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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Dt 30,10-14
2ème lecture : Col 1,15-20
Évangile : Lc 10,25-37
Se faire prochain de l’autre, de tout autre…
Suivre Jésus, se mettre en route avec lui, c’est répondre à
son appel (Ordinaire
13 C), c’est être messager de la paix (Ordinaire
14 C),
et c’est voir dans l’autre, dans tout autre, son
prochain. C’est se faire, selon saint Luc, le
prochain de l’autre, de tout autre. Mais quels
sont les messages de la Parole d’aujourd’hui,
plus spécialement dans cette parabole que Luc
est le seul à raconter?
1.
Le double commandement de l’Amour.
La question du légiste dans l’évangile de Luc :
« Maître que dois-je faire pour avoir part à
la vie éternelle? » (Lc 10,25), permet au
Christ de l’évangile de résumer la Loi au seul
commandement de l’Amour : l’Amour de Dieu et
celui du prochain (Lc 10,27). Les deux sont
inséparables et ils donnent la vie : « Fais
ainsi et tu auras la vie » (Lc 10,28). Tout
le reste est secondaire. N’est-ce pas la même
idée qu’on retrouve dans le Talmud de Babylone,
lorsqu’un païen se présente devant le sage
Hillel et lui demande de lui enseigner la Loi.
Hillel lui répondit : « Ce que tu n’aimes pas
pour toi, ne le fais pas à autrui : voilà toute
la Loi; le reste n’est que commentaire ».
Par
ailleurs, l’Amour chrétien va beaucoup plus
loin : il ne s’agit pas simplement de ne pas
faire aux autres ce qu’on n’aime pas pour
soi-même… il faut aussi faire aux autres ce
qu’on aime pour soi-même, d’où la nécessité de
se faire proche de l’autre, de tout autre, afin
d’aimer véritablement. N’est-ce pas de cet Amour
que le Christ nous a aimés et qu’il est devenu
l’image parfaite du Dieu Amour, selon l’auteur
de la lettre aux Colossiens? « Le Christ est
l’image du Dieu invisible, le premier-né par
rapport à toute créature » (Col 1,15), et
plus encore : « Il est aussi la tête du
corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le
commencement, le premier-né d’entre les morts,
puisqu’il devait avoir en tout la primauté »
(Col 1,18). Par son Amour, le Christ est donc le
premier-né dans l’ordre de la création (versets
15-17) et le premier-né dans l’ordre de la
rédemption (versets 18-20). À sa suite, nous
sommes invités à faire de même… Mais comment le
faire? En faisant passer la justice et la bonté
avant la religion…
2.
Justice et bonté avant la religion.
Dans la parabole du Samaritain, saint Luc met en
scène trois personnages auxquels nous devons
nous identifier pour savoir si nous aimons
vraiment : un prêtre, un lévite et un
Samaritain. L’homme blessé sur le bord de la
route n’est pas identifié, car il représente
tous les blessés de la vie, d’hier et
d’aujourd’hui. Le prêtre et le lévite sont des
hommes de Loi, de religion, de rites. On
pourrait penser qu’ils ne s’approchent pas du
blessé pour ne pas se rendre impur pour le
service du culte; mais il n’en est rien! Puisque
l’un comme l’autre descendaient de Jérusalem à
Jéricho; donc, les préceptes du culte sont
saufs. Alors pourquoi n’arrêtent-ils pas pour
secourir le malheureux? Serait-ce que la
religion pervertit si elle n’est pas précédée
par la justice et la bonté? Jésus n’a-t-il pas
lui-même dénoncé cette corruption de la
religion : « Ma maison sera une maison de
prière, mais vous, vous en avez fait une caverne
de bandits » (Lc 19-46). Et déjà, dans
l’Ancien Testament, le prophète Jérémie avait
dénoncé lui aussi, une dégradation de la
religion : « Cette Maison sur laquelle mon
nom a été proclamé, la prenez-vous donc pour une
caverne de bandits? Moi, en tout cas, je vois
qu’il en est ainsi, oracle du Seigneur » (Jr
7,11).
