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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Sg 9,13-18
2ème lecture : Phm 9b-10.12-17
Évangile : Lc 14,25-33
Suivre le Christ…Tout un contrat!
Depuis plusieurs semaines, on est en route vers Jérusalem et
depuis trois semaines, sur la route, le Christ
de l’évangile de Luc donne des conseils sur la
manière de vivre en Église : être ouvert à tous,
il y a deux semaines, accueillir le pauvre, la
semaine passée, et aujourd’hui, être prêt à des
ruptures, à des choix douloureux, à porter sa
croix! Dans le fond, l’évangile nous pose la
question suivante : comment faire route avec le
Christ, comment prétendre être son disciple sans
le préférer à tout, même à sa propre vie? C’est
un choix lourd d’engagements; c’est un choix
crucial et, avant de choisir, il nous faut nous
asseoir et calculer… Selon saint Luc, quelles
sont les conditions pour suivre le Christ de
l’évangile? Il y en a 3 :
1.
Un Amour total.
Pour suivre le Christ, il faut être animé d’un
amour supérieur à toutes les affections
familiales ou autres : « Si quelqu’un vient à
moi sans me préférer à son père, sa mère, sa
femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même
à sa propre vie, il ne peut pas être mon
disciple » (Lc 14,26). Alors que Matthieu se
contente d’écrire : « Qui aime son père ou sa
mère plus que moi n’est pas digne de moi »
(Mt 10,37), voilà que Luc utilise même le verbe
grec misein qui se traduit par haïr.
Qu’est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que
pour suivre le Christ, il faut aimer vraiment et
ce, d’une manière libre et totale. L’amour qu’on
éprouve pour nos proches, les autres et pour
nous-mêmes ne doit jamais nous empêcher de nous
conduire au Christ; puisque nos proches, les
autres et nous-mêmes, nous sommes visages du
Christ et Christ lui-même. Dans ce cas, pourquoi
Luc utilise-t-il le verbe haïr, traduit
dans nos bibles par préférer? Tout
simplement pour nous rappeler la radicalité et
l’urgence de notre engagement à aimer
totalement, librement et gratuitement.
Rappelons-nous les trois degrés de l’Amour,
selon saint Augustin : 1) Aimer être aimé :
tout le monde est concerné… Qui n’aime pas être
aimé? 2) Aimer aimer : c’est généreux et
vertueux, mais ça peut aussi être égoïste; à
vouloir aimer les autres, ça nous fait du bien.
C’est gratifiant et on peut le faire pour
soi-même. 3) Aimer (tout court) :
gratuitement, non pas pour faire plaisir, mais
aimer sans rien attendre en retour.
2.
Porter sa croix.
Pour suivre le Christ, il faut porter sa croix,
c’est-à-dire renoncer à sa propre vie jusqu’à
s’attendre au pire parfois. Encore une fois,
c’est un engagement radical qui peut nous
conduire au rejet, à la condamnation et à
l’exclusion comme le Christ dans son action et
dans sa révolution (son combat pour le Royaume).
Être disciple du Christ, s’engager à sa suite,
ce n’est pas agir d’une manière politically
correct, pour ne pas déplaire aux autorités
ou à certaines personnes. S’engager à la suite
du Christ, c’est travailler pour la justice et
la liberté, c’est partager avec les plus
démunis, c’est redonner la dignité à ceux et
celles qui l’ont perdue, à cause de la société
ou même de l’Église. Ça demande beaucoup de
courage, de renoncements et de détermination… et
c’est pourquoi, avant de faire ce choix, avant
de s’engager, on est invité à s’asseoir pour
calculer si on a la capacité de bâtir une tour
et non pas seulement y mettre les fondations (Lc
14,28-30) ou de partir en guerre si on n’a pas
la capacité de vaincre l’adversaire (Lc
14,31-32).
3.
Renoncer à tous ses biens.
Pour suivre le Christ, il faut être libre par
rapport à tout ce que nous possédons. Renoncer à
tous ses biens, ça ne veut pas dire ne pas en
avoir, mais ça veut dire que ce que nous
possédons ne doit pas nous empêcher de nous
engager librement à la suite du Christ. Le
théologien français Marcel Metzger écrivait en
1992 : « Dans l’évangile de ce dimanche, il
n’est question que de renoncements et pas des
moindres, car Jésus s’adresse à nous d’une
manière catégorique et radicale : il nous
demande de le préférer à toute autre personne et
encore de renoncer à tous nos biens, si nous
voulons être ses disciples. De tels renoncements
nous paraissent énormes, voire impossibles. Et
pourtant, si nous n’en prenons pas l’initiative
spontanément et de bon gré, l’existence s’en
chargera bien, à notre place, car au fur et à
mesure que nous avançons en âge, nous voilà
progressivement dépouillés, sinon des richesses,
du moins de la santé, des proches, et un jour,
de la vie. On peut protester, se révolter, rien
n’y fait. On peut aussi, à l’inverse, faire de
ce dépouillement irréversible une marche vers le
Royaume, la main dans la main avec le Christ, ce
compagnon fidèle et sûr dont rien ne peut nous
dépouiller ni nous séparer (Rm 8,35) ».
