|
Réf. Bibliques : 1ère lecture : Jr 23,1-6
2ème lecture : Ép 2,13-18
Évangile : Mc 6,30-34
Retour de mission des apôtres (des envoyés) auprès du Maître,
compte-rendu du travail effectué auprès des
gens, invitation au repos qui sera de courte
durée, car la demande est grande : « Jésus
leur dit :’’Venez à l’écart dans un endroit
désert, et reposez-vous un peu.’’ De fait, les
arrivants et les partants étaient si nombreux
qu’on n’avait même pas le temps de manger »
(Mc 6,31). Par ailleurs, même en vacances, la
mission ne s’arrête pas. Les gens ont faim et
soif d’une Parole. Ils ont besoin d’entendre une
parole de réconfort, une parole d’espérance. Ils
ont besoin de pasteurs qui les accompagnent sur
la route parfois difficile de leur existence.
Ils ont besoin d’une Bonne Nouvelle de salut. À
la lecture des textes bibliques qui nous sont
proposés ce dimanche, quels messages
pouvons-nous en tirer? Et où en sommes-nous
aujourd’hui?
1.
Pasteurs demandés :
Le prophète Jérémie, tout comme le prophète Amos
de la semaine passée, dénonce avec virulence
l’arrogance, le mépris et l’incompétence de ceux
qui ont pour mission de guider, de rassurer et
d’accompagner le peuple. Ces dirigeants sont de
mauvais bergers qui servent beaucoup plus leurs
intérêts personnels que ceux du peuple dont ils
ont la charge : « Misérables bergers, qui
laissent périr et se disperser les brebis de mon
pâturage! » (Jr 23,1). « À cause de vous,
mes brebis se sont égarées et dispersées, et
vous ne vous êtes pas occupés d’elles » (Jr
23,2b). Que faire? Attendre et espérer que de
vrais pasteurs, soucieux du droit et de la
justice, prennent la relève. C’est ce que
Jérémie annonce : « Je rassemblerai moi-même
le reste de mes brebis de tous les pays où je
les ai dispersées. Je les ramènerai dans leurs
pâturages, elle seront fécondes et se
multiplieront. Je leur donnerai des pasteurs qui
les conduiront; elles ne seront plus apeurées et
accablées, et aucune ne sera perdue, déclare le
Seigneur » (Jr 23,3-4). Le prophète Jérémie
annonce donc un Messie, issu de David, qui saura
rétablir le droit et la justice : « Sous son
règne, le royaume de Juda sera sauvé, et Israël
habitera sur sa terre en sécurité. Voici le nom
qu’on lui donnera :
Le-Seigneur-est-notre-justice » (Jr 23,6).
Mais cette
prophétie de Jérémie s’est-elle vraiment
réalisée? Au temps de Marc, les missionnaires de
l’Évangile constatent que les gens sont laissés
à eux-mêmes. Ils se font courir après; de sorte
qu’ils n’ont même pas le temps de manger (Mc
6,31). Aussi, la barque de l’Église se dirige
dans un endroit désert (Mc 6,32), les apôtres
(les envoyés) veulent se reposer, mais la foule
les précède; elle a soif d’une Parole de vie et
d’espérance. Marc nous dit que le Christ est ému
aux entrailles et il leur enseigne beaucoup de
choses : « En débarquant, Jésus vit une
grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux,
parce qu’ils étaient comme des brebis sans
berger. Alors, il se mit à les instruire
longuement » (Mc 6,34). Et pourtant, de
Jérémie à Marc, il s’est écoulé plus de cinq
siècles. Comment se fait-il qu’il y a encore
pénurie de pasteurs, de bergers? Et qu’en est-il
aujourd’hui, vingt siècles plus tard?
2.
