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Réf. Bibliques : 2ème lecture : Ga 5,1.13-18
Évangile : Lc 9,51-62
L’exigence d’être chrétien!
Aujourd’hui, en ce 13ème dimanche ordinaire et ce jusqu’au
20ème, saint Luc nous fait marcher avec Jésus
sur la route qui conduit à Jérusalem, là où vont
se dérouler les événements fondateurs de la foi
chrétienne. C’est une longue marche que tous les
chrétiens doivent faire pour devenir de
véritables disciples du Christ. C’est une marche
difficile et si Luc nous y entraîne, c’est pour
nous faire prendre conscience de l’urgence de la
mission chrétienne qui est la nôtre encore
aujourd’hui. Et comme cette mission comporte ses
exigences, il nous faut les reconnaître avant de
nous y engager… Mais quelles sont-elles ces
exigences?
1.
La liberté.
La foi ne s’impose pas; elle se propose. Si
quelqu’un refuse de croire, c’est son droit le
plus sacré, et comme Église, nous n’avons pas le
droit d’obliger les gens à croire ce que nous
croyons et la façon dont nous le croyons.
N’agissons pas comme si nous avions la vérité
sur Dieu et sur le monde! N’est-ce pas
l’attitude des disciples Jacques et Jean qui
voudraient imposer aux Samaritains le Christ de
Pâques? « Seigneur, veux-tu que nous
ordonnions que le feu tombe du ciel pour les
détruire? » (Lc 9,54). N’est-ce pas aussi
notre attitude à nous, comme Église, lorsque
nous intervenons dans la société pour imposer
notre morale et nos convictions profondes? Les
propos du cardinal Marc Ouellet auprès des
groupes pro-vie, qui consistent à demander au
gouvernement canadien de recriminaliser
l’avortement, même en cas de viol, n’est-ce pas
un abus de pouvoir de l’autorité de l’Église
catholique dans une société sécularisée,
diversifiée et laïque, qui ne partage pas
nécessairement la foi chrétienne, nos valeurs et
notre conception de la vie humaine? Mgr Martin
Veillette, le président de l’Assemblée des
Évêques catholiques du Québec, le reconnaît bien
dans un communiqué émis à la suite des propos
malheureux du cardinal Ouellet : « Nous
savons bien que cette conviction n’est pas
partagée par tous nos concitoyens et
concitoyennes. Il nous faut donc, comme société,
trouver le moyen de vivre et de cheminer dans
l’écoute et le respect mutuels ».
Dans sa
lettre aux Galates, saint Paul nous dit pourtant
que le Christ nous a libérés et s’il l’a fait,
c’est pour que nous soyons vraiment libres (Ga
5,1a). Nous n’avons donc pas à imposer quoi que
ce soit aux autres; nous avons à nous libérer
des chaînes de notre ancien esclavage (Ga 5,1b).
Et quelles sont-elles? La circoncision (Ga 5,2),
la loi (Ga 5,4) et l’égoïsme qui nous empêche
d’aimer l’autre, les autres (Ga 5,13). Saint
Paul ajoute, et c’est l’extrait que nous avons
aujourd’hui, que la seule loi qui compte, c’est
la loi de l’amour : « Tu aimeras ton prochain
comme toi-même » (Ga 5,14). Et il
explicite : « Si vous vous mordez et vous
dévorez les uns les autres, prenez garde : vous
allez vous détruire les uns les autres » (Ga
5,15). Et pour vivre véritablement la liberté
qui vient du Christ comme des hommes et des
femmes libres, nous devons nous mettre sous la
conduite de l’Esprit de Christ : « En vous
laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus
sujets de
la Loi » (Ga 5,18).
2.
La dépossession.
Il est facile de dire que nous voulons suivre le
Christ, devenir ses disciples. Par ailleurs,
devenir disciples du Christ, c’est le préférer à
tout : « Si quelqu’un vient à moi sans me
préférer à son père, sa mère, sa femmes, ses
enfants, ses frères, ses sœurs, et même à sa
propre vie, il ne peut être mon disciple »
(Lc 14,26). Et dans l’évangile d’aujourd’hui, le
Christ de Luc dit à celui qui demande à le
suivre : « Les renards ont des terriers, les
oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de
l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête »
(Lc 9,58). Ça ne veut pas dire qu’il ne faut
rien posséder, mais ça veut dire qu’il faut être
libre avec ce que nous possédons, de sorte que
nous puissions librement le partager avec les
autres.
