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Réf. Bibliques : Évangile : Mc 9, 30-37
Nous commençons aujourd’hui une série de 6 dimanches, dans
l’évangile de Marc, ayant pour thème : Suivre
le Christ, c’est prendre le chemin du petit, du
pauvre, du serviteur. En ce dimanche, pour
illustrer ce qu’il veut dire, l’évangéliste Marc
utilise l’image d’un enfant, qui n’avait à
l’époque aucun droit. L’enfant était le dernier
dans l’ordre social. Mais quelle Parole de Dieu
peut naître aujourd’hui? Quels messages peut-on
retenir de l’évangile qui nous est proposé?
1.
Un chemin de croix :
Pour la 2ème fois, dans l’évangile de Marc, le
Christ nous rappelle que le chemin de croix fait
partie de son itinéraire… Pourquoi? Tout
simplement parce que être chrétiens, disciples
du Christ, c’est emprunter un chemin qui
bouscule nécessairement les grands, les bien
pensants, c’est-à-dire ceux qui croient détenir
la vérité sur Dieu et sur le monde, et qui ont
la certitude d’être dans la vérité… Mais qui
sont-ils ceux-là? On les retrouve un peu partout
dans l’Église et dans la société.
1)
Dans l’Église.
Ce sont souvent des croyants, des spécialistes
de la religion, qui savent eux ce que Dieu veut
et ce qu’il ne veut pas. Ils sont souvent
dogmatiques, ils imposent des règles et se
donnent du pouvoir sur les autres, au nom de
Dieu. Saint Marc, dans son évangile, en fait
mention : « Ils arrivèrent à Capharnaüm, et,
une fois à la maison, Jésus leur demandait :
‘’De quoi discutiez-vous en chemin?’’ » (Mc
9,33). Marc, en peu de mots, décrit très bien la
réalité de son temps. À la question du Christ,
les disciples gardent le silence; un silence
complice, lourd, coupable, un silence qui en dit
long sur leur incompréhension de la mission
chrétienne : « Ils se taisaient, car, sur la
route, il avaient discuté entre eux pour savoir
qui était le plus grand » (Mc 9,34). Encore
aujourd’hui, dans notre Église, certains
disciples, se croyant supérieurs aux autres,
oublient le sens de leur mission. À ceux-là, la
question du Christ de l’évangile est toujours
pertinente : De quoi discutiez-vous en
chemin? De pouvoir? D’autorité? De dogmes?
De règlements? Ou bien de service? De
miséricorde? De pardon? La réponse nous
appartient…
2)
Dans la société.
Mais il y a aussi certains incroyants qui
agissent de la même façon que les premiers. Ils
se croient, eux aussi, détenteurs de la vérité.
Ils fondent leur incroyance et définissent leur
athéisme à partir des frustrations de la
religion de leur enfance. Ils crient haut et
fort leur certitude de l’inexistence de Dieu et
ils sont convaincus que la foi n’appartient
qu’aux naïfs et qu’à ceux qui ont peur de
l’enfer ou tout simplement de la mort. Dans un
livre qui vient de paraître aux édition VLB,
sous la direction de Daniel Baril et Normand
Baillargeon, quatorze témoignages d’autant de
personnes, qui crachent littéralement sur tout
ce qui est religieux et qui le font avec mépris,
condescendance et arrogance. Un prêtre de mon
diocèse, Pierre-Gervais Majeau, qui a lu un de
ces témoignages, celui de Louise Gendron, m’a
écrit : « Le texte de Louise Gendron nous
rappelle un tas d’ambiguïtés non assumées : les
bondieuseries, les grandeurs et misères des
systèmes religieux, les frustrations non
assumées du catholicisme québécois d’hier et
d’aujourd’hui. Ce qui me désarme en lisant ce
texte, c’est l’extrême vulnérabilité de l’athée
qui se fait athée d’une religion lâchée comme un
vêtement d’enfant devenu trop serré. À quand un
athéisme vraiment mûri par la réflexion
scientifique et la critique éclairée? »
Un
professeur universitaire, un exégète, André
Myre, à qui je demandais comment peut-on parler
de Dieu aujourd’hui, m’a écrit : « On ne
devrait pas parler de Dieu, parce que nous
parlons à l’aide de mots et de concepts, et
qu’il n’en existe aucun pour dire ce qui n’est
pas un être, mais le fondement du fait qu’il y a
des êtres. Dieu n’est pas en haut de la pyramide
des êtres, mais en dessous, en creux, ailleurs,
au-delà, en deçà. Je le répète, Dieu n’est pas
un être. C’est tout ce qu’on peut dire, ça se
dit par la négative, impossible de retourner ça
en positif, les mots flanchent. Mon image, c’est
déjà mieux que les purs concepts : une spirale,
qui fuit à toute vitesse en direction de
l’ouverture et qui, par sa pointe, depuis
l’éternité, laisse échapper une infinité
d’infinité de cosmos (le nôtre n’en est qu’un…),
cherchant à manifester à jamais le fruit de sa
réponse à la question qui le hante : quel est le
sens de l’existence? Nul ne l’atteindra jamais,
parce qu’il a une éternité d’avance dans son
parcours, mais nous serons à jamais éblouis par
la richesse inouïe de sa réponse : l’être a du
sens, la réalité est intelligente et le ciment
de l’existence est l’amour. De notre côté des
choses, qui est celui d’êtres produits par la
pointe de la spirale, ce qui nous unit d’abord,
c’est l’intelligence et l’amour qui disent le
sens des choses. Ce qui nous unit ensuite, c’est
le fait qu’en cherchant à penser Dieu, il n’y a
pas de différence entre l’athée et le croyant,
personne ne sachant de quoi il parle. Dire qu’il
existe ou n’existe pas n’a pas de sens, car
comment dire qu’existe ou n’existe pas la
réalité censée expliquer l’existence des choses.
