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Réf. Bibliques : 2ème lecture : Ga 2,16.19-21
Évangile : Lc 7,36-8,3
La religion ou la foi…
Après le temps dit pascal, nous revenons au temps dit
ordinaire qui n’a rien d’ordinaire, puisque les
textes bibliques qui nous sont proposés
aujourd’hui, nous invitent à dépasser la loi ou
la religion pour vivre pleinement notre foi au
Christ de Pâques. N’est-ce pas l’attitude de
Jésus ressuscité qu’on retrouve dans l’évangile
de Luc aujourd’hui? Lors d’une réception chez un
Pharisien, un maître de
la Loi de Moïse, Jésus enfreint la règle de la
pureté rituelle pour faire place à la
miséricorde et au pardon. Ce récit que Luc est
le seul à raconter nous montre clairement que
l’amour, la miséricorde et le pardon ne font pas
bon ménage avec les règles, les étiquettes et la
loi. Comment un bon Juif qui se respecte peut-il
se laisser toucher, caresser, embrasser par une
prostituée? C’est pourtant ce que l’évangéliste
raconte. Quels messages pour nous aujourd’hui?
1.
Le pardon et l’amour.
Qui est cette femme pécheresse dans l’évangile
de Luc? « Tout en pleurs, elle se tenait
derrière lui, à ses pieds, et ses larmes
mouillaient les pieds de Jésus. Elle les
essuyait avec ses cheveux, les couvrait de
baisers et y versait le parfum » (Lc 7,38).
Saint Luc ne la nomme pas, mais il s’agit sans
doute d’une femme poquée, blessée par la vie,
une femme de mauvaise vie. À l’époque, on
mangeait coucher, donc, elle se tient derrière
Jésus à ses pieds et elle a la tête dévoilée,
puisqu’elle essuie les pieds avec ses cheveux.
De plus, elle touche Jésus, ce qui ne se faisait
pas selon la loi de Moïse. La réaction du
Pharisien est celle de l’homme religieux qui
respecte la loi : « En voyant cela, le
pharisien se dit en lui-même : ‘’Si cet homme
était prophète, il saurait qui est cette femme
qui le touche, et ce qu’elle est : une
pécheresse’’ » (Lc 7,39).
Et c’est là
que l’amour, la miséricorde et le pardon
viennent au secours du Christ de l’évangile.
Cependant, la question qu’on se pose est la
suivante : Est-ce que l’amour précède le pardon
ou lui succède? Selon la traduction liturgique
que nous avons, il semble que l’amour précède le
pardon : « Si ses péchés, ses nombreux
péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son
grand amour » (Lc 7,47a), ce qui contredit
la parabole qui précède (vv 41-43) et la suite
du verset : « Mais celui à qui on pardonne
peu montre peu d’amour » (Lc 7,47b). Je
crois que la meilleure interprétation serait
celle-ci : Si la femme montre autant d’amour,
c’est parce qu’elle a bénéficié d’un pardon
illimité, car l’amour, selon Luc, est la
conséquence et le signe du pardon reçu. De sorte
que Luc peut dire : « Celui à qui on pardonne
peu montre peu d’amour » (Lc 7,47b). Et le
Christ peut dire à la femme, non pas : « Tes
péchés sont pardonnés » (Lc 7,48),
comme on a dans la version liturgique
d’aujourd’hui, mais bien : « Tes péchés
ont été pardonnés » (Lc 7,48), comme
dans la Bible TOB, version intégrale, parce que
la femme démontre beaucoup d’amour.
Pour nous
aujourd’hui qui relisons ce récit, nous sommes
invités à faire preuve de miséricorde et de
pardon. C’est la seule façon pour que l’autre,
les autres, puissent témoigner de leur amour. La
qualité de l’amour est directement
proportionnelle à la générosité du cœur de celui
ou celle qui pardonne et qui fait miséricorde.
Refuser le pardon, c’est empêcher l’amour de
s’exprimer. C’est refuser à l’autre d’aimer.
2.
La foi et la Loi.
On dit souvent que la religion est le véhicule
de la foi. Par ailleurs, comme toutes religions
ont leurs règles, il arrive parfois que la
religion empêche la foi de s’exprimer. C’est ce
qui faisait dire au prêtre français François
Varone qu’il faut sans cesse passer de la
religion à la foi, car la religion étouffe la
foi et nourrit souvent l’athéisme. N’est-ce pas
là les propos de saint Paul dans sa lettre aux
Galates, dont nous avons un extrait aujourd’hui,
en 2ème lecture? « Grâce à
la Loi (qui a fait mourir le Christ) j’ai cessé de vivre pour
la Loi afin de vivre pour Dieu »
(Ga 2,19a).
Ce n’est
pas l’observance d’une religion qui sauve, mais
la foi pleinement vécue. Saint Paul écrit :
« Avec le Christ, je suis fixé à la croix : je
vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui
vit en moi » (Ga 2,19b-20a). Ça ne veut pas
dire qu’on doive mourir crucifier comme le
Christ, mais ça veut dire qu’il nous faut
assumer notre condition humaine jusqu’au bout,
jusqu’au don total de ce que nous sommes. Saint
Paul ajoute : « Ma vie aujourd’hui dans la
condition humaine, je la vis dans la foi au Fils
de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour
moi » (Ga 2,20b).
Si
j’actualise les propos de saint Paul, je dois
malheureusement constater que dans l’Église, la
religion avec ses lois, a souvent pris le dessus
sur la foi au Christ. Les nombreuses règles que
la religion impose sont souvent des obstacles à
la foi chrétienne. Comme l’absence de Dieu dans
nos vies pose la question fondamentale du sens
de la vie et de la mort, il y a deux attitudes
possibles face à la mort lorsque celle-ci est
inévitable. Ces deux manières de vivre : la
religion et la foi, selon François Varone,
on les retrouve dans le récit des deux larrons
en croix, dans l’évangile de Luc (Lc 23,39-43).
Varone
écrit : « Jésus ne meurt pas seul. Les hommes
meurent avec lui, autour de lui. L’un meurt en
hurlant son horrible déception, et ses injures
envers le Dieu qui le déçoit si cruellement.
C’est le fruit normal de la religion, camouflé
autrefois sous les apparences de piété, tant
qu’il y avait encore de l’espoir d’émouvoir, de
convaincre, d’obtenir une grâce. Mais quand la
vanité de l’entreprise religieuse s’impose
définitivement, alors il ne reste que l’injure,
et le désespoir. L’un des malfaiteurs crucifiés
avec Jésus l’insultait : N’es-tu pas le
Messie? Alors sauve-toi toi-même et nous aussi!
(Lc 23,39). L’autre, instruit secrètement de
Dieu et par Dieu, voit déjà se lever, derrière
l’homme livré, l’être achevé d’un nouvel espace
de vie, le Roi d’un Royaume. Livré lui-même, il
se sait proche d’être délivré et se laisse
attirer dans la foi. ‘’Jésus, souviens-toi de
moi quand tu viendras comme Roi’’. Jésus lui
dit : ‘’En vérité, aujourd’hui tu seras avec
moi dans le paradis’’ (Lc 23,43) ».
François
Varone ajoute : « Religion ou foi : deux
manières de vivre, surtout et inévitablement
deux manières de mourir. Une seule conduit à
la Vie. Une seule fait
accéder le désir de l’homme fragile au Désir du
Dieu Vivant ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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