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Onzième dimanche du Temps ordinaire (C) : 13 juin 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  2ème lecture :  Ga 2,16.19-21
Évangile :  Lc 7,36-8,3

La religion ou la foi…

Après le temps dit pascal, nous revenons au temps dit ordinaire qui n’a rien d’ordinaire, puisque les textes bibliques qui nous sont proposés aujourd’hui, nous invitent à dépasser la loi ou la religion pour vivre pleinement notre foi au Christ de Pâques. N’est-ce pas l’attitude de Jésus ressuscité qu’on retrouve dans l’évangile de Luc aujourd’hui? Lors d’une réception chez un Pharisien, un maître de la Loi de Moïse, Jésus enfreint la règle de la pureté rituelle pour faire place à la miséricorde et au pardon. Ce récit que Luc est le seul à raconter nous montre clairement que l’amour, la miséricorde et le pardon ne font pas bon ménage avec les règles, les étiquettes et la loi. Comment un bon Juif qui se respecte peut-il se laisser toucher, caresser, embrasser par une prostituée? C’est pourtant ce que l’évangéliste raconte. Quels messages pour nous aujourd’hui?

1.       Le pardon et l’amour. Qui est cette femme pécheresse dans l’évangile de Luc? « Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum » (Lc 7,38). Saint Luc ne la nomme pas, mais il s’agit sans doute d’une femme poquée, blessée par la vie, une femme de mauvaise vie. À l’époque, on mangeait coucher, donc, elle se tient derrière Jésus à ses pieds et elle a la tête dévoilée, puisqu’elle essuie les pieds avec ses cheveux. De plus, elle touche Jésus, ce qui ne se faisait pas selon la loi de Moïse. La réaction du Pharisien est celle de l’homme religieux qui respecte la loi : « En voyant cela, le pharisien se dit en lui-même : ‘’Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse’’ » (Lc 7,39).

Et c’est là que l’amour, la miséricorde et le pardon viennent au secours du Christ de l’évangile. Cependant, la question qu’on se pose est la suivante : Est-ce que l’amour précède le pardon ou lui succède? Selon la traduction liturgique que nous avons, il semble que l’amour précède le pardon : « Si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour » (Lc 7,47a), ce qui contredit la parabole qui précède (vv 41-43) et la suite du verset : « Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour » (Lc 7,47b). Je crois que la meilleure interprétation serait celle-ci : Si la femme montre autant d’amour, c’est parce qu’elle a bénéficié d’un pardon illimité, car l’amour, selon Luc, est la conséquence et le signe du pardon reçu. De sorte que Luc peut dire : « Celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour » (Lc 7,47b). Et le Christ peut dire à la femme, non pas : « Tes péchés sont pardonnés » (Lc 7,48), comme on a dans la version liturgique d’aujourd’hui, mais bien : « Tes péchés ont été pardonnés » (Lc 7,48), comme dans la Bible TOB, version intégrale, parce que la femme démontre beaucoup d’amour.

Pour nous aujourd’hui qui relisons ce récit, nous sommes invités à faire preuve de miséricorde et de pardon. C’est la seule façon pour que l’autre, les autres, puissent témoigner de leur amour. La qualité de l’amour est directement proportionnelle à la générosité du cœur de celui ou celle qui pardonne et qui fait miséricorde. Refuser le pardon, c’est empêcher l’amour de s’exprimer. C’est refuser à l’autre d’aimer.

2.       La foi et la Loi. On dit souvent que la religion est le véhicule de la foi. Par ailleurs, comme toutes religions ont leurs règles, il arrive parfois que la religion empêche la foi de s’exprimer. C’est ce qui faisait dire au prêtre français François Varone qu’il faut sans cesse passer de la religion à la foi, car la religion étouffe la foi et nourrit souvent l’athéisme. N’est-ce pas là les propos de saint Paul dans sa lettre aux Galates, dont nous avons un extrait aujourd’hui, en 2ème lecture? « Grâce à la Loi (qui a fait mourir le Christ) j’ai cessé de vivre pour la Loi afin de vivre pour Dieu » (Ga 2,19a).

Ce n’est pas l’observance d’une religion qui sauve, mais la foi pleinement vécue. Saint Paul écrit : « Avec le Christ, je suis fixé à la croix : je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,19b-20a). Ça ne veut pas dire qu’on doive mourir crucifier comme le Christ, mais ça veut dire qu’il nous faut assumer notre condition humaine jusqu’au bout, jusqu’au don total de ce que nous sommes. Saint Paul ajoute : « Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2,20b).

Si j’actualise les propos de saint Paul, je dois malheureusement constater que dans l’Église, la religion avec ses lois, a souvent pris le dessus sur la foi au Christ. Les nombreuses règles que la religion impose sont souvent des obstacles à la foi chrétienne. Comme l’absence de Dieu dans nos vies pose la question fondamentale du sens de la vie et de la mort, il y a deux attitudes possibles face à la mort lorsque celle-ci est inévitable. Ces deux manières de vivre : la religion et la foi, selon François Varone, on les retrouve dans le récit des deux larrons en croix, dans l’évangile de Luc (Lc 23,39-43).

Varone écrit : « Jésus ne meurt pas seul. Les hommes meurent avec lui, autour de lui. L’un meurt en hurlant son horrible déception, et ses injures envers le Dieu qui le déçoit si cruellement. C’est le fruit normal de la religion, camouflé autrefois sous les apparences de piété, tant qu’il y avait encore de l’espoir d’émouvoir, de convaincre, d’obtenir une grâce. Mais quand la vanité de l’entreprise religieuse s’impose définitivement, alors il ne reste que l’injure, et le désespoir. L’un des malfaiteurs crucifiés avec Jésus l’insultait : N’es-tu pas le Messie? Alors sauve-toi toi-même et nous aussi! (Lc 23,39). L’autre, instruit secrètement de Dieu et par Dieu, voit déjà se lever, derrière l’homme livré, l’être achevé d’un nouvel espace de vie, le Roi d’un Royaume. Livré lui-même, il se sait proche d’être délivré et se laisse attirer dans la foi. ‘’Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme Roi’’. Jésus lui dit : ‘’En vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis’’ (Lc 23,43) ».

François Varone ajoute : « Religion ou foi : deux manières de vivre, surtout et inévitablement deux manières de mourir. Une seule conduit à la Vie. Une seule fait accéder le désir de l’homme fragile au Désir du Dieu Vivant ».

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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