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Treizième dimanche du Temps ordinaire (C) : 27 juin 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  2ème lecture :  Ga 5,1.13-18
Évangile :  Lc 9,51-62

L’exigence d’être chrétien!

Aujourd’hui, en ce 13ème dimanche ordinaire et ce jusqu’au 20ème, saint Luc nous fait marcher avec Jésus sur la route qui conduit à Jérusalem, là où vont se dérouler les événements fondateurs de la foi chrétienne. C’est une longue marche que tous les chrétiens doivent faire pour devenir de véritables disciples du Christ. C’est une marche difficile et si Luc nous y entraîne, c’est pour nous faire prendre conscience de l’urgence de la mission chrétienne qui est la nôtre encore aujourd’hui. Et comme cette mission comporte ses exigences, il nous faut les reconnaître avant de nous y engager… Mais quelles sont-elles ces exigences?

1.       La liberté. La foi ne s’impose pas; elle se propose. Si quelqu’un refuse de croire, c’est son droit le plus sacré, et comme Église, nous n’avons pas le droit d’obliger les gens à croire ce que nous croyons et la façon dont nous le croyons. N’agissons pas comme si nous avions la vérité sur Dieu et sur le monde! N’est-ce pas l’attitude des disciples Jacques et Jean qui voudraient imposer aux Samaritains le Christ de Pâques? « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire? » (Lc 9,54). N’est-ce pas aussi notre attitude à nous, comme Église, lorsque nous intervenons dans la société pour imposer notre morale et nos convictions profondes? Les propos du cardinal Marc Ouellet auprès des groupes pro-vie, qui consistent à demander au gouvernement canadien de recriminaliser l’avortement, même en cas de viol, n’est-ce pas un abus de pouvoir de l’autorité de l’Église catholique dans une société sécularisée, diversifiée et laïque, qui ne partage pas nécessairement la foi chrétienne, nos valeurs et notre conception de la vie humaine? Mgr Martin Veillette, le président de l’Assemblée des Évêques catholiques du Québec, le reconnaît bien dans un communiqué émis à la suite des propos malheureux du cardinal Ouellet : « Nous savons bien que cette conviction n’est pas partagée par tous nos concitoyens et concitoyennes. Il nous faut donc, comme société, trouver le moyen de vivre et de cheminer dans l’écoute et le respect mutuels ».

Dans sa lettre aux Galates, saint Paul nous dit pourtant que le Christ  nous a libérés et s’il l’a fait, c’est pour que nous soyons vraiment libres (Ga 5,1a). Nous n’avons donc pas à imposer quoi que ce soit aux autres; nous avons à nous libérer des chaînes de notre ancien esclavage (Ga 5,1b). Et quelles sont-elles? La circoncision (Ga 5,2), la loi (Ga 5,4) et l’égoïsme qui nous empêche d’aimer l’autre, les autres (Ga 5,13). Saint Paul ajoute, et c’est l’extrait que nous avons aujourd’hui, que la seule loi qui compte, c’est la loi de l’amour : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5,14). Et il explicite : « Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres » (Ga 5,15). Et pour vivre véritablement la liberté qui vient du Christ comme des hommes et des femmes libres, nous devons nous mettre sous la conduite de l’Esprit de Christ : « En vous laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus sujets de la Loi » (Ga 5,18).

2.       La dépossession. Il est facile de dire que nous voulons suivre le Christ, devenir ses disciples. Par ailleurs, devenir disciples du Christ, c’est le préférer à tout : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femmes, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14,26). Et dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ de Luc dit à celui qui demande à le suivre : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête » (Lc 9,58). Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien posséder, mais ça veut dire qu’il faut être libre avec ce que nous possédons, de sorte que nous puissions librement le partager avec les autres.

3.       L’urgence de la mission. À lire le verset tel qu’il nous est présenté : « Il dit à un autre : ‘’Suis-moi’’. L’homme répondit :’’ Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père’’ » (Lc 9,59), on peut avoir l’impression qu’il s’agit d’un délai tout court, le temps d’assister aux funérailles du père qui vient de mourir. Ce à quoi la réponse de Jésus serait beaucoup trop drastique : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu » (Lc 9,60). Il faut donc comprendre ici, que l’homme demande davantage à Jésus : qu’il lui laisse le temps de vivre auprès de son père jusqu’à ce qu’il meurt! Mais le temps de la mission urge, et c’est maintenant qu’il faut s’engager. S’engager à la suite de Jésus, c’est quitter le monde des morts et entrer dans la vie maintenant. Si nous ne nous préoccupons pas de la vie à venir, nous sommes déjà du côté de la mort, et ça, c’est contraire à la foi chrétienne et à la mission qui nous est confiée.

4.       Regarder en avant. Suivre le Christ, répondre à son appel, ce n’est pas vivre dans la nostalgie du passé : « Je te suivrai, Seigneur; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison » (Lc 9,61), c’est de regarder en avant, c’est bâtir l’avenir : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu » (Lc 9,62). Dans l’Église, lorsque nous nous appuyons seulement sur la tradition, sur le passé, sur ceux et celles qui nous ont précédés, nous refusons de prendre de nouveaux sentiers, de défricher, de relever de nouveaux défis et de risquer l’avenir; de sorte qu’il devient impossible de construire le royaume, trop occupés à sauvegarder un passé révolu, des façons de faire et des manières de vivre qui ne correspondent plus aux réalités des hommes et des femmes de notre temps. On veut bien mettre la main à la charrue, mais on tire par en arrière, plutôt que de labourer droit devant.

L’exégète français Jean-Paul Berlocher écrit : « Bref, tenir ferme la charrue et regarder, droit devant, le sillon à tracer, voilà l’idéal de celui qui suit son Seigneur. Chaque jour, le chrétien est invité à relativiser ses sécurités, à hiérarchiser ses devoirs et ses affections en vue d’un meilleur service du règne de Dieu ». Dans le fond, c’est l’avenir que nous devons préparer. Si Christ est vivant, il l’est aujourd’hui, à travers les hommes et les femmes d’aujourd’hui. On ne peut pas changer le passé; on ne peut que construire l’avenir, à partir de ce que nous sommes aujourd’hui. Et comme l’avenir reste à faire, sur la route de la vie, dépêchons-nous! Ce n’est pas le temps de reculer! C’est le moment d’avancer et ça presse! Mais qu’est-ce qui presse tant?

Le théologien français Gérard Bessière écrit, et je termine avec ça : « Ils sont propulsés en avant. Comme si le feu les poursuivait sur le chemin poudreux. Pas question de s’arrêter. Des vieilles querelles avec les Samaritains? Passons. Appeler la foudre sur eux? Jésus tonne contre ses disciples qui n’ont rien compris : violence et vengeance n’existent plus dans le monde nouveau vers lequel ils se hâtent. Il faut larguer les amarres vers l’inconnu. Où couchera-t-on ce soir? Les renards et les oiseaux ont des terriers et des nids. Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. Il n’a pas village, maison, avoir : on a tout laissé. On habite l’avenir. Reste la famille? Pas même. Enterrer son père, déposer en terre son ultime racine, rendre le devoir le plus sacré? Jésus réplique : ‘’Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le Royaume’’. Aller au moins dire adieu à la maisonnée? Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. Où vont-ils, si pressés? À Jérusalem. Pour le Vendredi Saint ». 

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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