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Dix-neuvième dimanche du Temps ordinaire (C) : 8 août 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  2ème lecture :  Hb 11,1-2.8-19
Évangile : Lc 12,32-48

Des serviteurs responsables!

Nous sommes toujours en route vers Jérusalem avec le Christ, et sur la route, nous sommes interpellés par la Parole de Dieu qui nous questionne sur la qualité de notre foi. Où en sommes-nous comme chrétien(ne)s? Comme croyant(e)s? Comme responsables dans l’Église? La lettre aux Hébreux que nous avons en 2ème lecture aujourd’hui, nous rappelle que « la foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (Hb 11,1). En sommes-nous convaincus? Dans sa lettre aux Romains, saint Paul va jusqu’à nous inviter à « espérer au-delà de toute espérance » (Rm 4,18). Et pourtant, quand on regarde l’Église d’aujourd’hui, l’Église que nous sommes et que nous formons, on peut se demander si nous sommes en panne, en manque de foi, car notre Église ne prend plus de risques. Elle s’assied sur ses dogmes et n’avance plus sur les chemins d’Évangile, lesquels chemins ne sont pas encore défrichés ou tracés d’avance. La peur, la certitude de la foi et l’autoritarisme abusif sont des freins sur la route de la foi chrétienne.

1.       La peur. Le Christ de l’évangile de Luc dit à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32). (J’entends déjà la droite religieuse qui dit : « Même si nous devenons minoritaire à maintenir la ligne dure dans l’Église, ça ne veut pas dire que nous sommes dans l’erreur; on fait partie du petit troupeau, du petit reste d’Israël »). (Quand on dit ça, c’est qu’on ne comprend pas l’évangile!) Je reviens donc à l’évangile : c’est une promesse qui nous est faite. Promettre, c’est dire que l’on donnera. C’est donner sa parole, en retardant le moment du don effectif. C’est faire confiance à l’autre, et l’inviter à la confiance réciproque.

N’est-ce pas ce que nous rappelle l’auteur de la lettre aux Hébreux, lorsqu’il écrit : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait » (Hb 11,8). Mais plus que ça, dit la lettre aux Hébreux, parlant d’Abraham, de Sara, d’Isaac et de Jacob : « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts sans avoir connu la réalisation des promesses; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs » (Hb 11,13). Ça veut dire que nos ancêtres, dans la foi, ont pris des risques énormes; ils ont fait confiance à la Parole de Dieu qui désoriente et qui désinstalle. Ils n’ont pas eu peur de partir à l’étranger, de changer leurs habitudes et de se mettre en marche sur des routes non encore tracées, sur des sentiers inexplorés. À leur exemple, ne pourrions-nous pas en faire autant?

2.       La certitude de la foi. La foi ne peut jamais être une certitude. La seule certitude que nous ayons, c’est de n’être jamais certain de rien. Doris Lussier disait : « Je ne dis pas : ‘’Je sais’’; je dis : ‘’Je crois’’. Croire n’est pas savoir. Je saurai quand je verrai, comme vous-autres. Si j’ai à savoir… Et puis, après tout, comme je le disais un jour à un ami qui est incroyant : ‘’Tu sais, nos opinions respectives sur les mystères de l’au-delà n’ont pas grande importance. Que nous croyions ou que nous ne croyions pas, ça ne change absolument rien à la vérité de la réalité : ce qui est est…et ce qui n’est pas n’est pas, un point, c’est tout. Et il faudra bien nous en accommoder’’ ». Doris Lussier décrivait sa foi comme ceci : « Je n’ai qu’une toute petite foi naturelle, fragile, vacillante, bougonneuse et toujours inquiète. Une foi qui ressemble bien plus à une espérance qu’à une certitude ». Et l’espérance, c’est la foi à son meilleur, disait Charles Péguy, car l’espérance nous fait croire que demain, ça ira mieux, quand aujourd’hui, tout va mal. Voilà la merveille de l’espérance!

C’est l’espérance qui nous permet de « rester en tenue de service et de garder nos lampes allumées » (Lc 12,35). Car pour attendre le maître à son retour des noces (Lc 12,36), il faut savoir l’espérer. Si on est certain de son retour, de la date et de l’heure de son arrivée, on ne peut plus l’attendre; on saurait exactement comment s’effectuerait ce retour. C’est pourquoi, l’évangéliste Luc formule cette béatitude : « Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour » (Lc 12,37). Pour veiller, il faut simplement espérer; sinon, à quoi ça sert de veiller? La certitude, c’est ce qui fait le plus mal à la foi, car la certitude finit par avoir raison de l’espérance.

3.       L’autoritarisme abusif. Saint Luc écrit : « Pierre dit alors : Seigneur, cette parabole s’adresse-t-elle à nous, ou à tout le monde? » (Lc 12,41). Par une autre parabole, l’évangile semble dire que les premiers concernés sont justement ceux qui exercent une responsabilité dans l’Église; avec la question de Pierre, le Seigneur ressuscité, maître de l’Église, interpelle tous ceux qui ont pour mission de donner le blé de la Parole au petit troupeau. À l’intendant fidèle et sensé, que le maître, à son arrivée, trouvera à son travail : « Vraiment, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens » (Lc 12,44). Mais si les responsables dans l’Église souffrent d’autoritarisme abusif et se mettent à rejeter, à condamner, à marginaliser et à exclure les femmes et les hommes qui leur sont confiés, le maître leur enlèvera toutes responsabilités : « Aussi, je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits » (Mt 21,43). Plus on est responsable dans l’Église, plus on doit produire et donner des fruits : « À qui l’on a beaucoup donné on demandera beaucoup; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage » (Lc 12,48b).

En terminant, je voudrais vous partager cette belle réflexion de l’exégète français Jean Debruynne sur l’évangile d’aujourd’hui : Un cœur en désir!

« Soyez comme des gens qui attendent… Mais justement qui peut avoir encore le temps d’attendre? Est-ce que le temps ce n’est pas de l’argent, et aujourd’hui n’est-ce pas le temps qui coûte le plus cher? Est-ce que ce ne sont pas les délais qui sont les plus ruineux? Il est temps de ne plus confondre l’attente et l’impatience. L’attente du Royaume de Dieu n’est pas celle d’un départ de train ou d’avion. L’attente du Royaume de Dieu est un cœur en désir et non la peur d’être en retard. Celui qui attend, c’est celui qui trouve encore au fond de lui un petit peu d’espérance allumée ».

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

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