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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Sg 1,13-15;
2,23-24
2ème lecture : 2 Co 8,7.9.13-15
Évangile : Mc 5,21-43
VIE ET MORT : DE QUEL CÔTÉ SE TIENT LE SEIGNEUR
?
À la lecture des textes bibliques d’aujourd’hui, en
particulier la 1ère lecture et l’évangile, cette
question est percutante : notre Dieu veut-il la
mort ou la vie? Encore aujourd’hui, on entend
trop souvent des gens dire que Dieu fait mourir.
Et pourtant le livre de
la Sagesse écrit entre 50-30 av. J.-C., et
l’évangile de Marc écrit vers 70 de notre ère,
disent le contraire. Dieu nous veut vivant et
lorsque la vie nous échappe, il la restaure et
nous la redonne. Quelle Parole de Dieu
pouvons-nous proclamer aujourd’hui, à partir des
textes qui nous sont proposés?
1.
La justice est immortelle.
Si on lit bien l’extrait du livre de
la Sagesse qui nous est proposé aujourd’hui (malheureusement, la
liturgie a coupé deux développements sur
l’erreur de ceux qui ne croient qu’à cette vie
et sur le sort du juste persécuté), on se rend
compte que la vie voulue par Dieu ne consiste
pas seulement à respirer, mais comporte de la
dignité, donc une qualité de vie. Sinon, il ne
peut y avoir de vie. Pour comprendre, il nous
faut situer cet extrait dans son contexte
historique : Nous sommes à Alexandrie en 26 av.
J.-C. La science a déjà bien progressé; la
justice laisse à désirer. On refuse aux Juifs le
droit de citoyenneté. On réprime à tours de
bras; on condamne pour rien. Voilà pourquoi
l’auteur dit que la justice est inconciliable
avec la mort. Car Dieu aime la vie. Et si les
médecins sont capables de faire des produits non
empoisonnés, pourquoi les hommes n’en
feraient-ils pas autant pour vivre ensemble?
Malheureusement, on assiste à une oppression et
une exploitation croissante des pauvres de la
part de dirigeants sans scrupules qui ne se
soucient que de leur confort. Ceux-là sont
diaboliques, c’est-à-dire adversaires de Dieu,
car c’est par eux que la mort est entrée dans le
monde. C’est de cette façon que s’exprime
l’auteur du livre de
la Sagesse :
« La mort est entrée dans le monde par la
jalousie du démon, et ceux qui se rangent dans
son parti en font l’expérience » (Sg 2,24).
Mais
attention! Les adeptes du diable ne sont pas
nécessairement ceux qu’on pense… Ce sont ceux
qui sont injustes, c’est-à-dire qui exploitent,
oppriment et maintiennent les autres dans la
pauvreté et la misère. Dans le fond,
l’affirmation solennelle de l’auteur du livre de
la Sagesse : « Dieu a créé l’homme pour une
existence impérissable, il a fait de lui une
image (litt. une idiotie) de ce qu’il est
en lui-même » (Sg 2,23). Le théologien
Gérard Sindt écrit : « Ce terme idiotie
aujourd’hui péjoratif indique ici la singularité
irréductible de Dieu. Son originalité est
justement de n’exister que pour faire vivre. Ce
que la médecine balbutiante du temps peut faire,
pourquoi la société ne le pourrait-elle pas en
acceptant le Dieu de
la Vie? »
Cependant, pour accepter le Dieu de
la Vie, il faut travailler à restaurer la justice; sinon, la vie
est impossible. C’est très actuel comme pensée,
car aujourd’hui encore, la justice reste à faire
pour que les hommes et les femmes puissent vivre
dans la dignité.
2.
L’égalité est nécessaire.
Voici le contexte historique de la 2ème lettre
aux Corinthiens. L’Église de Jérusalem est en
difficulté et les communautés fondées par Paul
ont décidé de faire une collecte pour lui venir
en aide. Les Corinthiens ont été les premiers à
vouloir la solidarité, mais ils tardent à passer
à l’acte, et Paul les relance. C’est une
question de justice, mais aussi d’égalité, en
grec : isotês. Et l’argument de Paul,
c’est de dire aux Corinthiens : Vous avez reçu
beaucoup; vous devez donner davantage.
