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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ex
16,2-4.12-15
2ème lecture : Ép 4,17.20-24
Évangile : Jn 6,24-35
Après avoir lu, dimanche dernier, le récit de la
multiplication des pains ou plutôt le récit du
don et du partage du pain, selon saint Jean,
nous commençons aujourd’hui, pour trois
dimanches consécutifs, le discours sur le Pain
de Vie. Ce discours veut d’abord nous faire
passer de la faim matérielle à la faim
spirituelle : du pain qui apaise la faim du
ventre au vrai Pain qui apaise toutes les faims…
Et ce Pain de Vie, c’est le Christ lui-même. On
peut donc voir que ce discours, dans l’évangile
de Jean, est le fruit d’une longue réflexion
chrétienne sur l’Eucharistie qui est composée de
la Parole proclamée et du Pain de Vie partagée.
Mais quels messages pouvons-nous tirer de cette
première partie du discours de Jean 6?
1.
Les faims du monde.
Il y a bien sûr la faim matérielle, la faim
élémentaire de pain, de nourriture dont tout le
monde a besoin, mais dont une personne sur dix
dans le monde est privée. Selon les dernières
statistiques de l’ONU, six milliards d’êtres
humains, dans le monde, souffrent de la faim.
C’est scandaleux! Lorsqu’on sait tout le
gaspillage qui se fait par ceux-là même qui
possèdent la richesse et la capacité de nourrir
les autres. Malheureusement, nous faisons partie
de ceux-là. Et pourtant, cette faim-là doit être
apaisée avant même de parler d’autres faims. Et
pourquoi? Il y a un dicton qui dit : Ventre
affamé n’a pas d’oreille. Quand on a faim
physiquement, on ne peut ressentir les autres
faims.
Par
ailleurs, il nous faut définir les autres faims.
Peut-être que celles-ci pourront nous faire
prendre conscience de ce que nous possédons et
nous inciter davantage à partager et à nourrir
ceux qui ont faim. Les faims de liberté, de
tendresse, de dignité, de pardon, de justice,
d’amour, de paix et d’espérance sont des faims
humaines qu’il nous faut combler pour pouvoir
continuer à vivre, à aimer et à être aimé. Mais
toutes ces faims ne peuvent être apaisées,
nourries, qu’au prix de nombreux sacrifices et
de souffrances de toutes sortes qui s’expriment
par l’image du désert, autant dans
l’Ancien Testament que dans l’Évangile. Le
théologien français Michel Hubaut écrit :
« Qui d’entre nous, quel peuple, quelle église,
ne doit-il pas, un jour ou l’autre de son
histoire, faire l’expérience de la traversée du
désert, y découvrir sa radicale pauvreté
afin d’être disponible aux dons de Dieu!
Traversées du désert plus ou moins dramatiques :
une épreuve morale ou de santé, une période de
doute, d’aridité, de rupture, une impression de
tourner en rond… ».
2.
Les déserts :
Les déserts ne sont jamais faciles à traverser
et à vivre. On peut même refuser d’y entrer,
même si on sait qu’ils sont nécessaires pour
découvrir et comprendre les faims et y trouver
la nourriture dont on a besoin pour combler ses
faims. Dans l’extrait du livre de l’Exode que
nous avons aujourd’hui, le peuple d’Israël, à
peine sorti de l’esclavage de l’Égypte, regrette
le bon vieux temps de servitude : « Ah! Il
aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur,
au pays d’Égypte, quand nous étions assis près
des marmites de viande, quand nous mangions du
pain à satiété! Vous nous avez fait sortir dans
ce désert pour faire mourir de faim tout ce
peuple assemblé! » (Ex 16,3). La liberté est
une aspiration et une faim, mais aussi un désert
et une épreuve, où l’on doit apprendre à
s’entraider et à partager. L’image de la manne
(pain) et des cailles (poissons) qu’on ne peut
accumuler, n’est-ce pas un apprentissage à vivre
ensemble, à se préoccuper des autres et à se
solidariser avec eux? Ce pain et ces poissons
repris dans les évangiles font de la foule
anonyme un peuple de frères et de sœurs (cf.
l’évangile de dimanche passé).
Selon
l’auteur de la lettre aux Éphésiens, les
chrétiens gardent eux aussi la nostalgie de leur
existence passée, ce que Paul appelle l’homme
ancien, où c’était le chacun pour soi d’une
société dont profitaient ceux qui en avaient les
moyens et qui ignoraient les laissés pour
compte. Ce n’est pas de cette façon que doivent
vivre les chrétiens : « Lorsque vous êtes
devenus disciples du Christ, ce n’est pas cela
que vous avez appris » (Ép 4,20). Mais
qu’ont-ils appris ces chrétiens d’Éphèse? Au
verset 24, la traduction liturgique est
mauvaise. Au lieu de lire : « Adoptez le
comportement de l’homme nouveau… », on
devrait lire : « Revêtez l’homme nouveau créé
selon Dieu dans la justice et la sainteté qui
viennent de la vérité » (Ép 4,24). Revêtir
comme on revêt un vêtement, ça fait référence au
baptême chrétien qui dit notre appartenance au
Christ de Pâques et qui nous invite à partager
avec celui qui est dans le besoin (Ép 4,28).
Et dans
l’évangile de Jean, si la foule court après
Jésus, ce n’est pas d’abord parce qu’elle a
réalisé qu’elle avait faim du Christ ressuscité,
mais bien parce qu’elle a profité du don et du
partage du pain : « Jésus dit : vous me
cherchez, non parce que vous avez vu des signes,
mais parce que vous avez mangé du pain et que
vous avez été rassasiés » (Jn 6,26). Il faut
donc à cette foule qui veut suivre le Christ,
apprendre à devenir un peuple de frères et de
sœurs qui s’entraident et qui partagent le Pain
de Vie qu’est le Christ lui-même. Ce pain-là
apaise toutes les faims et étanche toutes les
soifs : « Jésus leur répondit : Moi, je suis
le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura
plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura
plus jamais soif » (Jn 6,35). Mais
attention! Il faudra d’abord à tous ces gens,
traverser leur désert. C’est le prix de la
liberté; c’est le prix de l’amour.
En terminant, je voudrais vous partager cette belle réflexion
de Michel Hubaut : « La grandeur de l’homme
est d’être un marcheur qui doit progresser de
campement en campement pour prendre conscience
de sa faim d’Absolu. On choisit rarement son
désert! Il est différent pour chacun. Mais,
tôt ou tard, il faut bien le traverser!
Véritable école où j’apprends à vivre, à penser,
à prier sans trop m’encombrer de provisions
accumulées pour accueillir la manne, le
don quotidien du Seigneur. Dépouillé de toutes
mes réponses pieuses, superficielles, de mes
anciennes sécurités, je dois creuser mes faims
pour accueillir humblement le petit morceau de
pain, le petit morceau d’Évangile, la
petite Parole de vie qui m’empêchera de mourir
ou de désespérer dans mon désert.
Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim! »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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