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Réf. Bibliques : 2ème lecture : Ép 5,21-32
Évangile : Jn 6,60-69
Nous avons aujourd’hui la conclusion du discours sur le Pain
de Vie, dans l’évangile de Jean. Ce qui est
particulier, à la fin de ce discours, c’est
qu’on assiste, non seulement à l’opposition des
Juifs, c’est-à-dire ceux qui ne croient pas au
Christ, mais aussi à l’opposition des disciples
eux-mêmes qui refusent de tels propos sur la
chair à manger et le sang à boire :
« Beaucoup de ses disciples, qui avaient
entendu, s’écrièrent : ‘’Ce qu’il dit là est
intolérable, on ne peut pas continuer à
l’écouter!’’ » (Jn 6,60). Ce qui veut dire
que déjà, chez les premiers chrétiens, dans la
communauté de saint Jean à tout le moins, il n’y
avait pas unanimité sur le contenu de la foi au
Christ ressuscité. Ce n’est pas pour rien, comme
je le disais la semaine passée, qu’il y avait
des adeptes du docétisme, cette doctrine
combattue par l’évangéliste, qui enseignait que
le Christ avait fait semblant d’être un homme
puisqu’il était Fils de Dieu. Alors, les
questions qu’on se pose aujourd’hui sont les
suivantes : Que refusent les disciples
exactement? Où en sommes-nous maintenant dans
notre foi au Christ?
1.
Le refus des disciples.
L’évangéliste Jean vient de faire dire à Jésus :
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a
la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au
dernier jour » (Jn 6,54). Ce qui veut dire
que c’est par son humanité assumée
jusqu’au bout que Jésus est devenu Christ,
Seigneur, Fils de Dieu, et que c’est en vivant
de sa vie, en adoptant ses comportements et ses
valeurs… bref, en assumant notre propre humanité
à nous, que nous pouvons espérer ressusciter
comme lui et devenir nous aussi des fils et des
filles de Dieu, des Christs ressuscités. De tels
propos passent difficilement… Pourquoi? Tout
simplement, parce qu’il est difficile d’admettre
et de croire que notre Dieu ne peut se dire
autrement qu’à travers notre humanité dans toute
sa fragilité et sa finitude. C’est ce qui a fait
dire au pape actuel Benoît XVI, dans son livre
sur Jésus : « N’aurait-il pas été plus facile
de nous élever au-dessus des contingences de ce
monde pour percevoir dans une paisible
contemplation le mystère ineffable? »
Mais ce
n’est pas là la foi chrétienne. Dieu s’est fait
rencontrer à travers un homme, Jésus de
Nazareth, à une époque et à un moment précis de
l’histoire : « Ce qui paraît d’abord être la
révélation la plus radicale devient en même
temps facteur d’obscurité extrême. Dieu s’est
tellement rapproché de nous qu’il semble cesser
d’être Dieu pour nous ». Cependant,
j’ajouterais : c’est ce qui fait la richesse de
notre foi, la grandeur, la beauté et la dignité
des disciples du Christ, dans ce qu’ils sont et
dans ce qu’ils sont appelés à devenir.
Malheureusement, de tous temps, les hommes et
les femmes ont eu de la difficulté à s’assumer
dans leur humanité, d’où le refus de croire en
l’humanité du Christ : « À partir de ce
moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent
et cessèrent de marcher avec lui » (Jn
6,66).
2.
Les disciples d’aujourd’hui.
Où en sommes-nous aujourd’hui? Qu’en est-il de
notre foi chrétienne? Il y a bien sûr, de nos
jours, toutes ces femmes et ces hommes, et ils
sont nombreux, qui ne croient pas au Christ, ni
même en un Dieu… Ceux-là ont leurs raisons et
doivent être respectés. Mais les autres, celles
et ceux qui y croient, comment se situent-ils
par rapport à ce discours de saint Jean sur le
Pain de Vie? En regardant notre Église, j’ai
l’impression parfois que les chrétiens
d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, éprouvent des
difficultés à accepter de vivre leur humanité et
à croire que c’est par elle que Dieu peut encore
se dire et s’exprimer aujourd’hui.
