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Dix-huitième dimanche du Temps ordinaire (C) : 1er août 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Qo 1,2; 2,21-23
2ème lecture :  Col 3,1-5.9-11
Évangile :  Lc 12,13-21

Richesse de greniers ou richesse de cœur?

Sur la route vers Jérusalem, à travers les incidents, les rencontres et les paroles qui ponctuent le voyage, saint Luc nous apprend comment devenir disciples de Jésus ressuscité. Dimanche dernier, nous apprenions à prier; dimanche prochain, nous apprendrons la vigilance dans les responsabilités qui nous sont confiées; aujourd’hui, nous apprenons comment nous garder des fausses sécurités, qui consistent à accumuler toujours plus de biens pour soi-même au lieu de chercher à partager avec les autres. La question qui nous est posée est la suivante : « Voulons-nous être riches de greniers ou riches de cœur? » Quels messages pouvons-nous tirer de la Parole d’aujourd’hui?

1.       L’argent. Quelles est notre attitude par rapport à l’argent? En voulons-nous toujours plus pour assurer notre avenir? Comment le gagnons-nous? Sommes-nous libres face à l’argent que nous possédons ou que nous voulons acquérir? Voilà des questions auxquelles il nous faut répondre, comme chrétiens, comme disciples du Christ.

Le théologien français Michel Hubaut écrit : « Certains ruinent leur santé en heures supplémentaires pour pouvoir se payer une résidence secondaire, d’autres se brouillent à tout jamais avec leur propre famille pour des querelles d’héritage ou perdent sommeil et appétit en suivant les fluctuations des valeurs boursières. Les uns et les autres sacrifient tout, détente, équilibre personnel, vie de famille, les simples joies du temps présent pour préparer demain! Accroître sa fortune, construire, agrandir, devenir riche, toujours plus riche… pour profiter de sa retraite! Ainsi, l’homme est capable de tout prévoir, excepté l’infarctus ou l’accident qui, cette nuit même, l’emportera brutalement! »

Voilà le sens de l’évangile d’aujourd’hui… Non pas que l’argent est mauvais, mais il ne doit pas être le but ultime de notre vie. Il y a des riches qui sont libres par rapport à l’argent et il y a des pauvres qui en sont esclaves. On pourrait même dire que la richesse matérielle devrait être directement proportionnelle à la richesse du cœur, pour atteindre un meilleur équilibre. Et pourquoi? Saint Luc écrit : « Gardez-vous de toute âpreté au gain; car la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses » (Lc 12,15). Et c’est vrai, car, qu’on soit riche ou pauvre, nous allons tous mourir! Et la parabole que Luc est le seul à raconter veut illustrer cette dure réalité.

2.       Riches de greniers. Dans le système capitaliste qui est le nôtre, il nous faut être vigilant. Voici des exemples : les agissements des grandes compagnies pétrolières aux États-Unis avec BP (British Petroleum), où un désastre écologique sans précédent s’est produit dans le Golfe du Mexique. C’est évident qu’on nous cache la vérité sur l’ampleur du drame. Au nom du capital économique et du profit, des hommes sont capables de détruire la planète. Et il n’y a pas juste aux États-Unis où c’est comme ça. Le Canada y participe allègrement. Depuis plusieurs années, les communautés religieuses missionnaires en Amérique du Sud dénoncent l’attitude des compagnies minières canadiennes qui exploitent les pauvres et qui détruisent l’environnement.

Aussi, la dernière grande crise économique nous a démontré l’irresponsabilité et l’immoralité de certains dirigeants d’entreprises ou de banques qui se sont octroyé des primes exorbitantes et injustifiées, de telle sorte que le président Obama des États-Unis s’est vu obligé d’intervenir. L’âpreté au gain nous guette tous et toutes. Dans ce domaine, l’être humain est capable des pires injustices et des pires atrocités qui soient. L’homme riche de la parabole se dit à lui-même : « Voici ce que je vais faire : Je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors, je me dirai à moi-même : ‘’Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence’’ » (Lc 12,18-19).

Par ailleurs, il peut arriver ce que le riche n’a pu prévoir : « Mais Dieu lui dit : ‘’Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura?’’ » (Lc 12,20). Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas être prévenant de notre avenir, mais ça veut dire qu’il faut amasser, non pas égoïstement pour soi-même, mais en vue de partager ses richesses avec les autres, surtout les plus pauvres. Saint Luc ajoute : « Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu » (Lc 12,21). N’est-ce pas le même sens qu’on retrouve en 1ère lecture dans le livre de l’Ecclésiaste : « Vanité (buée) des vanités, disait l’Ecclésiaste. Vanité des vanités, tout est vanité! » (Qo 1,2).

3.       Riches de cœur. Comment devient-on riche de cœur? Quand on sait que la vie est éphémère, que nous croyons à la vie après la vie, que nous avons la conviction profonde que nous sommes fils et filles de Dieu à cause du Christ de Pâques et que nous sommes déjà ressuscités avec lui, nous devons développer la richesse du cœur. En 2ème lecture aujourd’hui, l’auteur de la lettre aux Colossiens écrit : « Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu » (Col 3,1).

Sachant cela, notre attitude et nos comportements par rapport aux biens matériels ne sont plus les mêmes : « Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre : débauche, impureté, passions, désirs mauvais, et cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles » (Col 3,5). Ça ne veut pas dire qu’il faut vivre comme des êtres désincarnés, mais ça veut dire qu’il nous faut aspirer à plus de spiritualité, plus de partage, plus de générosité, plus de justice et plus de dignité. L’auteur de Colossiens ajoute : « Plus de mensonge entre vous; débarrassez-vous des agissements de l’homme ancien qui est en vous, et revêtez l’homme nouveau, celui que le Créateur refait toujours neuf à son image pour le conduire à la vraie connaissance » (Col 3,9-10). Dans le fond, la Parole d’aujourd’hui nous invite à devenir riches de cœur!

En terminant, je voudrais vous partager cette belle réflexion du théologien français Marcel Metzger : Refaits à neuf .

« Quelle merveille, que les transplantations : pour remplacer un cœur presque éteint, un foie fatigué ou un rein usé, le chirurgien vous en transplante un autre, en bon état. Mais pour cela, il a fallu la mort d’un autre, un donneur. Dans le mystère chrétien, nous vivons une réalité semblable, que saint Paul exprime par différentes comparaisons : nous avons été greffés, revêtus d’une nouvelle humanité, plongés dans la mort et la résurrection. Car il a fallu une mort, pour permettre cela. Or ce fut une Résurrection. Le baptême et la confirmation ont opéré la greffe et la transplantation. Mais chaque dimanche l’eucharistie renouvelle nos tissus, en irriguant notre esprit par la Parole de Dieu, en renouvelant notre être par la nourriture divine ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

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