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Réf. Bibliques : 1ère lecture : 2 R 4,42-44
2ème lecture : Ép 4,1-6
Évangile : Jn 6,1-15
Dimanche dernier, l’évangéliste Marc nous laissait au seuil
du récit de la multiplication des pains.
Cependant, la liturgie de l’année B préfère la
version de saint Jean, puisque son récit nous
prépare au discours sur le Pain de Vie que nous
offre l’évangéliste pour les quatre prochains
dimanches. Tous les évangiles mentionnent la
multiplication des pains par Jésus, avec deux
versions différentes chez Marc et Matthieu.
C’est dire toute l’importance que revêt pour
l’Église primitive ce geste de Jésus ressuscité.
Et pour saint Jean, c’est le signe par
excellence qui sert de point de départ à
l’enseignement du Christ sur le Pain de Vie. On
peut y déceler une connotation eucharistique.
Mais quelles sont les caractéristiques du récit
de Jean? Quels sont les messages pour l’Église
d’aujourd’hui?
1.
Un signe pour les païens.
Chez saint Jean, ce récit de la multiplication
des pains ou plutôt ce récit du don et du
partage du pain n’a pas d’abord pour but de
nourrir les foules, mais bien de révéler le
Christ aux païens. Jésus est au premier plan;
c’est lui qui distribue les pains et les
poissons, contrairement aux autres évangélistes,
où ce sont les disciples qui le font. La scène
se passe en territoire païen : « Jésus était
passé de l’autre côté du lac de Tibériade
(appelé aussi mer de Galilée) » (Jn 6,1).
Aussi, Jean est le seul à faire intervenir
Philippe et André considérés comme proches des
Grecs (Jn 12,22), et il précise : « C’était
un peu avant
la Pâque, qui est la grande fête des Juifs »
(Jn 6,4), pour bien montrer qu’il s’adresse aux
chrétiens de son Église, issus du paganisme. De
fait, il s’agit bien d’un récit d’Eucharistie,
de vocabulaire typiquement grec et non pas de
bénédiction juive : eucharistein (rendre
grâce) (Jn 6,11a), diadidonai
(distribuer) (Jn 6,11b), sunagein
(recueillir), klasmata (morceaux) (Jn 6,12).
Il faut cependant noter que, des quatre termes
rituels de l’Eucharistie : prendre, rendre
grâce, rompre et donner, saint Jean omet le
troisième, soit rompre, car son récit vise aussi
le partage du pain de la Parole en plus du pain
de l’Eucharistie.
2.
Le miracle du partage.
Partager c’est multiplier. C’est ce que raconte
le second livre des Rois, dans ce quatrième
miracle d’une série de dix légendes concernant
le prophète Élisée, héritier du prophète Élie (2
R 4,1-8,15). Ce récit a servi de schéma aux
évangélistes pour raconter la multiplication des
pains accomplie par Jésus ressuscité. Mais
attention! Il ne s’agit pas d’un geste magique
de la part d’un prophète ou d’un thaumaturge. Il
s’agit simplement de démontrer que le don et le
partage viennent à bout de toutes les faims et
les soifs du monde. Lorsqu’on décide de faire
don du peu que nous avons, en vue d’un
partage avec les autres, le miracle se
produit. Imaginez maintenant, si le fondateur du
cirque du soleil, Guy Laliberté décidait de
donner 40 millions à un organisme de charité, au
lieu de le donner aux Russes pour un séjour de
douze jours dans l’espace, combien de faims
seraient rassasiées et combien de soifs seraient
étanchées…
Dans
l’évangile de Jean, Philippe parle d’achat :
« Le salaire de deux cents journées ne
suffirait pas pour que chacun ait un petit
morceau de pain » (Jn 6,7), auquel André va
opposer le don : « Il y a là un jeune
garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons,
mais qu’est-ce que cela pour tant de monde! »
(Jn 6,9). C’est pourtant suffisant pour
nourrir tout le monde et même plus, puisqu’il en
reste : « Ils les ramassèrent, et ils
remplirent douze paniers avec les morceaux qui
restaient des cinq pains d’orge après le repas »
(Jn 6,13). Douze paniers, de quoi nourrir
toute l’Église!
3.
La naissance d’un nouveau Peuple.
Saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, nous
rappelle que le baptême chrétien transcende tous
nos clivages sociaux et ethniques : « Comme
votre vocation vous a tous appelés à une seule
espérance, de même, il n’y a qu’un seul Corps et
un seul Esprit. Il n’y a qu’un seul Seigneur,
une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et
Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par
tous, et en tous » (Ép 4,4-6). Mais pour y
arriver, des qualités sont requises : « Ayez
beaucoup d’humilité, de douceur et de patience,
supportez-vous les uns les autres avec amour »
(Ép 4,2). Pour saint Jean, le récit de la
multiplication des pains révèle le Christ aux
païens, afin de les faire naître comme disciples
du Christ, comme Église. L’exégète français Jean
Debruynne écrit : « Le vrai miracle n’est pas
la multiplication des pains, mais la naissance
d’un Peuple. Les mots le disent. Au début du
texte, il s’agit d’une foule nombreuse et, à la
fin, ils sont devenus cinq mille hommes. Au
début, la réaction des apôtres est prisonnière
du système de l’argent et du commerce où les
riches deviennent plus riches et les pauvres
plus pauvres : Le salaire de deux cents
journées ne suffirait pas!... Heureusement
il y a un petit garçon qui a cinq pains et deux
poissons. Ce n’est pas un économiste. C’est le
cœur d’un enfant qui fait entrer dans le
partage ».
En terminant, que sont devenues nos eucharisties
d’aujourd’hui? Un acte de dévotion où l’on
écoute distraitement une Parole et où l’on mange
un morceau de pain? Ou bien une occasion de nous
rassembler pour nous rencontrer et faire don de
ce que nous sommes, pour le partager avec les
autres? Une chose est certaine : à la messe, le
pain que nous rompons et que nous mangeons, s’il
ne dit rien de ce que nous avons à donner et à
partager, il a beau être consacré, ce pain ne
peut nous nourrir et nous transformer, ni non
plus nous faire naître comme Église, comme
nouveau Peuple de Dieu, comme disciples du
Christ ressuscité. Peut-être y a-t-il là une des
raisons de l’abandon de la majorité des
chrétiens à nos rassemblements eucharistiques?
Il faudrait quand même se poser la question si
on veut y répondre…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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