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Réf. Bibliques : Évangile : Jn 6, 51-58
Le discours sur le Pain de Vie se continue. Avec la dernière
phrase de dimanche passé et la première de ce
dimanche : « Moi, je suis le pain vivant, qui
est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce
pain, il vivra éternellement. Le pain que je
donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le
monde ait la vie » (Jn 6,51), on assiste à
une nouvelle protestation des Juifs,
c’est-à-dire des non-croyants au Christ :
« Comment cet homme-là peut-il nous donner sa
chair à manger? » (Jn 6,52). Oui, répond le
Christ de l’évangile, ses paroles sont à prendre
au pied de la lettre, dans un sens on ne peut
plus clair : « Si vous ne mangez pas la chair
du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son
sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jn
6,53). C’est très clair : pour vivre
éternellement, pour ressusciter, il faut manger
de ce pain-là : « Celui qui mange ma chair et
boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le
ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,54).
Mais pourquoi une telle insistance? Et que
retenir de tout ça?
1.
La chair et le sang.
Comme l’explique bien le prêtre Léon Paillot,
la chair et le sang, c’est une expression
sémitique, qui signifie l’homme tout entier, en
tant qu’il est matière. C’est un mot plus fort,
plus concret que le mot corps. Il cherche
à traduire ce que l’on voit de l’homme vivant,
son aspect extérieur, corporel, terrestre. Et
lorsqu’on dit la chair donnée et le sang versé,
ça fait référence à la mort de Jésus sur la
croix du Vendredi Saint. Et comme le Vendredi
Saint n’est pas une fin en soi, puisqu’il est
suivi du dimanche de Pâques, de la Résurrection,
pour les chrétiens, il faut manger et boire
celui qui est mort pour ressusciter avec lui.
Une
remarque importante. Si la chair,
c’est uniquement l’aspect matériel et mortel de
l’homme et le corps, l’aspect matériel et
spirituel de l’homme, pourquoi saint Jean
insiste-t-il tant sur la chair? Au temps de
l’évangéliste Jean, il y avait une hérésie qu’on
appelle le docétisme : une doctrine qui
affirme que le Christ a fait semblant d’être un
homme, puisqu’il était Fils de Dieu.
L’évangéliste Jean veut combattre cette
doctrine; ce n’est pas pour rien qu’au tout
début de son évangile, dans son prologue, saint
Jean affirme : « Et le Verbe s’est fait
chair, et il a habité parmi nous » (Jn
1,14a).
2.
Manger la chair et boire le sang.
Qu’est-ce à dire? C’est évident qu’il ne s’agit
pas de cannibalisme. Les verbes manger et
boire s’emploient aussi au sens figuré. Ne
dit-on pas de quelqu’un qui parle bien que l’on
boit ses paroles et qu’on dévore un livre qu’on
trouve intéressant? Donc, manger la chair et
boire le sang, c’est nous nourrir de la vie et
de la mort de celui qui est devenu Christ et
Seigneur à Pâques. C’est nous nourrir de ce
qu’il a été dans sa vie mortelle : un homme de
cœur, de pardon, de miséricorde, un
révolutionnaire de la religion, un prophète, un
guérisseur, un libérateur, quelqu’un qui nous a
appris à aimer véritablement…pour devenir ce
qu’il est devenu lui-même : un Ressuscité, un
Christ, un Seigneur, un Fils de Dieu :
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang
demeure en moi, et moi je demeure en lui » (Jn
6,56). Il y a comme une transformation et une
fusion qui s’opèrent en nous, dans notre
humanité, lorsqu’on se nourrit de son humanité.
Le
théologien français Gérard Bessière résume bien
ce que signifie manger la chair et boire le sang
du Christ : « La chair et le sang, en
hébreu comme en araméen, c’est l’homme concret,
fragile, vulnérable. Dès le début de l’évangile
de Jean, on pouvait lire : ‘’Le Verbe s’est
fait chair’’. Il ne s’agissait pas d’un
organisme sans âme ni esprit. Ces mots
affirmaient que
la Parole de Dieu était désormais une personne, ce Jésus que l’on avait vu
marcher, pardonner, guérir, libérer, au nom du
Dieu qui aime et cherche la brebis perdue. Ce
Jésus que ses ennemis avait clouer sur un
croix : chair et sang… Avec lui,
la Parole de
Dieu n’était plus seulement un message : c’était
une vie, celle d’un charpentier qui avait
bousculé sa société et même sa religion pour
ouvrir une voie neuve, avec Dieu, vers l’avenir
humain. Ce n’était pas une abstraction, mais tel
homme, un certain Jésus, dont les évangiles
rappelaient le comportement à jamais novateur. À
ceux qui étaient tentés de regarder vers un être
céleste, loin de l’existence quotidienne, les
paroles sanglantes de l’évangile de Jean
rappellent que la vraie vie n’est pas une
évasion vers les nuées. Suivre Jésus, c’est
recevoir de lui des manières neuves de penser,
de sentir, d’agir. Entre lui et nous, une
transfusion de vie ».
3.
L’Eucharistie.
C’est évident que ce discours de saint Jean fait
référence explicitement à l’Eucharistie, qu’on
célébrait déjà dans sa communauté… Mais
attention! Que signifie célébrer l’Eucharistie?
Que signifie participer à la messe? Léon Paillot
écrit : « Si nous venons à l’Eucharistie
comme on va à la pompe à essence pour faire le
plein de sa voiture, si elle devient un simple
rite dans lequel nous pensons faire le plein de
nos forces et de nos énergies spirituelles,
alors ne nous étonnons pas de ne pas avancer et
d’en être toujours au même point; et donc de
nous décourager et d’en venir à penser : À quoi
bon! ». Et là, on décroche et on n’y va
plus, parce qu’on se rend compte que ça ne sert
à rien. Mais si la messe, l’Eucharistie nous
permet d’exprimer notre désir de ressembler
davantage au Christ, au point d’adopter ses
comportements et ses valeurs et de vivre de sa
vie, l’Eucharistie nous transformera et nous
fera devenir de plus en plus, non seulement ce
que Jésus a été, un homme, mais aussi ce qu’il
est devenu, un Fils de Dieu.
La messe,
c’est le lieu par excellence pour vivre une
telle expérience, où l’on est appelé à partager
le Pain de la Vie. Malheureusement, nos messes
ressemblent plus à des stations services où l’on
fait le plein, plutôt qu’à des lieux de don et
de partage de ce que nous sommes et de ce que
nous avons à offrir. Par ailleurs, comme la
messe n’est pas le seul lieu où peut se vivre
cette transformation et cette fusion avec le
Christ ressuscité, on peut même affirmer que
plusieurs s’en nourrissent en dehors de nos
églises. La seule chose qui leur manque : c’est
de venir en témoigner et le partager avec les
autres. Rappelons-nous simplement cette parole
de saint Augustin : « Devenez ce que vous
mangez. Vous mangez le corps du Christ, devenez
corps du Christ ».
En terminant, la fin du discours que nous aurons dimanche
prochain nous dira que la chair ne sert à rien;
c’est l’Esprit qui fait vivre (Jn 6,63). Dans le
fond, la chair et le sang ne seraient rien sans
cette puissance de vie qui relie le Christ à ses
amis et donne à son corps un goût de pain et
d’éternité. Ce qui signifie que l’Eucharistie
est une nourriture spirituelle qui nous fait
vivre à travers le Christ de Pâques. Nous sommes
comme traversés de part en part par la vie
divine pour être envoyés en mission afin de
donner la vie à tous ceux et celles que nous
rencontrons.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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