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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Za 12,10-11;
13,1
2ème lecture : Ga 3,26-29
Évangile : Lc 9,18-24
Qui suis-je?
Le théologien français Hyacinthe Vulliez écrit :
« Imaginons que Jésus nous apparaisse en pleine
assemblée du dimanche, en train de chanter et
d’écouter. Qu’au beau milieu de l’homélie, il
arrête le flot de paroles et demande le silence.
Un silence profond, un silence plein parce que
chacun aura fait le vide en soi. Puis calmement,
d’une voix douce et ferme : ‘’Pour vous,
personnellement et collectivement, pour vous
tous réunis ici en mon nom, qui suis-je?’’ »
Quelles réponses, au pluriel, entendrions-nous?
1.
Une image du passé.
Combien d’entre nous répondraient comme dans
l’évangile de Luc? « Ils répondirent : Jean
Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres, un
prophète d’autrefois qui serait ressuscité »
(Lc 9,19), parce que souvent, nous avons une
image toute faite de ce Jésus, le prophète par
excellence dont nous parle les Écritures… C’est
une image du passé. Cependant, pour la majorité
des chrétiens que nous sommes, on ajouterait
sans doute la réponse de Pierre : « Pierre
prit la parole et répondit : Le Messie de Dieu »
(Lc 9,20b). Mais encore là, c’est une
réponse qui se réfère uniquement au passé, aux
images toutes faites qu’on nous a apprises
depuis que nous sommes devenus chrétiens.
L’exégète
français Jean Debruynne écrit : « Tous sont
incapables de voir en Jésus quelqu’un d’autre
qu’un survivant du passé ou des souvenirs. Jésus
est trahi par ses images de marque. Les
chrétiens comme les autres auront toujours du
mal à accepter que Jésus puisse s’échapper des
modèles que chacun a dans la tête. Accepter que
Jésus soit quelqu’un d’autre que l’idée que je
me fais de lui, c’est en même temps reconnaître
que c’est aux hommes que Dieu a voulu confier
son visage ». Ça veut dire quoi au juste? Ça
veut dire que Jésus Christ n’est pas une image,
une photo figée dans le temps. Jésus Christ est
un visage d’aujourd’hui qu’il nous faut
reconnaître ici et maintenant. Mais, auparavant,
quels traits lui ont dessiné ceux qui nous ont
parlé de lui?
2.
Le Messie à venir.
Pendant qu’Israël attendait un Messie qui
libérerait le peuple du joug de l’oppression
étrangère, le prophète Zacharie, au 4ème siècle
avant le Christ, annonce déjà le sort réservé au
Messie, au Berger, à l’envoyé de Dieu. Il sera
rejeté, vendu et tué, et eux : « Ils lèveront
les yeux vers celui qu’ils ont transpercé; ils
feront une lamentation sur lui comme sur un fils
unique; ils pleureront sur lui amèrement comme
sur un premier-né » (Za 12,10b). Ce qui
signifie que l’image qu’on se faisait du Messie
à venir ne correspondait pas à la réalité; de
sorte qu’on ne l’a pas reconnu, lorsqu’il s’est
présenté à eux.
N’est-ce
pas aussi ce qui s’est passé avec Jésus de
Nazareth que les croyants de l’époque n’ont pu
identifier au Messie de Dieu attendu depuis
longtemps, au Christ, au Seigneur? « Il faut
que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il
soit rejeté par les Anciens, les chefs des
prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que,
le troisième jour, il ressuscite » (Lc
9,22). Encore aujourd’hui, ne rejetons-nous pas
ceux et celles qui osent montrer un nouveau
visage du Messie, du Christ, du Seigneur? Et
pourtant, tout au long de l’histoire, le Messie
s’est identifié aux petits, aux pauvres, aux
exclus, aux mal-aimés. Donc, son visage ou ses
visages ne sont pas des photos prises à un
moment donné de l’histoire… Le Messie, le
Christ, le Seigneur, prend le visage du moment
présent, là où nous sommes, là où nous vivons
avec ceux et celles avec qui nous partageons
notre vie. Quel est-il pour nous aujourd’hui?
Voilà la question qu’on doit sans cesse se poser
aujourd’hui…
3.
Qui suis-je aujourd’hui?
Hyacinthe Vulliez écrit : « Par paresse ou
par peur jumelées, nous esquivons souvent la
question. Peur de constater combien il y a de
Jésus différents dans les têtes et dans les
cœurs des uns et des autres. Peur de nous
trouver face à nous-mêmes car répondre en vérité
à : Qui suis-je pour vous?, c’est aussi
s’interroger sur soi-même ». On préfère
souvent nous référer simplement à l’image toute
faite qu’on nous a présentée de Jésus, même si
cette image laisse la majorité d’entre nous dans
une indifférence totale; elle a pour avantage de
ne pas nous remettre en question et de nous
justifier les uns les autres dans notre
passivité religieuse : les dirigeants de
l’Église peuvent se conforter dans un dogmatisme
établi à une autre époque, et les autres, la
majorité des chrétiens, dans une pratique
ritualiste élémentaire, sans plus. Certains vont
à la messe; les autres célèbrent les passages
importants de leur vie… mais rares sont ceux et
celles qui acceptent de se laisser déranger par
les prophètes d’aujourd’hui, qui nous invitent à
reconnaître le Christ dans les petits, les
pauvres, les opprimés, les exclus, les
marginaux, non pas ceux du passé, mais ceux
d’aujourd’hui.
Il ne faut
surtout pas que le Christ nous dérange dans
notre confort, dans nos certitudes et dans notre
passivité. Dans l’Église, on s’est fait des
règles, des façons de faire, des choses à
croire, des interdits… nous n’avons qu’à suivre
la tradition. Le Christ on le connaît… Je dirais
même que nous avons le contrôle sur lui. Et
pourtant, une chose demeure, et saint Luc l’a
pourtant reconnu : « Celui qui veut marcher à
ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne
sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Lc
9,23). Et saint Paul, dans sa lettre aux Galates
affirme que par le baptême, nous avons revêtu le
Christ (Ga 3,27), et revêtir le Christ, dans la
pensée de Paul, c’est devenir Christ. Et en
devenant Christ, nous lui appartenons et toutes
les inégalités disparaissent : « Il n’y a
plus ni Juif ni païen, il n’y a plus ni esclave
ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la
femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans
le Christ Jésus » (Ga 3,28). Nous avons tous
comme chrétiens, la même dignité.
Qu’attendons-nous pour la reconnaître?
En terminant, Hyacinthe Vulliez ajoute : « Si Jésus nous
ébranle si peu, n’est-ce pas parce que son
identité, pour nous, va de soi, parce que nous
ne remettons pas en question l’image que nous
nous faisons de lui? S’il nous change si peu,
n’est-ce pas parce que nous ne vérifions pas
assez, par un échange franc et loyal, la qualité
de la relation que nous entretenons avec lui?
Combien de choses chez les chrétiens, dans leurs
Églises (majuscule) et dans leurs églises
(minuscule) ou leurs temples, changeraient s’ils
écoutaient ensemble la question de Jésus et si
ensemble ils écoutaient les réponses des uns et
des autres ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie
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