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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 66,10-14c
2ème lecture : Ga 6,14-18
Évangile : Lc 10,1-12.17-20
La moisson appelle la mission!
Dimanche passé, nous étions invités à prendre la route avec
Jésus vers Jérusalem. L’appel à le suivre nous
était lancé et les exigences énumérées : la
liberté, la dépossession, l’urgence de la
mission et regarder en avant. Aujourd’hui, saint
Luc nous rapporte l’envoi en mission de 72
disciples (la même mission confiée précédemment
aux 12), ce qui signifie qu’il s’agit d’une
mission universelle (on croyait dans l’Ancien
Testament, qu’il y avait 70 nations pour les
Juifs ou 72 pour les Grecs), par laquelle nous
sommes tous et toutes concernés comme chrétiens.
Et l’appel qui est fait aux 72 disciples, c’est
de porter la paix (shalom) au monde : « comme
des agneaux au milieu des loups » (Lc 10,3).
Et le fruit de la paix, c’est la joie : « Les
72 disciples reviennent tout joyeux » (Lc
10,17a). Dépouillés : « N’emportez ni argent,
ni sac, ni sandales » (Lc 10,4a), et se
faisant proches de la réalité des personnes
rencontrées : « Restez dans cette maison,
mangeant et buvant ce que l’on vous servira »
(Lc 10,7a), ils ont libéré les gens :
« Là, guérissez les malades » (Lc 10,9a),
tout en respectant la liberté de chacun :
« Même la poussière de votre ville, collée à nos
pieds, nous la secouons pour vous la laisser »
(Lc 10,11a).
Mais comment comprendre ce récit de Luc aujourd’hui? Qui est
concerné par la mission du Ressuscité? Que
signifie porter la paix au monde d’aujourd’hui?
Comment traduire les recommandations de saint
Luc? C’est tout un programme à découvrir et il
nous faut le faire avec lucidité tout en gardant
l’espérance de sa réalité.
1.
La mission pour qui?
Dans la revue belge Feu nouveau, d’avril
2001, un commentaire anonyme dit ceci :
« Nous nous rappelons tous, probablement, les
dimanches de notre enfance où le curé de la
paroisse, d’un ton presque pathétique, nous
faisait prier pour les vocations sacerdotales.
Bien sûr, nous écoutions ce passage de Luc : ‘’La
moisson est abondante, mais les ouvriers peu
nombreux. Priez donc le Maître de la moisson
d’envoyer des ouvriers pour sa moisson…’’
Bien des années plus tard, chacun se demande
comment on a pu appliquer ce passage au seul
besoin de prêtres. Les laïcs n’étaient-ils pas
eux aussi, déjà, appelés à travailler à la
moisson? Il a fallu que les prêtres se raréfient
pour que l’Église se souvienne que les laïcs
existent. Et qu’il n’y a pas d’Église sans eux ».
Quand je
lis un commentaire comme celui-là, je me dis que
ce qui fait le plus défaut dans notre Église,
c’est son prophétisme. Comment se fait-il qu’il
ait fallu qu’on manque de prêtres pour découvrir
que la mission concerne tous les baptisés? Et le
pire de tout ça, c’est que ce n’est pas le seul
rendez-vous manqué : en lisant l’histoire de
l’Église d’ici et d’ailleurs, on doit
malheureusement constater que l’Église a été
l’une des dernières institutions à abolir
l’esclavage; il lui a fallu quatresiècles pour
reconnaître que Galilée avait été injustement
traité, après avoir été condamné par
l’Inquisition. Et si on pense à l’Église du
Québec, il a fallu la révolution tranquille et
le refus global, où nombreux sont ceux qui l’ont
abandonnée, pour que l’Église prenne conscience
qu’elle a abusé de son pouvoir sur les
catholiques d’ici.
Et
pourtant, si le prophétisme, c’est savoir lire
les signes des temps, ça veut dire que l’Église
aurait dû devancer la société dans sa
transformation en vue de plus de justice, plus
de paix et plus d’amour. Au contraire, l’Église
a été trop souvent à la remorque de la société.
Encore aujourd’hui, son discours manque
d’ouverture et de vision d’avenir. Il n’est pas
rassembleur, il condamne, il divise, il exclut;
il est complètement déconnecté de nos réalités
contemporaines. Nos dirigeants ont du mal à s’y
référer et les croyants en sont devenus
indifférents.
