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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Gn 2,18-24
2ème lecture : Hb 2,9-11
Évangile : Mc 10,2-16
Dans l’évangile de Marc (l’année B), du 25ème au 30ème
dimanche du temps ordinaire, nous suivons le
Christ dans sa montée vers Jérusalem et nous
l’écoutons nous parler du vivre ensemble
comme chrétiens : entre les adultes et les
enfants (25ème), entre ceux du dedans et ceux du
dehors (26ème), entre l’homme et la femme
(27ème), entre les pauvres et les riches
(28ème), entre les responsables de la communauté
chrétienne (29ème). Vivre ensemble en amis et en
disciples du Christ, c’est exigeant : c’est
changer, se transformer, se convertir, se mettre
en marche et progresser au rythme de
la Bonne Nouvelle, de l’Évangile… Mais
attention! La Parole de Dieu n’est pas figée
dans le ciment. Elle s’écrit sans cesse et se
dit aujourd’hui par la relecture de la Parole
qui nous est donnée. Cette relecture est
nécessaire; elle oblige à une réinterprétation
et à une réactualisation des textes bibliques
qui nous sont proposés aujourd’hui. Cette
relecture doit tenir compte de nos réalités
nouvelles; sinon, il n’y a pas de Parole de Dieu
pour aujourd’hui. En ce 27ème dimanche, nous
avons un bel exemple de réalités nouvelles dans
les relations des couples appelés à l’égalité,
l’unité et à la fidélité dans leur
complémentarité.
1.
« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et
femme il les créa »
(Gn 1,27).
Dans ce premier récit de la création de
la Genèse, l’homme et la femme sont créés ensemble pour
signifier leur égalité et leur unité. C’est
évident que l’auteur de ce livre n’a pas la
prétention d’expliquer le comment de la
création. Son récit qui a, comme genre
littéraire, la poésie, se veut une réponse aux
grandes questions de la vie, de la mort, de
l’être humain, de l’homme et de la femme, de
l’amour, de l’attirance des sexes. Cet auteur se
pose la question du pourquoi et non du
comment; et tout en s’inspirant des cultures
environnantes de son époque ou d’avant-lui, il
réfléchit et donne une réponse, à partir de sa
foi au Dieu unique. Sa conviction profonde,
c’est que l’homme et la femme sont égaux et sont
appelés à donner la vie et à dominer la terre :
« Soyez féconds, multipliez, emplissez la
terre et soumettez-la; dominez sur les poissons
de la mer, les oiseaux du ciel et tous les
animaux qui rampent sur la terre » (Gn
1,28).
Si
j’actualise ce récit aujourd’hui, je dois
malheureusement dire que l’égalité homme / femme
voulue par Dieu n’est toujours pas réalisée,
même si elle demeure encore souhaitable. Et
l’affirmation de l’auteur de la Genèse au v. 28
est dangereuse et mériterait d’être nuancée :
Les hommes et les femmes ne doivent pas
seulement procréer; donner la vie, c’est aussi
assurer une qualité à la vie… C’est une question
de dignité. Aussi, on se rend compte de plus en
plus, qu’à force de domination de l’homme sur la
création, nous sommes sur le point de détruire
la nature, l’environnement et nous sommes
responsables de la disparition d’une multitude
d’êtres vivants parmi les animaux. Au moment où
l’auteur a écrit son récit, cette menace
n’existait pas. Aujourd’hui, il nous faut en
tenir compte si on veut faire naître une Parole
de Dieu qui interpelle et qui fait vivre.
2.
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gn 2,18a).
Dans le 2ème récit de la création du livre de la
Genèse, que nous avons aujourd’hui en 1ère
lecture, l’homme et la femme ne sont pas créés
ensemble. Un autre auteur a voulu, lui aussi,
répondre au pourquoi de leurs existences
et de leurs différences. Cet auteur affirme, lui
aussi, l’égalité homme/femme, en ajoutant cette
fois, leur complémentarité : « Le Seigneur
prit de la chair dans le côté de l’homme, puis
il referma. Avec ce qu’il avait pris à l’homme,
il forma une femme et il l’amena vers l’homme »
(Gn 2,21b-22). Ce que cet auteur dit, c’est
que l’homme seul est incomplet : son nom le
dit : ish. Il lui fallait son
vis-à-vis, son égal pour le
compléter : la femme isha. Les deux
ensemble forment le couple. Unis, ils ne font
qu’un.
Si
j’actualise ce récit aujourd’hui, il me faut
encore nuancer ces propos; sinon, je ne tiens
pas compte de la réalité contemporaine qui
reconnaît que la complémentarité n’est pas
seulement biologique, mais aussi psychologique
et sociale. C’est toujours vrai que dans la
majorité des cas, il y a complémentarité entre
un homme et une femme, et unis, ils ne font
qu’un. Par ailleurs, comme nous ne sommes pas
seulement des êtres biologiques, il faut
admettre aujourd’hui que cette complémentarité
ne convient pas à tout le monde. On sait
aujourd’hui que 10% de la population ne la
reconnaît pas : les homosexuel(le)s, et un autre
pourcentage ne la vit pas : les célibataires.
Donc, si je veux faire naître une Parole de Dieu
pour aujourd’hui, il me faut tenir compte de
cette réalité; sinon, je fais de la
discrimination et de l’exclusion. À l’époque où
le texte a été écrit, l’homosexualité était
inacceptable parce qu’incomprise et le célibat
était suspect parce qu’incompris lui aussi.
3.
« À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à
sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un »
(Gn 2,28).