« Puisque vous avez reçu largement tous les
dons : la foi,
la Parole et la connaissance de Dieu, cette ardeur et cet amour que vous tenez de
nous, que votre geste de générosité soit large,
lui aussi »
(2 Co 8,7).
Et saint
Paul donne en exemple le Christ Jésus :
« Vous connaissez en effet la générosité de
notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche,
il est devenu pauvre à cause de vous, pour que
vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co
8,9). C’est une question d’égalité, et celle-ci
est nécessaire pour donner de la dignité à la
vie. Encore une fois, ce texte de saint Paul est
très actuel dans notre Église d’aujourd’hui, où
la vie de certaines communautés n’est plus
possible, parce que devenues trop pauvres pour
subsister. Que faire? C’est à nous d’en décider!
3.
L’Église doit donner la vie.
À travers ce récit de Marc de la double guérison
de Jésus, nous sommes plongés en pleine
liturgie. Deux femmes, symboles de l’Église
naissante : une jeune fille de 12 ans, qui ne
peut devenir féconde, parce qu’elle se meurt et
une femme, anonyme celle-là, qui a perdu sa
fécondité depuis 12 ans, parce que rejetée et
exclue de la communauté. Toutes les deux,
touchées par le Christ sont guéries et peuvent
donner la vie. Il réveille, relève, ressuscite
la première sur la foi de son père Jaïre qui
signifie il illumine, et il réintègre la
seconde dans la communauté sur sa propre foi à
elle; elle qui était rejetée et exclue, elle
prend le risque de sortir de l’anonymat, parce
que sa foi est plus grande que son exclusion.
Toutes les deux donc, redeviennent fécondes,
comme s’il s’agissait d’un baptême au nom du
Christ ressuscité. Et la liturgie se continue
par l’invitation à l’Eucharistie. En parlant de
la jeune fille, Jésus leur dit de la faire
manger (Mc 5,43). L’Église qui a pour mission de
donner la vie, doit elle-même se nourrir du Pain
de Vie qu’est le Christ de Pâques.
Encore une
fois, ce récit est très actuel pour nous
chrétiens d’aujourd’hui. L’Église qui se doit
d’être maternelle, ne peut l’être qu’à travers
nous, les croyants. En refusant d’être féconds,
de donner la vie, on est comme cette jeune fille
qui se meurt, et, en refusant à d’autres d’être
féconds, on condamne des chrétiens, comme cette
femme de l’évangile, au rejet, au mépris et à
l’exclusion. Et pourtant, dans les deux cas,
seule la foi au Christ ressuscité peut guérir et
sauver…et ce n’est pas aux autres, même aux
dirigeants de l’Église d’en décider. Le
théologien Marcel Metzger écrit : « Cette
proclamation d’évangile nous invite à la
contemplation : reconnaissons les merveilles de
Dieu, non seulement dans le passé, mais encore
dans le présent. Les gestes du Christ dans cet
évangile annoncent ceux qu’il accomplit
aujourd’hui au sein de son Église : il nous
atteint de sa main bienfaisante et il se laisse
toucher, il relève et guérit par tous les gestes
de communication et de communion accomplis dans
nos célébrations. Il donne à son peuple une
mission maternelle, qui ne peut s’accommoder
d’un rétrécissement de l’Église à la seule
hiérarchie! »
Et je termine par cette belle réflexion de l’exégète français
Jean Debruynne qui dit : « Il s’agit de deux
guérisons. Une petite fille qu’il faut guérir de
la mort et une femme qu’il faut guérir de ses
pertes de sang, c’est-à-dire de sa vie qu’elle
perd, de la vie qui s’en va. D’abord, il n’y a
pas d’âge pour guérir. Il est toujours temps de
guérir. Ensuite Jésus est celui qui guérit.
Jésus ne fait pas de beaux discours sur la
souffrance des autres. Jamais Jésus n’a osé
recommander d’offrir sa souffrance en sacrifice
à Dieu. Jésus ne fait que guérir. Il guérit du
mal et de toutes les morts ».
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