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Vingt-et-unième dimanche du Temps ordinaire (C) : 22 août 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Is 66,18-21
Évangile :  Lc 13,22-30

La porte des Béatitudes

Nous sommes toujours en marche vers Jérusalem, et voilà qu’en chemin, une question est posée par une personne anonyme : « Seigneur n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés? » (Lc 13,23). Évidemment, la réponse est non, même si le Christ de l’évangile de Luc n’y répond pas directement. Il dit simplement : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas » (Lc 13,24). Mais, un peu plus loin, il ajoute : « Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu » (Lc 13,29). On peut donc se demander, quels sont ceux qui ne pourront pas entrer, puisque ceux qui entrent viennent de partout? Qu’est-ce que saint Luc veut nous dire? Quel est le message de son évangile?

1.       L’universalité du salut. Déjà, au temps du prophète Isaïe, on peut entrevoir l’universalité du salut. Le peuple est rentré d’Exil et il reconstruit Jérusalem. Mais les problèmes sont nombreux : il existe des rivalités entre les revenants et ceux qui étaient demeurés à Jérusalem au temps de l’Exil et qui se sont mêlés aux étrangers. Ces derniers font-ils encore partie du peuple de Dieu? C’est alors que le prophète Isaïe invite tout le monde : les revenants et ceux qui sont restés, non seulement à se réconcilier entre eux, mais à s’ouvrir à toutes les nations, puisque Dieu s’intéresse à tous les hommes, même à ceux qui ne le connaissent pas : « Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire » (Is 66,18). Et ceux qui font partie du peuple de Dieu sont invités à devenir missionnaires, des messagers pour faire connaître le Dieu de l’Alliance à tous ceux qui ne le connaissent pas, afin d’en faire des frères, qu’ils ramèneront à Jérusalem pour célébrer l’unité enfin retrouvée. Bien plus, dit Isaïe, Dieu se choisira parmi les étrangers des prêtres et des lévites (Is 66,21), ce qui était réservé à l’époque à une tribu en particulier.

Quelle belle ouverture! Il ne faut pas oublier que nous sommes au 6ème siècle avant le Christ, et déjà, on assiste à l’abolition des privilèges pour faire partie du peuple de Dieu. Dans l’évangile d’aujourd’hui, saint Luc actualise, pour les chrétiens de sa communauté, l’universalité du salut : il ne s’agit pas de faire partie d’un groupe ou d’une Église pour être sauvé. Il s’agit simplement de s’ouvrir et de répondre à l’invitation qui est faite à tous, afin de prendre place au festin du royaume de Dieu. Selon l’évangéliste Luc, il n’y a aucun privilège pour participer au banquet du royaume. Ce n’est pas parce que je suis catholique, que je vais à la messe tous les dimanches, que je me confesse régulièrement ou que je paie ma dîme annuellement, que ça me donne un droit d’entrée automatique : « Alors vous vous mettrez à dire :’’ Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places’’. Il vous répondra : ‘’Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal’’ » (Lc 13,26-27). Mais, que doit-on faire?

2.       La porte étroite. Il faut entrer par la porte étroite. Mais quelle est cette porte étroite? La porte étroite, c’est celle que le Christ lui-même a empruntée. C’est celle des Béatitudes; c’est celle de la passion, de la mort et de la résurrection. Et si elle est étroite, c’est que pour y entrer, il faut se dépouiller de tout ce qui nous encombre sur le chemin de la vie et il faut se déposséder de tout ce qui nous empêche d’aimer l’autre, les autres, par le don de sa vie. Mais alors, qu’est-ce que ça donne de faire partie de l’Église et de pratiquer sa foi? Ça donne une responsabilité… la responsabilité de faire connaître le Christ à ceux et celles qui ne l’ont jamais rencontré, mais qui en vivent quand même par ce qu’ils sont et par ce qu’ils font, sans même le savoir.

Ex. : Il m’est arrivé souvent de rencontrer des gens qui se disent non-croyants ou athées, mais qui sont, en même temps, des modèles de générosité et de gratuité. Lorsque j’étais député, je me souviens d’un gars qui se prénommait Claude et qui se disait athée. Pendant deux ans, ce gars-là m’impressionnait par sa disponibilité à aider les autres, par sa détermination à servir, par son sens des responsabilités, par son ouverture aux autres et par son humanité. En parlant avec lui, je me suis rendu compte que ce gars-là vivait concrètement les valeurs chrétiennes : la compassion, le combat pour la justice, la fraternité, le pardon, l’amour. Il avait confiance en l’être humain et il espérait un monde meilleur.

Par ailleurs, s’il se disait athée, c’est parce qu’il n’avait jamais rencontré le Christ dans l’Église catholique dans laquelle il a été baptisé. Claude ne savait pas que le message central du Christ des Évangiles consistait tout simplement à être et à devenir de plus en plus humain, en aimant plus, en partageant davantage et en pardonnant inconditionnellement. En parlant avec lui, je lui ai appris que le divin n’est pas inaccessible; il vient à la rencontre de l’humain, lorsque celui-ci s’ouvre pour le reconnaître et pour l’accueillir. La rencontre de Dieu ne peut se faire que dans notre humanité avec toutes ses fragilités, et le Christ est là pour en témoigner; mais c’est seulement à travers nous, les chrétiens, que les autres pourront voir et reconnaître le visage du Christ.

C’est pourquoi, la mission est si importante et nécessaire : il nous faut emprunter la porte étroite des Béatitudes, qui nous conduit nécessairement sur le chemin de la passion, de la mort et de la résurrection. C’est la seule façon d’être visage du Christ de Pâques! Arrêtons de mettre des barrières, de faire des règlements et d’imposer des restrictions. Apprenons à aimer, à donner, à partager, à pardonner, à faire espérer! Le monde a besoin de nous, les chrétiens, pour rencontrer le Christ!

En terminant, il ne faut surtout pas désespérer. Dans notre monde de plus en plus sécularisé, où l’amour est une valeur fondamentale de la vie en société, les hommes et les femmes de notre temps, sans même le savoir parfois, empruntent la porte étroite qui conduit au banquet du royaume. La seule chose qui leur manque, c’est une référence, c’est la rencontre d’un chrétien ou d’une chrétienne, sur qui ils pourront reconnaître le visage du Ressuscité. S’il est vrai, comme le dit si bien saint Jean de la Croix : « Au soir de ta vie, tu seras examiné sur l’Amour », dépêchons-nous d’aimer comme le Christ, pour que les autres puissent le rencontrer et en témoigner à leur tour.

Dans son commentaire sur l’évangile de ce dimanche, l’exégète français Jean Debruynne nous dit que le Christ de l’évangile de Luc nous montre que le Royaume n’est pas un droit acquis, mais bien un chemin à parcourir. Il écrit : « Ce texte de Luc laisse un sentiment d’exclusion : Beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas…C’est que le débat qui se noue autour de Jésus est le contraire de celui d’aujourd’hui. Pour ceux qui interrogent Jésus, le Royaume est un droit, ce n’est pas un chemin. Le Royaume est un héritage, c’est leur dû, il leur appartient et la question posée ici se dit en fait : À part nous, n’y aurait-il que peu de gens à être sauvés? Jésus renverse les idées toutes faites : on n’entre pas dans le Royaume par droit ou par devoir; on y entre par la porte étroite, non le grand portail… mais la petite porte de derrière ».


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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