour aller dormir et laisser son champ la nuit? Oui, c’est vrai, c’est toi qui fais tout pousser. Oui, c’est vrai, j’ai tendance à me croire un peu trop indispensable et à te considérer comme une peu trop facultatif. Alors mes soucis, les voilà : je te les laisse avec mon champ qui pousse si mal. Après tout, c’est ton travail. Moi, je vais dormir un peu ».

 

 

 

 

 

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