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Quinzième dimanche du Temps ordinaire (C) : 11 juillet 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Dt 30,10-14
2ème lecture :  Col 1,15-20
Évangile :  Lc 10,25-37

Se faire prochain de l’autre, de tout autre…

Suivre Jésus, se mettre en route avec lui, c’est répondre à son appel (Ordinaire 13 C), c’est être messager de la paix (Ordinaire 14 C), et c’est voir dans l’autre, dans tout autre, son prochain. C’est se faire, selon saint Luc, le prochain de l’autre, de tout autre. Mais quels sont les messages de la Parole d’aujourd’hui, plus spécialement dans cette parabole que Luc est le seul à raconter?

1.       Le double commandement de l’Amour. La question du légiste dans l’évangile de Luc : « Maître que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle? » (Lc 10,25), permet au Christ de l’évangile de résumer la Loi au seul commandement de l’Amour : l’Amour de Dieu et celui du prochain (Lc 10,27). Les deux sont inséparables et ils donnent la vie : « Fais ainsi et tu auras la vie » (Lc 10,28). Tout le reste est secondaire. N’est-ce pas la même idée qu’on retrouve dans le Talmud de Babylone, lorsqu’un païen se présente devant le sage Hillel et lui demande de lui enseigner la Loi. Hillel lui répondit : « Ce que tu n’aimes pas pour toi, ne le fais pas à autrui : voilà toute la Loi; le reste n’est que commentaire ».

Par ailleurs, l’Amour chrétien va beaucoup plus loin : il ne s’agit pas simplement de ne pas faire aux autres ce qu’on n’aime pas pour soi-même… il faut aussi faire aux autres ce qu’on aime pour soi-même, d’où la nécessité de se faire proche de l’autre, de tout autre, afin d’aimer véritablement. N’est-ce pas de cet Amour que le Christ nous a aimés et qu’il est devenu l’image parfaite du Dieu Amour, selon l’auteur de la lettre aux Colossiens? « Le Christ est l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature » (Col 1,15), et plus encore : « Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, puisqu’il devait avoir en tout la primauté » (Col 1,18). Par son Amour, le Christ est donc le premier-né dans l’ordre de la création (versets 15-17) et le premier-né dans l’ordre de la rédemption (versets 18-20). À sa suite, nous sommes invités à faire de même… Mais comment le faire? En faisant passer la justice et la bonté avant la religion…

2.       Justice et bonté avant la religion. Dans la parabole du Samaritain, saint Luc met en scène trois personnages auxquels nous devons nous identifier pour savoir si nous aimons vraiment : un prêtre, un lévite et un Samaritain. L’homme blessé sur le bord de la route n’est pas identifié, car il représente tous les blessés de la vie, d’hier et d’aujourd’hui. Le prêtre et le lévite sont des hommes de Loi, de religion, de rites. On pourrait penser qu’ils ne s’approchent pas du blessé pour ne pas se rendre impur pour le service du culte; mais il n’en est rien! Puisque l’un comme l’autre descendaient de Jérusalem à Jéricho; donc, les préceptes du culte sont saufs. Alors pourquoi n’arrêtent-ils pas pour secourir le malheureux? Serait-ce que la religion pervertit si elle n’est pas précédée par la justice et la bonté? Jésus n’a-t-il pas lui-même dénoncé cette corruption de la religion : « Ma maison sera une maison de prière, mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits » (Lc 19-46). Et déjà, dans l’Ancien Testament, le prophète Jérémie avait dénoncé lui aussi, une dégradation de la religion : « Cette Maison sur laquelle mon nom a été proclamé, la prenez-vous donc pour une caverne de bandits? Moi, en tout cas, je vois qu’il en est ainsi, oracle du Seigneur » (Jr 7,11).

Et ce qui confirme cette interprétation, c’est le personnage du Samaritain : un étranger, et pire encore, un ennemi, un hérétique. Ce Samaritain fait preuve de justice et de bonté envers le blessé. Il lui prodigue tous les soins dont il a besoin pour se rétablir : « Il s’approcha, pansa ses plaies en y versant de l’huile et du vin; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui » (Lc 10,34). Ce Samaritain en fait même plus : « Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : ‘’Prends soin de lui; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai’’ » (Lc 10,35).

3.       Qu’en est-il aujourd’hui? Comme croyants, comme chrétiens, comme Église, avons-nous le monopole de la bonté, de la miséricorde et de la justice? Si nous nous cachons derrière notre appartenance à l’Église, si nous faisons passer les préceptes religieux avant la justice et la bonté, nous agissons comme le prêtre et le lévite de la parabole. Aujourd’hui encore, il y a pleins de blessés de la vie sur le bord de la route; faisons-nous preuve de bonté envers eux? Nous faisons-nous les prochains de ceux qui souffrent et qui sont marginalisés par la société et par l’Église? C’est pourtant l’invitation qui nous est faite encore aujourd’hui.

On peut se faire avoir parfois, en voulant aider les blessés de la vie. on peut même se tromper en leur prodiguant la bonté, la miséricorde et la justice. Saint Vincent de Paul disait : « Si Dieu devait se tromper envers quelqu’un, je préférerais qu’il se trompe sur sa justice plutôt que sur sa bonté… ». N’est-ce pas cette Loi d’Amour qui n’est pas au-dessus de nos forces, comme le reconnaît le Deutéronome, en 1ère lecture aujourd’hui : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30,14).

En terminant, je voudrais citer un prêtre français, Léon Paillot, qui, dans son commentaire de ce dimanche écrit : « J’imagine la réaction du bon Juif qui ne pouvait que répondre à Jésus que le prochain, c’est celui qui a fait preuve de bonté envers le blessé. Tout en lui, sa science, sa moralité, sa vie religieuse a dû  en être remis  en question. Spontanément il devait penser que le bien, le bon, la moralité, la charité étaient dans sa propre religion et nulle part ailleurs. N’était-il pas le peuple de l’Alliance? Il en est de même, bien souvent, pour nous, membres de l’Église catholique. N’avons-nous pas la vérité, et l’Église n’est-elle pas maîtresse de vie? ne parle-t-elle pas au nom du Christ, son fondateur? Récemment encore, j’ai été très malheureux en lisant la déclaration de la Congrégation romaine pour la doctrine de la Foi disant que l’unique Église du Christ subsiste dans l’Église catholique et que les autres confessions chrétiennes sont victimes de déficiences… et ne peuvent être appelées Églises. Quelle prétention! Nous sommes tous invités ce matin, les autorités compétentes de la Congrégation comme vous et moi, à relire la parabole du bon Samaritain, en transposant simplement quelques noms pour l’actualiser. Ensuite, nous pourrons nous demander en toute vérité ce qu’il faut réformer pour avoir part à la vie éternelle. Ne faudra-t-il pas, comme le recommande Jésus, imiter tel hérétique, tel incroyant, qui vit, pour l’instant, la vérité de Dieu? Jésus nous rappelle que nous n’avons ni monopole ni exclusivité. Le livre du Deutéronome nous l’apprend : la Loi de Dieu, c’est plus qu’un livre, fût-il même Le Livre. Elle est inscrite dans le cœur de l’homme. Pas besoin d’être docteur en théologie pour la trouver. Le Christ n’est pas le Christ de l’Église. Nous, l’Église, nous ne pouvons pas l’annexer. Il existe avant l’Église; il existe en dehors d’elle ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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