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Réf. Bibliques : 2ème lecture : Jc 2,14-18
Évangile : Mc 8,27-35
La question posée par le Jésus de l’évangile de Marc et
reprise par la suite par les évangélistes
Matthieu et Luc, cette question donc est
primordiale encore aujourd’hui, si on veut se
définir comme croyant, comme chrétien, comme
disciple du Christ. Qui est Jésus pour nous
aujourd’hui? Il y a bien sûr les non-croyants
qui savent que Jésus de Nazareth a existé. Pour
eux, il a été un homme exceptionnel qui a
révolutionné la société et la religion de son
temps, mais sans plus. Pour d’autres croyants
qui ne sont pas chrétiens, Jésus a été un
prophète comme Mahomet, Bouddha, Moïse, Élie et
plusieurs autres…Mais pour nous chrétiens, qui
est-il au juste? À la lumière de l’évangile de
Marc, on peut tracer à grands traits le
personnage de Jésus de Nazareth, devenu Christ
et Seigneur à Pâques. Mais pour nous
aujourd’hui, quels visages lui donnons-nous dans
nos vies de foi et dans notre Église? Que
disons-nous de lui?
1.
Jésus, un homme.
On ne le dira jamais assez… Jésus de Nazareth a
été un homme comme nous, un vrai homme, qui a
vécu à une époque précise, dans un milieu
précis. Comme homme, il s’est sans doute
démarqué des autres hommes, puisqu’on en parle
depuis 2000 ans. Mais il n’en reste pas moins
qu’il a assumé son humanité jusqu’au bout,
jusqu’à la mort sur une croix. Tous les
évangiles qui sont des récits de foi,
c’est-à-dire des récits construits après Pâques,
dans la foi des premiers chrétiens, qui nous
parlent d’un Jésus déjà transformé par la
Résurrection, tous ces récits font pourtant
allusion à son humanité. Dans l’évangile de Marc
que nous avons aujourd’hui, on peut lire :
« Et pour la première fois il leur enseigna
qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre
beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les
chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit
tué, et que, trois jours après, il ressuscite »
(Mc 8,31).
Mais
attention! Il n’y a pas que les Docètes qui
refusent l’humanité du Christ. Si Marc, par
trois fois, fait dire à Jésus qu’il doit être
rejeté des siens, qu’il doit souffrir et mourir,
c’est parce que même chez les disciples,
certains refusaient l’humanité de celui qui est
devenu Christ et Seigneur à Pâques : « Jésus
disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à
part, se mit à lui faire de vifs reproches »
(Mc 8,32). Dans le fond, on a tellement de
difficultés à vivre notre humanité dans toute sa
fragilité, qu’en déshumanisant le Christ, on
voudrait se déshumaniser soi-même, pour ne pas
vivre le rejet, la souffrance et la mort. Mais
ça ne marche pas comme ça : « Mais Jésus se
retourna et, voyant ses disciples, il interpella
vivement Pierre :’’ Passe derrière moi, Satan!
Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais
celles des hommes’’ » (Mc 8,33). Pierre
représente ici tous les disciples du Christ de
la communauté de Marc…
2.
Jésus, un Messie, un Christ.
Après la mort de Jésus sur la croix du Vendredi
Saint, des hommes et des femmes qui l’avaient
suivi ont pris conscience, peu à peu, que cet
homme, ce prophète, ce révolutionnaire, était
toujours vivant. Ils l’ont rencontré sur la
route et ils l’ont reconnu. Pour eux, Jésus
était non seulement le souvenir de l’ami qu’ils
avaient côtoyé et aimé, mais il était devenu le
Messie, le Christ, le Seigneur, présent et
agissant à travers eux. Désormais, Jésus était
devenu pour certains, quelqu’un d’autre :
« Ils répondirent : ‘’Jean Baptiste; pour
d’autres, Élie; pour d’autres, un des
prophètes’’ » (Mc 8,28). Mais pour les
proches, il était plus que ça : « Il les
interrogeait de nouveau : « « Et vous, que
dites-vous? Pour vous, qui suis-je?’’ Pierre
prend la parole et répond : ‘’Tu es le Messie
(Christ’’) » (Mc 8,29).
Par
ailleurs, le Messie que Pierre croyait
reconnaître n’était que le Messie des hommes, le
chef dont on attendait la libération d’Israël de
l’oppression romaine. Le théologien français
Gérard Bessière écrit : « Jésus ne voulait ni
le pouvoir ni le prestige. Il s’adressait au
cœur et à la liberté des hommes, il proposait
l’amour et le pardon. Il savait que les
puissants ne le supportaient plus et cherchaient
à le supprimer. Il était le Messie pauvre et
persécuté, celui qui affrontait la mort vers
toutes les résurrections. Ceux qui veulent
conduire l’humanité vers le haut gravissent
tous, quelque jour, un chemin de croix ». Et
c’est pourquoi, si on veut devenir ses
disciples, nous n’avons d’autre choix que
d’assumer notre propre humanité comme lui a
assumé la sienne : « Appelant la foule avec
ses disciples, il leur dit : ‘’Si quelqu’un veut
marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même,
qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive’’ »
(Mc 8,34).
3.
Jésus, nous.
Aujourd’hui encore, croire en Jésus : homme,
prophète, Fils de Dieu, Sauveur, Messie, Christ
et Seigneur, c’est d’abord croire en nous, en
notre humanité déjà transformée par lui, parce
qu’habitée par son Esprit. À la fin de
l’évangile d’aujourd’hui, Marc écrit : « Car
celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais
celui qui perdra sa vie pour moi et pour
l’Évangile la sauvera » (Mc 8,35). Ce qui
veut dire que c’est en vivant notre humanité
jusqu’au bout, en adoptant ses valeurs à lui, en
le laissant agir à travers nous, que nous
pouvons espérer le rendre vivant dans notre
Église. Ce n’est pas tout de dire que nous avons
la foi; il faut que ça paraisse, et pour se
faire, il faut passer de la parole à l’action.
En 2ème lecture aujourd’hui, saint Jacques le
dit explicitement : « Ainsi donc, celui qui
n’agit pas, sa foi est bel et bien morte, et on
peut lui dire : ‘’Tu prétends avoir la foi, moi,
je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi
qui n’agit pas; moi, c’est par mes actes que je
te montrerai ma foi’’ » (Jc 2,17-18).
Si c’est à
travers nous que Christ peut parler et agir
aujourd’hui, ça veut dire que sa présence ne
peut être enfermée dans un dogme, une règle, une
Église ou un temple. Sa présence est toujours
nouvelle; elle ne peut être figée dans une
définition. L’exégète français Jean Debruynne
écrit : « Jésus est en route. Jésus est en
marche et c’est en chemin que Jésus pose la
question de son identité : ‘’Qui suis-je?’’
L’identité de Jésus n’est donc pas une
définition, un extrait de naissance ou une carte
de séjour. L’identité de Jésus est un chemin.
C’est une révélation et justement pour les gens
les réponses rapportées par les disciples à la
question de Jésus sont des réponses enfermantes :
Jésus est identifié à des modèles connus :
Jean-Baptiste, Élie ou un autre prophète…Pour
Pierre, Jésus est le Messie, mais que veut dire
le mot Messie? »
C’est à
nous d’y répondre, mais notre réponse dira la
qualité de notre foi et l’espérance qui nous
habite…
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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