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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Is 66,18-21
Évangile : Lc 13,22-30
La porte des Béatitudes
Nous sommes toujours en marche vers Jérusalem, et voilà qu’en
chemin, une question est posée par une personne
anonyme : « Seigneur n’y aura-t-il que peu de
gens à être sauvés? » (Lc 13,23).
Évidemment, la réponse est non, même si le
Christ de l’évangile de Luc n’y répond pas
directement. Il dit simplement :
« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite,
car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à
entrer et ne le pourront pas » (Lc 13,24).
Mais, un peu plus loin, il ajoute : « Alors
on viendra de l’orient et de l’occident, du nord
et du midi, prendre place au festin dans le
royaume de Dieu » (Lc 13,29). On peut donc
se demander, quels sont ceux qui ne pourront pas
entrer, puisque ceux qui entrent viennent de
partout? Qu’est-ce que saint Luc veut nous dire?
Quel est le message de son évangile?
1.
L’universalité du salut.
Déjà, au temps du prophète Isaïe, on peut
entrevoir l’universalité du salut. Le peuple est
rentré d’Exil et il reconstruit Jérusalem. Mais
les problèmes sont nombreux : il existe des
rivalités entre les revenants et ceux qui
étaient demeurés à Jérusalem au temps de l’Exil
et qui se sont mêlés aux étrangers. Ces derniers
font-ils encore partie du peuple de Dieu? C’est
alors que le prophète Isaïe invite tout le
monde : les revenants et ceux qui sont restés,
non seulement à se réconcilier entre eux, mais à
s’ouvrir à toutes les nations, puisque Dieu
s’intéresse à tous les hommes, même à ceux qui
ne le connaissent pas : « Je viens rassembler
les hommes de toute nation et de toute langue.
Ils viendront et ils verront ma gloire » (Is
66,18). Et ceux qui font partie du peuple de
Dieu sont invités à devenir missionnaires, des
messagers pour faire connaître le Dieu de
l’Alliance à tous ceux qui ne le connaissent
pas, afin d’en faire des frères, qu’ils
ramèneront à Jérusalem pour célébrer l’unité
enfin retrouvée. Bien plus, dit Isaïe, Dieu se
choisira parmi les étrangers des prêtres et des
lévites (Is 66,21), ce qui était réservé à
l’époque à une tribu en particulier.
Quelle
belle ouverture! Il ne faut pas oublier que nous
sommes au 6ème siècle avant le Christ, et déjà,
on assiste à l’abolition des privilèges pour
faire partie du peuple de Dieu. Dans l’évangile
d’aujourd’hui, saint Luc actualise, pour les
chrétiens de sa communauté, l’universalité du
salut : il ne s’agit pas de faire partie d’un
groupe ou d’une Église pour être sauvé. Il
s’agit simplement de s’ouvrir et de répondre à
l’invitation qui est faite à tous, afin de
prendre place au festin du royaume de Dieu.
Selon l’évangéliste Luc, il n’y a aucun
privilège pour participer au banquet du royaume.
Ce n’est pas parce que je suis catholique, que
je vais à la messe tous les dimanches, que je me
confesse régulièrement ou que je paie ma dîme
annuellement, que ça me donne un droit d’entrée
automatique : « Alors vous vous mettrez à
dire :’’ Nous avons mangé et bu en ta présence,
et tu as enseigné sur nos places’’. Il vous
répondra : ‘’Je ne sais pas d’où vous êtes.
Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le
mal’’ » (Lc 13,26-27). Mais, que doit-on
faire?
2.
La porte étroite.
Il faut entrer par la porte étroite. Mais quelle
est cette porte étroite? La porte étroite, c’est
celle que le Christ lui-même a empruntée. C’est
celle des Béatitudes; c’est celle de la passion,
de la mort et de la résurrection. Et si elle est
étroite, c’est que pour y entrer, il faut se
dépouiller de tout ce qui nous encombre sur le
chemin de la vie et il faut se déposséder de
tout ce qui nous empêche d’aimer l’autre, les
autres, par le don de sa vie. Mais alors,
qu’est-ce que ça donne de faire partie de
l’Église et de pratiquer sa foi? Ça donne une
responsabilité… la responsabilité de faire
connaître le Christ à ceux et celles qui ne
l’ont jamais rencontré, mais qui en vivent quand
même par ce qu’ils sont et par ce qu’ils font,
sans même le savoir.
