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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Si
3,17-18.20.28-29
Évangile : Lc 14,1a.7-14
Les invités d’honneur au festin du Royaume!
Dimanche dernier, la liturgie nous rappelait que l’Église
n’est pas réservée à quelques-uns, mais qu’elle
est ouverte à tous : l’important, c’est de
passer par la porte étroite, d’être humble… Même
message aujourd’hui, avec la double parabole de
l’invitation : lorsque je suis invité ou lorsque
j’invite, ce qui doit compter, ce ne sont pas
les premières places, ni des riches voisins ou
des personnages importants, mais bien la
dernière place et l’estropié ou le blessé de la
vie… Mais comment peut-on y arriver?
1.
Par l’humilité.
En 1ère lecture aujourd’hui, Jésus ben Sirac,
qui tenait une école philosophique à Jérusalem,
au 2ème siècle avant notre ère, s’adresse à des
jeunes issus de la nouvelle bourgeoisie des
affaires. La mode de l’époque est au commerce,
sous l’influence de la modernité grecque
traditionnelle. Ben Sirac, tout en tenant compte
des avantages de la culture grecque, rappelle
les atouts de la tradition religieuse d’Israël.
Par des maximes de sagesse, il invite les jeunes
à l’humilité : « Mon fils, accomplis toute
chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus
qu’un bienfaiteur » (Si 3,17). « Plus tu
es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras
grâce devant le Seigneur » (Si 3,18).
Mais
attention! Il ne s’agit pas d’humiliation,
mais bien d’humilité…Ce qui est très
différent. Doris Lussier disait : « Humour,
humilité, humain, trois mots qui ont la même
racine parce qu’ils signifient des réalités de
même famille. L’humour, c’est le frère laïque de
l’humilité et souvent le fils de la charité ».
On peut donc dire qu’être humble, c’est être
humain tout simplement avec la capacité d’aimer.
L’humilité est le contraire de l’orgueil…
L’orgueil qui ouvre la porte à toutes les
injustices : le mépris du faible, l’exploitation
du pauvre, l’exclusion du marginalisé, du blessé
de la vie. Ben Sirac écrit : « La condition
de l’orgueilleux est sans remède, car la racine
du mal est en lui » (Si 3,28).
N’est-ce
pas cette même humilité dont nous parle le
Christ de l’évangile de Luc? Invité à un grand
festin chez un chef des pharisiens, Jésus
remarque que les invités choisissent les
premières places pour se faire voir de celui qui
les invite (Lc 14,7). Saint Luc en profite donc
pour donner un enseignement sur l’Eucharistie,
le signe du festin de noces du Royaume. Il
interpelle l’Église de son temps, où déjà,
certains s’attribuaient les meilleures places,
et laissaient à d’autres les dernières et à
d’autres encore, aucune place… tout simplement
l’exclusion de la table eucharistique :
« Quand tu es invité à des noces, ne va pas te
mettre à la première place, car on peut avoir
invité quelqu’un de plus important que toi.
Alors, celui qui vous a invités, toi et lui,
viendrait te dire : ‘’Cède-lui ta place’’, et tu
irais, plein de honte, prendre la dernière
place. Au contraire, quand tu es invité, va te
mettre à la dernière place. Alors, quand viendra
celui qui t’a invité, il te dira : ‘’Mon ami,
avance plus haut’’, et ce sera pour toi un
honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table
avec toi. Qui s’élève sera abaissé; qui
s’abaisse sera élevé » (Lc 14,8-11).
C’est
évident qu’il s’agit ici d’une parabole qui
s’adresse à l’Église de Luc où l’évangéliste
veut montrer que les places dans l’Église ne
sont pas réservées, et que les premières places
ne sont pas un dû ou un droit, mais bien un don
offert par celui qui invite : Dieu lui-même.
C’est pourquoi, quelle que soit la fonction
qu’on exerce dans l’Église, on doit l’exercer
avec humilité et humanité. Il ne nous appartient
pas de déterminer les places aux invités.
Cependant, il ne faut jamais oublier quels sont
les préférés de Dieu et ceux pour qui ces places
sont offertes.
