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Réf. Bibliques : 1ère lecture : 1 R 19,4-8
2ème lecture : Ép 4,30-5,2
Évangile : Jn 6,41-51
Après avoir lu le récit de la multiplication des pains ou
plutôt le récit du don et du partage du pain, il
y a deux semaines et, après avoir établi toutes
les faims du monde qu’il nous faut apaiser et
les déserts qu’il nous faut traverser, la
semaine passée, nous entrons aujourd’hui dans ce
discours, dit de Jésus, sur le Pain de Vie
dans l’évangile de Jean. Voilà pleins de
questions qui surgissent : Qui parle? À qui
parle-t-il? De quoi parle-t-il? À partir de
l’extrait du discours qui nous est proposé
aujourd’hui, essayons de répondre à ces
questions…
1.
Qui parle?
Est-ce Jésus de Nazareth, un peu avant sa mort,
qui a pu tenir de tels propos à ses proches?
C’est impossible! Comment Jésus de Nazareth, un
homme simple et aussi ordinaire, sans prétention
aucune, pouvait-il savoir à l’avance ce que
Pâques nous a dévoilé? Aussi, c’est ne rien
comprendre aux évangiles que de croire, que ce
qu’ils nous racontent, n’est pas le fruit d’une
longue réflexion théologique post-pascale de
ceux et de celles qui ont cru à la nouveauté de
Pâques et qui ont reconnu dans cet homme de
Nazareth, non seulement un prophète de Dieu,
mais aussi un Messie, un Christ, un Seigneur, un
Sauveur. Il a fallu du temps aux premiers
chrétiens pour comprendre le message pascal et
pour réaliser qu’ils sont eux-mêmes présence du
Ressuscité au sein de leurs communautés
respectives. Et, celui qui parle dans l’évangile
de Jean, c’est le Christ ressuscité, à travers
l’évangéliste, qui s’adresse d’abord à sa
communauté, mais aussi à nous aujourd’hui, qui
relisons son évangile et ce discours sur le Pain
de Vie.
2.
À qui parle-t-il?
L’évangéliste Jean s’adresse à des lecteurs
chrétiens qui ont l’expérience de l’Eucharistie,
et qui, à cause de la routine, ont besoin de
s’entendre rappeler qui ils rencontrent dans ce
sacrement. Ces lecteurs chrétiens qui composent
sa communauté sont issus du monde juif et du
monde païen et sont influencés par des courants
gnostiques qui avaient développé une aversion
pour les réalités matérielles ou charnelles et
qui enseignaient qu’il faut se dégager de la
matière pour atteindre Dieu qui est source de
lumière et de vie, et obtenir ainsi son salut
par la connaissance de la vérité.
Dans cette
partie du discours qu’on a aujourd’hui, saint
Jean compare ses auditeurs aux Hébreux du désert
qui se révoltaient contre les envoyés de Dieu
et, à travers eux, contre Dieu lui-même (Ex
16,2). La contestation que Jean attribue aux
Juifs, non pas le peuple juif mais bien ceux qui
refusent le Christ, ne porte pas sur le fait que
Jésus propose le pain véritable qui nourrit
spirituellement. Elle bute sur l’origine divine
du Christ, alors que tout le monde connaît
l’origine humaine de Jésus de Nazareth :
« Cet homme-là n’est-il pas Jésus, fils de
Joseph? Nous connaissons bien son père et sa
mère. Alors, comment peut-il dire : Je suis
descendu du ciel? » (Jn 6,42). Voilà le
problème des chrétiens du 1er siècle et même des
chrétiens d’aujourd’hui… Que devons-nous
comprendre?
3.
De quoi parle-t-il? « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel »
(Jn 6,41). Qu’est-ce que cela veut dire? C’est
évident qu’au temps de l’évangéliste Jean, les
premiers chrétiens croyaient que Jésus était
Fils de Dieu et qu’il est devenu Christ et
Seigneur à Pâques. Par ailleurs, ce n’est pas en
niant son humanité et la nôtre qu’on peut
l’atteindre et lui ressembler. Au contraire,
c’est par son humanité que Jésus nous rejoint et
c’est par sa divinité qu’il nous ressuscite,
qu’il nous donne sa vie, qu’il nous divinise
nous aussi. Le prêtre français André Sève
écrit : « Le texte d’aujourd’hui nous appelle
à un choix très personnel. Si Jésus n’est pour
nous qu’un personnage céleste il nous est trop
étranger. S’il n’est qu’un homme ordinaire
pourquoi lui livrerions-nous notre vie? Il faut
que nous arrivions à tenir ensemble ces deux
vérités : tu es un homme comme moi, né sur la
terre, mais comme tu es descendu du ciel tu me
dis Dieu et tu m’emmènes vers Dieu. Voilà
pourquoi ça vaut la peine de te suivre ».