Pasteurs selon le cœur de Dieu :
« Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur »
(Jr 3,15a). N’est-ce pas une promesse du prophète Jérémie? Qu’est-ce que
ça veut dire? Y a-t-il aujourd’hui de ces
pasteurs, selon le cœur de Dieu? Je crois que
oui, mais, malheureusement, ils ne se trouvent
pas là où l’on pense. Le modèle de ce type de
pasteurs, c’est le Christ lui-même. Dans
l’extrait de la lettre aux Éphésiens que nous
avons aujourd’hui, saint Paul décrit très bien
ce que le Christ a été et est encore pour nous :
Il nous a réconciliés avec le Dieu de
l’Alliance : « Vous qui autrefois étiez
loin du Dieu de l’Alliance, vous êtes maintenant
devenus proches par le sang du Christ » (Ép
2,13). Il a aboli toutes les divisions :
« C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des
deux, Israël et les païens, il a fait un seul
peuple; par sa chair crucifiée, il a fait tomber
ce qui les séparait, le mur de la haine » (Ép
2,14). Il a créé l’Homme nouveau qui
n’est plus sujet de la loi de Moïse : « En
supprimant les prescriptions juridiques de la
loi de Moïse, il voulait ainsi rassembler les
uns et les autres en faisant la paix, et créer
en lui un seul Homme nouveau » (Ép 2,15).
Unissant dans l’Amour en un seul corps,
l’Église, il a tué la haine (Ép 2,16). Il
annonce la paix pour tous : « Il est venu
annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix
pour vous qui étiez loin, la paix pour eux qui
étaient proches » (Ép 2,17). Finalement, il
nous habite de son Esprit et nous donne accès au
Père (Ép 2,18).
2,000 ans
après l’événement de Pâques, où en sommes-nous
aujourd’hui dans notre Église? Si Christ nous
rassemble et nous réconcilie entre nous, avec
Dieu, comment se fait-il que l’Église, Corps du
Christ soit encore autant divisée? Notre Église
est devenue tellement dogmatique, doctrinaire et
légaliste, qu’elle a perdu le sens de sa mission
qui consiste à rassembler et à réconcilier. Au
temps de Marc, les gens de toutes les villes
accouraient pour être enseignés par les apôtres.
Aujourd’hui, ils sont devenus complètement
indifférents, non pas au Christ de l’Évangile,
mais bien aux dirigeants de l’Église qui
prétendent encore le représenter. Serions-nous à
ce point déconnectés de la réalité des hommes et
des femmes de notre temps, pour que les foules
cherchent ailleurs une Parole de réconfort, un
message d’espérance? L’Église serait-elle
devenue élitiste? Si c’est le cas, elle
ressemble beaucoup plus à la religion de
l’Ancien Testament qu’à l’Église du Christ de
Pâques. Et pourtant, on continue de se réclamer
du Ressuscité!
Quand la
foi est assujettie à des doctrines qui empêchent
toute créativité, la sclérose s’installe. Quand,
au nom de la religion, on exclut et on condamne
des pauvres, des mal aimés, des blessés de la
vie, et qu’on ne dit rien de ceux qui exploitent
les autres, qui écrasent les petits et qui
portent atteinte à leur dignité, comme pasteurs
et comme bergers, on perd toute crédibilité.
Quand la règle prime sur la personne humaine,
l’enseignement se réduit en permis et en
interdits, et il n’y a plus personne pour
l’écouter. Notre Église est vraiment malade;
elle a besoin de vrais pasteurs : des hommes et
des femmes qui portent l’Évangile à bout de
bras, qui ne s’enfargent pas dans les fleurs du
tapis et qui sont capables de rassembler et de
réconcilier. De vrais prophètes qui savent
défendre la justice, même au prix de leur
propre vie. Des pasteurs selon le cœur de Dieu,
ce sont des personnes qui sont capables d’aimer,
sans discrimination, sans condamnation et sans
exclusion. Heureusement, il y en a plusieurs…Il
ne nous reste qu’à les reconnaître et qu’à les
écouter!
En terminant, je voudrais simplement vous citer ce beau
commentaire du théologien Charles Wackenheim :
« Rassembler signifie alors réconcilier. Des
frères ennemis, Jésus a fait un seul corps en
les réconciliant avec Dieu. Nous ne saurions
nous dire ses disciples si nous n’œuvrons pas
inlassablement pour la réconciliation entre les
hommes. Car des murs de la haine, il en subsiste
un bon nombre. Sommes-nous de ceux qui
s’obstinent à les abattre et à en empêcher
d’autres de s’édifier? » Une chose est
certaine, dans l’Église actuelle, on dresse des
barricades, on érige des murs et on durcit des
règles qui empêchent les foules d’y entrer.
Quelle tristesse! De grâce, réveillons-nous
avant qu’il ne soit trop tard!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR]
|