Dans la mentalité biblique, Dieu étant en
lui-même relation, communion, l’homme créé à son
image est appelé à être aussi un être de
relation et de communion. Avec les animaux,
l’homme a en commun le souffle de vie;
mais son manque n’est pas comblé. Il lui faut un
autre lui-même, et c’est la femme, en qui il se
reconnaît; celle-ci comble son manque. Ce récit
a servi à définir le mariage qui a cours encore
aujourd’hui. Par ailleurs, tous ces couples qui
se sont unis dans le mariage n’ont pas tous
réussi leur mariage. Il a beau y avoir
complémentarité biologique entre un homme et une
femme, il faut plus que cela pour que le mariage
réussisse : il faut l’Amour, et un Amour
tel que le couple puisse s’épanouir et grandir.
Si
j’actualise ce texte du livre de la Genèse
aujourd’hui, il me faut admettre que la
complémentarité biologique n’est pas le seul
critère pour faire un couple heureux qui s’aime,
qui s’épanouit et qui grandit. Comme Église, on
peut bien continuer à dire que le seul couple
qu’on reconnaît, c’est celui formé d’un homme et
d’une femme… Mais dire ça, c’est refuser à plein
d’autres de vivre ce qu’ils sont et qu’ils n’ont
pas choisi d’être, et c’est aussi les empêcher
de se réaliser comme couple heureux, fidèle et
ouvert sur la vie. Dans ce cas, il faudrait
parler d’une discrimination juste parce que
voulue par Dieu… Mais alors, depuis quand Dieu
fait-il de la discrimination? Personnellement,
j’ai beaucoup de difficultés avec ça! Une chose
est certaine : Dieu nous veut heureux et il
n’exclut personne.
4.
Divorce et remariage.
La question posée à Jésus dans l’évangile de
Marc : « Est-il permis à un mari de renvoyer
sa femme? » (Mc 10,2). Question-piège : Si
Jésus avait dit oui, ça confirmait la Loi de
Moïse qui permettait aux hommes de renvoyer
leurs femmes comme bon leur semblait. En même
temps, c’est ne pas reconnaître l’égalité homme
/ femme, parce que la femme en Israël n’avait
pas le droit de répudier son mari. Et pire
encore, une femme renvoyée était toujours la
propriété du mari qui l’avait répudiée. Si Jésus
avait dit non, Il s’opposait à
la Loi
de Moïse; on aurait pu l’accuser d’enfreindre
la Loi
et le condamner par la suite.
Au lieu de
répondre, le Christ de l’évangile de Marc
renvoie les pharisiens au récit de la création :
« Au commencement de la création, Dieu les
fit homme et femme » (Mc 10,6), donc égaux!
Ce qui veut dire que la Loi de Moïse va à
l’encontre de l’égalité homme / femme voulue par
Dieu. L’homme et la femme, unis dans l’Amour, ne
peuvent être séparés par une loi discriminatoire
pour la femme. C’est pourquoi Jésus ajoute :
« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare
pas! » (Mc 10,9).
N.B. Si le
texte s’arrêtait là, comme chez Matthieu, on
pourrait dire que l’opposition au divorce c’est
d’abord et avant tout pour protéger la femme du
pouvoir excessif de son mari. Cependant, Marc va
plus loin… et c’est là qu’on voit que les textes
bibliques sont aussi culturels. S’adressant à
des chrétiens de culture romaine, où la femme
pouvait elle aussi renvoyer son mari, Marc fait
dire au Christ de son évangile : « Celui qui
renvoie sa femme pour en épouser une autre est
coupable d’adultère envers elle. Si une femme a
renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est
coupable d’adultère » (Mc 10,11-12).
On peut en
rester là, comme le fait l’Église actuellement,
et exclure tous ceux et celles qui n’ont pu
vivre un tel projet. Par ailleurs, si la Parole
de Dieu au temps de Marc, est culturelle, comme
celle de Matthieu, de Luc ou de Jean, il me
semble que la Parole de Dieu qui doit se dire et
s’écrire aujourd’hui, doit l’être aussi et
rendre compte des réalités qui sont les nôtres.
Autrement, la Parole de Dieu ne serait qu’une
parole répétée du passé, et qui ne s’adresse
aucunement aux femmes et aux hommes
d’aujourd’hui. Quand 50% des mariages finissent
par un échec, on ne peut plus rester indifférent
à cette réalité et faire comme si il n’y avait
pas de problème. L’Amour est essentiel au
mariage. S’il n’y a plus d’Amour dans un couple,
y’a-t-il encore mariage? La question se pose!
C’est
évident qu’il faut nous réjouir des couples qui
réussissent leur mariage dans l’Amour, la
fidélité et la durée. Mais pour les autres,
toute attitude de jugement, de condamnation, de
rejet et d’exclusion est contraire à l’évangile.
Il faut que ceux et celles qui vivent un échec
ne se sentent jamais condamnés par personne, ni
même par Dieu dont l’Amour est plus grand que
nos misères. C’est pourquoi, l’Église doit, à
mon avis, faire preuve de pardon, de miséricorde
et de compassion pour tous les blessés de la vie
sans exception.
Et je
terminerais simplement par cette phrase de la
lettre aux Hébreux qu’on a aujourd’hui en 2ème
lecture et qui exprime la dignité de tous les
humains, disciples du Christ : « Car Jésus,
qui sanctifie, et les hommes qui sont
sanctifiés, sont de la même race; et, pour cette
raison, il n’a pas honte de les appeler ses
frères » (Hb 2,11).
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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