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Douzième dimanche du Temps ordinaire (B) : 21 juin 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Jb 38,1.8-11
2ème lecture :  2 Co 5,14-17
Évangile :  Mc 4,35-41

En lisant l’évangile de ce dimanche, une question m’est venue : Est-il permis pour un chrétien d’avoir peur? Je crois que la réponse est non! On peut douter dans sa foi; on n’a aucune certitude… mais l’espérance qui nous habite nous empêche d’avoir peur, car la peur est tout le contraire de la foi. En ce dimanche, où revient le temps ordinaire, nous avons un évangile, une Bonne Nouvelle extraordinaire : dans la barque de l’Église qui, déjà à la fin du 1er siècle, était multiple et diversifiée – « d’autres barques le suivaient » (Mc 4,36b) – Jésus est présent « comme il était » (Mc 4,36a), c’est-à-dire comme Christ ressuscité, puisque Marc écrit après Pâques.

Par ailleurs, cette présence du Christ ressuscité dans l’Église n’est pas toujours évidente : « Lui dormait sur le coussin à l’arrière » (Mc 4,38a). C’est le sommeil de la mort qui est survenu le Vendredi Saint. Il n’est pas toujours facile de croire au dimanche de Pâques. Rappelons-nous simplement la fin de l’évangile de Marc, où les femmes se rendent au tombeau très tôt le matin pour constater que le tombeau est vide. Ces femmes reçoivent l’invitation d’aller annoncer la Résurrection aux disciples. L’évangéliste dit : « Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » (Mc 16,8). Il est difficile de croire en la Résurrection, non pas seulement maintenant, mais depuis toujours. L’Église a commencé dans la peur qui est tout le contraire de la foi. Ce n’est pas pour rien que les évangélistes, dans leurs récits d’apparition du Christ ressuscité, soulignent à grands traits l’enfermement des disciples dans la peur : cf. Lc 24,11-53; Jn 20,19-29.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous sommes dans l’Église, au temps de Marc, vers 70 de notre ère, en pleine persécution chrétienne, à un moment où l’Église s’aventure en territoire païen : « Le soir venu, il dit à ses disciples : Passons sur l’autre rive » (Mc 4,35). L’Église navigue sur la mer, sur les forces du mal : « Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d’eau » (Mc 4,37). Dans les moments pénibles de la mission chrétienne, il est difficile de croire en la Résurrection, c’est-à-dire de prendre conscience que Christ est vivant autrement, à travers ses disciples : « Ses compagnons le réveillent (le ressuscitent) et lui crient : Maître, nous sommes perdus » (Mc 4,38b). Ce qui veut dire que les disciples n’ont pas confiance en eux; ils ne comprennent pas qu’ils sont présence du Ressuscité, d’où le blâme fait au Christ : « Cela ne te fait rien? » (Mc 4,38c). Et pourtant, ils savent très bien que la foi est plus forte que le mal et la mort : « Réveillé (ressuscité), il interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : ‘’Silence, tais-toi! ’’ Le vent tomba, et il se fit un grand calme » (Mc 4,39).

Comme la foi est portée par des humains, le doute est omniprésent. Il exprime nos limites et notre faiblesse. C’est ce qui faisait dire à saint Augustin, au 4ème siècle, dans son commentaire sur l’évangile d’aujourd’hui : « On a pu douter de sa puissance mais pas de sa faiblesse », et le théologien français Marc Joulin ajoute : « Cependant, c’est dans cette faiblesse même que se révèle sa puissance ». C’est pourquoi, il est bon de nous rappeler que notre Dieu est maître de la nature et de la vie. En réponse à tous les Job de ce monde qui souffrent jusque dans leurs cheveux (le mot tempête en hébreu signifie aussi cheveux et crâne), l’auteur du livre de Job, en 1ère lecture aujourd’hui, nous rappelle, de manière poétique, que malgré la puissance du mal qui sévit dans nos vies, Dieu est maître de la vie : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein de l’abîme; quand je fis de la nuée son vêtement, et l’enveloppai de nuages pour lui servir de langes; quand je lui imposai des limites, et que je disposai les portes et leurs verrous? Je lui dis : Tu viendras jusqu’ici! Tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots! » (Jb 38,8-11). Et saint Paul, en 2ème lecture aujourd’hui, dans cet extrait de la 2ème lettre aux Corinthiens, nous redit jusqu’à quel point l’Amour du Christ nous saisit et nous transforme : « Si donc quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5,17).

Où en sommes-nous aujourd’hui? Sommes-nous encore dans la peur? Dans les tempêtes de la vie, et Dieu sait qu’elles sont nombreuses dans notre Église, quelles réactions avons-nous? D’abandonner la barque? De jeter à la mer ceux et celles qui veulent avancer au large? Se peut-il que certains dirigeants de notre Église aient tellement peur des tempêtes qu’ils ont jeté l’ancre dans des eaux stagnantes, dans des marécages, qui les empêchent d’avancer? Une chose est certaine : la peur n’a pas plus sa place dans notre Église qu’elle ne l’avait dans l’Église de Marc. De sorte que, c’est encore à nous que se pose très directement la question étonnée de Jésus : « Pourquoi avoir peur? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi? » (Mc 4,40). Puissions-nous répondre comme le père d’un enfant épileptique dont nous parle aussi Marc : « Seigneur, je crois! Viens au secours de mon manque de foi! » (Mc 9,24).

En terminant, cet épisode évangélique n’est pas une leçon de morale, mais un appel à notre mémoire de croyants. N’est-il pas vrai que le vent et la mer obéissent au Seigneur? N’est-il pas vrai que, quand nous nous sommes embarqués avec le Christ, bien des tempêtes se sont apaisées? Qui est-il donc? La question demeure, vitale. Car la foi est toujours une question…


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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