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Vingt-deuxième dimanche du Temps ordinaire (C) : 29 août 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Si 3,17-18.20.28-29
Évangile : Lc 14,1a.7-14

Les invités d’honneur au festin du Royaume!

Dimanche dernier, la liturgie nous rappelait que l’Église n’est pas réservée à quelques-uns, mais qu’elle est ouverte à tous : l’important, c’est de passer par la porte étroite, d’être humble… Même message aujourd’hui, avec la double parabole de l’invitation : lorsque je suis invité ou lorsque j’invite, ce qui doit compter, ce ne sont pas les premières places, ni des riches voisins ou des personnages importants, mais bien la dernière place et l’estropié ou le blessé de la vie… Mais comment peut-on y arriver?

1.       Par l’humilité. En 1ère lecture aujourd’hui, Jésus ben Sirac, qui tenait une école philosophique à Jérusalem, au 2ème siècle avant notre ère, s’adresse à des jeunes issus de la nouvelle bourgeoisie des affaires. La mode de l’époque est au commerce, sous l’influence de la modernité grecque traditionnelle. Ben Sirac, tout en tenant compte des avantages de la culture grecque, rappelle les atouts de la tradition religieuse d’Israël. Par des maximes de sagesse, il invite les jeunes à l’humilité : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur » (Si 3,17). « Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur » (Si 3,18).

Mais attention! Il ne s’agit pas d’humiliation, mais bien d’humilité…Ce qui est très différent. Doris Lussier disait : « Humour, humilité, humain, trois mots qui ont la même racine parce qu’ils signifient des réalités de même famille. L’humour, c’est le frère laïque de l’humilité et souvent le fils de la charité ». On peut donc dire qu’être humble, c’est être humain tout simplement avec la capacité d’aimer. L’humilité est le contraire de l’orgueil… L’orgueil qui ouvre la porte à toutes les injustices : le mépris du faible, l’exploitation du pauvre, l’exclusion du marginalisé, du blessé de la vie. Ben Sirac écrit : « La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui » (Si 3,28).

N’est-ce pas cette même humilité dont nous parle le Christ de l’évangile de Luc? Invité à un grand festin chez un chef des pharisiens, Jésus remarque que les invités choisissent les premières places pour se faire voir de celui qui les invite (Lc 14,7). Saint Luc en profite donc pour donner un enseignement sur l’Eucharistie, le signe du festin de noces du Royaume. Il interpelle l’Église de son temps, où déjà, certains s’attribuaient les meilleures places, et laissaient à d’autres les dernières et à d’autres encore, aucune place… tout simplement l’exclusion de la table eucharistique : « Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire : ‘’Cède-lui ta place’’, et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘’Mon ami, avance plus haut’’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé » (Lc 14,8-11).

C’est évident qu’il s’agit ici d’une parabole qui s’adresse à l’Église de Luc où l’évangéliste veut montrer que les places dans l’Église ne sont pas réservées, et que les premières places ne sont pas un dû  ou un droit, mais bien un don offert par celui qui invite : Dieu lui-même. C’est pourquoi, quelle que soit la fonction qu’on exerce dans l’Église, on doit l’exercer avec humilité et humanité. Il ne nous appartient pas de déterminer les places aux invités. Cependant, il ne faut jamais oublier quels sont les préférés de Dieu et ceux pour qui ces places sont offertes.

2.       Par la gratuité. Saint Luc ajoute une autre parabole : « Jésus disait à celui qui l’avait invité : ‘’Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins; sinon, eux aussi t’inviteraient en retour, et la politesse te serait rendue’’ » (Lc 14,12-13a). Encore là, pour comprendre cette parabole, il nous faut l’appliquer à l’Eucharistie, signe du festin du Royaume; de sorte que Luc laisse tomber le déjeuner ou le dîner pour le remplacer par le festin : « Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles; et tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes » (Lc 14,13b-14). Il s’agit donc ici de ceux que Dieu préfère, car c’est en toute gratuité que le banquet du Royaume leur est offert. Dieu n’attend rien en retour, sinon, la réponse à son invitation qui se retrouve dans la parabole qui suit celles d’aujourd’hui : la parabole des invités remplacés par les pauvres (Lc 14,15-24).

Il y a donc un très beau message dans cet évangile de Luc : c’est dans l’humilité qu’on doit vivre l’Église et c’est en toute gratuité qu’on y est invité. L’exégète français, Alain Marchadour, pose la question suivante : « Ces règles proposées par Jésus ont-elles jamais été mise en application? La lettre de Jacques (Jc 2,2-4), décrivant la différence de traitement entre le riche et le pauvre, montre qu’il y a loin de l’enseignement de Jésus à la pratique de la communauté. Aujourd’hui il en est de même, et il faut réentendre de tels textes avec la même humilité et la même conscience de pauvreté et la même exigence de conversion que les auditeurs de Jésus ».

En terminant, je voudrais simplement vous proposer cette belle application de l’évangile d’aujourd’hui, par le français Michel Hubaut, qui s’intitule : Au hit-parade de l’amour! « Smokings et nœuds papillons, robes de taffetas et paillettes, uniformes d’apparat et soutanes violettes, Seigneur, ils s’étaient tous, spontanément, installés autour des tables d’honneurs, chefs d’État, stars de la télévision et du cinéma, artistes et écrivains de renom, prélats, toutes les vedettes du hit-parade de la politique, des arts et du spectacle… Mais un ange de service est venu leur dire avec son plus beau sourire : ‘’Veuillez, je vous prie, céder les premières places aux invités d’honneur du maître de maison!’’ Alors, Seigneur, stupéfaits, tous les grands de ce monde virent arriver pour le hit-parade de l’amour, dans la salle du Festin de ton Royaume : Jean-Baptiste avec sa tunique en poils de chameau, des bergers avec leurs moutons et leurs pipeaux, le vieillard Syméon, la prophétesse Anne, Zacharie avec quelques rouleaux des Saintes Écritures. Des pêcheurs de Galilée avec leurs filets, de nombreux lépreux, Bartimée, l’aveugle de Jéricho, et beaucoup d’autres aveugles avec leur sébile, le paralysé avec son grabat, la cananéenne, la samaritaine, la pauvre veuve du Temple avec ses deux piécettes. Marie-Madeleine avec ses amies, des prostituées, Lévi avec les siens, des publicains, le centurion romain avec son casque sous le bras, l’ancien possédé des Géraséniens, le pauvre Lazare et le riche Zachée, Nicodème, Joseph d’Arimathie, l’autre Lazare, Marthe et Marie, le bon larron et tant d’autres dont personne ne connaissait le nom! Et, soudain le petit garçon qui, un jour, avait apporté cinq pains d’orge et deux petits poissons entraîna, autour de la Table du Banquet, une joyeuse farandole d’enfants qui chantaient : ‘’Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé!’’ »

Les invités d’honneur au festin du Royaume ne sont pas ceux qu’on pense…


Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

 

 

 

 

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