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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Gn
18,20-32
Évangile : Lc 11,1-13
La prière de la foi…
Alors que la semaine passée, on était invité à écouter
la Parole de Dieu en vue de la proclamer,
aujourd’hui, nous sommes invités à la prière…
Mais qu’est-ce que prier? Comment prier? Quelle
est la prière souhaitable? Un ami prêtre m’a
fait parvenir sa réflexion sur la prière. Il
écrit : « Entre le non-prier des athées et le
mal-prier des religieux païens, il y a le prier
de la foi ». Mais comment comprendre la
Parole d’aujourd’hui sur la prière?
1.
La prière d’intercession.
En 1ère lecture aujourd’hui, nous avons un
exemple de prière d’intercession. C’est évident
que ce récit de la Genèse a pu servir à
développer chez certains croyants, une sorte de
marchandage avec Dieu qui n’a rien à voir avec
le but poursuivi par l’auteur du livre de la
Genèse. Ex. : Quand on dit à Dieu dans la
prière : « Si tu guéris ma mère ou mon père de
son cancer, je te promets de faire un pèlerinage
à Ste-Anne-de-Beaupré ou de faire un don à
l’Église… » C’est ce qu’on appelle du
marchandage. Malheureusement, cette forme de
prière existe vraiment; elle est le fruit du
religieux-païen (pour utiliser l’expression
de Pierre-Gervais Majeau), qui prie comme un
homme limité à la satisfaction de ses besoins;
et s’il n’est pas exaucé, il n’hésitera pas à se
révolter.
Par
ailleurs, dans ce récit de la Genèse, où Abraham
semble marchander avec Dieu, l’auteur veut
répondre au grand problème théologique soulevé
par Job ou le prophète Ézéchiel : Le juste
doit-il subir le sort de l’injuste? L’auteur
du livre de Job écrit : « La risée de ses
amis, c’est moi, moi qui m’époumone vers ce Dieu
qui jadis répondait. La risée des hommes, c’est
le juste, le parfait » (Jb 12,4). Le
prophète Ézéchiel abordera le même problème et
le résoudra en estimant que dans un pays
infidèle puni par Dieu, certains peuvent sauver
leur vie grâce à leur justice : « Même si ces
trois hommes : Noé, Daniel et Job, se trouvent
au milieu de ce pays, eux seuls sauveront leur
vie, par leur justice » (Éz 14,14).
Mais ce
n’est pas toujours le cas, et on le sait très
bien. Combien de femmes et d’hommes, dans
l’histoire de l’humanité, ont payé de leur vie,
malgré leur justice? C’est sans doute parce
qu’on a découvert que ce n’est pas Dieu qui
punit et qui détruit…C’est nous-mêmes qui, par
notre agir, nous nous détruisons et nous nous
punissons. Et les justes sont là pour nous le
rappeler, même s’ils le paient de leur vie. Ce
Dieu de l’Ancien Testament qui marchande et qui
punit n’est pas le Dieu de Jésus Christ. Et
c’est pourquoi, nous devons nous tourner vers
l’évangile pour mieux comprendre la prière
d’intercession.
À ses
disciples qui lui demandent : « Seigneur,
apprends-nous à prier… » (Lc 11,1), Jésus
les invite d’abord à reconnaître Dieu comme un
Père ou une Mère, c’est-à-dire comme quelqu’un
de plus grand qui mérite notre respect et notre
admiration et en qui on reconnaît l’autorité :
« Père, que ton nom soit sanctifié, que ton
règne vienne » (Lc 11,2). Selon l’abbé
Majeau : « Ce règne de Dieu existe quand Dieu
règne dans l’existence de l’homme et dans
l’histoire de l’humanité. Et son règne advient
quand l’homme accueille la vie qui vient de Dieu
puis la partage aux autres dans la justice et
dans la tendresse et quand l’homme fait
retourner en louange cette vie ou ce règne de
Dieu ».
