|
Réf. Bibliques : 2ème lecture : Hb 11,1-2.8-19
Évangile : Lc 12,32-48
Des serviteurs responsables!
Nous sommes toujours en route vers Jérusalem avec le Christ,
et sur la route, nous sommes interpellés par
la Parole de Dieu qui nous questionne sur la
qualité de notre foi. Où en sommes-nous comme
chrétien(ne)s? Comme croyant(e)s? Comme
responsables dans l’Église? La lettre aux
Hébreux que nous avons en 2ème lecture
aujourd’hui, nous rappelle que « la foi est
le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de
connaître des réalités qu’on ne voit pas » (Hb
11,1). En sommes-nous convaincus? Dans sa lettre
aux Romains, saint Paul va jusqu’à nous inviter
à « espérer au-delà de toute espérance »
(Rm 4,18). Et pourtant, quand on regarde
l’Église d’aujourd’hui, l’Église que nous sommes
et que nous formons, on peut se demander si nous
sommes en panne, en manque de foi, car notre
Église ne prend plus de risques. Elle s’assied
sur ses dogmes et n’avance plus sur les chemins
d’Évangile, lesquels chemins ne sont pas encore
défrichés ou tracés d’avance. La peur, la
certitude de la foi et l’autoritarisme abusif
sont des freins sur la route de la foi
chrétienne.
1.
La peur.
Le Christ de l’évangile de Luc dit à ses
disciples : « Sois sans crainte, petit
troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous
donner le Royaume » (Lc 12,32). (J’entends
déjà la droite religieuse qui dit : « Même si
nous devenons minoritaire à maintenir la ligne
dure dans l’Église, ça ne veut pas dire que nous
sommes dans l’erreur; on fait partie du petit
troupeau, du petit reste d’Israël »). (Quand on
dit ça, c’est qu’on ne comprend pas l’évangile!)
Je reviens donc à l’évangile : c’est une
promesse qui nous est faite. Promettre, c’est
dire que l’on donnera. C’est donner sa parole,
en retardant le moment du don effectif. C’est
faire confiance à l’autre, et l’inviter à la
confiance réciproque.
N’est-ce
pas ce que nous rappelle l’auteur de la lettre
aux Hébreux, lorsqu’il écrit : « Grâce à la
foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit
vers un pays qui devait lui être donné comme
héritage. Et il partit sans savoir où il
allait » (Hb 11,8). Mais plus que ça, dit la
lettre aux Hébreux, parlant d’Abraham, de Sara,
d’Isaac et de Jacob : « C’est dans la foi
qu’ils sont tous morts sans avoir connu la
réalisation des promesses; mais ils l’avaient
vue et saluée de loin, affirmant que, sur la
terre, ils étaient des étrangers et des
voyageurs » (Hb 11,13). Ça veut dire que nos
ancêtres, dans la foi, ont pris des risques
énormes; ils ont fait confiance à la Parole de
Dieu qui désoriente et qui désinstalle. Ils
n’ont pas eu peur de partir à l’étranger, de
changer leurs habitudes et de se mettre en
marche sur des routes non encore tracées, sur
des sentiers inexplorés. À leur exemple, ne
pourrions-nous pas en faire autant?
2.
La certitude de la foi.
La foi ne peut jamais être une certitude. La
seule certitude que nous ayons, c’est de n’être
jamais certain de rien. Doris Lussier disait :
« Je ne dis pas : ‘’Je sais’’; je dis : ‘’Je
crois’’. Croire n’est pas savoir. Je saurai
quand je verrai, comme vous-autres. Si j’ai à
savoir… Et puis, après tout, comme je le disais
un jour à un ami qui est incroyant : ‘’Tu sais,
nos opinions respectives sur les mystères de
l’au-delà n’ont pas grande importance. Que nous
croyions ou que nous ne croyions pas, ça ne
change absolument rien à la vérité de la
réalité : ce qui est est…et ce qui n’est pas
n’est pas, un point, c’est tout. Et il faudra
bien nous en accommoder’’ ». Doris Lussier
décrivait sa foi comme ceci : « Je n’ai
qu’une toute petite foi naturelle, fragile,
vacillante, bougonneuse et toujours inquiète.
Une foi qui ressemble bien plus à une espérance
qu’à une certitude ». Et l’espérance, c’est
la foi à son meilleur, disait Charles Péguy, car
l’espérance nous fait croire que demain, ça ira
mieux, quand aujourd’hui, tout va mal. Voilà la
merveille de l’espérance!
C’est
l’espérance qui nous permet de « rester en
tenue de service et de garder nos lampes
allumées » (Lc 12,35). Car pour attendre le
maître à son retour des noces (Lc 12,36), il
faut savoir l’espérer. Si on est certain de son
retour, de la date et de l’heure de son arrivée,
on ne peut plus l’attendre; on saurait
exactement comment s’effectuerait ce retour.
C’est pourquoi, l’évangéliste Luc formule cette
béatitude : « Heureux les serviteurs que le
maître, à son arrivée, trouvera en train de
veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la
tenue de service, les fera passer à table et les
servira chacun à son tour » (Lc 12,37). Pour
veiller, il faut simplement espérer; sinon, à
quoi ça sert de veiller? La certitude, c’est ce
qui fait le plus mal à la foi, car la certitude
finit par avoir raison de l’espérance.
3.
L’autoritarisme abusif.
Saint Luc écrit : « Pierre dit alors :
Seigneur, cette parabole s’adresse-t-elle à
nous, ou à tout le monde? » (Lc 12,41). Par
une autre parabole, l’évangile semble dire que
les premiers concernés sont justement ceux qui
exercent une responsabilité dans l’Église; avec
la question de Pierre, le Seigneur ressuscité,
maître de l’Église, interpelle tous ceux qui ont
pour mission de donner le blé de la
Parole au petit troupeau. À l’intendant
fidèle et sensé, que le maître, à son arrivée,
trouvera à son travail : « Vraiment, je vous
le déclare : il lui confiera la charge de tous
ses biens » (Lc 12,44). Mais si les
responsables dans l’Église souffrent
d’autoritarisme abusif et se mettent à rejeter,
à condamner, à marginaliser et à exclure les
femmes et les hommes qui leur sont confiés, le
maître leur enlèvera toutes responsabilités :
« Aussi, je vous le déclare : le Royaume de Dieu
vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple
qui en produira les fruits » (Mt 21,43).
Plus on est responsable dans l’Église, plus on
doit produire et donner des fruits : « À qui
l’on a beaucoup donné on demandera beaucoup; à
qui l’on a beaucoup confié, on réclamera
davantage » (Lc 12,48b).
En terminant, je voudrais vous partager cette belle réflexion
de l’exégète français Jean Debruynne sur
l’évangile d’aujourd’hui : Un cœur en désir!
« Soyez comme des gens qui attendent… Mais
justement qui peut avoir encore le temps
d’attendre? Est-ce que le temps ce n’est pas de
l’argent, et aujourd’hui n’est-ce pas le temps
qui coûte le plus cher? Est-ce que ce ne sont
pas les délais qui sont les plus ruineux? Il est
temps de ne plus confondre l’attente et
l’impatience. L’attente du Royaume de Dieu n’est
pas celle d’un départ de train ou d’avion.
L’attente du Royaume de Dieu est un cœur en
désir et non la peur d’être en retard. Celui qui
attend, c’est celui qui trouve encore au fond de
lui un petit peu d’espérance allumée ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
[
RETOUR ]
|