On peut penser que c’est impossible de devenir disciple du
Christ, on peut croire que les conditions pour
suivre le Christ sont irréalistes et même
utopiques; et pourtant, déjà dans le livre de
la Sagesse qu’on a en 1ère lecture aujourd’hui,
ce livre écrit 50 ans avant l’ère chrétienne,
dont l’auteur, un Juif d’Alexandrie, influencé
par la pensée grecque, où il y a dualité entre
le corps et l’âme, nous dit que l’homme dans sa
matérialité est plus que réduit à l’impuissance;
ses sens limitent sa perception à l’horizon
terrestre et la Sagesse qui se trouve en Dieu
est hors de sa portée : « car un corps
périssable appesantit notre âme, et cette
enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux
mille pensées. Nous avons peine à nous
représenter ce qui est sur terre, et nous
trouvons avec effort ce qui est à portée de la
main; qui donc a découvert ce qui est dans les
cieux? » (Sg 9,15-16). Mais, reconnaît le
Sage, Dieu lui-même nous a donné sa Sagesse qui
n’est rien d’autre que l’Esprit Saint et parce
que nous sommes plus que matériels, nous sommes
aussi spirituels; ainsi, nous sommes sauvés et
capables d’atteindre Dieu : « C’est ainsi que
les hommes ont appris ce qui te plaît et, par
la Sagesse, ont été sauvés »
(Sg 9,18).
Notre engagement chrétien d’aujourd’hui, s’il est vrai et
authentique, pourrait transformer notre monde,
comme il a pu transformer le monde ou la société
au début du christianisme. En 2ème lecture,
aujourd’hui, nous avons un des écrits les plus
courts du Nouveau Testament, où saint Paul, dans
sa prison, a accueilli un esclave, Onésime, qui
s’est enfui de chez son maître, Philémon. Au
contact de Paul, cet esclave païen s’est
converti; il a été baptisé par Paul et voilà que
Paul le renvoie à Philémon, son maître, en lui
disant de l’accueillir, non plus comme un
esclave, mais comme un frère bien-aimé. Imaginez
la situation réelle de l’époque où l’esclave
était considéré comme moins que rien. Au temps
d’Aristote, on posait la question suivante :
« Quelle est la différence entre un esclave et
un ustensile? La seule différence, c’est que
l’esclave bouge. L’esclave est un instrument
vivant ». De plus, lorsqu’un esclave fuguait
ou volait son maître, le maître avait le droit
de vie ou de mort sur lui. C’est donc toute une
révolution que la pensée chrétienne impose à la
société de l’époque : « Si Onésime a été
éloigné de toi, Philémon, pendant quelques
temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves
définitivement, non plus comme un esclave, mais,
bien mieux qu’un esclave, comme un frère
bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, Paul, il
le sera plus encore pour toi, aussi bien
humainement que dans le Seigneur » (Phm
15-16).
Imaginez la grande révolution apportée par le Christ :
toujours dans le sens de la justice, l’égalité,
la dignité et la liberté. Aujourd’hui, en 2010,
qu’est-ce Paul demanderait à son ami Philémon
pour mieux suivre le Christ de l’évangile?
Regardons le monde dans lequel nous vivons et
répondons à la question! Il écrirait sans
doute : Accueille le drogué, la prostituée,
l’homosexuel, la divorcée, comme un frère, une
sœur, car dans le Christ, nous avons tous et
toutes la même dignité et nous sommes tous et
toutes des frères et des sœurs.
Je terminerais par cette belle prière du français Michel
Hubaut, qui s’intitule S’asseoir pour oser
risquer : « Seigneur Jésus, pour révéler
le mystère du Royaume de Dieu, tu as pris
beaucoup de risques! Tu as risqué l’éternité
dans le temps, tu as risqué l’invisible dans un
visage d’homme, tu as risqué le divin dans un
corps humain. Tu as risqué
la Parole dans la fragilité de nos mots, tu as risqué
la Bonté de Dieu dans la banalité de gestes quotidiens. Tu as même pris le risque
d’être récupéré, mal interprété, défiguré.
Seigneur, depuis ton Incarnation, comment te
suivre sans prendre des risques? Donne-moi le
goût du risque et le courage de le prendre en
toute lucidité. Donne-moi de risquer mon cœur,
mon intelligence et ma raison, de risquer mes
biens, mon avenir et ma réputation, de risquer
l’hostilité, l’indifférence et même la croix.
Mais, tant de risques, tu le comprends bien,
demandent réflexion, tant de risques méritent
que je prenne le temps de m’asseoir pour
accueillir, dans le silence de la prière, ton
Esprit, source et force de mes choix, pour en
vérifier les fondations! Accorde-moi la grâce de
bâtir ma vie sur le Roc de ta Parole, de durer
en ta Présence, de commencer et d’achever
l’ouvrage de ma vie avec Toi ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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