Ex. : Il
m’est arrivé souvent de rencontrer des gens qui
se disent non-croyants ou athées, mais qui sont,
en même temps, des modèles de générosité et de
gratuité. Lorsque j’étais député, je me souviens
d’un gars qui se prénommait Claude et qui se
disait athée. Pendant deux ans, ce gars-là
m’impressionnait par sa disponibilité à aider
les autres, par sa détermination à servir, par
son sens des responsabilités, par son ouverture
aux autres et par son humanité. En parlant avec
lui, je me suis rendu compte que ce gars-là
vivait concrètement les valeurs chrétiennes : la
compassion, le combat pour la justice, la
fraternité, le pardon, l’amour. Il avait
confiance en l’être humain et il espérait un
monde meilleur.
Par
ailleurs, s’il se disait athée, c’est parce
qu’il n’avait jamais rencontré le Christ dans
l’Église catholique dans laquelle il a été
baptisé. Claude ne savait pas que le message
central du Christ des Évangiles consistait tout
simplement à être et à devenir de plus en plus
humain, en aimant plus, en partageant davantage
et en pardonnant inconditionnellement. En
parlant avec lui, je lui ai appris que le divin
n’est pas inaccessible; il vient à la rencontre
de l’humain, lorsque celui-ci s’ouvre pour le
reconnaître et pour l’accueillir. La rencontre
de Dieu ne peut se faire que dans notre humanité
avec toutes ses fragilités, et le Christ est là
pour en témoigner; mais c’est seulement à
travers nous, les chrétiens, que les autres
pourront voir et reconnaître le visage du
Christ.
C’est
pourquoi, la mission est si importante et
nécessaire : il nous faut emprunter la porte
étroite des Béatitudes, qui nous conduit
nécessairement sur le chemin de la passion, de
la mort et de la résurrection. C’est la seule
façon d’être visage du Christ de Pâques!
Arrêtons de mettre des barrières, de faire des
règlements et d’imposer des restrictions.
Apprenons à aimer, à donner, à partager, à
pardonner, à faire espérer! Le monde a besoin de
nous, les chrétiens, pour rencontrer le Christ!
En terminant, il ne faut surtout pas désespérer. Dans notre
monde de plus en plus sécularisé, où l’amour est
une valeur fondamentale de la vie en société,
les hommes et les femmes de notre temps, sans
même le savoir parfois, empruntent la porte
étroite qui conduit au banquet du royaume. La
seule chose qui leur manque, c’est une
référence, c’est la rencontre d’un chrétien ou
d’une chrétienne, sur qui ils pourront
reconnaître le visage du Ressuscité. S’il est
vrai, comme le dit si bien saint Jean de
la Croix : « Au soir de ta vie, tu seras
examiné sur l’Amour », dépêchons-nous
d’aimer comme le Christ, pour que les autres
puissent le rencontrer et en témoigner à leur
tour.
Dans son commentaire sur l’évangile de ce dimanche, l’exégète
français Jean Debruynne nous dit que le Christ
de l’évangile de Luc nous montre que le Royaume
n’est pas un droit acquis, mais bien un chemin à
parcourir. Il écrit : « Ce texte de Luc
laisse un sentiment d’exclusion : Beaucoup
chercheront à entrer et ne le pourront pas…C’est
que le débat qui se noue autour de Jésus est le
contraire de celui d’aujourd’hui. Pour ceux qui
interrogent Jésus, le Royaume est un droit, ce
n’est pas un chemin. Le Royaume est un héritage,
c’est leur dû, il leur appartient et la question
posée ici se dit en fait : À part nous, n’y
aurait-il que peu de gens à être sauvés? Jésus
renverse les idées toutes faites : on n’entre
pas dans le Royaume par droit ou par devoir; on
y entre par la porte étroite, non le grand
portail… mais la petite porte de derrière ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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