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Dix-septième dimanche du Temps ordinaire (C) : 25 juillet 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Gn 18,20-32
Évangile : Lc 11,1-13

La prière de la foi…

Alors que la semaine passée, on était invité à écouter la Parole de Dieu en vue de la proclamer, aujourd’hui, nous sommes invités à la prière… Mais qu’est-ce que prier? Comment prier? Quelle est la prière souhaitable? Un ami prêtre m’a fait parvenir sa réflexion sur la prière. Il écrit : « Entre le non-prier des athées et le mal-prier des religieux païens, il y a le prier de la foi ». Mais comment comprendre la Parole d’aujourd’hui sur la prière?

1.       La prière d’intercession. En 1ère lecture aujourd’hui, nous avons un exemple de prière d’intercession. C’est évident que ce récit de la Genèse a pu servir à développer chez certains croyants, une sorte de marchandage avec Dieu qui n’a rien à voir avec le but poursuivi par l’auteur du livre de la Genèse. Ex. : Quand on dit à Dieu dans la prière : « Si tu guéris ma mère ou mon père de son cancer, je te promets de faire un pèlerinage à Ste-Anne-de-Beaupré ou de faire un don à l’Église… » C’est ce qu’on appelle du marchandage. Malheureusement, cette forme de prière existe vraiment; elle est le fruit du religieux-païen (pour utiliser l’expression de Pierre-Gervais Majeau), qui prie comme un homme limité à la satisfaction de ses besoins; et s’il n’est pas exaucé, il n’hésitera pas à se révolter.

Par ailleurs, dans ce récit de la Genèse, où Abraham semble marchander avec Dieu, l’auteur veut répondre au grand problème théologique soulevé par Job ou le prophète Ézéchiel : Le juste doit-il subir le sort de l’injuste? L’auteur du livre de Job écrit : « La risée de ses amis, c’est moi, moi qui m’époumone vers ce Dieu qui jadis répondait. La risée des hommes, c’est le juste, le parfait » (Jb 12,4). Le prophète Ézéchiel abordera le même problème et le résoudra en estimant que dans un pays infidèle puni par Dieu, certains peuvent sauver leur vie grâce à leur justice : « Même si ces trois hommes : Noé, Daniel et Job, se trouvent au milieu de ce pays, eux seuls sauveront leur vie, par leur justice » (Éz 14,14).

Mais ce n’est pas toujours le cas, et on le sait très bien. Combien de femmes et d’hommes, dans l’histoire de l’humanité, ont payé de leur vie, malgré leur justice? C’est sans doute parce qu’on a découvert que ce n’est pas Dieu qui punit et qui détruit…C’est nous-mêmes qui, par notre agir, nous nous détruisons et nous nous punissons. Et les justes sont là pour nous le rappeler, même s’ils le paient de leur vie. Ce Dieu de l’Ancien Testament qui marchande et qui punit n’est pas le Dieu de Jésus Christ. Et c’est pourquoi, nous devons nous tourner vers l’évangile pour mieux comprendre la prière d’intercession.

À ses disciples qui lui demandent : « Seigneur, apprends-nous à prier… » (Lc 11,1), Jésus les invite d’abord à reconnaître Dieu comme un Père ou une Mère, c’est-à-dire comme quelqu’un de plus grand qui mérite notre respect et notre admiration et en qui on reconnaît l’autorité : « Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne » (Lc 11,2). Selon l’abbé Majeau : « Ce règne de Dieu existe quand Dieu règne dans l’existence de l’homme et dans l’histoire de l’humanité. Et son règne advient quand l’homme accueille la vie qui vient de Dieu puis la partage aux autres dans la justice et dans la tendresse et quand l’homme fait retourner en louange cette vie ou ce règne de Dieu ».

Ensuite, Jésus invite ses disciples à la confiance et à l’espérance : « Donne-nous le pain dont nous avons besoin chaque jour » (Lc 11,3), mais en même temps, à une responsabilité partagée : « Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous » (Lc 11,4a). Ce qui signifie que le pardon que nous demandons est directement proportionnel au pardon que nous offrons et donnons. Enfin, la prière se termine par la demande de conserver la foi malgré les duretés de la vie : « Et ne nous soumets pas à la tentation » (Lc 11,4b).

Et la parabole qui suit nous montre que la prière de demande et d’intercession doit être incessante et confiante : « Demandez, vous obtiendrez; cherchez, vous trouverez; frappez, la porte vous sera ouverte » (Lc 11,9), non pas nécessairement comme je veux, mais bien comme il est bon pour moi qui suis fils ou fille de Dieu. Pierre-Gervais Majeau écrit : « La prière du croyant est permanente; elle ne peut qu’accompagner l’existence, car la prière est l’exercice respiratoire de la foi. Par la prière, Dieu me fait exister et je l’accueille. Dans un deuxième temps, je me prépare à exister avec Dieu et finalement, je fais exister Dieu comme Père qui comble mon désir de plénitude en comblant lui-même son désir de communion avec moi ».

2.       La puissance de la prière. Saint Luc écrit : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent? » (Lc 11,13). Ce qui signifie que par l’Esprit Saint qui nous habite, nous sommes devenus capables de prier comme il faut, c’est-à-dire de nous responsabiliser personnellement et collectivement dans la prière. L’abbé Majeau écrit : « Ce Dieu qui se veut absent dans les drames et les combats de la vie humaine, attire sans cesse l’homme au partage de sa plénitude, et par la prière, l’homme découvre la mystérieuse présence de ce Dieu Père dont le désir le plus ardent est de nous partager sa vie. La prière du Notre-Père exprime à son plus haut point la véritable prière de la foi évangélique, c’est-à-dire l’avancement du règne de Dieu : Je suis malade, que je guérisse ou pas, cela dépendra de ma résistance et de l’art médical, qu’importe pourvu que dans les deux cas, le royaume progresse en moi et par moi ».

La puissance de la prière n’est pas dans la magie d’une guérison inattendue, mais bien dans la force et le courage qu’elle procure face à la maladie et à la souffrance. D’une jeune femme atteinte d’un cancer à qui on disait que la prière est inutile, la réponse fut la suivante : « Si la prière m’a aidée à bien vivre avec mon mari et mes enfants, et si elle m’aide à bien mourir entourée des miens, en quoi serait-elle inutile? »

Enfin, la prière n’est pas une démission face aux injustices de notre monde; elle doit être un engagement. Prier c’est exigeant : c’est travailler à rendre le monde meilleur. C’est se solidariser avec les autres pour améliorer le sort de nos contemporains. C’est d’espérer que la maladie et la mort n’auront pas le dernier mot, et que Dieu est capable de me partager la victoire déjà acquise dans le Christ de Pâques. La prière, c’est se responsabiliser par rapport aux demandes que nous faisons.

En terminant, le cardinal français Etchegaray disait : « La prière n’est ni refuge, ni dérobade, ni appel au miracle. La vraie prière exige que nous cherchions à faire nous-mêmes ce que nous demandons à Dieu de faire. Si je demande notre pain de chaque jour, je dois donner moi-même ce pain à ceux qui en manquent. Si je prie pour la paix, je dois m’engager moi-même sur le chemin de la paix. La prière n’est pas faite de mots en l’air : nous ne pouvons prier que si nous sommes pleinement responsables de ce que nous disons… C’est cela l’Évangile : prier, bras en croix, le Dieu qui n’aime pas les bras croisés ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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