3.
L’urgence de la mission.
À lire le verset tel qu’il nous est présenté :
« Il dit à un autre : ‘’Suis-moi’’. L’homme
répondit :’’ Permets-moi d’aller d’abord
enterrer mon père’’ » (Lc 9,59), on peut
avoir l’impression qu’il s’agit d’un délai tout
court, le temps d’assister aux funérailles du
père qui vient de mourir. Ce à quoi la réponse
de Jésus serait beaucoup trop drastique :
« Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va
annoncer le règne de Dieu » (Lc 9,60). Il
faut donc comprendre ici, que l’homme demande
davantage à Jésus : qu’il lui laisse le temps de
vivre auprès de son père jusqu’à ce qu’il meurt!
Mais le temps de la mission urge, et c’est
maintenant qu’il faut s’engager. S’engager à la
suite de Jésus, c’est quitter le monde des morts
et entrer dans la vie maintenant. Si nous ne
nous préoccupons pas de la vie à venir, nous
sommes déjà du côté de la mort, et ça, c’est
contraire à la foi chrétienne et à la mission
qui nous est confiée.
4.
Regarder en avant.
Suivre le Christ, répondre à son appel, ce n’est
pas vivre dans la nostalgie du passé : « Je
te suivrai, Seigneur; mais laisse-moi d’abord
faire mes adieux aux gens de ma maison » (Lc
9,61), c’est de regarder en avant, c’est bâtir
l’avenir : « Celui qui met la main à la
charrue et regarde en arrière n’est pas fait
pour le royaume de Dieu » (Lc 9,62). Dans
l’Église, lorsque nous nous appuyons seulement
sur la tradition, sur le passé, sur ceux et
celles qui nous ont précédés, nous refusons de
prendre de nouveaux sentiers, de défricher, de
relever de nouveaux défis et de risquer
l’avenir; de sorte qu’il devient impossible de
construire le royaume, trop occupés à
sauvegarder un passé révolu, des façons de faire
et des manières de vivre qui ne correspondent
plus aux réalités des hommes et des femmes de
notre temps. On veut bien mettre la main à la
charrue, mais on tire par en arrière, plutôt que
de labourer droit devant.
L’exégète
français Jean-Paul Berlocher écrit : « Bref,
tenir ferme la charrue et regarder, droit
devant, le sillon à tracer, voilà l’idéal de
celui qui suit son Seigneur. Chaque jour, le
chrétien est invité à relativiser ses sécurités,
à hiérarchiser ses devoirs et ses affections en
vue d’un meilleur service du règne de Dieu ».
Dans le fond, c’est l’avenir que nous devons
préparer. Si Christ est vivant, il l’est
aujourd’hui, à travers les hommes et les femmes
d’aujourd’hui. On ne peut pas changer le passé;
on ne peut que construire l’avenir, à partir de
ce que nous sommes aujourd’hui. Et comme
l’avenir reste à faire, sur la route de la vie,
dépêchons-nous! Ce n’est pas le temps de
reculer! C’est le moment d’avancer et ça presse!
Mais qu’est-ce qui presse tant?
Le
théologien français Gérard Bessière écrit, et je
termine avec ça : « Ils sont propulsés en
avant. Comme si le feu les poursuivait sur le
chemin poudreux. Pas question de s’arrêter. Des
vieilles querelles avec les Samaritains?
Passons. Appeler la foudre sur eux? Jésus tonne
contre ses disciples qui n’ont rien compris :
violence et vengeance n’existent plus dans le
monde nouveau vers lequel ils se hâtent. Il faut
larguer les amarres vers l’inconnu. Où
couchera-t-on ce soir? Les renards et les
oiseaux ont des terriers et des nids. Le Fils de
l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. Il
n’a pas village, maison, avoir : on a tout
laissé. On habite l’avenir. Reste la famille?
Pas même. Enterrer son père, déposer en terre
son ultime racine, rendre le devoir le plus
sacré? Jésus réplique : ‘’Laisse les morts
enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le
Royaume’’. Aller au moins dire adieu à la
maisonnée? Celui qui met la main à la charrue et
regarde en arrière n’est pas fait pour le
Royaume de Dieu. Où vont-ils, si pressés? À
Jérusalem. Pour le Vendredi Saint ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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