2.
Par la gratuité.
Saint Luc ajoute une autre parabole : « Jésus
disait à celui qui l’avait invité : ‘’Quand tu
donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes
amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de
riches voisins; sinon, eux aussi t’inviteraient
en retour, et la politesse te serait rendue’’ »
(Lc 14,12-13a). Encore là, pour comprendre
cette parabole, il nous faut l’appliquer à
l’Eucharistie, signe du festin du Royaume; de
sorte que Luc laisse tomber le déjeuner ou le
dîner pour le remplacer par le festin : « Au
contraire, quand tu donnes un festin, invite des
pauvres, des estropiés, des boiteux, des
aveugles; et tu seras heureux, parce qu’ils
n’ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la
résurrection des justes » (Lc 14,13b-14). Il
s’agit donc ici de ceux que Dieu préfère, car
c’est en toute gratuité que le banquet du
Royaume leur est offert. Dieu n’attend
rien en retour, sinon, la réponse à son
invitation qui se retrouve dans la parabole qui
suit celles d’aujourd’hui : la parabole des
invités remplacés par les pauvres (Lc
14,15-24).
Il y a donc
un très beau message dans cet évangile de Luc :
c’est dans l’humilité qu’on doit vivre l’Église
et c’est en toute gratuité qu’on y est invité.
L’exégète français, Alain Marchadour, pose la
question suivante : « Ces règles proposées
par Jésus ont-elles jamais été mise en
application? La lettre de Jacques (Jc 2,2-4),
décrivant la différence de traitement entre le
riche et le pauvre, montre qu’il y a loin de
l’enseignement de Jésus à la pratique de la
communauté. Aujourd’hui il en est de même, et il
faut réentendre de tels textes avec la même
humilité et la même conscience de pauvreté et la
même exigence de conversion que les auditeurs de
Jésus ».
En terminant, je voudrais simplement vous proposer cette
belle application de l’évangile d’aujourd’hui,
par le français Michel Hubaut, qui s’intitule :
Au hit-parade de l’amour! « Smokings et nœuds
papillons, robes de taffetas et paillettes,
uniformes d’apparat et soutanes violettes,
Seigneur, ils s’étaient tous, spontanément,
installés autour des tables d’honneurs, chefs
d’État, stars de la télévision et du cinéma,
artistes et écrivains de renom, prélats, toutes
les vedettes du hit-parade de la politique, des
arts et du spectacle… Mais un ange de service
est venu leur dire avec son plus beau sourire :
‘’Veuillez, je vous prie, céder les premières
places aux invités d’honneur du maître de
maison!’’ Alors, Seigneur, stupéfaits, tous les
grands de ce monde virent arriver pour le
hit-parade de l’amour, dans la salle du Festin
de ton Royaume : Jean-Baptiste avec sa tunique
en poils de chameau, des bergers avec leurs
moutons et leurs pipeaux, le vieillard Syméon,
la prophétesse Anne, Zacharie avec quelques
rouleaux des Saintes Écritures. Des pêcheurs de
Galilée avec leurs filets, de nombreux lépreux,
Bartimée, l’aveugle de Jéricho, et beaucoup
d’autres aveugles avec leur sébile, le paralysé
avec son grabat, la cananéenne, la samaritaine,
la pauvre veuve du Temple avec ses deux
piécettes. Marie-Madeleine avec ses amies, des
prostituées, Lévi avec les siens, des
publicains, le centurion romain avec son casque
sous le bras, l’ancien possédé des Géraséniens,
le pauvre Lazare et le riche Zachée, Nicodème,
Joseph d’Arimathie, l’autre Lazare, Marthe et
Marie, le bon larron et tant d’autres dont
personne ne connaissait le nom! Et, soudain le
petit garçon qui, un jour, avait apporté cinq
pains d’orge et deux petits poissons entraîna,
autour de
la Table du Banquet, une joyeuse farandole d’enfants qui chantaient : ‘’Nous
avons joué de la flûte et vous n’avez pas
dansé!’’ »
Les invités d’honneur au festin du Royaume ne sont pas ceux
qu’on pense…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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