C’est
pourtant ce que Jésus de Nazareth est venu nous
apprendre…mais on préfère le contempler comme
Christ ressuscité, glorifié, Seigneur de gloire,
enfermé dans les tabernacles de nos églises ou
exposé sur l’autel dans un ostensoir doré,
plutôt que de le voir marcher sur la route,
manger avec les pécheurs, relever les
prostituées, accueillir les exclus, guérir les
blessés de la vie, pardonner et aimer
inconditionnellement. On a tellement de misère à
le regarder tel qu’il a été dans son humanité :
un révolutionnaire, un réformateur, un
libérateur, qu’on a créé une institution
religieuse qui ressemble bien plus à la religion
légaliste de l’Ancien Testament qu’à l’Église
des commencements. Quand la doctrine se fige
dans le ciment et qu’elle ne répond plus à la
réalité humaine contemporaine, et quand la règle
et la discipline prennent le dessus sur la
personne humaine qu’elles sont censées servir et
que les dirigeants de notre Église s’obstinent à
ne pas les adapter aux réalités nouvelles, on
peut vraiment dire que nous refusons aujourd’hui
de manger la chair et de boire le sang de celui
dont on prétend être les disciples et qu’on dit
vouloir continuer à suivre.
En 2ème
lecture aujourd’hui, on a un bel exemple d’un
texte biblique qu’il nous faut relire à
la lumière de notre réalité contemporaine. Pour
se faire, il nous faut situer le texte dans son
contexte historique, le réinterpréter et
l’actualiser, si on veut demeurer fidèle à son
auteur qu’on appelle Paul et si on veut faire
naître une Parole de Dieu aujourd’hui. Au temps
de saint Paul, la femme était la propriété de
son mari, presque son esclave; elle n’avait
aucun droit. Lorsque Paul, dans sa lettre aux
Éphésiens, fait le parallèle de la relation
homme/femme pour parler de la relation
Christ/Église, il utilise l’image du couple de
son époque. Par ailleurs, on peut vraiment dire
qu’il était avant-gardiste, puisqu’il demande
aux hommes de son temps d’aimer leur femme, ce
qui n’était pas coutumier à son époque, et de se
mettre à leur service, comme le Christ le fait
pour son Église : « Vous, les hommes, aimez
votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé
l’Église, il s’est livré pour elle » (Ép
5,25).
Mais
aujourd’hui, de tels propos sont inacceptables.
Par souci de fidélité à saint Paul, il faut
inviter l’Église à reconnaître l’égalité
homme/femme, ce qu’elle ne reconnaît toujours
pas, 2,000 ans après saint Paul. J’ai le goût de
dire : Dépêchons-nous! Si on veut faire naître
une Parole neuve de Dieu qui corresponde à notre
réalité humaine et qui respecte l’esprit de la
lettre aux Éphésiens. Malheureusement, certains
liront ce texte biblique, de façon littérale,
sans plus, au risque de choquer une partie de
l’assistance. Et d’autres, le laisseront tomber,
au lieu d’en faire découvrir la nouveauté et
l’interpellation que son auteur suggère à
l’Église de notre temps.
En terminant, la question posée aux Douze dans l’évangile
d’aujourd’hui : « Voulez-vous partir, vous
aussi? » (Jn 6,67), à laquelle Simon-Pierre
répondit : « Seigneur, vers qui
pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la
vie éternelle » (Jn 6,68), c’est à nous
qu’elle est posée maintenant. Et ce n’est pas
tout d’y répondre par une phrase qui
ressemblerait à celle de Pierre… Accepter de
poursuivre la route avec Christ, c’est manger sa
chair et boire son sang, c’est-à-dire assumer
notre humanité jusqu’au bout, en nous inspirant
de la sienne, et nous laisser transformer par ce
que Jésus à été dans sa vie humaine pour devenir
ce qu’il est devenu à Pâques : Christ, Seigneur,
Fils de Dieu.
Bonne réflexion!
Bonne homélie!.
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