Et ce qui
confirme cette interprétation, c’est le
personnage du Samaritain : un étranger, et pire
encore, un ennemi, un hérétique. Ce Samaritain
fait preuve de justice et de bonté envers le
blessé. Il lui prodigue tous les soins dont il a
besoin pour se rétablir : « Il s’approcha,
pansa ses plaies en y versant de l’huile et du
vin; puis il le chargea sur sa propre monture,
le conduisit dans une auberge et prit soin de
lui » (Lc 10,34). Ce Samaritain en fait même
plus : « Le lendemain, il sortit deux pièces
d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui
disant : ‘’Prends soin de lui; tout ce que tu
auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je
repasserai’’ » (Lc 10,35).
3.
Qu’en est-il aujourd’hui?
Comme croyants, comme chrétiens, comme Église,
avons-nous le monopole de la bonté, de la
miséricorde et de la justice? Si nous nous
cachons derrière notre appartenance à l’Église,
si nous faisons passer les préceptes religieux
avant la justice et la bonté, nous agissons
comme le prêtre et le lévite de la parabole.
Aujourd’hui encore, il y a pleins de blessés de
la vie sur le bord de la route; faisons-nous
preuve de bonté envers eux? Nous faisons-nous
les prochains de ceux qui souffrent et qui sont
marginalisés par la société et par l’Église?
C’est pourtant l’invitation qui nous est faite
encore aujourd’hui.
On peut se
faire avoir parfois, en voulant aider les
blessés de la vie. on peut même se tromper en
leur prodiguant la bonté, la miséricorde et la
justice. Saint Vincent de Paul disait : « Si
Dieu devait se tromper envers quelqu’un, je
préférerais qu’il se trompe sur sa justice
plutôt que sur sa bonté… ». N’est-ce pas
cette Loi d’Amour qui n’est pas au-dessus de nos
forces, comme le reconnaît le Deutéronome, en
1ère lecture aujourd’hui : « Elle est tout
près de toi, cette Parole, elle est dans ta
bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en
pratique » (Dt 30,14).
En terminant, je voudrais citer un prêtre français, Léon
Paillot, qui, dans son commentaire de ce
dimanche écrit : « J’imagine la réaction du
bon Juif qui ne pouvait que répondre à Jésus que
le prochain, c’est celui qui a fait preuve de
bonté envers le blessé. Tout en lui, sa science,
sa moralité, sa vie religieuse a dû en être
remis en question. Spontanément il devait
penser que le bien, le bon, la moralité, la
charité étaient dans sa propre religion et nulle
part ailleurs. N’était-il pas le peuple de
l’Alliance? Il en est de même, bien souvent,
pour nous, membres de l’Église catholique.
N’avons-nous pas la vérité, et l’Église
n’est-elle pas maîtresse de vie? ne parle-t-elle
pas au nom du Christ, son fondateur? Récemment
encore, j’ai été très malheureux en lisant la
déclaration de
la Congrégation
romaine pour la doctrine de la Foi disant que l’unique Église du Christ subsiste dans l’Église catholique
et que les autres confessions chrétiennes sont
victimes de déficiences… et ne peuvent être
appelées Églises. Quelle prétention! Nous sommes
tous invités ce matin, les autorités compétentes
de
la Congrégation comme vous et moi, à relire la parabole du bon Samaritain, en
transposant simplement quelques noms pour
l’actualiser. Ensuite, nous pourrons nous
demander en toute vérité ce qu’il faut réformer
pour avoir part à la vie éternelle. Ne
faudra-t-il pas, comme le recommande Jésus,
imiter tel hérétique, tel incroyant, qui vit,
pour l’instant, la vérité de Dieu? Jésus nous
rappelle que nous n’avons ni monopole ni
exclusivité. Le livre du Deutéronome nous
l’apprend :
la Loi de Dieu,
c’est plus qu’un livre, fût-il même Le Livre.
Elle est inscrite dans le cœur de l’homme. Pas
besoin d’être docteur en théologie pour la
trouver. Le Christ n’est pas le Christ de
l’Église. Nous, l’Église, nous ne pouvons pas
l’annexer. Il existe avant l’Église; il existe
en dehors d’elle ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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