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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Jb 38,1.8-11
2ème lecture : 2 Co 5,14-17
Évangile : Mc 4,35-41
En lisant l’évangile de ce dimanche, une question m’est
venue : Est-il permis pour un chrétien d’avoir
peur? Je crois que la réponse est non! On peut
douter dans sa foi; on n’a aucune certitude…
mais l’espérance qui nous habite nous empêche
d’avoir peur, car la peur est tout le contraire
de la foi. En ce dimanche, où revient le temps
ordinaire, nous avons un évangile, une Bonne
Nouvelle extraordinaire : dans la barque de
l’Église qui, déjà à la fin du 1er siècle, était
multiple et diversifiée – « d’autres barques
le suivaient » (Mc 4,36b) – Jésus est
présent « comme il était » (Mc 4,36a),
c’est-à-dire comme Christ ressuscité, puisque
Marc écrit après Pâques.
Par ailleurs, cette présence du Christ ressuscité dans
l’Église n’est pas toujours évidente : « Lui
dormait sur le coussin à l’arrière » (Mc
4,38a). C’est le sommeil de la mort qui est
survenu le Vendredi Saint. Il n’est pas toujours
facile de croire au dimanche de Pâques.
Rappelons-nous simplement la fin de l’évangile
de Marc, où les femmes se rendent au tombeau
très tôt le matin pour constater que le tombeau
est vide. Ces femmes reçoivent l’invitation
d’aller annoncer
la Résurrection aux disciples. L’évangéliste dit : « Elles sortirent et s’enfuirent
loin du tombeau, car elles étaient toutes
tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent
rien à personne, car elles avaient peur »
(Mc 16,8). Il est difficile de croire en
la Résurrection, non pas seulement maintenant, mais depuis toujours. L’Église a commencé
dans la peur qui est tout le contraire de la
foi. Ce n’est pas pour rien que les
évangélistes, dans leurs récits d’apparition du
Christ ressuscité, soulignent à grands traits
l’enfermement des disciples dans la peur : cf.
Lc 24,11-53; Jn 20,19-29.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous sommes dans l’Église, au
temps de Marc, vers 70 de notre ère, en pleine
persécution chrétienne, à un moment où l’Église
s’aventure en territoire païen : « Le soir
venu, il dit à ses disciples : Passons sur
l’autre rive » (Mc 4,35). L’Église navigue
sur la mer, sur les forces du mal :
« Survient une violente tempête. Les vagues se
jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se
remplissait d’eau » (Mc 4,37). Dans les
moments pénibles de la mission chrétienne, il
est difficile de croire en
la Résurrection, c’est-à-dire de prendre conscience que Christ est vivant autrement, à
travers ses disciples : « Ses compagnons le
réveillent (le ressuscitent) et lui
crient : Maître, nous sommes perdus » (Mc
4,38b). Ce qui veut dire que les disciples n’ont
pas confiance en eux; ils ne comprennent pas
qu’ils sont présence du Ressuscité, d’où le
blâme fait au Christ : « Cela ne te fait
rien? » (Mc 4,38c). Et pourtant, ils savent
très bien que la foi est plus forte que le mal
et la mort : « Réveillé (ressuscité),
il interpelle le vent avec vivacité et dit à la
mer : ‘’Silence, tais-toi! ’’ Le vent tomba, et
il se fit un grand calme » (Mc 4,39).
Comme la foi est portée par des humains, le doute est
omniprésent. Il exprime nos limites et notre
faiblesse. C’est ce qui faisait dire à saint
Augustin, au 4ème siècle, dans son commentaire
sur l’évangile d’aujourd’hui : « On a pu
douter de sa puissance mais pas de sa
faiblesse », et le théologien français Marc
Joulin ajoute : « Cependant, c’est dans cette
faiblesse même que se révèle sa puissance ».
C’est pourquoi, il est bon de nous rappeler que
notre Dieu est maître de la nature et de la vie.
En réponse à tous les Job de ce monde qui
souffrent jusque dans leurs cheveux (le mot
tempête en hébreu signifie aussi cheveux et
crâne), l’auteur du livre de Job, en 1ère
lecture aujourd’hui, nous rappelle, de manière
poétique, que malgré la puissance du mal qui
sévit dans nos vies, Dieu est maître de la vie :
« Qui donc a retenu la mer avec des portes,
quand elle jaillit du sein de l’abîme; quand je
fis de la nuée son vêtement, et l’enveloppai de
nuages pour lui servir de langes; quand je lui
imposai des limites, et que je disposai les
portes et leurs verrous? Je lui dis : Tu
viendras jusqu’ici! Tu n’iras pas plus loin, ici
s’arrêtera l’orgueil de tes flots! » (Jb
38,8-11). Et saint Paul, en 2ème lecture
aujourd’hui, dans cet extrait de la 2ème lettre
aux Corinthiens, nous redit jusqu’à quel point
l’Amour du Christ nous saisit et nous
transforme : « Si donc quelqu’un est en Jésus
Christ, il est une créature nouvelle. Le monde
ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà
né » (2 Co 5,17).
Où en sommes-nous aujourd’hui? Sommes-nous encore dans la
peur? Dans les tempêtes de la vie, et Dieu sait
qu’elles sont nombreuses dans notre Église,
quelles réactions avons-nous? D’abandonner la
barque? De jeter à la mer ceux et celles qui
veulent avancer au large? Se peut-il que
certains dirigeants de notre Église aient
tellement peur des tempêtes qu’ils ont jeté
l’ancre dans des eaux stagnantes, dans des
marécages, qui les empêchent d’avancer? Une
chose est certaine : la peur n’a pas plus sa
place dans notre Église qu’elle ne l’avait dans
l’Église de Marc. De sorte que, c’est encore à
nous que se pose très directement la question
étonnée de Jésus : « Pourquoi avoir peur?
Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi? »
(Mc 4,40). Puissions-nous répondre comme le
père d’un enfant épileptique dont nous parle
aussi Marc : « Seigneur, je crois! Viens au
secours de mon manque de foi! » (Mc 9,24).
En terminant, cet épisode évangélique n’est pas une leçon de
morale, mais un appel à notre mémoire de
croyants. N’est-il pas vrai que le vent et la
mer obéissent au Seigneur? N’est-il pas vrai
que, quand nous nous sommes embarqués avec le
Christ, bien des tempêtes se sont apaisées? Qui
est-il donc? La question demeure, vitale. Car la
foi est toujours une question…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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