De fait, en parlant d’athée et de croyant, nous
ne parlons pas de Dieu mais portons un jugement
de valeur sur la religion, ce qui est une tout
autre question. Il y a donc des insensés aux
deux extrêmes du spectre, soit ceux qui sont
sûrs que Dieu existe et ceux qui sont sûrs qu’il
n’existe pas. Entre les deux, il y a ceux qui ne
sont sûrs de rien, et c’est la grande majorité
des humains ». Une chose est certaine : Le
croyant sûr de l’existence de Dieu est aussi
dangereux que l’athée sûr de son inexistence. La
certitude crée l’intégrisme et l’intégrisme
privilégie le fanatisme.
2.
Un enfant.
Dans le monde antique, l’enfant est considéré
comme une bénédiction pour la famille, en tant
qu’il sera l’adulte de demain. Mais attention!
L’enfance n’est pas considérée pour elle-même.
Au contraire, les enfants n’ont aucun droit; ils
sont à la merci des grands. Saint Paul l’exprime
bien dans sa 1ère lettre aux Corinthiens où il
dit : « Lorsque j’étais enfant, je parlais
comme un enfant, je pensais comme un enfant, je
raisonnais comme un enfant. Devenu homme, j’ai
mis fin à ce qui était propre à l’enfant »
(1 Co 13,11). L’attitude du Christ de l’évangile
de Marc apparaît donc comme radicalement neuve.
Elle s’exprime en deux scènes parallèles qui se
renforcent l’une l’autre : « Prenant alors un
enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa
et leur dit : ‘’Celui qui accueille en mon nom
un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il
accueille. Et celui qui m’accueille ne
m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a
envoyé’’ » (Mc 9,36-37). Et : « Des gens
lui amenaient des enfants pour qu’il les touche,
mais les disciples les rabrouèrent. En voyant
cela, Jésus s’indigna et leur dit : ‘’Laissez
les enfants venir à moi, ne les empêchez pas,
car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme
eux. En vérité je vous le déclare, qui
n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un
enfant n’y entrera pas’’ » (Mc 10,13-15).
Ce qui veut
dire que le Christ de l’évangile voit dans
l’enfant le faible par excellence, celui qui est
sans défense, qui n’a aucun pouvoir, ni aucune
autorité, et, en même temps, qui est disponible
et ouvert sur l’avenir. Donc, accueillir
l’enfant, lui ressembler, s’identifier à lui, ce
n’est pas imposer ses vues aux autres; c’est
tout le contraire : c’est accepter une remise en
question radicale, renoncer à soi-même pour
devenir disciples du Christ. C’est assumer notre
condition humaine jusqu’au bout. C’est prendre
le même chemin que lui, celui de l’amour, du
pardon, de don de soi, de service des autres.
Évidemment, sur ce chemin, nous rencontrons
nécessairement la croix, car on y rencontre
aussi ceux qui ont la certitude que le chemin
leur appartient. Par ailleurs, la croix est un
échec… Alors pourquoi cet échec? Voici la
réponse du théologien français Michel Hubaut :
« Et si l’échec était une invitation pour
l’homme à se dépasser pour devenir vraiment
lui-même? Et si l’échec devait être intégré dans
toute pédagogie de croissance? Et si l’échec
nous obligeait à ne plus tricher, à jeter nos
masques sociaux… qui est le plus grand? Et à
vivre en vérité avec notre radicale pauvreté
comme cet enfant que Jésus embrasse? Et si
l’échec invitait l’homme à choisir entre la
folle ambition de se réaliser seul et la
grandeur de se laisser aimer, achever par le
Dieu de Jésus Christ? Un Dieu qui a eu l’étrange
idée de réussir son grandiose dessein en passant
par l’échec d’une croix! Certainement pas pour
sacraliser l’échec. Probablement pour lui donner
une signification! »
En terminant, je veux simplement vous partager cette belle
réflexion de l’exégète français Jean Debruynne :
« Dans l’évangile, les disciples sont tous là
à discuter pour savoir qui sera le plus grand,
le plus fort, et Jésus leur donne en leçon un
petit enfant. Dieu ne se retrouve pas chez ceux
qui veulent être les plus grands; c’est dans ce
petit enfant qu’il se reconnaît. Et en même
temps, quelle merveilleuse fenêtre ouverte sur
la résurrection! Il parle de sa mort et nous
montre un enfant. C’est que la mort de Jésus
sera une naissance. Et si ce petit enfant
c’était chacun de vous? »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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