Il faut
donc toujours garder l’équilibre entre les
deux : « Moi, je suis le pain vivant, qui est
descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce
pain, il vivra éternellement. Le pain que je
donnerai, c’est ma chair, donnée pour que
le monde ait la vie » (Jn 6,51). La chair
du Christ, c’est son humanité dans toute sa
fragilité. Y communier, c’est d’abord participer
à son humanité, en assumant la nôtre jusqu’au
bout et en la partageant avec les autres pour
accéder à sa divinité. Voilà le pain vivant qui
descend du ciel et qui nous transforme pour nous
faire monter au ciel : « Au désert, vos pères
ont mangé la manne, et ils sont morts; mais ce
pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange
ne mourra pas » (Jn 6,49-50). Mais
attention! Manger le pain de vie ne se réduit
pas à manger une hostie! C’est manger le Christ,
nous nourrir de lui, nous laisser transformer
par lui, pour devenir Christ à notre tour. Et ça
ne se fait pas tout seul, mais avec les autres.
L’exégète québécois André Myre, dans un petit
livre savoureux, Ciel! Où allons-nous?
(Éditions Paulines, 1991), nous montre que le
salut, la résurrection n’est pas un acte
individuel, mais collectif, communautaire. Il
écrit : « C’est pourquoi il est significatif
que la résurrection soit une réalité collective.
Le corps ressuscité que l’on espère n’est pas
d’abord le corps individuel, dans sa
matérialité; c’est le corps qui communique, le
corps en lien avec la nature, le corps qui
parle, le corps qui aime, le corps qui prie. Le
corps résume l’humanité et le cosmos. C’est le
corps de l’humanité qui ressuscitera. C’est
pourquoi la résurrection d’un seul, coupé des
autres, est impensable ». Nous sommes donc
responsables les uns des autres : « Je
contribue au salut des autres et eux au mien ».
C’est ce
qui caractérise l’Homme nouveau qu’on
retrouve dans la lettre aux Éphésiens dont on a
un autre extrait aujourd’hui. Il nous faut nous
dépouiller du vieil Homme, de l’Homme
ancien : « Faites disparaître de votre
vie tout ce qui est amertume, emportement,
colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que
toute espèce de méchanceté » (Ép 4,31). Il
nous faut revêtir l’Homme nouveau :
« Soyez entre vous pleins de générosité et de
tendresse. Pardonnez-vous les uns les autres,
comme Dieu vous a pardonné dans le Christ »
(Ép 4,32). Dans le Notre Père, n’est-ce pas ce
que nous disons, lorsque nous exprimons ce
renvoi mutuel entre le pardon de Dieu et le
nôtre? Nous sommes les enfants bien-aimés de
Dieu au même titre que Jésus Christ… rien de
moins!
En terminant, il peut nous arriver à nous aussi de croire que
la puissance de Dieu s’exprime dans la violence
et dans les événements extraordinaires de la
vie. C’est un peu l’expérience du prophète Élie,
qui est en guerre contre la reine Jézabel et les
prophètes de Baal. Très tôt, Élie se rend compte
qu’il s’est trompé sur Dieu. Croyant que Dieu
l’a abandonné, il est découragé et veut mourir :
« Il marcha toute une journée dans le désert.
Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et
demanda la mort en disant :’’Maintenant,
Seigneur, c’en est trop! Reprends ma vie : je ne
vaux pas mieux que mes pères’’ » (1 R 19,4).
Par ailleurs, Dieu lui réserve une surprise.
Mais pour qu’Élie puisse en bénéficier, il lui
faut se convertir, c’est-à-dire marcher pendant
quarante jours et quarante nuits, jusqu’à
l’Horeb, la montagne de Dieu, et c’est là que le
prophète va prendre conscience que Dieu ne se
manifeste pas dans la tempête et l’ouragan, mais
bien plutôt dans la douceur de la brise légère
(1 R 19,12). Quel beau texte pour nous parler de
la grande discrétion de notre Dieu! Il ne
demande qu’à se faire rencontrer, mais pour y
parvenir, soyons attentifs aux brises légères
qui sont toujours dans les petites choses de la
vie.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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