Ensuite,
Jésus invite ses disciples à la confiance et à
l’espérance : « Donne-nous le pain dont nous
avons besoin chaque jour » (Lc 11,3), mais
en même temps, à une responsabilité partagée :
« Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes
nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts
envers nous » (Lc 11,4a). Ce qui signifie
que le pardon que nous demandons est directement
proportionnel au pardon que nous offrons et
donnons. Enfin, la prière se termine par la
demande de conserver la foi malgré les duretés
de la vie : « Et ne nous soumets pas à la
tentation » (Lc 11,4b).
Et la
parabole qui suit nous montre que la prière de
demande et d’intercession doit être incessante
et confiante : « Demandez, vous obtiendrez;
cherchez, vous trouverez; frappez, la porte vous
sera ouverte » (Lc 11,9), non pas
nécessairement comme je veux, mais bien comme il
est bon pour moi qui suis fils ou fille de Dieu.
Pierre-Gervais Majeau écrit : « La prière du
croyant est permanente; elle ne peut
qu’accompagner l’existence, car la prière est
l’exercice respiratoire de la foi. Par la
prière, Dieu me fait exister et je l’accueille.
Dans un deuxième temps, je me prépare à exister
avec Dieu et finalement, je fais exister Dieu
comme Père qui comble mon désir de plénitude en
comblant lui-même son désir de communion avec
moi ».
2.
La puissance de la prière. Saint Luc écrit : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous
savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père céleste donnera-t-il
l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent? »
(Lc 11,13). Ce qui signifie que par l’Esprit
Saint qui nous habite, nous sommes devenus
capables de prier comme il faut, c’est-à-dire de
nous responsabiliser personnellement et
collectivement dans la prière. L’abbé Majeau
écrit : « Ce Dieu qui se veut absent dans les
drames et les combats de la vie humaine, attire
sans cesse l’homme au partage de sa plénitude,
et par la prière, l’homme découvre la
mystérieuse présence de ce Dieu Père dont le
désir le plus ardent est de nous partager sa
vie. La prière du Notre-Père exprime à son plus
haut point la véritable prière de la foi
évangélique, c’est-à-dire l’avancement du règne
de Dieu : Je suis malade, que je guérisse ou
pas, cela dépendra de ma résistance et de l’art
médical, qu’importe pourvu que dans les deux
cas, le royaume progresse en moi et par moi ».
La
puissance de la prière n’est pas dans la magie
d’une guérison inattendue, mais bien dans la
force et le courage qu’elle procure face à la
maladie et à la souffrance. D’une jeune femme
atteinte d’un cancer à qui on disait que la
prière est inutile, la réponse fut la suivante :
« Si la prière m’a aidée à bien vivre avec
mon mari et mes enfants, et si elle m’aide à
bien mourir entourée des miens, en quoi
serait-elle inutile? »
Enfin, la
prière n’est pas une démission face aux
injustices de notre monde; elle doit être un
engagement. Prier c’est exigeant : c’est
travailler à rendre le monde meilleur. C’est se
solidariser avec les autres pour améliorer le
sort de nos contemporains. C’est d’espérer que
la maladie et la mort n’auront pas le dernier
mot, et que Dieu est capable de me partager la
victoire déjà acquise dans le Christ de Pâques.
La prière, c’est se responsabiliser par rapport
aux demandes que nous faisons.
En terminant, le cardinal français Etchegaray disait :
« La prière n’est ni refuge, ni dérobade, ni
appel au miracle. La vraie prière exige que nous
cherchions à faire nous-mêmes ce que nous
demandons à Dieu de faire. Si je demande notre
pain de chaque jour, je dois donner moi-même ce
pain à ceux qui en manquent. Si je prie pour la
paix, je dois m’engager moi-même sur le chemin
de la paix. La prière n’est pas faite de mots en
l’air : nous ne pouvons prier que si nous sommes
pleinement responsables de ce que nous disons…
C’est cela l’Évangile : prier, bras en croix, le
Dieu qui n’aime pas les bras croisés ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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