Par
ailleurs, il faut aussi porter un regard
d’espérance sur l’Église; de tous temps, il y a
eu et il y a encore des femmes et des hommes
qu’on peut qualifier de prophètes qui ont porté
et qui portent encore une parole de liberté, de
justice, de paix et d’amour dans cette Église
qui a toujours eu de la difficulté à les
reconnaître. Ces femmes et ces hommes se sont
pourtant inspirés et s’inspirent encore des
prophètes de la Bible qui n’ont pas eu peur de
dénoncer les injustices et d’annoncer
l’espérance. On en a deux aujourd’hui :
1)
Isaïe.
Le prophète Isaïe, en 1ère lecture, au 6ème
siècle avant le Christ, au retour d’Exil, où
tout n’est que désolation et destruction, il
annonce une ère de bonheur et de prospérité pour
Jérusalem : « Réjouissez-vous avec Jérusalem,
exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez!
Avec elle, soyez plein d’allégresse, vous tous
qui portez son deuil! Ainsi vous serez nourris
et rassasiés du lait de ses consolations, et
vous puiserez avec délices à l’abondance de sa
gloire » (Is 66,10-11). Le prophète Isaïe a
sans doute fait rire de lui, puisqu’on assistait
à la désolation du pays et à la désespérance du
peuple d’Israël. Mais Isaïe avait raison, et il
ose même nous présenter Dieu dans sa féminité :
« De même qu’une mère console son enfant,
moi-même je vous consolerai, dans Jérusalem vous
serez consolés » (Is 66,13).
2)
Paul.
Mais, pour le vrai prophète, l’engagement n’est
pas de tout repos, et il le sait. Dans sa lettre
aux Galates, saint Paul le reconnaît : « Dès
lors, que personne ne vienne me tourmenter. Car
moi, je porte dans mon corps la marque des
souffrances de Jésus » (Ga 6,17). Ce qui
signifie que saint Paul a connu, lui aussi, le
rejet et la condamnation, non seulement de ses
adversaires, mais aussi de ses proches et de
ceux qui faisaient partie de l’Église du Christ.
Par ailleurs, au nom de son appartenance au
Christ, saint Paul n’a pas eu peur d’annoncer la
nouveauté de Pâques, la nouvelle création
commencée au matin de Pâques. Et cette nouvelle
création rendait caduque la tradition de la
religion : « Ce qui compte, ce n’est pas la
circoncision, c’est la création nouvelle »
(Ga 6,15).
2.
La moisson ne nous appartient pas.
Si la moisson est abondante, c’est que celle-ci
ne nous appartient pas; c’est quelqu’un qui l’a
semée et qui la rend à maturité. Ce qui est
demandé à tous les croyants, à tous les
baptisés, c’est de participer aux vendanges, à
la récolte; celle-ci ne peut se faire sans nous.
Ce qui nous est demandé, ce n’est pas de
posséder ou d’avoir plein de choses à offrir
pour convaincre les gens; il nous suffit d’être
des messagers de paix, des porteurs d’espérance
dans un monde qui porte ses beautés, mais aussi
ses fragilités, ses forces, mais aussi ses
faiblesses et ses pauvretés.
Dans cette
mission qui nous est confiée, la liberté est
sacrée. Les missionnaires ne doivent jamais
forcer, rejeter, condamner ou exclure les gens;
ils doivent respecter la liberté et la dignité
de chacun : « Mais dans toute ville où vous
entrerez et où vous ne serez pas accueillis,
sortez sur la place et dites : même la poussière
de votre ville, collée à nos pieds, nous la
secouons pour vous la laisser » (Lc 10,11a).
De plus, la réussite de la mission ne nous
appartient pas non plus : la joie des disciples,
ce n’est pas d’avoir réussi la mission; c’est
tout simplement d’être comptés parmi les
missionnaires : « Cependant, ne vous
réjouissez pas parce que les esprits vous sont
soumis; mais réjouissez-vous parce que vos noms
sont inscrits dans les cieux » (Lc 10,20).
En terminant, comme la moisson ne dépend pas de nous, la
mission ne nous est pas réservée non plus. C’est
au nom de notre appartenance au Christ et non
pas au nom de notre appartenance à une Église en
particulier, que nous sommes comptés pour
missionnaires. Et comme ceux et celles qui
appartiennent au Christ ne sont pas tous et
toutes de la même Église, il nous faut accepter
que la mission soit diversifiée et que les
missionnaires soient pluralistes, d’où la
nécessité de faire l’unité de tous les
chrétiens, si on veut travailler ensemble à la
mission du Seigneur. Et comme on est loin de
cette unité tant désirée, il ne faut surtout pas
nous surprendre que les ouvriers soient si peu
nombreux.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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